‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 25 sur 232 · RÉGNIER S · texte numérisé non relu

RÉGNIER S

— Je suis tout seul, à pied. » Lui, de m^offrir la croupe.

Moy, pour m'en dépêtrer, luy dire tout exprès :

« Je vous baise les mains, je m*en vais ici près,

Chez mon oncle disner. — 0 Dieu ! le galand homme !

J'en suis i. » Et moy pour lors, comme un bœuf qu'on assomme,

Je laisse choir la teste, et bien peu s'en falut,

Remettant par despit en la mort mon salut.

Que je n'allasse lors, la teste la première,

Me jeter du Pont Neuf à bas dans la rivière.

Insensible, il me traisne en la court du Palais, Où trouvant par hazard quelqu'un de ses valets, m'appelle, et luy dit : « Holal hau, Landreville! Qu'on ne m'attende point, je vay disner en ville. » Dieu sçait si ce propos me traversa l'esprit. Encor n'est-ce pas tout : il tire un long escrit, Que voyant je frémy. Lors, sans cageoUerie: « Monsieur, je ne m'entends à la chicanerie, » Ce luy dis-je, feignant d'avoir veu de travers : u Aussi n'en est-ce pas, ce sont de meschants vers, (Je cogneu qu'il estoit véritable à son dire). Que pour tuer le temps je m'efiPorce d'escrire. Et pour un courtisan, quand vient l'occasion, Je montre que j'en sçay pour ma provision. » 11 lit, et se tournant brusquement par la place. Les banquiers estonnez admiroient sa grimace...

Me voyant froidement ses oeuvres advouer, Il les serre, et se met luy-mesme à se louer : « Doncq'pour un cavalier n'est-ce pas quelque chose? Mais, monsieur, n'avez-vous jamais leu de ma prose 'r Moy de dire que si, tant je craignois qu'il eust Quelque procès verbal qu'entendre il me fallusL K Encore, dites-moy en votre conscience. Pour un qui n'a du tout acquis nulle science, Gecy n'est-il pas rare? — U est vray, sur mafoy, » Luy dis-je sousriant. Lors se tournant vers moy, M'accolle à tour de bras, et tout pétillant d'aise. Doux comme une espousée, à la joue il me baise, Puis me flattant l'espaule, il me fist librement L'honneur que d'approuver mon petit jugement. Apres ceste caresse, il rentre de plus belle : Tantost il parle à l'un, tantost l'autre l'appelle ; Tousjours nouyeaux discours, et tant fut-il humain, Que tousjours de faveur il me tint par la main. J'ay peur que sans cela, j'ay l'ame si fragile. Que le laissant d'aguet *, j'eusse peu faire gile »;

/. Voir Molière, les Fâcheux, acte I, scèae i. — ^. Aguet, fe\ft\sv>a^^'îi\ met, d'une ùiçon adroiteet sabtile.— S.LocuUoTipTONfetVv^Vi'.^'^'î*^^^^*

Mais il me fust bien force, estant bien attaché, Que ma discrétion ^ expiast mon péché.

(Satire VIII.)

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