Cet autre, c'est Corneille
Je lui montre Pompée, Alexandre et César, Mais comme des héros attachée à son char.
{Prologue d'Andromède.)
2, O combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban I Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban !
Que le Bosphore en ses deux rives.
Verra de sultanes captives!
Et que de mères à Memphis, En pleurant diront la vaillance De son courage el de sa lance, Aux funéraVUee de\eviT%^\ft\
(HaWieTbe, Oie à Va twM llw%ft ^ U^>b* sur sa bieutWiUft «iv ¥TQ»ct>^
Quelque orgueil en §ecret dont s'aveugle un auteur;
Il est fâcheux, grand roi, de se voir sans lecteur,
3Bt d'aller, du récit de ta gloire immortelle,
Xiabiller chez Francœur le sucre et la cannelle ^.
Ainsi, craignant toujours un funeste accident, \ '
«Timite de Conrart le silence prudent ^ :
Je laisse aux plus hardis l'honneur de la carrière,
Xt regarde le champ, assis sur la barrière.
Malgré moi toutefois un mouvement secret ^ient flatter mon esprit qui se tait à regret. Quoi ! dis-je tout chagrin, dans ma verve infertile, Des vertus de mon roi spectateur inutile, Taudra-t-il sur sa gloire attendre à m'exercer. Que ma tremblante voix commence à se glacer? Dans un si beau projet si ma muse rebelle 1^'ose le suivre aux champs de Lille et de Bruxelie 3, Sans le chercher au bord de l'Escaut et du Rhin, I^a paix l'offre à mes yeux plus calme et plus serein. Oui, grand roi, laissons-là les sièges, les batailles : Qu'un autre. aUle en rimant renverser des murailles ; Et, souvent sur tes pas marchant sans ton aveu, S'aille couvrir de sang, de poussière et de feu. A quoi bon d'une muse au carnage animée. Échauffer ta valeur déjà trop allumée?
Jouissons à loisir du fruit de tes bienfaits, Et ne nous lassons point des douceurs de la paix.
— Pourquoi ces éléphants, ces armes, ce bagage S Et ces vaisseaux tout prêts à quitter le rivage? Disait au roi Pyrrhus un sage confident. Conseiller très sensé d'un roi très imprudent.
— Je vais, lui dit ce prince, à Rome où Ton m'appelle.
— Quoi faire? — L'assiéger. — L'entreprise est fort belle, Et digne seulement d'Alexandre ou de vous :
Mais, Rome prise enfin, seigneur, où courons-nous?
— Du reste des Latins la conquête est facile.
— Sans doute, on les peut vaincre : estrce tout? — La Siëile De là nous tend les bras, et bientôt sans effort
Syracuse reçoit nos vaisseaux dans son port.
— Bornez-vous là vos pas? — Dès que nous l'aurons prise, Il ne faut qu'un bon vent et Garthage est conquise.
Les chemins sont ouverts : qui peut nous arrêter?
— Je vous entends, seigneur, nous allons tout dompter :
1. Fameux épicier. (Boileau.) — 2. Fameux académicien qui n'a jamais Un écrit. (Boileau.) Ce fut chez Conrart que se forma le cercle de beaux sprits, qui devint, par la grâce de Richelieu, l'Académie française. Conrart ^i le premier secrétaire perpétuel de cette compa^ûV^. — ^. \A.^\fi^^^^ fi Flandre faite par le roi en 1667, — 4. P\uldjcq]ae, ^aA&\^ "Vit à* V>àtw, (BoUeau,)
l' DIX-àEPTIÈME SIÈCLE
Nous allons traverser les sables de Libye» , Asservir en passant TÉgypte et rArabie, Ck)urir delà le Gange en de nouveaux pays. Faire trembler le Scythe au bord du Tanals, Et ranger sous nos lois tout ce vaste hémisphère. Mais, ide retour enfin, que prétendez-vous faire?
— Alors^ cher Ginéas, victorieux, contents,
Nous pourrons rire à Taise et prendre du bon temps.
— Eh! seigneur, dès ce jour, sans sortir de TÉpire, Du matin jusqu'au soir qui vous défend de rire * î
Le conseil était sage et facile à goûter : Pyrrhus vivait heureux, s*il eût pu Técouter. Mais à Tambition d'opposer la prudence.
C'est aux prélats de cour prêcher la résidence >.
Ce n'est pas que mon cœur, du travail ennemi, Approuve un fainéant sur le trône endormi : Mais, quelques vains lauriers que promette la guerre, On peut être héros sans ravager la terre. U est plus d'une gloire. En vain aux conquérants L'erreur, parmi les rois, donne les premiers rangs; Entre les grands héros ce sont les plus vulgaires. Chaque siècle est fécond en heureux téméraires, Chaque climat produit des favoris de Mars; La Seine a des Bourbons, le Tibre a des Césars : On a vu mille fois des fanges Méotides Sortir des conquérants goths, vandales, gépides : Mais un roi, vraiment roi, qui, sage en ses projets, Sache en un calme heureux maintenir ses sujets; Qui du bonheur public ait cimenté sa gloire, Il faut, pour le trouver, courir toute Thistoire. La terre compte peu de ces rois bienfaisants ; Le ciel à les former se prépare longtemps. Tel fut cet empereur sous qui Rome adorée Vit renaître les jours de Saturne et de Rhée >; Qui rendit de son joug l'univers amoureux; Qu'on n'alla jamais voir sans revenir heureux; Qui soupirait le soir, si sa main fortunée N'avait par ses bienfaits signalé sa journée K Le cours ne fut pas long d'un empire si doux.
Mais où cherché-je ailleurs ce qu'on trouve chez nous? Grand roi, sans recourir aux histoires antiques. Ne t'avons-nous pas vu dans les plaines belgiques. Quand l'ennemi vaincu, désertant ses remparts, Au-devant de ton joug courait de toutes parts, Toi-même te borner au fort de ta victoire, Et chercher dans la paix une plus juste gloire <^?
i. Comparez avec Rabelais» ci-deft^u^^ "^^^^ ^V ^ "i^^^^s^ V^q céses. —5. L*àge d'or. — 4.Til\ia. -- ^.\.îl ^m ^' ^àxAvQtwK^^
L là les exploits que tu dois avouer;
b.par là, grand roi, que je te yeux louer.
Tautres, sans moi, d*un style moins timide,
li aux champs de Mars ton courage rapide;
e ta valeur effrayer Tunivers,
per devant Dôle au milieu des hivers *•
loi, loin des combats, sur un ton moins terrible,
i les exploits de ton règne paisible :
drai les plaisirs en foule renaissants *,
presseurs du peuple à leur tour gémissants K
ra par quels soins ta sage prévoyance
; de la famine entretint Tabondance 4 :
ra les abus par ta main réformés,
nce et Torgueil en tous lieux réprimés;
tris des traitants ton épargne grossie;
3sides affreux la rigueur adoucie ' !
at dans la paix, sage et laborieux;
isans grossiers rendus industrieux;
voisins frustrés de ces tribus serviles
yait à leur art le luxe de nos villes s.
je tracerai tes pompeux bâtiments ?,
ir d'un héros nobles amusements.
ds déjà frémir les deux mers étonnées
r leurs flots unis au pied des Pyrénées s.
i tous côtés la chicane aux abois
L au seul aspect de tes nouvelles lois ^.
le ta main par là va sauver de pupilles!
savants plaideurs désormais inutiles !
sent point l'effet de tes soins généreux? 3rs sous ton règne a-t-il des malheureux? quelque vertu, dans les glaces de l'Ourse, 3 ces lieux brûlés où le jour prend sa source,
nait de conquérir la Franche-Comté en plein hiver. (Boilean.) ivait duré moins d'un mois. — 2. Le carrousel de 1662, et ées à Versailles, sous le nom des Plaisirs de Vtle enchantée, i 1664. — 3'^ia chambre de justice établie en 1661, après i Fouquet^pour'punir les malversations des traitants. — 4. En i plutôt Colbert, fit venir de Prusse et de Pologne une grande ^ et fit construire des fours dans le Louvre. — 5. Les tailles es de quatre millions. (Boileau.) — 6. Encouragements donnés dustries : drap fins à Âbbeville, soieries k Lyon et à Tours, is, tapisseries des Gobelins, de la Savonnerie, de Beauvais, etc. nnade du Louvre, les châteaux de Versailles, de Saint-Ger- , l'Observatoire, etc.— 8. Le canal du Languedoc, œuvre d*un e Mirabeau, Paul Riquet. — 9. L'ordonnance cWvk. ^^ V^^l^ r des eaux et forêts, de rordtoïiûaiitft m\ûivsvsîi^&, ^^ ^^^'^ ^"^ ^ode de la marine.
DIX-SEPTIÈME SlbCIffl" — K<^
>ont U triste indigence ose encore approcher,
Et qu'en foule tes dona d'abord n'fullent chercher 'T
C'est par toi qu'on va voir les muses enrichies,
De leur longue disette A jamais affranchies.
Grand roi, poursuis toujours, assure leur repos.
Sans elles un héros n'est pas longtemps héros :
Bientdt, quoi qu'il ait Tait, la mort, d'une ombra noire.
Enveloppe avec lui son nom et son histoire.
En Tain, pour s'eiempter de l'oubli du cercueil,
Achille mit vingt fois tout llion en deuil;
Ea vain, malgré les vents, au bord de l'Uespérie
Enàa enfia porta ses dieux et sa patrie :
Sans le secours des vers, leurs noms tant publiés
Seraient depuis mille ans avec eux oubliés.
Non, à quelques hauts faits que ton destin t'appelle.
Sans le secoure soigneux d'une muse fidèle
Pour t'immortaliser tu fais de vains elTorts.
Apollon te la doit : ouvre-lui tes trésors.
En poètes fameux rends nos climats fertiles :
Un AuRUste aisément peut faire des Virgiles,
Que d'illustres témoins 'de ta vaste bonté
Vont pour toi déposer à la postérité!
Pour moi qui, sur ton nom, déjà, brûlant d'écrire, Sens au bout de ma plume expirer la satire. Je n'ose de mes vers vanter ici le prix : Toutefois si quelqu'un de mes faibles écrits Des ans Injurieux peut éviter l'outrage, Peut-être pour ta gloire aura-t-il soo usage; i
Et comme tes exploits, étonnant tes lecteurs. Seront k peine crus sur la foi des auteurs; Si quelque esprit malin les veut traiter de fables, On dira quelque jour, pour les rendre croyables : Boileau, qui, dans ses vers pleins de sincérité, Jadis à tout son slËcle a dit la vérité; Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire, A pourtant de ce roi parlé comme IliistoirB >.
1. Le rcn en 1661, donna des pensions à beaucoup de geni toute l'Europe. (Boileau.) —2. Boileau, présenté tu roi par' vonne, lui récita les quarante vers qui lermioent sa première étaient encore inédile. « Voili qui est beau, s'écria Louis XIV; rable. Je vous louerais davantuge si vous ne m'aviu pil public doDuera à vos ouvrages les éloges qu'ils méritent pu RSseï pour moi de vous louer. Je vous donne une J mille Uvres, et je vous accorde le privilège pour l'imprei oamges. » i