‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 148 sur 232 · SATIRE IX. >- A SON ESPRIT. L'APOLOGOE · texte numérisé non relu

SATIRE IX. >- A SON ESPRIT. L'APOLOGOE

C'est à V0U3, mon Esprit, à qui je veux parler.

Vous avez des défauts que je ne puis celer :

A.8sez et trop longtemps ma lâche complaisance

]I>e vos jeux criminels a nourri l'insolence ;

Mais, puisque vous poussez ma patience à bout^

XJne fois en ma vie il faut vous dire tout.

On croirait à vous voir, dans vos libres caprices,

Jbiscourir en Caton > des vertus et des vices,

Décider du mérite et du prix des auteurs,

£t faire impunément la leçon aux docteurs; .à

Qu^étant seul à couvert des traits de la satire,

Vous avez tout pouvoir de parler et d'écrire.

Mais moi, qui dans le fond sais bien ce que j'en crois, Qui compte tous les jours vos défauts par mes doigts, Je ris, quand je vous vois, si faible et si stérile, Prendre sur vous le soin de réformer la ville, Dans vos discours chagrins plus aigre et plus mordant Qu'une femme en furie; ou Gauthier en plaidant 3. Mais répondez un peu. Quelle verve indiscrète. Sans l'aveu des neuf sœurs, vous a reiidu poète? Sentiez-vous, dites-moi, ces violents transports Qui d'un esprit divin font mouvoir les ressorts? Qui vous a pu soufQer une si folle audace ? Phébus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ? Et ne savez-vous pas que, sur ce mont sacré. Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré ; Et qu'à moins d'être au rang d'Horace ou de Voiture «, On rampe dans la fange avec l'abbé de Pure? Que si tous mes efforts ne peuvent réprimer Cet ascendant malin qui vous force à rimer, Sans perdre eu vains discours tout le fruit de vos veilles, Osez chanter du roi les augustes merveilles :

it Quand Boileau écrivit cette satire, il était logé chez son frère Jérôme ileaa, au cinquième étage, au-dessous du grenier. — 2. Caton le Cen* ^r, qui n'épargna pas les remontrances à ses contemporains et par qui i mœurs des Piomains auraient été réformées, si elles avaient pu l'être. — a Avocat célèbre et très mordant. » (Boileau.) On Tavait %we\vq>\sl^^ Palais GavXh\2T la gueule. — 4. Voiture ne mènle evi waiwaaft \as^^ ^s^ ces d 'honneur, (Voir p, 328, note 3.)

Là, mettant h, profit vos caprices divers. Vous verriez tous les ans fructifier vos vers. Et par Tespoir du gain votre muse animée, Vendrait au poids de For une once de fumée. Mais en vain, direz-vous, je pense vous tenter Par réclat d'un fardeau trop pesant à porter. Tout chantre ne peut pas, sur le ton d'un Orphée, Entonner en grands vers la Discorde étouffée ; Peindre Bellone en feu tonnant de toutes parts, Et le Belge effrayé fuyant sur ses remparts i.

' Sur un ton si hardi, sans être téméraire, Racan pourrait chanter, au défaut d'un Homère * ; Mais pour Gotin et moi, qui rimons au hasard, Que Tamour de blâmer fit poètes par art,

. Quoiqu'un tas de grimauds vante notre éloquence, Le plus sûr est pour nous de garder le silence* Un poème insipide et sottement flatteur Déshonore à la fois le héros et Fauteur : Enfin de tels projets passent notre faiblesse.

Ainsi parle un esprit languissant de mollesse, Qui, sous l'humble dehors d'un respect aiSecté, Cache le noir venin de sa malignité.

Mais dussiez-vous en l'air voir vos ailes fondues 3, Ne valait-il pas mieux vous perdre dans les nues, Que d'aller sans raison, d'un style peu chrétien. Faire insulte en rimant à qui ne vous dit rien, Et du bruit dangereux d'un livre téméraire A vos propres périls enrichir le libraire?

Vous vous flattez peut-être^ en votre vanité, D'aller comme un Horace à l'immortalité : Et déjà vous croyez dans vos rimes obscures Aux Saumaises futurs préparer des tortures *. Mais combien d'écrivains, d'abord si bien reçus, Sont de ce fol espoir honteusement déçus ! Combien, pour quelques mois^ ont vu fleurir leur livre. Dont les vers en paquet se vendent à la livre I

1« Cette satire a été composée dans le temps que le roi prit Lille en Fia — 2. Honorât de Bcuil, marquis de Racan, né en 1589^ à la Roche-1 en Toaraine« mort en 1670, écrivit des pastorales agréables. Il n rien d'un Homère. Il mérite l'éloge que loi donne Boileau au premier de \Afi poétique^ et rien de plus :

Malherbe d'un héros peut vanter les exploits, Racan, chanter Philis, led bergers et les bois.

3. AUasion à Ja dhaie dicare. — 4. Uaude Saumaise, en latin Soim à Semar en i58S, mort k Sça eu Y^^V» ç.wam«v\a.VA^t ètudit, mait arompt à iViivective,

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