‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 12 sur 232 · DE LA BATAILLE · texte numérisé non relu

DE LA BATAILLE

Quant Tint au soir, le Prince de Galles donna à soupper, en sa loge, au Roy de France, et à la plus grande partie des Princes et Barons, qui estoyent 1& prisonniers, et assit le Prince le Roy de France, son fils messire Philippe, messire Jaques de Bourbon, mon* seigneur Jehan d'Artois, le comte de Tancarville, le comte d'Estampes, le comte de Dampmartin,le comte de Gravilie, et le seigneur de Partenay, à une table haute et bien couverte, et tous les autres Barons et Chevaliers à autres tables. Et servoit toujours le Prince an devant de la table du Roy et par toutes les autres tables, aussy humblement comme il pouvoit, n'oncques ne se voulut seoir à la table du Roy, pour prière que le Roy en fist; ains disoit qu'il n'estoit encore mie assez suffisant, qu'il luy appartenist de soy seoir à la table de si grand Prince, et de si vaillant homme, que le corps du Roy estoit, et luy disoit bien : « Cher Sire, ne veuillez mie faire simple chère, pourtant si Dieu n'a voulu huy consentir vostre vouloir; car certainement Monseigneur mon père vous fera tout honneur et amitié le plus qu'il pourra, et s'accordera à vous si raisonnablement, que vous demourrez bons amis ensemble à tousjours, et m'est ad vis que avez grand'raison de vous éliesser s, combien que la journée ne soit tournée à vostre gré. Car vous avez aujourd'huy conquis le haut nom de prouesse, et avez passé aujourd'huy tous les mieux-faisans de vostre costé. Je ne le di mie. Cher Sire, pour vous louer; car tous ceux de nostre partie, qui ont veu les uns et les autres, se sont, par pleine conscience, à ce accordés, et vous en donnent le pris et le chapelet *. » A ce point commencèrent tous à murmurer, et disoyent eulr^ ^>xl ^x«sv^^\%%

/. Les coateBta. — 2. De ce côté. — 3. Rèdamw» — W. ^iîixsSawsN- - S. Réjouir» ^ 6. La comonae, la palme.

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que noblement et à poinet le Prince avoit parlé, et disoyent qu*e luy avoit et auroit encores un gentil * Seigneur, s'il pouvoît dure longuement et vivre, et en telle fortune persévérer. (Chr xux.)

Philippe de Gommînes, sieur d'Argenton, né en 1443 en Poitou, mourut en 1509. Ses Mémoires ont pour obje les règnes de Louis XI et de Charles YIII, de 1464 à 1498 Il fut d'abord au service du duc de Bourgogne Charles 1 Téméraire, qu'il quitta en 1472 pour s'attacher à Louis X] Après la mort du roi, dont il avait été le confident et 1 dévoué serviteur, il fut quelque temps disgracié, pou avoir suivi le parti du duc d'Orléans contre la dame d Beaujeu, régente. Il rentra en faveur, et accompagn Charles YIII en Italie. Sous Louis XII, il vécut dans 1 retraite, et employa ses loisirs à rédiger ses Mémoires.

Première édition : Paris, Gallîot Du Pré, 1524, peti in-fol . goth. , la plus complète est celle publiée pa Mlle Dupont, Paris, Renouard, 1840-1847, 3 vol. gr. in-8

M. Kervyn de Lettenhove a édité les Lettres et Négocia lions de Commines, Bruxelles, 1868, 2 vol. in-8. Ces deu: dernières éditions sont accompagnées de notices.

En quittant Froissart pour écouter Philippe de Gommi nés, on change de monde comme d'époque* Au spectacL brillant et animé des passes d'armes féodales succède l'é tude grave et instructive de la politique naissante. L'histoire prend un caractère nouveau; elle devient critique elle reçoit et pèse les témoignages. Elle n'a plus poui objet d'amuser, mais d'instruire. Commines écrit « afîi qu'on connaisse les habiletés de quoi on use en France » Aussi n'épargne-t-il point les leçons, les raisonnements Ses réflexions ne sont point de ces maximes brillantes oi profondes, à la manière de Tacite, qui concentre la pensée en un trait, et jette çà et. là un éclair sur les abîmes lei plus cachés du cœur humain» Les conclusions de Gomminei

se développent à Taise et sans prétention d'éloquence; elles cachont, comme son héros, beaucoup de sens sous une allure vulgaire. Elles sont surtout pratiques et politiques. Bien de général, rien de vraiment humain; ses maximes touchent encore à l'expérience personnelle, d'où elles sont nées. Elles n'ont pour sphère que les cours et le gouvernement; au-dessus, l'auteur ne voit plus que le ciel et une providence fatale qui le dispense de rien chercher au delà.

Malgré le ton simple et en quelque sorte bourgeois qu'affectionne Gommines, la vérité d'observation, la vue claire de9 grands intérêts politiques, arrivent quelquefois chez lui jusqu'au plus beau style de l'histoire. Le tableau qu*il trace des résultats de l'administration de Louis XI a une grandeur calme et simple à laquelle l'histoire moderne n'était pas encore parvenue, et qu'elle ne devait guère surpasser.

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