‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 161 sur 232 · X. LE LOUP ET L*AGN£An · texte numérisé non relu

X. LE LOUP ET L*AGN£An

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous Talions montrer tout à Theure.

Un agneau se désaltérait

Dans le courant d'une pnde pure.

Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure.

Et que la faim en ces lieux attirait.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

— Sire, répond Tagneau, que Votre Majesté

Ne se mette point en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant

Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'elle, Et que, par conséquent, en aucune façon, Ile ne puis troubler sa boisson.

— Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis Tan passé.

— Comment l'aurais-je fait si 2 je n'étais pas né ? Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère.

— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

*- Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens ?

t. Jieliefs, restes (uliquiœ). -»^ 2. Si, puls'«[aft,

DEMOGEOT*

386' DIX-SBPTIBME SIÇCLE

Car vous pè m'épargnez guère,

Vous, vos bergers, £t vos chiens.

On me l'a dit . il faut que je me venge. »

Là-dessus, au fond des folrêts ^ Le loup l'emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

XXn. LE CHÊNE ET LE ROSEAtJ

Le cbène un jour dit au roseau :

a Vous avez bien sujet d'accuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de Teau

Vous oblige à baisser la tête ; Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil,

Brave Teffort de la tempête.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à souffrir,

Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. — Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel : mais quittez ce souci.

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. n Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L'arbre tient bon ; le roseau plieJ

Le vent redouble ses efforts.

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

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