LE PBINCB DE GALLES ENCOURAGE SES GENS A LA BATAILLE
Quand le prince de Galles voit que combattre luy convenoit, et qu« le cardinal * s'en alloit sans riens exploicter, et que le roy de France petit les prisoit, il dit à ses gens : « Or, beaux Seigneurs, si nous som* mes un petit nombre contre la puissance de nos ennemis, si ne noug ébahissons pour ce mie. Car la victoire ne gist pas en grand peuple, mais ou Dieu la veut envoyer. S'il advient d'avantage que la jouméd soit pour nous, nous serons les plus honnorés'du monde. Si nous sommes morts, j'ayencoresmon père et de beaux Arères, et aussi vous avei de bons amis, qui nous contrevengeront. Si vous prie que vous veuU* lez huy entendre à bien combattre ; car s'il plaist à Dieu et à Sainct George, vous me verrez huy bon chevalier. » De ces parolles et plusieurs autres belles raisons que le Prince remonstra ce jour à ses gens, et fît remonstrer par ses MareschaujK, ils estoyent tous réconfortés.
JESAN CHAIfDOS FAIT CHEVAUCHER LE PRINCE PB GALLE9 COIÏTRB LE ROI DE FRANCE.
Quand tous furent montés, ils se meirent ensemble, et écrièrent M Sainct George, Guienne. » Monseigneur Jehan Ghandos dit au prince t « Sire, Ghevauchez avant; la journée est vostre. Dieu sera huy en vostre
1. Le cardinal de Périgord, qui s'était entremis pour accorder le roi de France et le prince de Galles, avant la bataille de Poitiers.
PROISSART. Si
main. Adreçons nous devers notre adversaire le roy de France, ear celle part gist tout le fort de la besongne. Bien say que par vaillance il ne fuyra point ; si nous demourra^ s'il plaist à Dieu et à Sainct George ; mais qu'il soit bien combattu. Et ja avez dit qu'on vous verra huy bon chevalier. » Le Prince dit : « Jehan, allons. Vous ne me verrez huy retourner, mais toujours chevaucher avant. >» Lors dit à sa bannière , « Chevauchez avaat, bannière, au nom de Dieu, et de monseigneur Sainct George. » Et le chevalier, qui laportoit^ fit le commandement du Prince. lUecques fût la presse et Testeur * grand et périlleux, et il y eut maint homme renversé. Et sachez que, qui estoit cheut, ne se pouvoit relever, s'il n'estoit secouru, et moult bien aidé.... Le Prince et ses gens se drecerent vers la bataille du Duc d'Athènes, Connestable de France. Là eut grand froissis, et maint homme rué par terre. Là crioyeni aucuns Chevaliers et Escuyers de France (qui par troupeaux se combattoyent) «Montjoye, sainct Denis, » et les Ançlois crioyent c Sainct George , Quiepne. »