FÉN^^ON
moment, dans le môme saisissement de ccçur où une mère qui revoit son cher fils qu'elle avait cru mort;, et cette joie, qui échappe bientôt à la mère, ne s'enfuit jamais du cœur de ces hommes ;'
- jamais elle ne languit un instant; elle est toujours nouyelle pour eux : ils ont le transport de l'ivresse, sans en avoir le trouble et
- l'aveuglement.
Ils s'entretiennent ensemble de ce qu'ils voient et de ce qu'ils goûtent : ils foulent à leurs pieds les molles délices et les vaines grandeurs de leur ancienne condition qu'ils déplorent; ils repassent avec plaisir ces tristes mais courtes années, où ils ont eu besoin de combattre contre eux-mêmes et contre le torrent des hommes corrompus, pour devenir bons; ils admirent le secours des dieux qui les ont conduits, comme par la main, à la vertu, au travers de tant de périls. Je ne sais quoi de divin coule sans cesse au travers de leurs cœurs, comme un torrent de la divinité même qui s'unit
- à eux; ils voient, ils goûtent; ils sont heureux et sentent qu'ils le seront toujours. Ils chantent tous ensemble les louanges des dieu};, et ils ne font tous ensemble qu'une seule voix^ une seule pensée, un seul cœur; une même félicité fait comme un flux et reflux dans ces âmes unies.
Dans ce ravissement divin, les siècles coulent plus rapidement que les heures parmi les mortels; et cependant mille et mille siècles écoulés n'ôtent rien à leur félicité toujours nouvelle et toujou'rs entière. Us régnent tous ensemble, non sur des trônes que la main des hommes peut renverser, mais en eux-mêmes, avec une puissance immuable, car ils n'ont plus besoin d'être redoutables par une puissance empruntée d'un peuple vil et misérable. Us ne portent plus ces vains diadèmes dont l'éclat cache tant de craintes et de noirs soucis : les dieux mêmes les ont couronnés de leurs propres mainii, avec des couronnes que rien ne peut flétrir.
LETTBE ▲ L'ACADÉMIE
La Lettre à M, Dacier^ secrétaire perpétuel de V Académie française, sur les occupations de -t Académie, écrite par FéneloQ dans le cours de Tannée 1714, quelques mois avant sa mort, est une sorte d'essai, d'une allure libre et dégagée, plutôt qu'un traité méthodique, tel que VArt poétique de Boileau. Elle est divisée en dix chapitres, d'importance et d'étendue inégales, dans lesquels Fénelon traite successivement : du projet d'achever le Dictionnaire^ d'un projet de Grammaire^ du projet d'enrichir la langue, d'un projet de Rhétorigue, à' un projet de Poétique, ftV.âLÇ^Uof^s^V^^^^'^^^^ traités, sur la Tragédie, la Comédie ftV YH^tovr^. V%^^^^-
8â6 JblX-SEPTIÈME SIÈCLE
vième chapitre répond brièvement à une Objection sur m divers projets. Le dixième est consacré à la question des Anciens et des< Modernes.