LE DISCOURS DE UL MÉTHODIÎ
Le Discours de la Méthode est le premier chef-d'œuvre de notre prose moderne. Il nous révèle enfin, dans toute sa simplicité majestueuse, la belle langue du xvip siècle. Ce n'est plus, comme dans Montaigne, un idiome personnel, un composé bizarrement gracieux de français^ de latin et de gascon; c'est la langue de tout le monde frappée à l'empreinte du génie d'un seul. Voici enfin la parole qui se propose de persuader, c'est-à-dire d'atteindre le but de l'éloquence. Aussi devient-elle aussitôt grave, sévère, imposante, quelquefois impérieuse; on croit entendre le ton de la vérité aux prises avec les sophismes. Au lieu de s'attardei* à orner son expression, c'est-à-dire à la gâter, le philosophe marche toujours droit devant lui; on sent que tout son désir est^de vous convaincre. Ses idées s'enchaînent, ses raisonnements se pressent, son langage devient un tissu d'idées que rien ne peut rompi*e.
Dans la première partie de son Discours^ Descartes expose comment après avoir achevé le cours d'études, « au bout dizguel on a coutume d?èltô t^^^xx ^\SLT^\i% ^^'^^^^i<eja^)> il se trouva embarrassé dé lanV. ôl^ doxiiçi^ çX. ^^^^^Nœ^^oj^^
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DÈSCARTES
86 résolut à ne plus chercher d'autre science que celle qui pouvait se trouver en lui-même, « ou bien dans le grand livre du monde ». Il rejeta toutes les opinions qu'il avait reçues jusqu'alors en sa créance, afin d'y en remettre d'autres meilleures, ou bien les mêmes, après les avoir ajustées au niveau de la raison, et pour ne pas s'égarer au milieu des ténèbres dans lesquelles il s'engageait, il établit d'abord quatre préceptes, qu'il se promit d'observer étroitement.
« Le premier, dit-il, était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.
a Le second, de diviser chacune des difiicultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.
a Le troisième de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés, et supposant ^mème de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.
« Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de he rien omettre. » {Seconde partie,)
Afin de ne pas rester irrésolu en ses actions, pendant que la raison l'obligerait de l'être en ses jugements, il se forma une morale provisoire, qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes, exposées dans la troisième partie du Discours : Obéir aux lois et coutumes de son pays, retenir constamment la religion dans laquelle il avait été instruit, et se gouverner en toilte autre chose suivant les opinions reçues en pratique par les hommes les plus sensés; être le plus ferme et le plus résolu en ses actions a^'vV pourrait et suivre aussi constamment \e^ o^Vdàûtl^V^^ ^^vx^s. douteuses, lorsqu*il s'y serait une îoia àfeV.e.xraÀXifen Q^^ ^"^
elles eussent été assurées ; tâcher à se vaincre plutôt que la fortune, et s'accoutumer ^ croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement à notre pouvoir que nos pensées; enfin employer toute sa vie à cultiver sa raison et à s'avancer dans la connaissance de la vérité.
La quatrième parffie contient l'application de la nouvelle méthode à la métaphysique, et la démonstration de l'existence de Dieu et de l'âme humaine, tirée de cette première vérité évidente par elle-même : Je pensej donc Je suis; la cinquième, l'application de la méthode à des questions de physique ; la sixième, des réflexions sur les choses que Descartes « croit être requises pour aller plus avant ea la recherche de la nature qu'il n'a été )), et sur les raisons qui l'ont déterminé à écrire.