MORT DE LOUIS XI
Luy print la maladie (dont il partit de ce monde) par un lundy^ et dura Jasques au samedy ensayrant, pénultime d*Aoast, mil quatre cens quatre vingts et trois; et estoye présent à la fin de la maladie, parquoy'en veulx dire quelque chose. Tantost après que le mal luy print, il perdit la paroUe, comme autrefois avoit fait, et ' (luand elle luy fut revenue, se sentit plus foible que jamais n'avoit esté, combien qu^auparavant il Testoit tant, qu'à grand'peine pou- Toitrii mettre la main jusques à la bouche> et estoit tant maigre et deffaict, qu'il faisoit pitié à tous ceux qui le voioyent. Ledict Sei- I gneur se jugea mort, et sur l'heure il envoya quérir Monseigneur de Beaujeu, mari de sa fille, à présent Duc de Bourbon, et lui commanda aller au Roy son filz qui estoit à Amboise (ainsi l'appela fl) en le luy recommandant, et ceux qui Tavoyent servi, et lui donna toute la charge et gouvernement dudict Roy.... Apres envoya le Chancelier, et toute sa séquelle *, portant les Seaulx au Roy son filz. Luy envoya aussi partie des archiers de sa garde, et capitaines, et toute sa vannerie et faulconnerie et toutes autres choses. £t tous ceux qui le venoyent veoir, il les envoyoit à Amboise devers le Roy (ainsi Tappeloit-il), leur priant le servir bien, et par tous luy mandoit quelque chose.
La parole jamais ne luy failUt^ depuis qu'eYLe \\i^ \w\. t«s«Qk»&> "s^^
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le sens, ne jamais ne Teust si bon. Jamais en toute sa maladie ne se plaignit, comme fQnt toutes sortes de gens, quand ils sentent mal. Au moins suis-jede cette nature, et en ay veu plusieurs autres, et aussi on dit que le plaindre allège la douleur.
Toujours avoit espérance en ce bon Hermite *, qui estoit au Plessis (dont j'ay parlé), qu'il avoit fait venir de Calabre^ et incessamment envoyoit devers luy, disant qu'il lui allongeroit bien sa vie s'il vouloit; car nonobstant toutes ces ordonnances, qu'il avoit faites de ceulx qu'il avoit envoyés devers Monseigneur le Dauphin» son filz, si luy revint le cœur, et avoit bien espérance d'eschaper; et si ainsi fust advenu, il eust bien departy ^ rassemblée, qu'il avoit envoyée à Amboise à ce nouveau Roy. Et pour cette espérance qu'il avoit audict Hermite, fut advisé par un certain théologien et autres, qu'on lui déclareroit qu'il s'abusoit, et qu'en son faict n'y avoit plus d'espérance qu'à la miséricorde de Dieu, et qu'à ces parolles se trouveroit présent son médecin, maistre Jaques Coctier, en qui il avoit toute espérance, et à qui chascun moys il donnoit dix mille escus, espérant qu'il luy alongeroit la vie. Et fut prise cette conclusion par maistre Olivier, à (in que de tous points il pensast à sa conscience, et qu'il laissast toutes autres pensées, et ce sainct homme, en qui il se fioit, et ledict maistre Jaques le médecin. Et tout ainsi qu'il avoit haulsé ledict maistre Olivier et autres, trop à coup, et sans propos, en estât plus grand, qu'il ne leur appartenoit, aussi tout de mesme, prindrent charge sans crainte, de dire chose à un tel Prince, qui ne leur appartenoit pas, ny ne gardèrent la révérence et l'humilité qu'il appartenoit au cas 3, comme eussent fait ceux qu'il avoit de long temps nourris, et lesquels peu paravant il avoit eslongnez de luy, pour ses imaginaires.... Signifièrent à nostre Roy les dessus dicts sa mort en briefves parolles et rudes, disans : « Sire, il fatilt que nous nous acquitons; n'ayez plus d'espérance en ce sainct homme, n'en autre chose, car seurement il est faict de vous ; et pour ce pensez à votre conscience, car il n'y a nul remède. » Et chascun dist quelque mot assés brief, ausquels il répondit : « J'ay espérance que Dieu m'aidera, et par aventure ^ je ne suis pas si malade comme vous pensez. »
Quelle douleur luy fut d'ouïr ceste nouvelle et ceste sentence? Car onques homme ne craignit plus la mort, et ne feit tant de choses, pour y cuider mettre remède, comme luy; et avoit tout le temps de sa vie, à ses serviteurs, et à moy comme à d'autres dit, que si on le voyoit en nécessité de mort, que on ne luy dist fors tant seulement « Parlez peu », et qu'on l'emeust seulement à soy confesser, sans luy prononcer ce cruel mot de la mort; car il luy sembloit n'avoir pas cœur pour ouïr une si cruelle sentence. Toutefois il l'endura vertueusement et toutes autres choses jusques à la mort, et plus que nul homme, que jamais j'aye veu mourir.
A Saint François de Paule. — 2. Séparé, àVspeiafe. — ^. C^xjx ««wwi^V i 6a cette eirconstance. — 4. Peut-être.
A son filz qu*il appeloit Roy, manda plusieurs choses et se confessa très bien, et dict plusieurs oraisons, servans à propos, selon les sacremens qu*il prenoit , lesquels luy-mesmes demanda. Et comme j'ay dit, il parloit aussi sec i, comme si jamais n'eust été malade, et parloit de toutes choses, qui pouvoyent servir au Roy son filz... Apres tant de paour et de suspicions et douleurs, nostre Seigneur feit miracle sur luy, et le guerist tant de rftme que du corps, comme tousjours a accoustumé, en faisant ses miracles. Car il Tosta de ce misérable monde en grand santé de sens et d*entencLement et bonne mémoire, ayant reçeu tous ses saCremens, sans souffrir douleur que Ton congneust, mais toujours parlant jusques à une Patenostre ^ avant sa mort, en ordonnant de sa sépulture; et nommoit ceulx quMI vouloit qu'ils raccompagnas^ sent par chemin, et disoit qu'il n'esperoit à mourir qu'au samedy, et que nostre Dame luy procureroit ceste grâce, en qui tous jours avoit eu fiance et grand dévotion et prière. Et tout ainsi luy en advint car il deceda le samedy penultime jourd'aoust. Tan mil quatre cens quatre vingts et trois, à huit heures au soir, audict lieu du Plessis, où il avoit prins la maladie le lundy devant. Nostre Seigneur ait son âme, et la veuille avoir reçue en son Royaume de Paradis. [Mémoires de Philippe de Commines, liv. VI, ch. xi et xn.)
COIOIENT LB BOI SE MAINTENOIT TANT ENVERS SES VOISINS QU'eNVERS SES
SUJETS [peu de TEMPS AVANT SA MORl]
Or donques ce mariage de Flandres 3 fut accomply, que le Roy avoit fort désiré, et tenoit les Flamans à sa poste ^. Bretagne, à qui il portoit grande haine, estoit en paix avec luy; mais il les tenoit en grande peur et en grande crainte, pour le grand nombre de gens d'armes qu'il tenoit logez en leurs frontières. Espagne estoit en repos avec luy, et ne désiroit le roy et la reyne d'Espagne sinon qu'amitié; et il les tenoit en doute et despense, à cause du pays de Roussillon <^ qu'il tenoit de la maison d'Aragon, qui luy avoit esté baillé par le roy Jehan d'Arragon, père du roi de Castille qui règne de présent, en gage, et par aucunes conditions qui encore ne sont vuidées. Touchant la puissance d'Italie, ils le vouloient bien avoir pour amy, et avoient quelque confédération avec luy, et souvent y envoyoient leurs ambassadeurs. En Allemagne avoit les Suisses qui luy obeyssoient comme ses sujets; les roys d'Ecosse et de Portugal estoient ses alliez; partie de la Navarre faisoit ce qu'il vouloit; ses sujets trembloient devant luy ; ce qu'il commandoit estoit incontinent accomply, sans nulle difficulté ni excusation.
(Liv. VI, ch. X.)
1. Avec autant de netteté et de fermeté. — 2. Le temps de dire un Pater. — 3. Le mariage du Dauphin avec Marguerite de Flandres, fille de Maximilien d'Autriche. — 4. En sa dépendance. — S.Je^Ti U ^'Kx^%wl v^ixV engagé le Roussillon et la Cerdagne à Louis XI, eu \W^^ ^^x« \^ ^^\fiSûfc de trois cent mille écus.