‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 262 sur 347 · Boileau, Épttre lî · texte numérisé non relu

Boileau, Épttre lî

La justioB passa, la balance à la main.

k 1 6 DIX-SEPTIÈME * SIÈCLE.

Un serpent engourdi de froid Vint s'offrir sous la main : il le prit pour un fouet ; Le sien s'étoit perdu, tombant de sa ceinture. Il rendoit grâce au ciel de l'heureuse aventure, Quand un passant cria : « Que tenez- vous, ô dieux t Jetez cet animal traître et pernicieux,

Ce serpent! — C'est un fouet. — C'est un serpent! vous dis*je A me tant tourmenter quel intérêt m'oblige ? Prétendez-vous garder ce trésor? — Pourquoi non? Mon fouet étoit usé; j'en retrouve un fort bon :

Vous n'en parlez que par envie.

L'aveugle ne le crut pas ;

11 en perdit bientôt la vie :

L'animal dégourdi piqua son homme au bras.

Quant à vous, j'ose vous prédire Qu'il vous arrivera quelque chose de pire.

— Eh! que me sauroit-il arriver que la mort?

— Mille dégoûts viendront, » dit le prophète ermfte. Il en vint en effet : l'ermite n'eut pas tort.

Mainte peste de cour fit tant , par maint ressort, Que la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince. On cabale, on suscite Accusateurs, et gens grevés * par ses arrêts, a De nos biens, dirent-ils, il s'est fait un palais. » Le prince voulut voir ces richesses immenses. Il ne trouva partout que médiocrité, Louanges du désert et de la pauvreté :

C'étoient là ses magnificences. « Son fait', dit-on, consiste en des pierres de prix; Un grand coffre en est plein, fermé de dix serrures, m Lui-môme ouvrit ce cofire, et rendit bien surpris

Tous les machineurs ^ d'impostures.

Le coffre étant ouvert, on y vit des lambeaux,

L'habit d'un gardeur de troupeaux, Petit chapeau, jupon, pannetière, boulette,

Et, je pense, aussi sa musette.

« Doux trésors, ce dit-il, chers gages*, qui jamais N'attirâtes sur vous l'envie et le mensonge, Je vous reprends : sortons de ces riches palais

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