‹ Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au judaïsmeChapitre 216 sur 273 · Cp. Josèphe, Ant., XV, 8, 5,etc · texte numérisé non relu

Cp. Josèphe, Ant., XV, 8, 5,etc

on obtient ainsi le chiffre de 60 pieds indiqué par

pleraque monstravere. Atque per avaritiam Claudianorum temporum, empto iure muniendi, struxere muros in pace tanquam ad bellum, magna colluvie et ceterarum urbium clade aucti; nam pervicacissimus quisque illue perfugerat eoque seditiosius agebant.

Tres duces, totidem exercitus.

Extrema et latissima mœnium Simo; mediam urbem Ioannes, quem et Bargioram vocabant; templum Eleazarus firmaverat.

Multitudine et armis Ioannes ac Simo, Eleazarus loco pollebat, Sed proelia, dolus, incendia inter ipsos; et magna vis fru-

prévu que l'étrangeté des mœurs juives serait une cause de fréquentes guerres. De là tant de précautions contre le plus long siege. Depuis qu'ils avaient été pris par Pompée, la peur et l'expérience leur en avaient suggéré encore davanlage. Sous le regne de Claude, oü tout se vendait, ils acheterent le droit de se forlifier, et en pleine paix iis éleverent des murs comme pour une guerre' , s augmentant du ramas de tous les vagabonds et du malheur des autres villes, car les plus scélérats trouvaient chez eux un refuge. Aussi la ville étaitelle un nid à séditions.

Il y avait trois chefs et autant d'armées. Simon occupait la premiere enceinte qui était la plus considérable ; Jean, qu'on nommait aussi Bargioras, le centre de la ville ?; Éléazar s'était fortifié dans le temple.

Jean et Simon avaient l'avantage du nombre et des armes,

1. Cependant ces nouvelles fortifications, commencées par Agrippa [1*', furent arrétées par ordre de l'empereur : Josèphe, Ant., XIX, 7,2; B. Jud., V,

2. Tacite se trompe : c'est Simon qui portait le nom de Bar Giora (« fils du prosélyte? »); cp. Josèphe, B. Jud., Il, 19, 2, etc. Jean est connu sous le nom de Jean de Giscala, Cette erreur seule prouve que Tacite n'a pas consulté

Joséphe.

menti ambusta. Mox Ioannes, missis per speciem sacrificandi qui Eleazarum manumque eius obtruncarent, templo potitur:

ita in duas factiones civitas discessit, donec, propinquantibus Rcmanis, bellum externum concordiam pareret.

$ 13. Eveneraat prodigia, quie neque hostiis neque volis piare fas habet gens superstitioni obnoxia, religionibus adversa. Vise per ccelum concurrere acies, rulilantia arma, et subito nubium igne collucere templum. Aperta» repente delubri fores et audita maior humana vox, excedere deos; simulingensmotus excedentium.

Qua pauciin metum trahebant :

pluribus persuasio inerat antiquis sacerdotum literis contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens, profectique ludæa rerum potirentur. Qua ambages Vespasianum ac Titum prædixerat; sed vulgus,

. Cp. Joséphe, V, 1, 4, . Josèphe, V, 3, 1 (avril 70),

Éléazar celui du lieu. Ce n'était, entre eux, que batailles, trahisons, incendies, oü fut consumée une grande quantité de blé‘, Bientôt Jean, sous prétexte d'offrir un sacrifice, envoya des gens assassiner Éléazar et sa troupe, et s'empara du temple*. Ainsi la ville se partagea en deux factions jusqu'au moment oü, les Romains approchant, la guerre extérieure rétablit la concorde.

Des prodiges étaient survenus, prodiges que cette nation, à la fois pleine de superstition et ennemie des pratiques religieuses, ne se permet d'expier ni par des vœux, ni par des victimes. On vit dans le ciel se heurter des armées, étinceler des armes ; le temple s'embrasa tout à coup sous le feu des nuées. Les portes du sanctuaire s'ouvrirent d'ellesmêmes et l'on entenditune voix surhumaine crier : « Les dieux s’en vont! » et en méme temps un grand bruit de départ. Mais peu de gens voyaient là un sujet de crainte ; la plupart croyaient, selon des parolescon-

no —-

more humana cupidinis, sibi tantam fatorum magnitudinem interpretati, ne adversis quidem ad vera mutabantur.

Multitudinem — obsessorum omnis etatis, virile ac muliebre secus, sexcenta millia fuisse accepimus. Arma cunctis quiferre possent, et plures quam pro numero audebant. Obstinatio viris feminisque par; ac, si transferre sedes cogerentur, maior vile metus quam mortis.

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tenues dans les livres des prétres, que dans ce temps-là l'Orient devait prévaloir et que de la Judée sortiraient les maîtres du monde‘, Cet oracle équivoque prédisait Vespasien et Titus. Mais le vulgaire, par cette faiblesse naturelle à la passion humaine, interprétait à son profit ces magnifiques promesses ; les malheurs méme ne le ramenaient point à la vérité.

Le nombre des assiégés de tout âge et des deux sexes s'élevait, dit-on, à six cent mille *.

On avait donné des armes à tous ceux qui pouvaient en porter et le nombre en excédait les proportions ordinaires (dans une population assiégée). Même acharnement chez les hommes etchezles femmes; s'ils eussent été forcés de quitter leurs demeures, ils craignaienl la vie plus que la mort,

1, Sur cette prophélie, qui se rattache au mouvement messianique et apocalyplique, cf. Suétone, Vespas., 4; Josephe, B. Jud., VI, 5, 4 : To δὲ ἐπᾶραν αὐτοὺς μάλιστα πρὸς τὸν πύλεμον ἣν χρησμὸς ἀμφίδολος ὁμοίως ἐν τοῖς ἱεροῖς εὕρημένος γράμμασιν, ὡς κατὰ τὸν χαιρὸν ἐχεῖνον ἀπὸ τῆς χώρας τις αὐτῶν ἄρξει τῆς οἰχουμένης. Τοῦτο o? μὲν ὡς οἰχεῖον ἐξέλαδον, xaX πολλοὶ τῶν σοφῶν ἐπλανήθησαν περὶ τὴν χρίσιν * ἐδήλου δ᾽ ἄρα τὴν Οὐεσπασιανοῦ τὸ λόγιον ἡγεμονίαν, ἀποδειχθέντος ἐπὶ ᾿Ιουδαίας αὐτοχράτορος. La similitude des termes a fait croire (Gieseler, Schürer, Il, 436, etc.) que Tacite et Suétone avaient puisé dans Joséphe; nous croyons que celte opinion n'est pas fondée, au moins pour Tacite. D'après Orose (VII, 9, 2), la prédiction aurait été rendue in Carmelo monte, mais il n'y a là sans doute qu'une confusion née d'une lecture rapide de Suétone.

2. On lit chez rose, VIT, 9, 7 : Seæcenta milia Fudæoruin eo bello in£erfecta

Hanc adversus urbem gentemque Cesar Titus, quando impetus et subita belli locus abnueret, aggeribus vineisque certare statuit. Dividuntur legionibus munia; et quies præliorum fuit, donec cuncta expugnandis urbibus reperta apud

Contre cette ville et contre celle nation, le lieu ne se prétant pas à un coup de main, Titus César résolut d'employer les levées de terre et les ma- .

chines. Chaque légion recut sa táche; et l'on suspendit les combats jusqu'à ce que l'on eüt

dressé tous les engins anciennement imaginés pour l'ttaque des places et d'autres qu'on inventa alors.

veleres aut novis ingeniis struerentur.

Corneiius et Suetonius referunt; mais Suétone ne parle pas du nombre des morts et la citation de Tacite, qui se rapporte à notre texte, prouve qu'Orose l'a mal compris. Josèphe et d’après lui Eusèbe et Orose évaluent le chiffre total des morts à un million cent mille.

1. Les pages de Tacite qu'on vient de lire sont comme le résumé et la quintessence des opinions, des ignorances et des préventions du monde gréco-romain au sujel des Juifs : un commentaire nous entrainerait trop loin, En somme, ce morceau fait peu d'honneur au sens critique de l'historien, à sa générosité envers un ennemi vaincu et surtout à son désir d'atteindre la vérité, Son aperçu de l'histoire juive ($ 8-9) est un résumé superficiel où ne manquent pas les erreurs, non plus que dans ce qui subsiste du récit de la guerre de Vespasien (δὲ 10-13). Nous croyons que nulle part Tacite n'a fait usage de Joséphe ou de Justus de Tibériade, et que ses sources sont Antonius Julianus (supra, no 163) et l'ouvrage historique de Pline : A fine Aufidii Bassi, peut-être aussi les Mémoires de Vespasien (Josèphe, Vita, c. 65) Pour la géographie de la Judée (SS 6-7), Tacite parait avoir utilisé Posidonios et Pline, Enfin son tableau de l'origine et des croyances des Juifs (88 2-5) est pris, sans réflexion et sans crainte des contradictions les plus grosssiéres, daus un pamphlétaire alexandrin, probablement Apion Les prestiges du style ont donné à ce morceau hautain et souvent mensonger une autorité et une influence qu'il était loin de mériter.

Parmi les nombreuses appréciations dont notre texte a été l'objet, citons J. H. Bœcler, [n Taciti primordia Annalium et Historias commentatio (Strasbourg, 1664), p. 823; Reusss, Nouvelle Revue de théologie, 1859, p. 302; Renan, Les Evangiles, p. 391 suiv.; Hild, Revue des Etudes juives, XI, 174 suiv. ; Schürer, II, 549-553; Bernays, Ges. Abhandl., 11, 172; Thiaucourt, Ce que Tacite dit des Juifs, Revue des Etudes juives, XIX, 57 suiv.; XX, 312,

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ASE. — Fr. 1 et 3 Halm, chez Sulpicius Severus, Chronique, M, 30.

δ 3. Iuda obsidione clausi, quia nulla neque pacis neque deditionis copia dabatur, ad extremum fame interibant, passimque vie oppleri cadaveribus coepere, victo iam officio humandi : quin omnia nefanda esca super ausi ne humanis quidem corporibus pepercerunt, nisi qui eiusmodi alimentis tabes preripuerat...

δ 6. Fertur Titus adhibito consilio prius deliberasse, an templum tanti operis everteret.

Etenim nonnullis videbatur edem sacratam, ultra omnia mortalia illustrem, non oportere deleri, quæ servata modes- Lie romane testimonium ,diruta perennem crudelitatis notam præberet. At contra alii et Titus ipse everlendum inprimis teniplum censebant, quo plenius ludeorum et Christianorum religio tolleretur : quippe has

Les Juifs, pressés par le siège, sans espoir de paix ni de capitulation, périssaient enfin par la famine; les rues commencèrent à se remplir de cadavres ; on négligeait le devoir de les ensevelir. Aprés avolr osé toutes les abominations en matière de nourriture, ils ne s'abstenaient méme plus de chair humaine, n'épargnant que les cadavres que la contagion rendait impropres à l'alimentation'.

On dit que Titus, ayant réuni son conseil, mit d'abord en délibération s'il fallait détruire le temple, monument d'un si grand travail. Plusieurs pensaient qu'il ne fallait pas renverser un édifice sacré, illustre entre tous les ouvrages mortels : en lépargnant, on laisserait un témoignage de la modération romaine ; en le ruinant, on imprimait au nom romain une flétrissure élernelle de cruauté. D'autres, au con-

1. Sur les scenes de famine dans la ville assiégée cf. Josephe, B. jud., V, 12, ὃ: 13,7; VI, 3, 3. Le témoignage de Sulpice Sévère (= Tacite) a fait douter Bernays (Ges. Abh., 11, 179) de la réalité ou de la sincérité des propositions d'accommodement prétées par Josèphe à Titus (V, 9, 2; VI, 2, 8; 6, 2).

religiones, licet contrarias sibi, iisdem tamen ab auctoribus

traire, et parmi eux Titus, insistaient vivement pour la des-

profectas; Christianos ex Iudæis exstitisse ; radice sublata stirpem facile perituram.

truction du temple, afin d'abolir plus completement la religion des Juifs et des Chrétiens. Ces

religions, quoique hostiles

entre elles, provenaient des mémes auteurs ; les Chrétiens étaient sortis des Juifs; la racine arrachée, la tige périrait plus facilement ".

1. Rutilius Numatianus (infra, n° 215) appelle aussi le judaïsme radiæ stultiliæ (stultitia désigne le christianisme). Cf. la note d'Usener sur Bernays (Ges. Abh., II, 175). D'après Josèphe qui raconte le méme conseil de guerre (VI, 4, 3), Titus aurait, au contraire, opiné en faveur de la conservation du temple et un accident seul aurait ensuite contrarié ses généreuses intentions. Bernays, le premier, a montré (Gesammelte Abhandlungen, ΤΠ, 159-181) que le récit de Sulpicius Severus remonte à Tacite et mérite probablement la préférence sur la version officieuse de Josèphe. Toutefois la mention du christianisme est suspecte et pourrait appartenir au chroniqueur chrétien (prêtre aquitain qui écrivait au commencement du ve siècle). Orose (VIL, 9), dont le récit parait remonter aussi en partie à Tacite, ne se prononce pas sur l'opinion de Titus : quod tamen (templum) postquam in potestatem redactum opere atque antiquitate suspexit, diu deliberavit utrum tanquam incitamentum hostium incenderet an in testimonium victori reservaret. Mais un peu plus loin: Itaque Titus, imperator ab exercitu pronuntiatus, tempium in Hierosolymis incendit ae diruit.

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