‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 11 sur 232 · JOINVILLB REJOINT LE ROI. DÉFAITE DES SARRASINS · texte numérisé non relu

JOINVILLB REJOINT LE ROI. DÉFAITE DES SARRASINS

... Le soir, au solleil couchant, nous amena le connestable les arbalestriers le Roy à pié, et s'arrangèrent devant nous; et quant les Sarrazins nous virent mettre pié en estrier des arbalestriers 3, il s*enfuirent; et lors me dit le connestable : « Seneschal, c'est biens fait, or vous en alez vers le Roy, si ne le lessiez huimez ^ jusques à tant que il iert ^ descendu en son paveillon. >i Si tost comme je ving au Roy, monseigneur Jehan de Walery vint à li et li dit: « Sire, monseigneur de Chasteillon vous prie que vous li donnez l'arriére garde; » et le Roy si fîst moult volentiers, et puis si se mist au chemin. En dementieres que nous en venions, je li fis oster son hyaume et li baillé mon chapel de fer pour avoir le vent fi. Et lors vint frère Henry de Ronnay à li, qui avoit passé la rivière, et li besa la main toute armée, et il li demanda se il savoit nulles nouvelles du conte d'Artois son frère, et il li dit que il en savoit bien nouvelles, car estoit certein que son frère le conte d'Artois estoit en paradis . « Hé, sire, vous en ayés bon reconfort "^^ car si grant honneur n'avint oncques au Roy de France comme il vous est avenu, car pour combattre à vos ennemis avez passé une rivière à non, et les avez desconfiz et chaciez du champ, et gaingnés leur engins et leur héberges *, là où vous gerrés • encore ennuit *o, • Et le Roy respondi que Dieu en feust aouré ^^ de ce que il 11 donnoit et lors li cheoient les termes des yex moult grosses.

Quant nous venimes à la héberge, nous trouvâmes que les Sarra* zins à pié tenoient une tente que il avoient estendue, d'une part^ et nostre menue gent d'autre. Nous leur courusmes sus le mestre du Temple et moy et il s'enfuirent, et la tente demoura à nostre gent.

En celle bataille ot moult de gens de grand bobant ^^, qui s'en vindrent moult honteusement fuiant par le poncel dont je vous ai avant parlé, et s'enfuirent efifréément; ne oncques n'en peumes nul arrester delez nous, dont je en nommeroie bien, desquiez je ne foufferai ^^, car mort sont. {Histoire de saint Louis, 120 et suiv.)

1. Le connétable Imbert de Beaujea. — 2. Frapperont. — 3. Uettre: pied à terre en l'ombre des arbalétriers. {Dttcange,) — 4. kuv;^M\^W\, — 5. Sera. —6. Bespirer. — 7. Consolation. — S. Vo^emfcxvVa. — ^ ^^'^diêrei. — iO» Cette nuit, — H. Adoré. — 12. D^ %t'4Si"^^^« — V^.^'^ ne dirai rien.

â4 MOYEN AGE!

HALABIE ET MORT' DE SAINT LOinS

Après ce que il fu arrivé à Thunes, devant Carthage, une maladie le prist du flux du ventre, dont il accoucha au lit, et senti bien que il devoit par tens ^ trespasser de cest siècle * à l'autre. Lors apela monseigneur Phelippe son fîlz, et li commanda à garder aussi comme par testament touz les enseignemens que il li lessa, lesquiex enseignemens le Roy escript de sa sainte main, si comme Ten dit.

Quant le bon Roy ot enseignié son fils monseigneur Phelippe, Tenfermeté^ que il avoit commença à croistre forment, et demanda les sacremens de Sainte Eglise, et les ot en sainne pensée» et en droit entendement, ainsi comme il apparut; car quant l'en Tenhiiiliolt et en disoit les pseaumes, il disoit les vers * d'une part. Et oy conter monseigneur le conte d'Alençon son fîlz, que quant il aprochoit de la mort, il appela les Sains pour li aidier et secourre, et meismement ' monseigneur saint Jaque, en disant s'oroison qui commence • Esto Domine, c'est-à-dire Dieu soit saintefieur ^ et garde de nostre peuple. Monseigneur saint Denis de France appela lors en s'aide, en disant s'oroison, qui vaut autant à dire : « Sire Dieu, donne nous que nous puissions despire ? Taspreté de ce monde, si que nous ne doutiens ^ nulle adversité. « Et oy dire lors à monseigneur d'AIençon, que son père reclamoit sainte Geneviève. Après se fist le saint Roy coucher en un lit couvert de cendre, et mist ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendi à nostre Créateur son esperit, en celle hore meismes que le Filz Dieu morut en la croiz

Précieuse chose et digne est de plorer le trespassement de ce saint prince, qui si saintement et loialement garda son royaume, et qui tant de bêles aumosnes y fist, et qui tant de biaus establissemens y mist. Et ainsi comme l'escrivain qui a fait son livre, qui l'enlu* mine d'or et d'azur, enlumina ledit Roy son royaume de belles abbales que il y fist, des Mansions-Dieu ^, des Preescheurs, des Cordeliers, et des autres religions qui sont ci-devant nommées.

Lendemain de feste saint Berthelemi l'apostre,. trespassa de cest siècle bon Roy Loys, en l'an de l'incarnacion Nostre- Seigneur l'an de grâce mil ce et lxx, et furent ses os gardés en un escrin et enfouis à Saint-Denis en France, là où il avoit esleue sa sépulture, ouquel lieu il fu enterré, là où Dieu a fait maint biau miracle pour li par ses désertes ^^. {Histoire de saint Louis, pages 386 et suivantes.)

i. A ce moment.. — 2. De cette vie. — 3. .La maladie. — 4. Les versets. — 5. Particulièrement. — 6. Sanctificateur. — 7. Mépriser. — 8, Craignions. — 9. Maisons de Dieu (hôtels-Dieu). — 10. Mérites.

PROISSART . 28

Jean Proîssart, né à Valenciennes en 1333, mort vers Tan 1400, fils d'un peintre d*armoirie8, fut secrétaire de la reine Philippe de Hainaut, femme d'Edouard III, clerc de Yinceslas duc de Brabant, et de Gaston Phœbus comte de Foix, curé de Lessine, chanoine et trésorier de la collégiale de Ghimay. Il passa sa vie dans les cours et dans les voyages, composant sur les grands chemins la Chronique qui a illustré son nom. Elle se divise en quatre livres et s'étend de 1320 à 1400.

La première édition de Proîssart parut vers 1496, à Paris, en 4 vol. in-fol. gothique. Signalons, au xvi" siècle, l'édition de Denys Sauvage, Lyon, 1559-1661, in-fol. De nos jours (1824), édition de Buchon, 15 vol. in-8, dans la collection des Chroniques nationales, réimprimée dans le Panthéon littéraire, 3 vol. gr. in-8, 1836. Les deux plus récentes et les meilleures sont celles de M. Siméon Luce, Paris, 1869-1874, 5 vol. in-8, dans la collection de la Société de l'Histoire de France ; et de Kervyn de Lettenhove, publiée pour l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1863 et suiv. 25 vol. in-8.

Froissart a aussi composé des poésies : le Dit du Florin, le Débat du cheval et du lévrier, le Joli buisson de jeunesse, le Roman de Méliador ; elles ont été publiées par Buchon, 1vol. in-8, 1829*.

La Chronique de messire Jehan Froissart est un vaste tableau d'histoire plein de mouvement, brillant de couleurs, splendide de costumes : batailles, fêtes, tournois, sièges de villes, prises de châteaux, grandes chevauchées, escarmouches hardies, nobles faits et maniements d*armes, entrées des princes, assemblées solennelles, bals et habillements de cour, toute la vie militaire et féodale

L VoyeÈ pour Vappréciation de ces ouvragw YHUtoire ie Vi. \.\\.UtQiiure française, psLge 155»

9S M OTBX ACE

do xif^sièele ffj presse, sV accamiik daos mie magnifique profosioo.

Né aetify remuant, avide de plaisir, Frotssart a besoin d'agitation et de spectaele ; lliistoîre loi plaît à ce titre : e'est un moyen d'exister davantage en maltipliant aes impreséions Tonte sa vie, comme sa chronique, n*est qn*one longue ebevaoehée. Il improvise ses récits en courant, il saisit les événements à mesure qu'ils se font, et semble ne s'arrêter d'écrire qu'afin de leur donner le temps de naître. Il ne faut pas lui demander la critique sévère, Texamen consciencieux des témoignages ; il les accueille à mesure qu'ils se présentent, il les enregistre avec une avide curiosité Impartial, quoi qu'on en ait dit, il reproduit les récits de ses botes; il n'y met du sien que la chaleur et ia vie« Influencé à son insu par ceux qui renvironnaient, il a pu transmettre des inexactitudes, mais non les créer ; c'est un miroir fidèle qui reproduit quelquefois des personnages déguisés.

Son style a les caractères de J'improvisation : ne lui demandez pas cette précision, ces impressions en relief qui simplifient rhistoire et l'agrandissent. Froissart est diffus, prodigue de mots et de détails. Les objets se présentent en foule et tous à la fois sous sa plume; il les accueille avec complaisance, les place tous au premier plan, et détruit ainsi la perspective : il ne sait ni résumer ni abstraire. Par compensation, jamais peut-être narrateur n'eut une imagination plus heureuse et plus vive : il voit tout en images, il donne à tout une forme dramatique. Cette qualité est le revers brillant du défaut que nous lui reprochions tout 4 l'heure. Froissart peint toute chose, par puissance de rien généraliser : il décrit la circonférence de Thistoire parce qu'il ne peut pénétrer jusqu'au cœur. Sa prolixité n'est aussi que l'excès et en quelque sorte l'ivresse d'une qualité. La prose française, débarrassée enfin de ses entraves, heureuse de pouvoir tout exprimer, s'amuse à tout dire comme pour avoir le .plaisir de s'entendre. On croit ouïr le naïf et charmant verbiage d'une fraîche voix d'enfant.

CIOMMEMT LA VILLE DE GAJiiAIS FtTT BENDUE AU ROI D'ANGLETERRE (1347)

Apres le département du Roy de France et de son ost *, da mpnt de Sangates, ceux de Calais veirent bien que leur secours estoit failli : dont ils estoyent en si grand douleur et destresse, que le plus fort ne se pouvoit à peine soustenir. Lors ils prièrent tant Monseigneur Jehan de Vienne, leur capitaine, qu'il monta aux créneaux des murs de la ville, et fit signe à ceux de dehors, qu'il , vonloit parler à eux. Quand le Roy d'Angleterre ouit ces iiouvelles, il y envoya Monseigneur Gautier de Mauny, et Messire Basset. Quand ils furent là, Monseigneur Jehan de Vienne leur dit : « Chers Seigneurs, vous estes moult vaillans chevaliers en fait-d'armes : et savez que le Roy de France (que nous tenons à Seigneur) nous a céans envoyés : et commanda que nous gardissions ceste ville et chastel, si que blasme n'en eussions et lui nul dommage. Nous en avons fait nostre pouvoir. Or est nostre secours failli, et nous si estrains, que nous n'avons de quoy vivre; si nous conviendra tous mourir, ou enrager de famine, si le gentil Roy, vostre Seigneur, n*a merci de nous. Laquelle chose luy veuillez prier en pitié : et qu'il nous veuille laisser aller, tout ainsi que nous sommes : et veuille prendre la ville et le chastel, et tout l'avoir, qui est dedans; si en trouvera assez. » A ce respondit Messire Gautier de Mauny, et dit : « Jehan, nous savons partie de l'intention Monseigneur le Hoy; car il nous Ta dit. Sachez que ce n'est mie son entente, que Vous en puissiez aller ainsi : ains est son intention que vous mettez toos à sa pure volonté, ou pour rançonner ceux qu'il luy plaira, ou pour faire mourir. Car ceux de Calais lui Ont tant fait de contrariétés et de dépits, que le sien ont fait despendre ', et si grand foison de ses gens mourir, que c'est un nombre. » Monseigneur Jehan de Vienne dit : « Ce seroit trop dure chose pour nous. Nous sommes céans un petit ' de chevaliers et escuyers, qui loyaument avons servi le Roy de France, nostre Souverain Sire (si comme vous feriez le vostre en pareil ou semblable cas), et avons enduré maint mal et mésaise. Mais ainçois souffrirons encores tant de peine, qu'oncques gens-d'armes ne soufifrirent la pareille, que nous consentissions que le plus petit garçon de la ville eust autre mal que le plus grand de nous. Mais nous vous prions que, par vostre . humilité, veuillez aller devers le Roy d'Angleterre, et luy prier qu'il ait pitié de nous ; si luy ferez courtoisie. Car nous espérons en luy tant de gentillesse S qu'à la grâce de Dieu son propos ^ se changera. » Monseigneur Gautier et Monseigneur Basset retournèrent ^ devers le Roy, et luy recorderent ^ ce que dit est. Et le Roy dit qu'il n'avoit volonté de faire autrement, fors qu'ils se rendissent simplement à son vouloir. Messire Gautier dil : «. ^oxv%^\%tL^\A^

/. Année. — 2. Dépenser. — 3. Du petit nomXitft. — i^»'^^\««^^> gnndear d'âme. ^..B. Bésolutioa. — 6, RappOTlfeieiA.

vous pourrez bien avoir tort, car vous nous donnez très mauvais exemple. Si vous nous^ envoyiez en aucune de vos forteresses, nous n'irions mie si volontiers, si vous faisiez ces gens mettre à mort; car ainsi feroit-on de nous par semblable ca9. » Ces paroles aidèrent à soustènir plusieurs Barons, qui là estoyent. Si dit le Roy d'Angleterre : « Seigneurs, je ne veuil mie estre tout seul contre vous tous. Sire Gautier, vous direz au Capitaine de Calais, que la plus grand grâce qu'il pourra trouver en moy, c'est qu'ils se partent de la ville six des plus notables Bourgeois, les chefs ^ tous nuds^ et tous déchaussés, les hars < au col, et les clefs de la ville et du chastel en leurs mains : et de ceux je feray à ma voulonté, et le remanant ^ je prendray à merci. » A tant revint Monseigneur Gautier à Monseigneur Jehan, qui l'attendolt sur les murs; si luy dit ce qu'il avoit peu faire au Roy. « Je vous prie (dit Monseigneur Jehan) qu'il vous ploise cy demourer, tant que j'aye tout cestuy affaire remonstré à la Communauté de la ville, car ils m'ont cy envoyé, et à eux tient (ce m'est advis) d'en répondre. » Lors Messire Jehan vint au marché, et fit sonner la cloche. Si s'assemblèrent tantost en la halle, hommes et femmes de la ville. Si leur .fît Messire Jehan rapport des parolles cy devant récitées, et leur dit bien qu'autrement ne pouvoit estre, et sur ce eussent advis et briève response. Lors commencèrent à plorer toutes manières de gens, et à démener tel dueil, qu'il n'est si dur cœur (qui les veist) qu'il n'en eust pitié, et mesmement Messire Jehan en larmoyoit tendrement Apres se leva le plus riche Bourgeois de la ville (qu'on appeloit Messire Eustace de Sainct-Pierre), lequel dit devant tous : « Seigneurs, grans et petis, grand méchef seroit de laisser mourir un tel peuple (que cy est) par famine ou autrement, quand on y peut trouver aucun moyen, et seroit grand aumosne et grâce envers Nostre-Seigneur, qui de tel méchef les pourroit garder. J'ay endroit moi ♦ si grand' espérance d'avoir pardon envers Notre- Seigneur, si je meurs pour ce peuple sauver, que je veuil estre le premier. » Quand Sire Eustace eut ce dit, chacun l'alla adorer de pitié, et plusieurs se gettoyent à ses pieds, en pleurs'et en parfonds souspirs. Secondement un autre très honneste Bourgeois, et de grand affaire ^, se leva, et dit qu'il feroit compaignie à son compère, Sire Eustace. Si appeloit-on cestuy Sire Jehan d'Aire. Après se leva Jacques de Wisant (qui estoit moult riche de meubles et d'héritages) et dit qu'il tiendroit compaignie à ses deux cousins. Ainsi fît Pierre Wisant son frère, et puis le cinquième et le sixième; lesquels s'atournerent ainsi que le Roy avoit dit. Et adonc Monseigneur Jehan monta sur une petite hacquenee (car à grand malaise pouvoit-il aller à pié) et les mena devers la porte. Lors fut grand dueil des hommes, des femmes et des enfants, de larmes et souspirs. Et ainsi vindrent jusques à la porte, que Messire Jehan fît ouvrir, et se fît enclorre dehors, avecqUes les six Bourgeois, entre lea portée et les barrières. Si dit à Monseigi^nx <aa.u\\ftT da Maumv

i* Têtes. — 2., Cordes. — 3. Le reste. — 4. Vbva m;A. — ^.tt^^ ivecva.

(qui Tattendoit là) : « Je vous délivre (comme capitaine de Calais) par le consentement du povre peuple de ceste ville, ces six Bourgeois, et je vous jure que ce sont et estoyent aujourd*huy les plus honorables et notables de corps, de chevance S et de Bourgeoisie, âe la ville de GiEdais.^i voua prie, Gentil Sire, que vous veuillez prier le Roy pour eux, qu'ils ne meurent pas. -^ Je ne say (dit Messire Gautier) que Monseigneur le Roy en voudra faire, mais j'en feray mon pouvoir. » Lors fut la barrière ouverte ; si allèrent ces six Bourgeois devers le palais du Roy» et Messire Jehan rentra en la ville. Quand Messire Gautier eust présenté ces six Bourgeois au Roy^ ils s'agenouillèrent, et dirent à jointes paains : « Gentil Sire Roy, veez nous ici six, qui avons esté Bourgeois de Calais, et grans marchans, si vous apportons les defs de la ville et du cbastel, et nous mettons en vostre pure voulonté, pour sauver le remanant du peuple de Calais, qui a souffert moult de griefs. Si veuillez avoir pitié et mercy de nous, par vostre haute noblesse. »

Lors plorerent, de pitié, les Comtes, Barons, Chevaliers, et autres,

qui illec * estoyent assemblés à grand nombre. Le Roy regarda sur

eux très depitement '. Car moult hayoit ^ le peuple de Calais^ pour

les grands contrariétés et dommages que le temps passé sur mer

hiy avoit faits. Si commanda qu'on leur trenchast les testes. Tous

prioyent au Roy, si acertes > qu'ils pouvoyent, qu'il en vousist avoir

mercy, mais il n'y vouloit entendre* Lors Messire Gautier de Mauny

dit * a Haa, Gentil Sire, veuillez refréner vostre courage ®; vous

avez la renommée de souveraine noblesse. Or ne veuillez faire

ehose parquoy elle soit amendrie, ne qu'on puisse parler sur vous

en nulle vilennie. Toutes gens diroyent que ce seroit cruauté, si

vous foisiez mourir si honn estes Bourgeois, qui de leur voulonté

se sont mis en vostre mercy, pour les autres sauver. » A donc

guigna le Roy, et dit : « Soit fait venir le coupeteste. Ceux de Calais

ont fait mourir tant de mes hommes, qu'il, convient ceux-ci mourir

aussi. » A donc la Royne d'Angleterre (qui estoyt moult enceinte) se

mit à genoux en plorant, et dit : « Haa, Gentil Sire, depuis que je

rappassay la mer, en grand péril, je ne. vous ay riens requis. Or

vous prie humblement en don, que pour le fils Saincte Marie,' et

pour l'amour de moy, vous veuillez avoir de ces six hommes mercy. »

Le Roy la regarda, et se teut une pièce ?, puis dit : • Haa, Dame,

j'aimasse mieux que vous fussiez autre part que cy; vous me priez

si acertes, que je ne vous puis éconduire; si les vous donne à

vostre plaisir. » Lors la Royne emmena ces six Bourgeois en sa

chatibre; si leur fit oster les chevestres > d'entour le col, et les fit

revestir, et disner tout à leur aise; puis donna à chacun six Nobles,

et les fit conduire hors de l'ost 9, à sauveté. {Hist, et chronique de

Messire Jehan Froissart, ch. cccxx et cccxxi.)

i. Fortune. — 2. Lk. — 3. Avec colère. — 4. Haïssait, —- S, kwsaJl ivement, — 6. Colère. —7. Va moment.— 8. Les coTàe^. — ^, V^\\s3&<i.

entrer dedans.... Là se combattit vaillamment, assez près du Roy, Monseigneur de Qiàrgny. Si estoit toute la presse sur luy, pour ce qu'il portoit la souveraine bannière du Roy. Tant y survindrent Anglois et Gascons de toutes parts, que par force ils ouvrirent la presse de la bataille du Roy, et furent les Français si meslés entre leurs ennemis^ qu'il y âvoit bien telle fois cinq bommes sur un Gentilbomme. Là eut adonc trop grand'presse pour la convoitise de prendre le Roy Jeban, et luy crioyent ceux qui le congnoissoyent, et qui plus près de luy estoyent : « Rendez-vous, rendez-vous, ou autrement vous estes mort. » Là avoit un Chevalier de la nation de Sainct-Omer, et estoit retenu du Roy d'Angleterre à gages, et appeloit-on iceluy Denis de Morebeque, qui par cinq ans avoit servi les Anglois, pour tant ^ qu'il avoit, des sa jeunesse, forfait le Royaume de France par guerre d'amis > et d'un homicide qu'il avoit fait à Sainct-Omer. Si cheut adonc si bien audit chevalier ', qu'il estoyt delez ^ le Roy de France, et le plus prochain qui y fust, quand on tiroit <^ ainsi à le prendre. Si se lança en la presse, à force de bras et de corps (car il estoit grand et fort) et disoit an Roy, en bon françois (ou le Roy s'arresta, plus qu'aux autres) : « Sire, sire, rendez- vous. » Le Roy (qui se veoit en dur parti) demanda, en regardant le chevalier : « A qui me rendray-je? à qui? où est mon cousin le prince de Galles? si je le veoye, je parleroye. — Sire (respondit messire Denis)^ il n'est pas icy; mais rendez-vous à moy, et je vous meneray devers luy. — Qui êtes-vous? dit le Roy. — Sire, je suis Denis de Morebeque, un chevalier d'Artois, mais je ser le Roy d'Angleterre, pour ce que je ne puis estre au Royaume de France, pourtant que j'ay forfait tout le mien <. » Lors lui bailla le Roy son dextre gand, disant : « Je me ren à vous. » Là eut grand'presse, et grans tireurs emprès le Roy. Car chacun s'elTorçoit de dire : « Je l'ay prins, » et ne pouvoit le Roy aller avant, ne monseigneur Philippe son moins aisné fils....

CEPENDANT LB PRINCB DE GALLES AVAFT ENVOYÉ DEUX BABONS s'eNQUÉRIR on ROI DE FEABCE. n.S MONTÈREirr SUB UN TEBURB, POUR VOIB AUTOUm

d'eux....

Si apperçeurent une flotte de gens d'armes, tous à pié, qui venoyent moult lentement. I^ estoit le Roy de France, tout à pié, en grand péril; car Anglois et Gascons en estoyent les maistres, et . l'avoyent tollu ? à Messire Denis de Morebeque, et moult éloingné de luy, et disoyent les plus forts : « Je l'ay prins, je l'ay prins. » Mais toutes fois le Roy de France, pour ëchever * le péril, avoit dit : « Seigneurs, menez moy courtoisement et mon fils aussi, devers le Prince, mon cousin, et ne vous riotez ' plus de ma prinse, ^ar je suis assez grand Seigneur pour vous faire tous riches, m

1. Parce que. — 2. Guerre privée. — 3. Ce chevalier eut rheoreose

chance de,,. —- 4. Vths de. — 5. On s'efforçait de. — 6. Eu tout mon

Afeff eoûûsqué, — 7. Ealeié, — 8. Échapper k. — ^, î^^^oxis ^xî^v^Vkl ^Is»^

Ces pafoUes, et aatres, que le Roy leur dit, les saoula * un petit : mais non pourtant tousjours reconunençoyent leur.riote, et n'alloyent pié de terre, qu'ils ne riotassent. Quand les deux Barons dessus dit veirent cette foule de gens, si descendirent du tertre, et brochèrent chevaux des espérons, celle part K Quand ils furent à la place, si demandèrent : « Qu'est-ce cy? » et on leur dit : « C*est le roy de France, qui est prins, et le veulent avoir, et chalanger ', plus de dix Chevaliers et Escuyers. » A doncques les deux barons entrèrent, à force, en la presse, et firent toutes manières de gens tirer arrière, et leur commandèrent de par le Prince, sur la teste, que tous se tirassent arrière, et que nul ne Fapprochast, s'il n'y estoit ordonné, et commis. Lors se trairent toutes gens, bien en sus du Roy, et des deux barons, qui tantost descendirent à terre, et enclinerent ^ le Roy tout bas , puis le conduirent, tout en paix» devers le Prince de Galles. (Ch. xxxvi-xlv.)

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