‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 165 sur 232 · V. LS REKARD ET LE BOUC · texte numérisé non relu

V. LS REKARD ET LE BOUC

Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés. Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez; L^autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits ;

Là, chacun d'eux se désaltère.

Après qu*abondamment tous deux en eurent pris, Le renard dit au bouc : « Que ferons-nous, compère? Ce n*est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ; Mets-les contre le mur : le long de ton échine

Je grimperai premièrement;

Puis sur tes cornes m'élevant,

A l'aide de cette machine,

De ce lieu-ci je sortirai.

Après quoi je t'en tirerai.

— Par ma barbe! dit l'autre, il est bon ; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.

Je n'aurais jamais, quant à moi,

Trouvé ce secret, je l'avoue. »

Le renard sort du puits, laisse son compagnon,

Et vous lui fait un beau sermon

Pour l'exhorter à patience.

« Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement que de barbe au menton.

Tu n'aurais pas, à la légère.

Descendu dans ce puits. Or, adieu; j'en suis hors; Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts;

Car, pour moi, j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. » En toute chose il faut considérer la fin.

XVni. LE CHAT ET LE VIEUX RAT

J'ai lu chez un conteur de fables.

Qu'an second Rodilard >, l'Alexandre des chats,

L'Attila, le fléau des rats.

Rendait ces derniers misérables :

J'ai lu, dis-je, en certain auteur,

Que ce chat exterminateur, ,

Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde ; 11 voulait de souris dépeupler tout le monde.

1. Le premier BodiJârd est le héros de \a &«coti^^ UW*^ ^l^Xc^x^^. ^^^t!\

,:-»'TÏ..-'

Les planches qu'on suspend sur un léger appui,

La mort-aux-rats, les souricières,

N'étaient que jeux au prix de lui.

Comme il voit que dans leurs tanières

Les souris étaient prisonnières, Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher, Le galant fait le mort, et du haut d'un plancher Se pend la tête en bas ; la bête scélérate A de certains cordons se tenait par la patte. Le peuple des souris croit que c'est châtiment, QuMl a fait un larcin de rôt ou de fromage, Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage; Enfin, qu'on a pendu le mauvais garnement.

Toutes, dis-je, unanimement.

Se promettent de rire à son enterrement, Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tète,

Puis rentrent dans leurs nids à rats,

Puis ressortant font quatre pas,

Puis enfin se mettent en quête *,

Mais voici bien une autre fête :

Le pendu ressuscite ; et, sur ses pieds tombant.

Attrape les plus paresseuses, ft Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant ; C'est tour de vieille guerre; et vos cavernes creuses Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :

Vous viendrez toutes au logis. »

Il prophétisait vrai : notre maître Mitis >, Pour la seconde fois, les trompe et les affine,

Blanchit sa robe et s'enfarine;

Et, de la sorte déguisé, Se niche et se blottit dans une huche ouverte.

Ce fut à lui bien avisé :

La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte. Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour r C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour; Même il avait perdu sa queue à la bataille : « Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille, S'écria-t-il de loin au général des chats ; Je soupçonne dessous encor quelque machine ;

Rien ne te sert d'être farine ; Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas. » C'était bien dit à lui; j'approuve sa prudence :

11 était expérimenté, 1

Et savait que la méfiance

Est mère de la sûreté.

/. Vont è la découverte. — 2. Mitis, ftu\^V\Ti> ^owi, ^^vicereux.

Page 1