En 134 avant J.-C
I. (Antiochus Sidétes) soumit’ aussi les Juifs qui, sous son pere Démétrius *, avaient reconquis leur liberté par les armes. Tellesfurent, dans la suite, les forces de cette nation qu'apres lui elle ne souffrit plus aucun roi macédonien * et que, se gouvernant elle-méme, elle désola la Syrie par des guerres continuelles.
11. Les Juifs sont originaires de Damas, la plus noble cité de la Syrie, berceau également des rois assyriens issus de Sémiramis‘. Le roi Damascus donna son nom à la ville; pour honorer sa mémoire les Syriens révérerent comme un temple le tombeau d’Atharé*, son épouse, qu'ils tiennent encore pour une déesse, objet d'un culte fervent.
2. Démétrius I* Soter, roi de Syrie (162-150 av. J.-C.). Justin parait avoir considéré Jonathan Macchabée (161-143) comme le véritable libérateur des Juifs. C'est en 153, sousle régne de Démétrius, que Jonathan prit le titre de grand prétre des Juifs (I Macc., x, 15-21).
3. Antiochus Sidétès périt en 128. Cette mort marqua le point de départ
de nouveaux progrès de l'État juif.
4. Nous avons déjà vu (ne 37) Nicolas de Damas attribuer à Abraham, ancétre des Juifs, une origine damascéne. La Bible elle-même fait venir les
patriarches du pays araméen.
5. J'adopte la correction de Saumaise. Les manuscrits ont Ariarathes,
Post Damascum Azelus, mox Adores et Abrahames et Israhel reges fuere. Sed Israhelem felix decem filiorum proventus maioribus suis clariorem fecit.
Itaque populum in decem regna divisum filis tradidit, omnesque ex nomine lude, qui post divisionem decesserat,
LATINS
Apres Damascus régnerent successivement Azélus, Adores!, Abraham et Israël. L'heureuse naissance de dix fils? rendit Israel plus illustre que ses ancêtres. Il divisa son peuple en dix tribus qu'il partagea entre ses fils; il les appela tous Judéens (Juifs) du nom de Juda,
Tudæos appellavit, colique me- mort depuis le partage ἡ, et voulut qu'ils honorassent tous la mémoire de celui dont la
part s'était ajoutée à la part de
moriam eiusab omnibus iussit, cuius porlio omnibus accesserat.
tous.
Le plus jeune des freres était Joseph‘. Ses frères, redoutant son intelligence remarquable, s'emparèrent secrètement de
Minimus ætate inter fratres loseph fuit, cuius excellens ingenium fratres veriti clam interceptum peregrinis mercato-
Arates, Arathis. I s'agit sans doute de l'Astarté syrienne à laquelle Strabon, XVI, 4, 27, donne le nom ‘Abdou. On faisait de Sémiramis la fille de Dercéto (Diodore, II, 4) qui n'est qu'une autre forme de l'Astarté syrienne (— Atargatis). Quant au roi Damascus, il n’a pas plus de réalité que les autres dieux ou héros éponymes de villes célèbres. Joséphe attribue la fondation de Damas à Uz, petit-fils de Sem (Ant., I, 6, 3).
1. Azélus est Hazaël. Adorés représente certainement Adad, nom de divinité porté par plusieurs anciens rois de Damas sous la forme de Ben-Hadad ; cette confusion du dalet et du resh se trouve déjà chez les Septante qui écrivent Αδερ (Freudenthal, Hellenistische Studien, p. 30, note). Adad et son meurtrier Hazaël étaient deux rois célèbres de Damas, contemporains de Joram, dont on trouvera l'histoire chez Josephe, Ant. Jud., IX, 4, 6, et dans les Rois, 1l, ch. vri. ll est difficile de comprendre comment Trogue Pompée a pu en faire des Hébreux. Joséphe nous apprend qu'ils avaient été divinisés.
2. Noter ce chiffre, au lieu du chiffre traditionnel 12. Il semble qu'il y ait eu ici quelque confusion avec les dix tribus du royaume d'Israél.
3. La Bible ne sait rien de cette mort prématurée de Juda. Nous avons ici de l'agada.
4. Justin omet Benjamin, omission d'autant plus remarquable que le reste de l'histoire de Joseph est raconté conformément à la Genèse,
TROGUE POMPÉE
ribus vendiderunt. A quibus deportatus in Ægyptum, cum magicas ibi artes sollerti ingenio percepisset, brevi ipsi regi percarus fuit. Nam et prodigiorum sagacissimus erat et somniorum primus intelligentiam condidit, nihilque divini iuris humanique ei incognitum videbatur, adeo ut etiam sterilitatem agrorum ante multos annos providerit; perissetque omnis Ægyptus fame, monitu eius rex edicto deus per multos annos fruges iussisset; tantaque experimenta eius fuerunt, ut non ab homine sed
nisi
a Deo responsa viderentur.
Filius eius Moses fuit, quem prater paternæ scientiæ hereditatem etiam form: pulchritudo commendabat. Sed JEgypui cum scabiem et vitiliginem palerentur, responso moniti eum cum ægris, ne pestis ad plures serperet, terminis /Egypti pellunt. Dux igitur exulum factus
lui et le vendirent à des marchands étrangers qui l'emmenerent en Égypte. Là, gráce à la pénétration de son esprit, il apprit à connaitre les secrets de la magie et devint bientôt le favori du roi. En effet il était fort habile à expliquer les prodiges et fut le premier qui interpréta les songes. Rien de divin ni d'humain ne paraissait lui être caché, au point qu'il prédit une disette plusieurs années d'avance, et toute l'Égypte eût péri par la famine si le roi, d'après ses conseils, n'eüt ordonné qu'on mit pendant plusieurs années du grain en réserve. Il donna enfin de si grandes marques de sagesse, que ses réponses semblaient sortir de la bouche d'un dieu plutót que d'un homme.
ll eut pour fils Moise ment remarquable par la science qu'il hérita de son pere et par sa beauté. Mais les Égyptiens, affligés de la gale et de
1 6 , égale-
la lèpre, obéissant à l'ordre d'un oracle, le chassèrent hors des frontières d' Égypte avec tous les malades, pour arrêter les
1. Justin saute deux générations; en outre Moise descendait de Lévi, non de Joseph. Nous avons déjà vu cette erreur chez Molon (n? 26).
sacra Ægyptiorum furto abstulit, qua repetentes armis JEgyptii domum redire tempestatibus compulsi sunt.
Itaque Moses Damascena, anliqua patria, repetita, montem Sinæum occupat : in quo septem dierum ieiunio per deserta Arabie fatigatus cum suo populo cum tandem venisset, seplimum diem more gentis sabbata appellatum in omne evum ielunio sacrant, quoniam illa dies famem illis erroremque finierat. Et quoniam metu contagionis pulsos se ab Ægypto meminerant, ne eadem causa invisi apud incolas forent, caverunt, ne cum peregrinis con-
AUTEURS LATINS
progres du fléau. Devenu chef des exilés, il emporta les images sacrées des Égyptiens qu'il avait dérobées, et ceux-ci ayant voulu les reconquérir à main armée furent obligés par des tempétes de rentrer chez eux.
Ainsi Moise, ayant regagné la Damascene'?, son antique patrie, s'établit sur le mont Sinéus (Sina). Comme il y était arrivé avec son peuple apres sept jours de marche, de fatigue et de jeüne à travers les déserts d'Arabie, 1l consacra à jamais au jeüne le septieme jour (que ce peuple appelle sabbat), parce que ce jour avait été le terme de leur famine et de leur voyage *. Et parce que la crainte de la contagion les avait fait chasser de l'Égypte,
1. Nous avons ici une variante du récit égyptien de l'Exode, assez conforme à la plus ancienne rédaction, celle d'Hécatée (n° 9), mais agrémentée de souvenirs de la rédaction biblique. On remarquera qu'au lieu des vaisseaux d'or et d'argent (Exode, xu, 35), Justin fait enlever par les Hébreux les sacra des Égyptiens, et cette version, si on la rapproche de l'enlévement des « dieux » de Laban par Jacob (Genèse, xxxr, 19), prend un caractère remarquable d'antiquité. A noter aussi l'interprétation rationaliste du miracle dela mer Rouge.
2. Singulière erreur géographique qu'il parait difficile d'attribuer à un auteur grec.
3. Cette explication de l'institution du sabbat ressemble à celle d'Apion (supra$ no 63 B), excepté l'étymologie du nom que Justin ne reproduit pas. L'idée fausse que le sabbat est un jour de jeüne se retrouve chez les contemporains de Trogue Pompée, Strabon, XVI, 2, 40 et Auguste (supra, no 130). Cp. Herzfeld, Fränkels Monatsschrift, 1855, p. 109 et suiv.; Schürer, I, 239, n. 22.
TROGUE POMPÉE
viverent; quod, ex causa factum, paulatim in disciplinam religionemque convertit.
Post Mosen etiam filius eius Arruas sacerdos sacris Ægyptiis, mox rex creatur; semperque exinde hic mos apud Iudaos fuit ut eosdem reges et sacerdotes haberent : quorum iustitia religione permixta incredibile quantum coaluere.
III. Opes genti ex vectigalibus opobalsami crevere, quod in his tantum regionibus gignitur. Est namque vallis, quz continuis montibus velut muro quodam ad instar castrorum * clauditur (spatium loci ducenta iugera, nomine Ericus dicitur); in ea silva est et ubertate et amcnitate insignis : siquidem palmeto et opobalsameto dis-
en souvenir de ce fait et de crainte que la méme cause ne les rendit odieux aux indigènes, ils s'interdireut toute communication avec les étrangers :
cette loi, née d'une cause occasionnelle, Moise en fit ensuite une règle et une institulion religieuse ',
Apres Moise, son fils? Arruas (Aaron) ful créé prêtre du culte égyptien, et bientót apres roi. Des lors ce fut un usage constant chez les Juifs de réunir surune mémetéte la royauté et le sacerdoce; la justice de ces chefs, mélée de sainteté, augmenta infiniment la puissance de ce peuple.
III. La richesse de la nation s'aecrut par l'impót sur le baume, que produit seule cette contrée. Là se trouve, en effet, une vallée, entierement close d'une chaine de montagnes, comme un camp enfermé dans ses retranchements : l'étendue de ce lieu est de deux cents arpents, son nom est Ericus (Jéricho).
Dans cette vallée est un bois
1. L'explieation de la misoxénie juive est conforme à celle d'Hécatée (su-
pra, no 9, ὃ 5), mais plus développée.
2. Il fallait: « son frère », Le reste du paragraphe prouve que Trogue Pompée, comme Strabon, ignorait totalement l'histoire des anciens royaumes israélites, 3. D'autres manuscrits ont hortorum: « comme un jardin »,
tinguitur. Arbores opobalsami similem formam piceis arboribus habent, nisi quod sunt humiles magis et in vinearum morem excoluntur. Hz certo anni tempore balsamum sudant. Sed non minor loci ejus apricitatis quam ubertatis admiratio est: quippe cum toto orbe regionis eius ardentissimus sol sit, ibi tepidi aéris naturalis quedam ac perpetua opacitas inest.
In ea regione lacus est, qui propter magnitudinem et aquæ immobilitatem Mortuum mare dicitur. Nam neque ventis movetur, resistente turbinibus bitumine, quo aqua omnis slagnatur, neque navigationis patiens est, quoniam omnia vitacarentiain profundum merguntur; nec materiam ullam sustinet, nisi quae alumine illinatur.
fertile et riant, planté de palmiers et de baumiers. Les baumiers ressemblent par la forme aux arbres à résine, mais ils sont moins hauts et se cultivent comme la vigne. Ils distillent le baume à une époque fixe de l'année. Ce lieu n'est pas moins admirable par sa fraicheur que par sa fécondité, car, bien que dans toute la région à l'entour le soleil soit très ardent, il regne continuellement dans la vallée un air tiede et une fraicheur naturelle ?.
Dans cette contrée se trouve encore un lac, auquel sa grandeur et l'immobilité de ses eaux ont fait donner le nom de mer Morte. En effet le bitume dont elles sont surchargées empéche qu'elles ne soient agitées par le vent et fait qu'elles résistent à ses tourbillons. On n'y saurait non plus naviguer parce que tout ce qui est privé de vie coule au fond; les seules matieres enduites d'alun peuvent se maintenir à la surface *.
1. Le texte parait corrompu. J'ai traduit comme s'il y avait apricitas, fraicheur, au lieu de opacitas, ombrage. Joséphe, B. Jud., IV, 8, 3, décrit au contraire le climat de cette vallée comme tropical.
2, Rapprocher de cette description celles de Théophraste (Hist. plant. , IX, 6, 1), Diodore (supra, n? 35), Strabon (n° 54), Pline (infra), Josèphe (B. Jud., IV, 8), et en général Schürer, I, 311, note 56.
2. Comparer les descriptions d'Aristote (n° 4), Diodore (= Posidonios ,
TROGUE POMPÉE
Primum Xerxes, rex Persarum, Iudaeos domuit; postea cum ipsis Persis in ditionem Alexandri Magni venere diuque in potestate Macedonici imperii subiecti Syrie regno fuere. A Demetrio quum descivissent, amicitia Romanorum petita, primi omnium ex Orientalibus libertatem receperunt, facile tunc Romanis de alieno largientibus.
Xerxès, roi des Perses, fut le premier qui dompta les Juifs '.
Ensuite ils passerent avec les Perses eux-mémes sous la domination d'Alexandre le Grand el restèrent longtemps soumis à l'empire macédonien, comme sujels du royaume de Syrie.
S élant détachés de Démétrius, ils rechercherent l'amitié des Romains et obtinrent d'eux la liberté, les premiers de tous les peuples orientaux, Rome alors faisant volontiers largesses sur le bien d'autrui ἢ.