‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 26 sur 232 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

François de Malherbe, né àCaen en 1556, d'une noble ei ancienne famille, vécut d'abord en Provence et se signais dans la profession des armes. Il vint à Paris en 1603, fui présenté à Henri IV, qui, charmé de la pureté de ses vers el de la noblesse de son langage, le garda à son service el l'inscrivit parmi ses pensionnaires. Après la mort de c( prince, Marie de Medicis gratifia Malherbe d*une pensioii de cinq cents écus. Il mourut à Paris en 1628. Ses œuvres consistent en Odes, Stances, Sonnets, Paraphrases, Épigrammes, Chansons, Lettres en prose, traduction de quelques traités de Sénèque et du xxxiii* livre de Tite- Live,

Première édition des œuvres réunies, Paris, 1630, in-4»; principales éditions : Paris, Barbin, 1689, in-12; Paris, Coustelier, 1722, in-12, Paris, Barbou, 1757, in-8; Paris, Didot, 1797, gr. in-4»; Paris, Lefèvre, 1825, in-8.

Parmi les réimpressions modernes, on consultera avec fruit l'édition des Poésies, par M. de Latour, où fut publié pour la première fois le curieux commentaire d'André Chénier sur Malherbe (Paris, 1842 et 1855, in-12) -, mais surtout rédition de M. Ludovic Lalanne, dans la Collection des Grands Écrivains, Paris, Hachette, 1862-1869, 5 vol. ii^-8. Cette dernière ne donne pas seulement les œuvres poétiques, mais les ouvrages en prose et la correspon*dance de Malherbe.

Il existe une vie de Malherbe écrite par Racan.

La gloire de Malherbe, c'est d'avoir connu le premier et^ France le sentiment et la théorie du style, d'avoir faU sciemment ce que Régnier exécutait par instinct. Critiqua

i. Ameûde de jea.

mâlherbb 5S

plutôt qu*artiste, son œuvre est un code plus qu^un poème, et, comme tout législateur, il s*,attache surtout jbl proscrire ce qu'on doit éviter. S'il procéda surtout par négation, c'est que son époque, non moins que son génie, lui en faisaient une nécessité. La richesse était faite dans la poésie, il n'y manquait que l'ordre, cette seconde richesse. Malherbe inventa le goût : ce fut là sa création.

Il bannit des vers VhiattÂS^ sans circonstances atténuantes, interdit à jamais Yenjambement ou iuspension^ posta la césure au sixième pied de l'alexandrin, comme une sentinelle impassible, repoussa dédaigneusement les rimes trop faciles : rien ne sent plus son grand poète que de rimer difficilement. Désormais plus de licence en poésie, plus d'inversions hasardées; les vers bien faits seront beaux comme de la prose. Dans les matériaux confus qu'avaient entassés ses devanciers, il fit une langue noble, par choix et par exclusion. Le principe qui présida à ce triage atteste sa haute intelligence de la vraie natute des langues ; il répudia également la cour et le collège, la mode et l'érudition, et prit pour guide l'instinct du peuple de Paris. Il rejeta tous les patois admis avec trop d'indul-^ gence par Ronsard. La langue, comme la monarchie, marchait à grands pas vers l'unité. Au précepte il sut joindre l'exemple, et le caractère de son talent s'assortit merveil-* leusement avec les exigences de sa raison, Poète peu fécond, mais correct et laborieux, on le vit gâter une demi* rame de papier pour faire et refaire une stance.

Cette sobriété de composition, ce respect du lecteur et des lois du style, cette haute idée des difBcultés de Fart, était au xvi^' siècle chose entièrement nouvelle. Aussi quel charme n'éprouve-ton pas, en quittant Ronsard, Dubartas^ d'Aubigné et Régnier lui-même, de rencontrer tout à coup des vers qu'on croirait cueillis d'hier, tant ils ont conservé leur fraîcheur et leur pureté I

56 SEIZJ^ÈMB SIÈCLE

GONSOULTION A M. DU PÉRIER, aENTILHOMUE D'ADC £ PROVENGE, SUR LA MORT DE SA FILLE — STANCES

Ta douleur, du Périer, sera donc étemelle,

Et les tristes discours Que te met en l'esprit Tamitié paternelle

L'augmenteront toujours?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?.

Je sais de quels appas son enfance étoit pleine^

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle étoit du monde où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses *,

L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi seroit, que selon ta prière Elle auroit obtenu ' D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu'en fûtril advenu? ,

Penses-tu que plus vieille en la maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil?

Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste,

Et les vers du cercueil?....

C'est bieni je le confesse^ une juste coutume,

Que le cœur affligé, Par le canal des yeux vidant son amertume,

Cherche d'être allégé.

Même quand il advient que la tombe sépare

Ce que nature a joint, Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un l^arbare,

Ou n'en a du tout point.

1 . On raconte que Malherbe avait d'abord écrit ainsi ce vers :

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses,

■Mais à l'imprimerie on aurait mal lu le manuscrit, et l'on aurait m J^ûse/U au lieu de Rosette, JBn lisant l'épreuNe k Yvawlft no\x, k ^oàte ^ura été frappé de cette variante fortuite, et Vaurail aïOiopVfeft.

MALHËRfiB 57

Mais d*être inconsolable, et dedans sa mémoire

Enfermer un ennui.

N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire

De bien aimer autrui?....

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois; .

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience,

Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science

Qui nous met en repos.

Page 1