‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 22 sur 232 · V RÉGNIER · texte numérisé non relu

V RÉGNIER

A. les lire amusez, ii*ont autre passe»temps. »

De là, sans vous laisser, importuns ils vous suivent,

Vous alourdent ^ de vers^ d'alegresse vous privent.

Vous parlent de fortune, et qu'il faut acquérir

Du crédit, de Thonneur, avant que de mourir;

Mais que pour leur respect > Tingrat siècle où nous sommes,

Au prix de la vertu n^estime point les hommes :

Que Ronsard, du Bellay, vivants ont eu du bien.

Et que c'est honte au Roy de ne leur donner rien.

Puis, sans qu'on les convie, ainsi que vénérables,

S'assient en Prélats les premiers à vos tables.

Où le caquet leur manque, et des dents discourant.

Semblent avoir des yeux regret au demeurant

Si quelqu'un, comme moy, leurs ouvrages n'estime, Il est lourd, ignorant, il n'ayme point la rime ; Difficile, hargneux, de leur vertu jaloux,

Contraire en jugement au commun bruit de tous

Juste postérité, à tesmoin je t'appelle,

Toy qui, sans passion, maintiens l'œuvre immortelle,

Et qui selon l'esprit, la grâce et le sçavoir,

De race en race au peuple un ouvrage fais voir :

Venge ceste querelle, et justement sépare

Du cigne d'Apollon la corneille barbare.

Qui croassant partout d'un orgueil effronté.

Ne couche de rien moins que l'immortalité >.

(Satire IL)

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