Boileau, Épttre lî
La justioB passa, la balance à la main.
k 1 6 DIX-SEPTIÈME * SIÈCLE.
Un serpent engourdi de froid Vint s'offrir sous la main : il le prit pour un fouet ; Le sien s'étoit perdu, tombant de sa ceinture. Il rendoit grâce au ciel de l'heureuse aventure, Quand un passant cria : « Que tenez- vous, ô dieux t Jetez cet animal traître et pernicieux,
Ce serpent! — C'est un fouet. — C'est un serpent! vous dis*je A me tant tourmenter quel intérêt m'oblige ? Prétendez-vous garder ce trésor? — Pourquoi non? Mon fouet étoit usé; j'en retrouve un fort bon :
Vous n'en parlez que par envie.
L'aveugle ne le crut pas ;
11 en perdit bientôt la vie :
L'animal dégourdi piqua son homme au bras.
Quant à vous, j'ose vous prédire Qu'il vous arrivera quelque chose de pire.
— Eh! que me sauroit-il arriver que la mort?
— Mille dégoûts viendront, » dit le prophète ermfte. Il en vint en effet : l'ermite n'eut pas tort.
Mainte peste de cour fit tant , par maint ressort, Que la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince. On cabale, on suscite Accusateurs, et gens grevés * par ses arrêts, a De nos biens, dirent-ils, il s'est fait un palais. » Le prince voulut voir ces richesses immenses. Il ne trouva partout que médiocrité, Louanges du désert et de la pauvreté :
C'étoient là ses magnificences. « Son fait', dit-on, consiste en des pierres de prix; Un grand coffre en est plein, fermé de dix serrures, m Lui-môme ouvrit ce cofire, et rendit bien surpris
Tous les machineurs ^ d'impostures.
Le coffre étant ouvert, on y vit des lambeaux,
L'habit d'un gardeur de troupeaux, Petit chapeau, jupon, pannetière, boulette,
Et, je pense, aussi sa musette.
« Doux trésors, ce dit-il, chers gages*, qui jamais N'attirâtes sur vous l'envie et le mensonge, Je vous reprends : sortons de ces riches palais