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Scène VlII. — PETIT-JEAN, LA COMTESSE, CHICANNE

PETIT-JEAN

Voyez le beau sabbat qu'ils font à notre porte. Messieurs, allez plus loin tempêter de la sorte.

CHICANNEAU.

Monsieur, soyez témoin....

LA covnLsa^

CHICANNEAU.

Monsieur, vous Tentendez : retenez bien ce mot.

PETIT-JEAN

Âh ! vous ne deviez pas lâcher cette parole.

la' comtesse.

Vraiment, c^est bien à lui de me traiter de folle !

PETIT-JEAN

Folle! Vous avez tort. Pourquoi l'injurier?

CHICANNEAU.

On la conseille.

PETIT-JEAN

Ohl

LA COMTESSE-

Oui, de me faire lier.

PEnT-JEAK.

Oh f monsieur.

CHICANNEAU.

Jusqu'au bout que ne m'écoute-t-elle ?

PETIT-JEAN

Oh ! madame

LA COMTESSE

Qui ? moi ? souffrir qu^on me querelle ?

CHICANNEAU.

Une crieuse !

PETIT-JEAN

Hé, paix !

LA COMTESSE

Un chicaneur !

PETIT-JEAN

Holà*

CHICANNEAU.

Qui n'ose plus plaider !

LA COMTESSE

Que t'importe cela ?

Qu'est-ce qui t'en revient, faussaire abominable, Brouillon, voleur?

CHICANNEAU.

Et bon, et bon, de par le diable Un sergent! un sergent!

LA COMTESSE

Un huissier! un huissier*

PETIT-JEAN

Ma foi, juge et plaideurs, il faudrait tout lier.

Jean-Baptiste Poquelin, qui prit plus tard le n Molière, naquit à Paris, le 15 janvier 1622. Son pè pissier valet de chambre du roi, lui fit faire ses étu collège de Clermont (Louis-Le-Grand), où il eut pour le philosophe sensualiste Gassendi, et pour condisci célèbre voyageur Bernier, le poète Hénault, Tép Chapelle et Técrivain humoriste Cyrano de Bergerac

Poquelin, entraîné par son goût pour le théâtre, s'i avec quelques jeunes gens de famille qui s'étaient pour jouer la comédie. Ayant échoué à Paris, ils se à courir la province.

Cette vie de bohémien littéraire se prolongea p treize ans. C'est alors qu'au milieu d'un grand nona farces, Molière (c'est le nom de guerre que Pc avait adopté) composa t Étourdi (1653) et le Dépit veux (1656).

Ce fut en 1658 que Molière reparut à Paris. Il y les Précieuses Ridicules (1659), satire d'un travers c< porain, protestation du bon sens contre le langage manières aflFectées d'une coterie de femmes prêtent! Sganarelle (1660) ; V Ecole des maris ^ les Fâcheux \ et VÈcole des femmes (1662). Don Juan ou le Fe Pierre (1665) fut une imitation originale d'un drame gnol. Enfin le 4 juin 1666 parut le Misanthrope^ le d'oeuvre du génie comique. Deux mois après, le M malgré lui rendait au théâtre l'invention très amusanl ancien fabliau, dont nous avons donné plus haut l'a (p. 9, 10). Le Tartufe, autre chef-d'œuvre, destiné immense popularité, fut joué intégralement pour 1 mière fois le 5 afoût 1667, pendant l'absence du r lendemain, la représentation en fut interdite : « Mons Premier Président ne voulait pas qu'on le jouât. » fut moins sévère : il permit aw Tartufe de reparaître ( Vinrent ensuite fAmphitr'yon , George Da'ivd.^

f Avare (1668) ; Monsieur de Pourceaugnac (1669) et le Bourgeois gentilhomme (1670), le chef-d'œuvre de la comédie bouffonne ; les Fourberies de Scapin (1671) et la Comtesse iEscarhagncLS (1671).

Le dernier chef-d'œuvre de haute comédie, les Femmes savantes (1672), fut une seconde épreuve du sujet déjà traité par Molière dans les Précieuses ridicules. « Le génie de Molière, dit E. Geruzez, s'y montre dans toute sa force, et avec un degré de pureté et un éclat de verve supérieur peut-être au Misanthrope j et, si on osait le dire, à Tartufe même... On s'émerveille que le poète ait trouvé tant de ressources dans un sujet qui n'est pas de premier ordre. »

Molière, qui ne devint célèbre que vers l'âge de quarante ans, ne vécut que jusqu'à cinquante et un. Il mourut en jouant le Malade imaginaire^ le 17 janvier 1673. Il ne fut point de l'Académie.

Première édition des œuvres de Molière, Paris, 1666, 2 vol. in-12. Parmi les nombreuses éditions, nous citerons les suivantes* Amsterdam, Jacques le Jeune (Elzévir), 1675, 5 vol. pet. in-12; Paris, 1773, 6 vol. in-8; Paris, Didot, 1792, 6 vol. gr. in.4; Paris, Lefèvre, 1824-1826, 8 vol. in-8; Paris, Fume, 1845, 6 vol. gr. in-8; Paris, Charpentier, 1858, 3 vol. gr. in-18 ; Paris, Pion, 1862, 8 vol. in-16.

Signalons surtout les Œuvres complètes de Molière, publiées par A. Régnier, Paris, 1878, 5 vol, gr. in-8; par L. Moland, Paris, 1863, 7 vol. in-8; et par MM. Régnier et Despois, 1873 et suiv,, dans la Collection des Grands Écrivains; cette dernière édition est en cours de publication. — Il est bon de noter que de nombreuses éditions de Molière ont paru depuis ces dernières années en Allemagne, ainsi que des travaux critiques sur la vie et les œuvres de notre grand comique.

On conf^ultera avec intérêt Y Histoire de la vie et des ou* wages de Molière par Jules Taschereau, Paris, 1828, in-8.

Molière n'échappe point à la manière spiritualiste de tous les grands artistes de son temps. Son triomphe, c'est la comédie de caractère, c'est-à-dire l'étude de l'esprit humaia. Son procédé, comme celui de Corneille et àe^^-rà^a., ^^-^ yabstraction vivifiée par le génie. X'Avare^ le Mi&authx^'p^'

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son œuvre capitale avec Tartt/fe. sont développés d*a] les mêmes principes que les tragédies de Racine. Les d poètes saisissent tine qualité unique d'un individu, ani tissant par la pensée toutes les autres, la mettent ensuit action et même qiielquefois en plaidoirie et comm( procès avec les qualités opposées.

La plus grande gloire de Molière, c'est d'avoir et poète de rhumanité en même temps que celui de son < que. Non seulement il a le premier aperçu et châtié le cule, dans des choses que ses contemporains estimaiei prenaient au sérieux, mais il a incarné ces vices et travers dans des créations d'une vérité impérissable, su réunir la généralité dans les passions, et la propriété ( les caractères. Ses personnages ont une physionomi distincte, si personnelle, qu'on les reconnaît entre m on croit avoir vécu avec eux, et néanmoins chaque s retrouve en eux ses penchants et ses vices ; ils sont fois réels comme des individus et éternellement ^ comme des types.

Cette représentation de la vie n'est pas seulement peinture ; c'est avant tout une poésie. Ces personnage sont pas des portraits, mais des créations. Molière pro comme la nature, et d'après les mêmes lois, mais il i calque pas. Gomme elle, il tire d'un germe unique ses belles conceptions.

L'intrigue qui entraîne ses acteurs et les envek comme une atmosphère, est toute resplendissante du de son imagination. C'est une verve de gaieté qui échai qui passionne tout ce monde comique, et rejaillit de les objets, comme la lumière d'un ciel du midi, en n effets brillants Cet éclat de joyeuse humeur, cet ent d'imagination, croît chez Molière avec le don sévèw l'observation philosophique. A mesure que sa raison dev plus profonde et son coup d'œiJ plus pénétrant, sa v( comique monte et bouillonne de plus en plus. C'est, \ ainsi dire, le lyrisme de l'ironique et mordante gaieté, ébats purs, au rire étincelant. Le Malade imaginaire^ i son étourdissante cérémonie, en est. le dernier terme i plus frappant exemple. Molièxe ^ loxicJcva ^ ç.çX \^<5»

rimaginaUon libre et sans frein, qui faisait \e charme et la poésie de Tancienne comédie grecque.

Si Ton considère cette étonnante réunion des plus belles et des plus rares qualités de Tintelligence, cette profonde sagacité, cette verve inépuisable ; si Ton songe à la fécondité de ce talent qui sufSsait à la fois aux plaisirs de la cour, à Tamusement du peuple, aux besoins de la troupe et, à l'admiration des connaisseurs; si l'on tient compte de cette rapidité d'exécution, de cette composition grande et hardie, espèce de peinture à fresque qui ne laisse pas la brosse se reposer un instant; si Ton place tout cela au milieu d'une vie active, occupée de mille soins, tourmentée par mille chagrins domestiques, et par les soucis d'acteur, d'auteur, de directeur, de courtisan, on se gardera bien de contredire Boileau, qui, le jour où Louis XIV lui demanda quel était le plus grand poète du siècle, répondit sans hésiter : c C'est Molière. »

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