LIVRE II IX. LE LION ET LE MOUCHERON
« Va-t'en, chétif inaecle^ eict^mwit de la terre î ». C'est en ces mois <\v\ft \ô \\oi^
Parlait un jour au moucheron.
L'autre lui déclara la guerre :
i Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi
JAe fasse peur ni me soucie i?
Un bœuf est plus puissant que toi;
Je le mène à ma fantaisie. »,
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le trompette et le héros.
Dans l'abord il se met au large; i
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du lion, qu'il rend presque fou. ]
ue quadrupède écume, et son œil étincelle; I rugit. On se cache, on tremble à l'environ; v <
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un moucheron.
Jn avorton de mouche en cent lieux le harcelle; l'antôt pique l'échiné, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
^a rage alors se trouve à son faite montée, /invisible ennemi triomphe, et rit de voir ^u'ii n'est griffe ni dent en la bête irritée iui de la mettre en sang ne fasse son devoir. «e malheureux lion se déchire lui-même, ' '\
^ait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, tat l'air qui n'en peut mais «; et sa fureur extrême 46 fatigue, l'abat : le voilà sur les dents. •'insecte du combat se retire avec gloire : Somme il sonna la charge, il sonne la victoire, ^a partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L*embuscad« d'une araignée;
Il -y rencontre aussi sa fin.
îuelle chose par là nous peut être enseignée? "en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis ^s plus à craindre sont souvent les plus petits ; Vautre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.
. L'ANE CHARGÉ D'ÉPONOEft BT L'ANE GHARaÉ DE SEL
Un ànier, son sceptre à la main, Menait, en empereur romain.
Deux coursiers à longues oreilles.
L'un, d'épongés chargé, marchait comme un courrier : Et l'autre, se faisant prier,
Me soucie^ m'inquiète* — 2. Mais y'x^vX 4ml X^Mvû. ma^U^ ^v. ^\^s&iJ^ otage, Qui n'en petU mais, qui n'y est pout lÂfttL, ^\ c^v tjÎ^^^"^ '^'^'
388 DIX-SEPTIÈME StÈCLE
Portait, comme on dit, les bouteilles i t Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,
Par monts, par vaux, et par chemins, Au gué d^une rivière' à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent.
L'Ânier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur râne à Téponge monta,
Chassant devant lui Tautre béte.
Qui, voulant en faire à sa tête,
Dans un trou se précipita.
Revint sur Teau, puis échappa .'
Car au bout de quelques nagées,
Tout son sel se fondit si bien
Que le baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongier prit exemple sur lui, Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui. Voilà mon âne à Teau ; jusqu'au col il se plonge,
Lui, le conducteur et Téponge.
Tous trois burent d^autant ^ : l'ânier et le grison
Firent à l'éponge raison.
Celle-ci devint si pesante,
Et de tant d'eau s*emplit d'abord.
Que TAne succombant ne put gagner le bord.
L'ânier l'embrassait, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe^ C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point ' Agir chacun de même sorte.
J'en voulais venir à ce point.