COMMINES
Philippe de Gommines, sieur d'Âî^fiton, né en 1445|en Poitou, iûoiirat en 1509. Seis Mémoires ont ponr objet tes règnes de Louis XI et de Gliarles VIII| de 1464 à 1498. B fut d'abord au service du duc de Bourgogne Charles le Téméfàiré, qu'il quitta en 147$ pbUr s'attaeher à Loui^Xîi Après la môf t du roi, dont il avait été lé confident et le dé* voué serviteur^ il fut quelque temps disgracié, pour àVoif suivi le parti du duc d'Orléans, contre la dame de fièadetl régente. Il rentra en faveui*, et aoiiompagna Charles YlIIèii Italie. Sous Louis XII il vécut dans la i^ttaite, etempkiy» ses leisirs à rédiger ses Mémoires.
La premièrB édition da Mémoires de Commînès Ut ié 1623. La plus compliie Bst ceUê de MUe Dup9n$f
Eu qmttaat Froissart pour écouter Philip]}e dé Gdiiiilli« néfu on ohange de monde comme d'époque» Au spect&clé brîliiliit et aniiûé ddà j^ssee d'«rmés féodales succède 1'^ tudë grave et instructive de la politi(}ue naissante* L'hûi* toire prend un caractère nouveau ; elle devient cHti^é, elle reçoit et pèse les témoignages. Elle n'a pliis pour objet d'amuséf, mais dltiétruite. Oomminee é<»it « «fin qu'on confiâitôe les hftbiletés dé qudi on usé en France. • Aussi n'é* pargne-t-il point les leçons, les râisdnneii^ents.Sesréflètibfii ne sont point de ces maximes brillantes ou profondeé, à lé manière de Tacite, qui concentre la pensée en un trait, et jette çà et là un éclair sur les abîmes Jes plus cachés du cœur humain. Les conclusions de Commines se développent à Taise et sans prétention d'éloquence ; elles cachent, comme son héros, beaucoup de sens sous une allure vulgaire. Elles sont surtout pratiques et politiques. Rien de général, rien de vraiment humain ; ses maximes touchent encore à l'ex* périence personnelle, d'où elles sont nées. Elles n'ont pour
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sphère (jae léi èdhjHi ett Id gottteriiemeiit $ au-deesusi TtuieuF ni» voit pltLs gUê lé ciel et uiie |)fd¥idêfid8 fttate, qid te dispense de rien oîieroher atl delà»
Malgré le ton simple et en quelque sorte bourgeois qû'àf* féctionlie Ciommines^ là vérité d'observation, la vue olalre des grands intérêts pôlitiqtlé^, arrivent qûèl^éfde ebeà tbi jusqu'au plus beau style de l'histoire. Lé tâbléàtl qtl'tl tfftâê des résultatt de l'administration de Louis iSI a une gilâ* dëùl* ealiâe et ëitiiple à laquelle l'histoire medeme n'était pas éhcotè pâiveâûei et qu'elle lie deValt ^6re sui^aeserK
mOBOf BS XnOlHB JDU
ÎM^ priÂt H maladie (éo&t U partit de ce monde) par im iiindyi eî dtffâ Jttsqueé au silmddy rasuyvantj péuultime d'Aoustj aiil quatre cens qaàti^ Vingts et trois ; et estaye préaoot à la fia de la maladie, .^itti|tiôy en feux dird quelque ehose. Tantest après que le. mai luy print^ il ^êfdif là parbUej eemme mtresfois avoil fiût| et quand elle ky lîlt fé^pehue^ se sentit plas feible que jaibais n'ayeil esté^ comîiîeii qu*aiipàr&tant 11 Testât tant, qu'à grand'peîBe pouvoit-iï mettre U ffîàln jttsqtles à la bdttéhei et estdt tant miûtré et deffaiet, qu'il ùiadi piiié à tous tetkx qUi le TOieyent. hd âietBei§ne«r se jugea mert| et sur l'heure il envoya quérir Monseigneur de Beaujeu, mari de sa fiîiei À présèiK Due dé Bbiirbon, el lui cemmanda âUet au Rejr son fiiz qui ^tôii à AmbOiée fâinsi l^ppdla il) eâle ikyreeommaBdanti et ceux qui l^voyéàt sehri, et loi donna toute la ehas^ et goufernemeat dudict kojr;... Apres envojfà le Ohancelier, et foute sa séquelle S portant leâ Btfàûlx ail Roy son filz. Luy en?oya aussi pvtie (tesarehiers desa l^rde, et capitaines, et toute sa tannerie et fikiÂcûBnerie et toutes aaires èhbses. fit tous ceut qui le venoyent veoir^ il les enyeyoit & Am}f9}f» derei^ 19 Aisy (ainsi Tappeloit^l) leur priant le berrir bieaj et par jtoàs ' Vdj màndoit t^ttelque ëbôsë^
Là pÊJtéié ja^fiaift fie luy fldlliit depuis qi/eile luy fui refenaei îie lé âëJÊis j ne jàixiàis ne TéuM si tèGUi Junàis en toute sa malwiie m se plàig&it, côinine ftnit toiites sortes de gens, quand ils sealant m^ Au indus stiis-je dé cette nature, et en ay veu pluneen «atresi el aisssî on dit que le j^aindre allège là deulOur j
toujours avoit et^éi^néë on bë b^ Beraâte \ qui estoit au Pleess (dont î'ajr tMé), ^'f\ aVoit fait «o^r de Calabn^ el ilMessammeal m^ voyoit devers luy, disant qu'il lui allongeroit bien sa vie s'il vouloit{
i> Sa suite. ^ 1 àaint miitèU dé Mille.
carnonol>stant toutes ces ordonnances, qu'il avoit ftiites de ceulx qu*U ayoit enyoyés devers Monseigneur le Dauphin, son ûlz, siluy reyint le cœur, et ayoit bien espérance d'eschaper; et si ainsi fust advenu, il eust bien departy * rassemblée, qu'il ayoit envoyée à Amboise à ce nouveau Roy. Et pour cette espérance qu'il avoit audict Hern^fe, fut advisé par un certain théologien et autres, qu'on lui déclareroit qu'il s'abusoit, et qu'en son faictn'y avoit plus d'espérance qu'à la miséricorde de Dieu, et qu'à ces paroUes se trouveroit présent son médecin, maistre Jaques Goctier, en qin il avoit toute espérance, et à qui cbascun moys il donnoit dix mille escus, espérant qu'il luy alohgeroit la vie. Et fut prise cette conclusion par maistre Olivier, à fin que de tous points il pensast à sa conscience, et qu'il laissast toutes autres pensées, et ce saînct homme, en qui il se fioit, et le dict maistre Jaque* le médecin. Et tout ainsi qu'il avoit haulsé ledict maistre Olivier et autres, trop à coup, et saQs propos, en estât plus grand, qu'il ne leur appartenoit, aussi tout de mesme, prindrent charge sans crainte, de dire chose à un tel Prince, qui ne leur appartenoit pas, n'y ne gardèrent la révérence et l'humilité qu'il appartenoit au cas % comme eussent fait ceux qu'il avoit de longtemps nourris, et lesquels peuparayant il ayoit eslongnez de luy, pour ses imaginaires.... Signifièrent à nostre Roy les dessus dicts sa mort en briefves paroUes etTudes,disaQS : « Sire, il fault que nous nous acquitons; n'ayez plus d'espérance en. ce sainct homme, n'en autre chose, car seurement il est faict dévoua; et pour ce pensez à vostre conscience, car il n'y a nul remède. » Et chascun dist quelque mot assés brief, ausquels il repondit : « J'ay espérance que Dieu m'aidera, et par aventure * je ne suis pas si malade cpnune TOUS pensez. >
Quelle douleur luy fut d'ouïr cesta nouvelle et ceste sentence T Car anques homme ne craignit plus la mort, et ne feit tant de choses, pour y cuider mettre remède, comme luy; et avoit tout le temps de sa vie, à ses serviteurs, et à moy comme à d'autres dit, que si on le Yoyoit en nécessité de mort, que on ne luy dist, fors tant seulement « Parlez peu » , et qu'on Temeust seulement à soy confesser^ sans luy prononcer ce cruel mot de la mort;car il luy sembloit n'avoir pas cœuir pour ouïr une si cruelle sentence. Toutefois il l'endura vertueusement et toutes autres choses jusqùes à la mort, et plus que nul homme, que Jamais j'aye veu mourir. A son filz qu'il appeloit Roy, manda plusieui^ choses, et se confessa très bien , et dict plusieurs oraisons^ servam à propos, selon les sacremens qu'il prenoit, lesquels luy-mesmes demanda. Et comme j'ay dit, il parloit aussi sec^, comme si jamaii n*eust esté malade, et parloit de toutes choses, qui pouvoyent aev Tir au Roy son 1Ùz.„ Apres tant de paour et de suspicions et don* Itors, nostre Seigneur feit miracle sur luy^ et le guerist tant de ràms
1. Sépaié, dispersé. — 3. Qui convenait en cette circonstance. S. Peut-ôtre. — 4. Avee autant de netteté et de lérmeté..
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que du corps, comme tou!joursa accoustumé, en faisant ses miracles. Car il Tosta de ce misérable monde en grand santé de sens et d'entendement et bonne mémoire, ayant reçeu tous ses sacremens, sans souffrir douleur que Ton côngneust, mais tousjours parlant jusques à une Pa« tenostre' avant ,m]imprt. en ordonnant de sa sépulture; et nommoit ceulx qu*il voulbit' quMls l'accompagnassent parr clîémrn, et disoit qu'il n'esperoit à mourif qu'au samedy, et que nostre Dame luy procureroit ceste grâce, en qui tous^ jours ayoit eu fiance et grand dévotion et prière. Et tout ainsi luy -eit advînt/ éar 11 deceda le samedy penultime jour d'aoust, Tan mil quatre cens quatre vingts et trois, à huit heures au soir, audict lieu du Plessis, où il avoit prins la maladie le lundy devant. Nostre Seigneur ait scfii âme, et la veuille avoir reçeue en son Royaume de Paradis^
{Mémoirei de Philippe de CùHnminee, Livre Vl, Chap. zi et m).
GOMMENT LE BOI SB MAINTENAIT , TANT BNTEBS SES VOISINS qu'envers ses sujets fPEU DB TEMPS AVANT SA MORT].
Or dùnque» ce mariage de Flandres' fut acçomply> que le Roy avoit fort désiré, et tenoit les Flamans à sa poste*. Bretagne, à qui il portoït grande haine, estoii en paix avec luy; ûiais il les tenoit en grande peuz'^ en grande crainte, pour le grand nombre de gens-d'armesquHi tenoit loj^ en leurs Routières. Espagne estoit en repos avec luy, et ne désiroit le rpy et la reyne d'Espagne sinon qu'amitié; et il les tenoit en doute et de^pense, à cause du pa;|fs de RousslUpn* qu'il tenoit de la maison d'Arragon, qui ^ luy a^voit esté WUé par le roy Jehan d'Arragon, père du roi de Gastille qui règne de présent, en gage, et par aucunes conditions qui encore ne sont vuidées. Touchant la puissance d'Italie, ils le vouloient bien avoir pour amy, et avoient quelque confédération avec luy, et souvent y envoyoient leurs ambassadeurs. En Allemagne avoit les Suisses qui luy obeysspient comme ses sujets; les roys d'Ecosse et de Portugal >estoieiit-^s' alliez ; partie de la Navarre faisoit ce qu'il vouloit; ses sigets trembloient devant luy; ce qu'il commandoit esipit incontinent accomply, sans nyll^ diffi<»lté ni excusa* tlon»
(Livre Vl^jçm^ «O (