PRÉFACE XIX
naturellement sanguinaires ou grotesques. C'est ici surtout que la fantaisie malveillante des pamphlétaires alexandrins, favorisée par le mystère dont les Juifs entouraient le culte du sanctuaire, s'est donné libre carrière. Les Juifs, dit-on, professent pour l'áne une vénération singulière, soit parce qu'il est l'animal sacré de leur ancêtre Typhon, soit parce qu'un troupeau d'ànes leur a révélé la source qui les a sauvés dans le désert ; aussi ont-ils placé dans leur temple une tête d'âne en or ou la statue de Moïse monté sur un âne : c'est là le grand secret, le mystère du «saint des saints » '. Ceci n'est que risible ; voici qui est odieux : tous les ans, suivant Apion, tous les sept ans,suivant Damocrite, ils capturent un Grec, l'immolei
à leur dieu après l'avoir engraissé et se nourrissent de ses entrailles”; c’est à cette occasion qu'ils prêtent le monstrueux serment de ne vouloir de bien à aucun étranger, principalcment aux Grecs. Tel est le premier germe de l'accusation du meurtre rituel, qui a fait coulerau Moyen Age tant de sang innocent. Le christianisme n'aurait pas dà oublier que cette calomnie, aussi bien que celle du culte de l’âne, ne lui avait pas été épargnée à son origine".
On voit, par ce bref résumé, la physionomie, le genre d'intérét que présentent les fragments réunis dans ce volume. La vérité y est comme noyée dans la fable,la médisance et la haine y sont plus largement représentées que la bienveillance ou l'impartialité. C'est une lecture agacante, parfois pénible, mais profitable, car l'histoire des préjugés est une partie, et non des moins notables, de l'histoire de l'esprit humain. Tout d'ailleurs n'est pas préjugé, erreur ou calomnie dans ce que les anciens ont dit des Juifs, et leurs critiques même peuvent
1. Voir, à l'Index, le mot Ane et rapprocher ie texte d'Hermippe, n° 14, 2. Index, Meurtre rituel. Cp. Théophraste, p. 8. 3. Tertullien, Apol., 8 et 16 et autres textes cilés par Schürer, lI, 550
(note 240) et 552 (note 250).