‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 225 sur 232 · I. Bacine, Phèdre, acle\, ac^neNi — ^. ^\M^^, Œ.^\i^^^s · texte numérisé non relu

I. Bacine, Phèdre, acle\, ac^neNi — ^. ^\M^^, Œ.^\i^^^s

PÉNELON S4â

certains caractères. Il a embrassé une plus grande yariété de sujets. II a peint par des traits forts presque tout ce que nous voyons de déréglé et de ridicule. Térence se borne à représenter des vieillardQ avares et ombrageux, de jeunes hommes prodigues et étourdis, des courtisanes avides et impudentes, des parasites bas et flatteurs, des esclaves imposteurs et scélérats. Ces caractères méritaient sans doute d'être traités suivant les mœurs des Grecs et des Bomains. De plus, nous n'avons que six pièces de ce grand auteur. Mais enfin Molière a ouvert un chemin tout nouveau. Encore une fois, je le trouve grand ; mais ne puis-je pas parler en toute liberté sur ses défauts?

En pensant bien, il parle souvent mal. Il se sert des phrases les plus forcées et les moins naturelles. Térence dit en quatre mots, avec la plus élégante simplicité, ce que celui-ci ne dit qu'avec une multitude de métaphores, qui approchent du galimatias. J'aime bien mieux sa prose que ses vers. Par exemple, VAvare est moins mal écrit que les pièces qui sont en vers. Il est vrai que la versification française l'a gêné; il est vrai même qu'il a mieux réussi pour les vers dans VAmphitryon, où il a pris la liberté de faire des vers irréguliers. Mais en général il me parait, jusque dans sa prose,

' ne parler point assez simplement pour exprimer toutes les passions.

D'ailleurs il a outré souvent les caractères. Il a voulu par cette

liberté plaire au parterre, frapper les spectateurs les moins délicats,

et rendre le ridicule plus sensible. Mais, quoiqu'on doive marquer

^ chaque passion dans son plus fort degré, et par ses traits les plus vifs, pour en mieux montrer l'excès et la difformité, on n'a pas besoin de forcer la nature, et d'abandonner le vraisemblable. Ainsi, malgré l'exemple de Plante, où nous lisons Cedo tertiam, je soutiens, contre Molière, qu'un avare qui n'est point fou ne va jamais jusqu'à vouloir regarder dans la troisième main de l'homme qu'il soupçonne de l'avoir volé.

Un autre défaut de Molière, que beaucoup de gens d'esprit lui pardonnent, et que je n'ai garde de lui pardonner, est qu'il a donné un tour gracieux au vice, avec une austérité ridicule et odieuse à

^ la vertu. Je comprends que ses défenseurs ne manqueront pas de dire qu'il a traité avec honneur la vraie probité, qu'il n'a attaqué qu'une vertu chagrine, et qu'une hypocrisie détestable. Mais, sans entrer dans cette longue discussion, je soutiens que Platon et les autres législateurs de l'antiquité païenne n'auraient jamais admis

. dans leur république un tel jeu sur les mœurs.

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Sur VHistoire

Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'&wc\m. "^^^^^ ^:£\<:^n^\s. aime sa patrie, il ne ia flatte jamais en mu. \2\ôa\«t\«Q. \y^^^;^'^dojt se rendre neutre entre la France el VkngVeX.wT^»'^ ^^'^^^^'^^'^

844 DIX-SEPTIÈMË SIÈCLE

' aassi volonliers Talbot ^ que du Guesclin. Ilrend autant de justice aux talents militaires du pritice de Galles* qu'à la sfkgeese de Charles V.

Il évite également les panégyriques et les satires. Il ne mérite d'être .cru qu'autant qu'il se borne à dire sans flatterie et sans vulgarité le bien et le mal. Il n'omet aucun fait qui puisse servira peindre les hommes principaux, et à découvrir les causes des événements; mais il retranche toute dissertation où Térudition d'un savant veut être étalée. Toute sa critique se borne à donner comme douteux ce qui l'est, et à en laisser la décision au lecteur, après lui avoir donné ce que l'histoire lui fournit. L'homme qui est plus savant qu'il n*est historien, et qui a plus de critique que de vrai génie, n'épargne à son lecteur aucune date, aucune circonstaoce supenQue, aucun fait sec et détaché. Il suit son goût, sans consulter celui du public. Il veut que tout le monde soit aussi curieux que lui des minuties vers lesquelles il tourne son insatiable curio-

, site. Au contraire, un historien sobre et discret laisse tomber les menus faits qui ne mènent le lecteur à aucun but important. Retranchez ces faits, vous n^ôtéz rien & Thistoire. Us ne font. qu'interrompre, qu'allonger, que faire une histoire, pour ainsi dire, hachée en petits morceaux et sans aucun fil de vive narration. 11 faut laisser cette superstitieuse exactitude aux compilateurs. Le grand point est de mettre d'abord le lecteur dans le fond des choses, de lui en décoorrir les liaisons, et de se h&ter de le faire arriver au dénouement. L'Histoire doit en ce point ressembler un peu au Poème épique :

Semper ad eventum festinat^ et in médias res. Non secua ao notas, auditorem rapit, et, que Desperat traotata nitesoere posse, relinquit 3.

Il y a beaucoup de faits vagues, qui ne nous apprennent que des noms et des dates stériles : il ne vaut guère mieux savoir ces noms que tes ignorer. Je ne connais point un homme en ne connaissant que son nom. J'aime mieux un historien peu exact et peu judicieux, qui estro))ie les noms, mais qui peint naïvement tout le détail, comme Froissart, que les historiens qui me disent que Gharlemagne tint son parlement à Ingelheim, qu'ensuite il partit, qu'il alla battre les Saxons, et qu'il revint à Aix-la-Chapelle : c'est ne m'apprendra rien d'utile. Sans les circonstances, les faits demeurent comme décharnés : ce n'est que le squelette d'une histoire.

1. Jean Talbot, comte de Shrewsbury, succéda à Suffolk dans le commandement des troupes de Henri VI d'Angleterre, en 1429. — 2. Le prince Noir, par qui le roi Jean fut vainca et pris à la bataille de Poitiers. — 3. Horace, kxX poétique, vers 148 : « il court au but sans se détourner; il jette l'auditeur au milieu 4e% ^n^\)l<»&«^<&) ^^% lui demander s'il les coaùâtt; et tous les détails qui tift %^ \s(^\«q\.'^^ v£L^si:m\&sst!^\^\^^<^i«f . il les laisse* ii

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