‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 208 sur 232 · FRAGMENT DU SERMON SUR LA MORT · texte numérisé non relu

FRAGMENT DU SERMON SUR LA MORT

BRTÈYBTi DE LA VIE

Hélas! mes frères, ce qui doit finir peut-il vous paraître long? regardez derrière vous; où sont vos premières années? que laissentelles de réel dans votre souvenir? pas plus qu'un songe de la nuit; vous rêvez que vous avez vécu, voilà tout ce qui vous en reste; tout cet intervalle, qui s'est écoulé depuis votre naissance jusqu'aujourd'hui, ce n'est qu'un trait rapide qu'à peine vous avez vu passer. Quand vous auriez commencé à vivre avec le monde, le passé ne vous paraîtrait pas plus long ni plus réel ; tous les siècles qui ont coulé jusqu'à nous, vous les regarderiez comme des instants fugitifs; tous les peuples qui ont paru et disparu dans l'univers, toutes les révolutions d'empires et de royaumes, tous ces grands événements qui embellissent nos histoires ne seraient pour vous que les différentes scènes d'un spectacle que vous auriez vu finir en un jour. Rappelez seulement les victoires, les prises de places, les traités glorieux, les magnificences, les événements pompeux des premières années de ce règne; vous y touchez encore; vous en avez été la plupart, non seulement spectateurs, mais vous en avez partagé les périls et la gloire : ils passeront dans nos annales jusqu'à nos derniers neveux; mais pour vous ce n'est déjà plus qu'un songe, qu'un éclair qui a disparu, et que chaque jour efface même de votre souvenir. Qu'est-ce donc que le peu de chemin qui vous reste à faire ? croyonsnous que les jours à venir aient plus de réalité que les passés? Les années paraissent longues quand elles sont encore loin de nous; arrivées, elles disparaissent ; elles nous échappent en un instant : et nous n'aurons pas tourné la tête que nous nous trouverons^ comme par un enchantement, au terme fatal qui nous parait encore si loin, et ne devoir jamais arriver. Regardez le monde tel que vous l'avez vu dans vos premières années et tel que vous le voyez aujourd'hui : une nouvelle cour a succédé à celle que vos premiers ans ont vue; de nouveaux personnages sont montés sur la scène; les grands rôles sont remplis par de nouveaux acteurs; ce sont de nouveaux événements, de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de nouveaux héros dans la vertu, comme dans le vice, qui font le sujet des louanges, des dérisions, des censures publiques ; un nouveau monde s'est élevé insensiblement, et sans que vous vous en soNez «.^^v<;u8, sur les débris du premier: tout passe avec vous el comme now?»-, wwe T«:çk\^\\fe aîaA.^\^Tv n'arrête ntràtne tout dans les etblmea ^e Vfe.\fctTvvV^\wQ^ ^\i^^\x«^ \^qî^% i^w ^aj^èrent hier le chemin, el nowa aXXow?» \e lT^>i«çA^m^^V^'s<«^

madame; de sévigné 489

qui Tiendront après npus. Les âges se renouvellent; la figure du monde passe sans cesse, les morts et les vivants se remplacent et se succèdent continuellement; rien ne demeure; tout change, tout s'use, tout è*éteint ; Dieu seul demeure toujours le même ; le torrent des siècles , qui entraine tous les hommes , coule devant ses yeux; et il voit avec indignation de faibles mortels, emportés par ce cours rapide, Pinsulter en passant, vouloir faire de ce seul instant tout leur bonheur, et tomber, au sortir de là, entre les mains de sa colère et de sa vengeance. Où sont maintenant parmi nous les sages? dit Papôtre ; et un homme, fût-il capable de gouverner l'univers, peut-il mériter ce nom, dès qu'il peut oublier ce .qu'il est et qu'il doit être?

Marie de Rabutin-Chantal naquît à Paris le 6 février 1626. Elle n'avait que cinq mois et demi, quand son père fut tué en défendant Tile de Ré contre les Anglais. Peu d'années après, elle perdît sa mère, et resta sous la tutelle de son oncle, l'abbé de Goulanges, le bien-bon, qui lui fît donner une éducation excellente. Ménage et Gbapelain furent ses maîtres. Elle apprit Fitalien, l'espagnol, un peu de latin, et prit le goût des lectures sérieuses. Elle n'avait que dix-sept ans quand elle épousa le marquis de Sévigné, qui fut tué en duel après sept ans de mariage. Restée veuve à vingt-quatre ans, elle tourna toutes ses pensées sur ses deux enfants, et s'occupa de rétablir leur fortune compromise par les désordres du marquis, et d'assurer leur avenir. En 1669, elle maria sa fille au comte de Grignan, qui fut bientôt après nommé gouverneur de la Provence. Séparée de sa fille^ Mme de Sévigné chercha un dédommagement à son absence dans une active correspondance, qui, pendant vingt-sept des plus curieuses années du règne de Louis XIV, fut toujours aussi pleine d'intérêt et de verve que le premier jour. Elle mourut le 18 avril 1696 à Grignan en Provence auprès de sa fille.

Le premier recueil des Lettres de Mme de Sévi^rié \3arx1t en 1125, Paris, i vol. pelil m-V^\ TO^a ^xv. W^^>^^^-

iOb DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

Le recueil complet fut publié par Perrin en 1734-1737-

1754, Paris; 8 vol. in-12.

Parmi les nombreuses éditions on peut citer celles de

Paris, Didot, 1818, 10 vol. in-8; Paris, Dalibon. 1823-1824,

. 12 vol. in 8; Paris, Janet et Cotelle 1822-1826, 12 vol. in-8;

et enfin celle de M de ftflonmerquéet de M. Ad. Régnier,

Paris, Hachette, 1862, 12 vol. in-8.

A cette édition, la plus complète, on doit joindre les deux volumes de Lettres inédites publiées en 1876 par M. Capmas.

Mme Tastu, auteur d'un Éloge de Mme de Sévigné couronné par TAcadémie française en 1840, a donné un bon choix de ses Lettres : Paris, Didier, 1853, in-12.

Walckenaër a publié des Mémoires touchant la vie et les écrits de Mme de Sévigné, Paris, Didot, 1842-1852, 5 vol. gr. in-18.

Le fruit le plus naturel, le plus spontané du siècle de Louis XIV, l'œuvre littéraire où la société se confond pour ainsi dire avec son image, c'est la correspondance de Mme de Sévigné, Il appartenait au règne de la cour, c'est-à-dire de l'esprit de société, de faire de la conversation écrite un genre littéraire, et d'un recueil de lettres un de ses plus remarquables ouvrages.

C'est par amour maternel, c'est pour distraire sa fille, qui s'ennuie majestueusement au milieu des fêtes et des tracasseries de la société provençale, que Mme de Sévigné entreprend de transporter Paris et Versailles à Aix. Sa correspondance, comme un miroir enchanté, nous fait connaître la cour et ses intrigues, le roi et ses martresses,^ l'Église, le théâtre, la littérature, la guerre, les fêtes, les repas, les toilettes. Tout cela s'anime et se colore en traversant l'esprit de cette femme charmante. Si Mme de Sévigné écrit à ses autres correspondants, à Bussy, à Goulanges, avec sa fille elle cause : elle laisse trotter sa plume la bride sur le coUj et les lettres qu'elle lui adresse sont les plus exquises'de toutes. Elle lui donne avec plaisir h dessus de tous l^% paniers^ c'est-d-rfere la fleur de son esprit^ de sa téie^ de ses ycux^ de m plume^ d<i %qxx ^wxIwm» ; et puis le reste va comme il peut.^VV^ ^^4\\)wV\\.au\.wv\A

causer avec sa fille, qu'elle 7aôo«re avec les autres *. C'est dans ,ses lettres qu'il faut aller chercher le style français par excellence, tout plein de la saveur gauloise du x vie siècle, et purifié par toutes les élégances d'une société d'élite Elle aime et recommande surtout le naturel^ qui, à son avis, compose un style parfait *. Elle voudrait bien savoir laquelle des madames Àq Provence prend goût à ce qu'elle écrit; et elle trouve naïvement que c^est un bon signe pour cett^ dame; car, ajoute-t-elle» mon esprit est si négligé quHl faut avoir un esprit naturel et du mon e pour pouvoir s'en accommoder *.

LETTBES SUR LE PROGËS SE FOUQUET ^

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