‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 40 sur 347 · LE LION ET LE RAT · texte numérisé non relu

LE LION ET LE RAT

(A son ami Lyon Jamet, 1535.)

••M Je te veux dire une beUe Fable :

C'est assavoir du Lyon et du Rat.

Gestuy Lyon, plus fort qu'un vieil verrat^ •

Yeit une fois, que le Rat ne sçavoit Sortir d'un lieu, pour autant qu'il avoit Mengé le lard, et la chair toute crue: Mais ce Lyon (qui jamais ne fut grue) Trouva moyen, et manière, et matière D'ongles et dens, de rompre la ratière : Dont maistre Rat eschappe vistement :

Puis met à terre un genouil gentement^ Et en estant son bonnet de la teste, A mercié mille fois la grand'beste :

Jurant le dieu des Souris et des Rats, Qu'il lui rendroit. Maintenant tu verras Le bon du coqipte. Il advint d'aventure. Que le Lyon pour chercher sa pasture, Saillit dehors sa caverne, et son siège : Dont, par malheur, se trouva pris au piège , Et fut lié contre un ferme posteau.

Adonc le Rat, sans serpe, ne cousteauj Y arriva joyeux, et esbaudy.

Et du Lyon, pour vrai, ne s'est gaudy^.* Auquel a dit, « Tais-toi, Lyon lié; Par moy seras maintenant deslié :

Tu le vaux bien, car le cœur joly as s Bien y parut, quand tu me deslias.

Secouru m'as fort Lyonneusement, Or secouru seras Rateusement. »

Lors le Lyon ses deux grands yeux vertit'. Et vers le Rat les tourna un peiit.

En lui disant, « 0 povre verminière.

Tu n'as sur toi instrument, ne manière, Tu n'as Cousteau, serpe, ne serpillon, Qui sceust couper corde, ne cordillon.

Pour me jetter de cette estroite voye * :

1. Voyez la Fontaine, Uvre II, Fable 11. — 3. Tourna. 3. Pour me tirer de ce danger pressant.

GLËMENT MAROT. 41

Va te eactaer, que le eliat ne te voye. — Sire Lyon/dit le ûis de 'souris, De ton propos^ certes, je me souris :

J'ai des cousteaux assez, ne te soucie, De bel os blanc plus tranchans qu'une sye'^ Leur gaine c*est ma gencive et ma bouche :; Bien coupperont la corde qui te touche De si très -près : car j'y mettrai bon ordre. > Lors sire Rat ya commencer à mordre Ce gros lien : yrai est quil y songea Assez longtemps, mais il vous le rongea Souvent, et tant, qu'à la parfin tout rompt. Et le Lyon de s'en aller fut prompt.

Disant en soy : Nul plaisir, eh effet Ne se perd point, quelque part qu'il soit faict.

ÊPZTRE AU ROY* (Pour avoir été desrobé, ISSI.)

On dit bien vrai, la mauvaise fortune Ne vient jamais, qu'elle n'en apporte une Ou deux ou trois avecques elle, Sire.

Yostre cœur qoble eh sçauroit bien que dire: Et moi chetif, qui ne suis Roy, ne rien, L'ai esprouvé. £t vous compterai bien, Si vous voulez, comment vint la besongne.

J'avois un jour un vallet de Gascongne, Gourmand, yvrongne, et asseuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur.

Sentant la hart* de cent pas à la ronde, Au demeurant le meilleur fils du mondOi

Ce vénérable hillot ' fut adverti De quelque argent que m'aviez départi, - Et que ma bourse avoit grosse apostume* s Si se leva plustost que de.coustume, Et me va prendre en tapinois ioelle :

Puis la vous mit très-bien sous son essélle, Argent et tout (cela se doit entendre) Et ne croi point que ce fUst pour la rendra. Car onques puis n'en ay ouy parler. •

Bref, le viUain ne s'en voulut aller

1. La corde. — 2. Hillott fils, eniluit, en gascon. » 9. Enflure

venait d'être nommé principal. Une nouTelle ambition s*é« tait emparée du jeune Ronsard; c'était de faire passer dans la langue vulgaire toute la majesté d'expression et de pensée qu'il admirait chez les anciens. II communiqua à ses nouveaux condisciples son projet et son enthousiasme. Tous se mirent k l'œuvre avec un admirable courage, et Joachim du Bellay publia sous le titre de Défense et Illustration de la langue française, le manifeste de la nouvelle école ^.

Toute la réforme littéraire du seizième siècle était dans la Défense et Illustration. Elle se résume en deux points essentiels : ennoblir la langue, par l'infusion des mots et des images empruntés aux langues antiques ; ennoblir la poésie par l'introduction des genres usités chez les anciens.

Du Bellay avait rédigé le programme, Ronsard fîit le premier et le plus hardi à le remplir. D'abord il essaya de créer d'un seul jet une langue poétique. Pour cela il puisa sans ménagement aux sources grecques et latines. Une seule chose aurait pu consolider sa révolution grammaticale : une œuvre immortelle, qui, comme celle de Dante, eût fait vivre sa langue avec ses idées; Ronsard le comprit et essaya de l'accomplir. Il introduisit en France toutes les formes de la poésie antique, et au premier rang Fode et l'épopée. ^Malheureusement il porta dans ses œuVres le même principe d'imitation que dans les innovations linguistiques, et ce système se trouva encore plus faux ici. Ge n'est pas qu'il y ait chez Ronsard absence d'enthousiasme : il y a seulement solution de continuité entre la forme et la pensée, Tune n'est pas l'effet direct et immédiat de l'antre : si l'inspiration donne Tidée, la mémoire seule produit l'expression. Le sentiment se glace par cette inquiète imitation des grands maîtres.

Cependant il y avait quelque chose de si légitime dans la renaissance des idées antiques; il était si bien dans la destinée du seizième siècle de renouer la chaîne de la tradi-

1. Voir sur la Pléiade, V Histoire de la Littérature firançait$f page 334.

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