XVI PRÉFACE
âge et du mouvement financier contemporain, ni l'intolérance religieuse n'ont joué, quoi qu'on en ait dit, un rôle appréciable à l'époque gréco-romaine.Seulement, une foisl'aversion contre une classe d'hommes créée el enracinée par un motif quelconque, dans l'objet hai tout devient haissable ; l'opinion préconcue donne naissance ou crédit à des fables, à des calomnies, qui contribuent, à leur tour, à la généraliser et à la fortifier, quelquefois méme survivent à ses véritables causes. Le Juif, dans l'antiquité, n'a pas échappé à celte loi fatale ; il a été, là aussi, «le pelé, le galeux d’où venait tout le mal ». Les diffamations variées, plus ou moins répandues, dont il est la cible, ont un lieu d'origine bien marqué : Alexandrie. Là se forma, en effet, la premiere grande colonie juive, là se dessina pour la premiere fois l'opposition entrele judaisme el l'hellénisme, en méme temps que se produisaient les premieres tentatives de pénétralion réciproque. L'antijudaisme devait s'y développer d'autant plus rapidement que les Égyp- «iens, vivant en bons termes avec les Grecs, nourrissaient d'anciennes rancunes contre les Juifs, qui méprisaient publiquement les superstilions égyptiennes et racontaient avec orgueil comment, au temps de Moïse, le peuple élu avait triomphé de ses oppresseurs.
Il est trés remarquable que la première attaque caraclérisée de la littérature grecque contre les Juifs se rencontre dars l'ouvrage historique d'un prêtre égyptien hellénisé, Manéthon: c’est la contre- partie du récit hébreu del Exode. Cette faible invention des « impurs» et des « lépreux », bannis par un Aménophis ou un Bocchoris,et devenus, après mille aventures, le peuple juif, parait étre née dans les sacristies égypliennes ; Manéthon l'a plutót accueillie qu'imaginée,car on en découvre déjà des traces chez son dévancier Hécatée d'Abdere. Elle a fait une prodigieuse fortune : on la retrouve, sous des formes diverses, et agrémentée chaque fois de détails nouveaux, chez