‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 305 sur 347 · Platon, Des lois^ livre IIL · texte numérisé non relu

Platon, Des lois^ livre IIL

blîques divisées, Un royaume petit, à la vérité, mais ttUi, et où la puissance royale étoit absolue, qu'à la fin, moitié par adresse et moitié par force, il se rendit lé plus puissant de la Grèce, et obligea tous les Grecs à marcher sous ses étendards contre l'ennemi commun. Il fut tué dans ces conjonctures; mais Alexandre, son fils, succéda à son royaume et à ses desseins.

11 trouva les Macédoniens non -seulement aguerris, mais encore triomphants , et devenus par tant de succès presque autant supérieurt aux autres Grecs en valeur et en discipline, que les autres Grecs étoient au-dessus des Perses et de leurs semblables.

Darius, qui régnoit en Perse de son temps, étoit juste, vaillant, généreux , aimé de âes peuples, et ne manquoit ni d'esprit ni de vigueur pour exécuter ses desseins. Mais si vous le compare^ avec Alexandre ; son esprit avec ce génie perçant et sublime ; sa valeur avec la hauteur et la fermeté de ce courage invincible qui se sentoit animé par les obstacles, avec cette ardeur immense d'accroître tous les jours son nom, qui lui faisoit préférer à tous les périls, à tous les travaux et à mille morts, le moindre degré de gloire; enfin avec cette confiance qui lui faisoit sentir au fond de son cœur que tout lui devoit céder comme à un homme que sa destinée rendoit supérieur aux autres, confiance qu'il inspiroit non- seulement à ses chefs, mais encore aux moindres de ses soldats, qu'il élevoit par ce moyen au-dessus des difficultés, et au-dessus d'eux-mêmes : vOus jugerez aisément auquel des deux appartenoit la victoire. Et si vous joignez à ces choses les avantages des Grecs et des Macédoniens au-dessus de leurs ennemis, vous avouerez que la Perse, attaquée par Un tel héros et par de telles armées, ne pouvoit plus éviter de changer de maître. Ainsi vous découvrirez en même temps ce qui a ruiné l'empire des Perses, et ce qui a élevé celui d*Alexandre.

Pour lui faciliter la victoire, il arriva que la Perse perdit le seul général qu'elle pût opposer aux Grecs : c'étoit Memnon, Rhodien. Tant qu'Alexandre eut en tête un si fameux capitaine , il put se glorifier d'avoir vaincu un ennemi digne de lui. Au lieu de hasarder contre les Grecs une bataille générale, Memnon vouloit qu'on leur disputât tous les passages, qu'on leur coupât les vivres, qu'on les allât attaquer chez eux, et que, par une attaque vigoureuse, on les forçât avenir défendre leur pays. Alexandre y avoit pourvu, et les troupes qu'il avoit laissées à Antipater suffisoient pour garder la Grèce. Mais sa bonne fortune le délivra tout d'un coup de cet embarras. Au commencement d'une diversion qui déjà inquiétoit toute la Grèce, Menmon mourut , et Alexandre mit tout à ses pieds.

Ce prince fit son entrée dans Babylone avec un éelat qui surpassoit tout ce que Tunivers avoit jamais vu ; et, après avoir vengé la Grèce, après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne, pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contentjer son ambition et rendre son

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nom plus fameux que celui de Bacchus, il entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étoient pas capable? d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandoient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qui laissa sur le bord de l'Âraspe, il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avoit tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.

Il revint à^Babylone craint et respecté, non pas coinme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avoit conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie^ qui fut fort courte. A Page de trente -trois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas ftge, incapables de soutenir un si grand poids.' Mais ce quMl y avoit de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu il laissoit des capitaines à qui il avoit appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteroient quand il ne seroit plus au monde : pour les retenir, et, de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreroient ses funérailles avec des batailles sanglantes; et il expira dans la fleur de son ftge, plein des tristes images de la confusion qui devoit suivre sa mort.

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Les Romains f causes de leur grandeur»

De tous lés peuples du mondé, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain.

De tout cela s'est formée la meilleure milice et la politique la plus prévoyante , la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais.

Le fond d'un tiomain, pour ainsi parler, étoit l'amour de sa liberté et de sa patrie. Une de ces choses lui faisoit aimer l'autre ; car parce qu'il aimoit sa liberté, il aimoit sa patrie comme une mère qui le nourrissoit dans des sentiments également généreux et libres.

Sous ce nom de liberté, les Romains se fîguroient, avec les Grecs, un Ëtat où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes.

Au reste, quoique Rome fût née sous un gouvernement royal ^ elle avoit, même sous ses rois, une liberté qui ne convenoit guère à une monarchie réglée; car, outre que les rois étoient électifs et que l'élection s'en faisoit par tout le peuple, o'étoit encore au peuple assem*

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bI6 à confirmer les lois^ et à résoudre la paix ou. la guerre. H y avoit môme des cas particuliers où les rois déféroient au peuple le jugement souverain. Témoin Tullus Hostilius, qui, n*osant ni condamner ni absoudre Horace, comblé tout ensemble et d'honneur pour avoir vaincu les Curiaces, et de honte pour avoir tué sa sœur, le fit juger par le peuple. Ainsi les rois n^avoient proprement que le commandement des armées, et l'autorité de convoquer les assemblées légitimes, d'y proposer les afiaires , de maintenir les lois et d'exécuter les décrets publics.

Quand Servius TuUius conçut le dessein que vous avez vu de réduire Rome en république *, il augmenta dans un peuple déjà si libre Tamour de la liberté ; et de là vous pouvez juger combien les Romains en furent jaloux quand ils l'eurent goûtée tout entière sous leurs consuls.

On frémit encore en voyant dans les histoires la triste fermeté du consul Brutus, lorsqu'il fit mourir à ses yeux ses deux enfants, qui s'étoient laissé entraîner aux sourdes pratiques que les Tarquins fkisoient dans Rome pour y rétablir leur domination. Combien fut affermi dans l'amour de la liberté un peuple qui voyoit ce consul sévère immoler à la liberté sa propre famille l II ne faut plus s'étonner si on méprisa dans Rome les efforts des peuples voisins qui entreprirent de rétablir les Tarquins bannis. Ce fut en vain que le roi Porsenna les prit en sa protection. Les Romains, presque afiamés , lui firent connottre , par leur fermeté, qu'ils vouloient du moins mourir libres. Le peuple fut encore plus ferme que le sénat; et Rome entière fit dire à ce puissant roi, qui venoit de la réduire à l'extrémité, qu'il cessât d'intercéder pour les Tarquins, puisque, résolue de tout hasarder pour sa liberté, elle recevroit plutôt ses ennemis que ses tyrans '. Porsenna, étonné de la fierté de ce peuple et de la hardiesse plus qu'humaine de quelques particuliers, résolut de laisser les Romains jouir en paix d'une liberté qu'ils savoient si bien défendre.

La liberté leur étoit donc un tiésor qu'ils préféroient à toutes les richesses de l'univers. Aussi avez-vous vu que., dans leurs commencements, et môme bien avant dans leurs progrès, la pauvreté n^étoit pas un mal pour eux : au contraire, ils la regardoient comme un moyen de garder leur liberté plus entière, n'y ayant rien de plus libre ni de plus indépendant qu'un homme qui sait vivre de peu, et qui, sans rien attendre de la protection ou de la libéralité d'autrui, ne fonde sa subsistance que sur son industrie et sur son travail.

C'est ce que faisoient les Romains. Nourrir du bétail, labourer la terre, se dérober à eux-mêmes tout ce qu'ils pouvoîent, vivre d'épargne et de travail : voilà quelle étoit leur ^e; c'est de quoi ils soutenoient leur famille, qu'ilsaccoutumoientàde semblaUes travaux.

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