‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 147 sur 232 · SATIRE YI. — LES EMBARRAS DE PARIS · texte numérisé non relu

SATIRE YI. — LES EMBARRAS DE PARIS

Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?

Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris? ^ ,

Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,

Horace dans la VIII® satire du livre 11, el Kfe%WT tov'i %"^ ^"i^oa^^ Wt aussi des repas ridicple$. — 2. CotQpMei \% ^^\\x^ W\ ^"^ ^>w^^'»

DIX-SRPTIÈME 'SIÈCLE

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Ras8em))le ici les chats de toutes les gouttières t J^ai beau sauter du lit, plein de trouble et d*efl^i, Je pense qu'avec eux tout Penfer est chez moi : L'un miaule en grondant comme un tigre en furie. L'antre roule sa voix comme un enfant qui crie. Ce n'est pas tout encor : les souris et les rats Semblent pour m'éveiller s'entendre avec les chats, Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure, Que jamais, en plein jour, ne fut Tabbé de Pure *.

Tout conspire à la fois à troubler mon repos. Et je me plains ici du moindre de mes maux : Car à peine les coqs, commençant leur ramage, Auront de cris aigus frappé le voisinage, Qu'un affreux serrurier, laborieux Vulcain, Qu'éveillera bientôt l'ardente soif du gain, Avec un fer maudit, qu'à grand bruit il apprête, De cent coups de marteau me va fendre la tête. J'entends déjà partout les charrettes courir,' Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir ; Tandis que dans les airs mille cloches émues, D'un funèbre concert font retentir les nues : Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents. Pour honorer les morts font mourir les vivants.

Encor je bénirais la bonté souveraine.

Si le ciel à ces maux avait borné ma peine ; Mais si seul en mon lit je peste avec raison, C'est encor pis vingt fois en quittant la maison : En quelque endroit que j'aille il faut fendre la presse D'un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse. L'un me heurte d'un ais dont je suis tout froissé ; . Je vois d'un autre coup mon chapeau renversé. Là, d'un enterrement la funèbre ordonnance D'un pas lugubre et lent vers l'église s'avance ; Et plus loin, des laquais l'un l'autre s'agaçants. Font aboyer les chiens et jurer les passants. Des paveurs en ce lieu me bouchent le passage. Là je trouve une croix de funeste présage ; Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison. Là sur une charrette une poutre branlante Vient, menaçant de loin la foule qu'elle augmente ; Six chevaux attelés à ce fardeau pesant Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant.

1. Michel de Pure, auteur d'une mauvaise traduction de Quintilk

commit la maladresse de provoquer Boileau, et de faire ou de di8^

ane plate satire contre lui. Dana Vfeff\lm ^^ \.Tl^, %(â\^vl aioute au l^

Pare cette note succincte : « Ennuyeux cfe\^Y«<i, >>

BÛILBAÛ 331

D'un carrosse en tournant il accroche une poae,

Et du choc le renverse en un grand tas de boue î

Quand un autre à l'instant s'efforçant de passer

Dans le môme embarras se vient embarrasser.

Vingt carrosses bientôt arrivant à la file

Y sont en moins de rien suivis de plus de nàille :

Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux

Ck>nduit en cet endVoit un grand troupeau de bœufs ; «

Chacun prétend passer; l'un mugit, Paiitre jure.

Des mulets en sonnant augmentent le murmure.

Aussitôt cent chevaux dans la foule appelés

De l'embarras qui croît ferment les défilés,

Et partout des passants enchaînant les brigades,

Au milieu de la paix font voir les barricades ^ ;

On n'entend que des cris poussés confusément :

Dieu pour s'y faire ouïr tonnerait vainement.

Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre,

Le jour déjà baissant, et qui suis las d'attendre,

Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer,

Je me mets au hasard de me faire rouer.

Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse ;

Guénaud ^ sur son cheval en passant m'éclabousse :

Et n'osant plus paraître en Tétat où je suis.

Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.

Tandis que dans un coin en grondant je m'essuie, Souvent pour m'achever il survient une pluie : On dirait que le ciel, qui se fond tout en eau» Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. Pour traverser la rue au milieu de l'orage. Un ais sur deux pavés forme un étroit passage, Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant t Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant : Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières. Grossissant les ruisseaux en ont fait des rivières '. J'y passe en trébuchant ; mais, malgré l'embarras, La frayeur de la nuit précipite mes pas.

Car, sitôt que du soir les ombres pacifiques D'un double cadenas font fermer les boutiques ; Que, retiré chtz lui, le paisible marchand Va revoir ses billets et comptef son argent ;

. Âllasion aux barricades du 20 août 1648, an début de la Fronde. Boi- I, ne en 1636, les avait vues. — 2. a C'était le plus célèbre médecin i^aris, et qui allait toujours à cheval. » (Boileau.)

Il plenvaii d'une telle manière, Qae les reins, par dépit, me servaient de go\ill\^T«\ Si du haat des maisons tombait nn tel dégoùl^ Qae les chiens altérés pouvaient boire debout»

(Kègniet, Satire X,^

DIX-SËPTIÈME SIÈCLE

Que dans le Marché-Neuf ^ toujt esJL calme et tranquille, Les voleurs à Vinsiant s'emparent de la ville '. Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté. Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue Engage un peu trop tard au détour d'une rue ! Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés, La bourse !... Il faut se rendre ; ou bien non, résistez, Afin que votre mort, de tragique mémoire. Des massacres fameux aille grossir Thistoire. Pour moi, fermant ma porte, et cédant au sommeil, Tous les jours je me couche avecque le soleil : Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière, Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière. Des fîlqus effrontés, d'un coup de pistolet, r iiibranlent ma fenêtre^ et percent mon volet ;

j'entends crier partout : Au meurtre! On m'assassine! Ou : le feu vient de prendre à la maison voisine. Tremblant et demi-mort, je me lève à ce bruit. Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit. Car le feu, dont la flamme en ondes se déploie, Fait de notre quartier une seconde Troie, Où maint Grec affamé, maint avide Argien, Au travers des charbons va piller le Troyen. Enfin sous mille crocs la maison abîmée Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée. Je me retire donc, encor pâle d'effroi : Mais le jour est venu quand je rentre chez moi.

Je fais pour reposer un effort inutile : Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville, i Il faudrait, dans l'enclos d'un vaste logetnent. Avoir loin de la rue un autre appartement. |

Paris est pour un riche un pays de Cocagne ' : j Sans sortir de la ville, il trouve la campagne : ^

Il peut dans son jardin, tout peuplé d'arbres verts, / Receler le printemps au milieu des hivers ; ;

i. Entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont.— 2. « On volait } en ce temps-là dans les mes de Paris. » (Boilean.) ^ 3. Paradis U des gourmands et des paresseux :

Qni plus y dort pins y gaaigne, Cil qui dort jusqu'à miedi, . .

Gaaigne cinc sols et demi.... '

. . Par les rues vont rôtissants Les crasses oes {les oies grasses) fit tornaat /, Tout par elles (d'elles-roômes). .. /

{Li fdbliaut de CoquaM

On n'est pas d*accord sur YHyttvoXoçift ^^ ^^ m^\.\ft lïMci - iiOBje gqar ia première foi» t%\ d\x ti\u» wi ^xi t\\* ^\^^^, t

VI < .y ' V •

\50ILÈAU - 333

Et foulant le parfum de ses plantes fleuries, Aller entretenir ses douces rêveries.

Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu» Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu i.

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