‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 16 sur 56 · QUE DIEU SANCTIFIE SON PRÉCIEUX MYSTÈRE · texte numérisé non relu

QUE DIEU SANCTIFIE SON PRÉCIEUX MYSTÈRE

Au nom de Dieu, clément, miséricordieux ! C'est à lui que nous demandons que ta grâce ' nous permette d'achever [ce livre].

Louange à Dieu, à qui revient à juste titre l'appellation d'Eternel, tandis que tout ce qui est en dehors de lui ne renferme que l'anéantissement et le néant ! Bénédiction sur le meilleur des prophètes, mine de générosité, ainsi que sur sa famille et ses compagnons, lumières des peuples, clefs des prospérités !

Le matin du mercredi 21 réW i" 828 (10 février 1425) de l'hégire du Prince de la tente du monde mystérieux, il se présenta à mon esprit, débarrassé des broussailles du doute et de l'hésitation, l'idée que ce pauvre serviteur recevait l'ordre formel de mettre par écrit, sans le voile de la restriction mentale, ce qui est le résultat des commencements et des fins et ce qui est le but de la manifestation et des cycles, à l'usage des compagnons confidents et des confidents compagnons, et d'expliquer la réelle nature des pensées et des vérités dont dépend l'orthodoxie de la croyance; ce qui, jusqu'ici, ne pouvait être obtenu qu'à travers le coloris des expressions recherchées dans les traités et les as-

' Ou : „ton FazV^ c'est-à-dire Fazl-uUah.

assemblées [de la sectej, et au milieu des ornements de la métonymie et de la métaphore. Cela a pris la forme d'un livre qui porte le titre de Livre des confidences et se divise en 21 discours préliminaires et une conclusion. (Que Dieu nous accorde son concours!)

Premier Discours.

Le monde a toujours existé et se meut toujours par rotation, tant au point de vue de son apparence extérieure qu'à celui de sa réalité interne. Lorsque ses différents états et ses qualités propres (c'est-à-dire celles du monde) se transforment par la cause de sa propre rotation, l'homme, essence de la langue, est indiqué apparemment et en toute sincérité par son apparition du néant. Dans sa rotation, il y a des dififérences provenant de ce que cette rotation est tantôt d'une allure rapide, et tantôt d'une allure lente, car le cycle du jour est rapide par rapport à celui de la semaine, celui de la semaine par rapport à celui du mois, celui du mois par rapport à celui de l'année. Le résultat et le produit de la rotation et de ses différences sont que toute chose qui apparaît dans une rotation, en tant que point initial des cycles, et disparaît, il faut qu'elle revienne un autre jour, car il est dit: „Nous produirons une nouvelle création ' ". C'est là une sorte de métaphore qui indique l'apparition des choses dans les cycles, de même que [le soleil] entre dans sa rotation journalière; quand le temps du jour est terminé, il se cache, et revient le jour suivant. Dans le cycle annuel, les quatre saisons doivent correspondre aux quatre tempéraments qui sont différents [les Uns des autres]. L'apparition d'une saison a lieu pour le motif de la disparition de l'autre saison. Quand l'année est achevée, il faut que le cycle recommence, la

« Qor. XIV, 22; XXXV, 17.

saison apparaît, et ainsi de suite jusqu'au cycle total, qui est celui que parcourent les étoiles fixes qui occupent le huitième ciel et dont le temps correspond à 1,360 cycles d'une année. Le résultat et le produit sont ceci qu'une personne qui a apparu dans un cycle, revient dans un autre cycle; la différence doit être telle qu'il n'y ait pas un cheveu de différent; mais dans les autres cycles dont le temps est fixé d'après la rotation des planètes, dont l'emplacement est sous le huitième ciel et dans le septième, bien que les apparitions des choses et leurs disparitions aient lieu par le moyen de la répétition, et qu'il n'y ait pas de différence dans leur quiddité, il n'en est pas de même dans leur quomodo et dans leurs vertus particulières; c'est ainsi que dans une année les quatre saisons apparaissent, mais elles ne sont pas pareilles dans leur quomodo et leurs vertus particulières; elles se modèlent sur cette base. C'est pour le même motif que la totalité des prophètes (que le salut soit sur eux !) ont fixé la plupart des règles de leurs lois religieuses sur des cycles; c'est ainsi que, pour la prière canonique, le jeûne, la dîme aumônière, le pèlerinage et la guerre sainte, le dernier des prophètes [Mohammed] a été ainsi fixé. Donc, nécessairement, dans chaque cycle total, les envoyés divins reviennent de telle manière qu'il y ait une différence de forme extérieure et de réalité entre eux. C'est ainsi que [Dieu] a dit: „L'homme nous propose ses paraboles, lui qui oublie sa création. II nous dit: Qui peut faire revivre les os, une fois cariés? — Répondslui: Celui-là les fera revivre qui les a produits la première fois, celui qui sait créer tout ' ".

La description en est révélée par A, B, T, Th, F

par le Qorân ^ Mohammed est le dernier des prophètes; il

< Qor. XXXVI, 78—79.

* Apres les quatre premières lettres de l'alphabet arabe, il y a une suite de sigles et de mots inintelligibles.

a dit: Il n'y aura point de prophète après moi; c'est ainsi que Çâïl ' a dit :

„Tant qu'il y aura des discours et des traditions du Juge, c'est par lui que se termine le prophétisme, d'ordre divin*".

La cause en est qu'à son époque même, le prophétisme s'est terminé par la qualité de sainteté [donnée à *^Alî]. Son temps, puisqu'il est la fin du prophétisme, a été le commencement de la sainteté; c'est ainsi que Mohammed a dit: j,6 "^Alî! tu étais secrètement avec les prophètes, et avec moi publiqement." Salut!

Deuxième Discours.

Sauf l'Etre suprême, dont l'existence est indispensable, qui est le Stable, le Savant, l'Unique absolu, tout être qui se présente à l'imagination a un commencement et une fin. Les prophètes appellent cet être récemynent créé, en considération de ce commencement et de cette fin, de ce changement et de cette transformation en situations diverses, parce que ces êtres doivent forcément être mobiles et changer d'état en état, en apparence il est vrai, mais non dans leur quiddité, qui est le conservateur de la forme extérieure; c'est ainsi que le soleil se meut, en un jour, d'orient en occident, et bien que cette situation soit durable pour le soleil et que son cycle soit perpétuellement de la même manière, cependant la détermination de chaque jour provient du lever du soleil à l'orient, et celle de la nuit a lieu par la disparition de cet astre; de même pour les cycles mensuels et annuels. Par exemple, dans le cycle d'une année, lorsque le soleil entre dans la constellation du Bélier, toutes les plantes verdissent et produisent des fruits ; c'est alors qu'a lieu le commencement de chaque printemps, quand le soleil atteint cette constellation; sa fin, c'est quand il se transporte dans

' Sigle dont je n'ai pas l'explication, mais qui doit probablement désigner Fazl-uUah. 2 Mètre ramai.

24 lE LIVRE DES CONFIDENCES.

celie du Cancer. Quand les prophètes disent que le nionde est récemment créé, c'est à ce point de vue. La vérité est que, .sauf l'Être suprême, aucun être n'a le privilège d'être associé éternellement avec un autre être, et que celui qui est Éternel n'est pas cet être (que Dieu soit exalté au-dessus de ce qu'on lui associe!)

Ce discours est subtil, parce que le monde représente des figures déterminées, que ces figures se transforment et se meuvent, tandis que le Stable, qui est l'Etre suprême, ne se meut pas et ne se transforme pas; mais il est au contraire le premier moteur et l'auteur des transformations: „Dieu fait ce qu'il veut et décide à sa volonté'"; il n'a ni contraire, ni opposé, tandis que tout être, sauf lui, en a un, ainsi que [Fazl-uHah] l'a dit dans son divin Djàvidân-nàmè -. „Bien que les 32 paroles de Dieu soient les attributs de Dieu, elles ne sont point son essence, car le Dieu absolu est celui qui écrit le partage des choses et le trace sur la face de l'homme et des choses; c'est lui qui forme l'apparence extérieure d'Adam, et non Adam ; c'est pour cela qu'il faut tourner son visage vers la Ka'^ba d'Adam, car celui-ci est devenu le lieu de la manifestation de cette personnalité (que sa parole soit exaltée et que sa majesté soit illustre!). „Cc qui ne change pas et ne se meut pas est représenté par A, B, T, etc. avec cette considération que toutes ces lettres ne fassent qu'un [seul être] et soient dépouillées et affranchies [de toute idée corporelle], non avec la considération qu'elles soient révélées et manifestées sous le couvert de la composition et de l'arrangement dans le cœur, sur la langue et sous la plume, où elles apparaissent multipliées et différentes, à cause de la différenciation des organes d'émission du cœur et de la langue. Forcément, [dans ce dernier cas] elles sont des attributs, et non l'essence absolue.

' Qor. passim^ notamment III, 35 et V, i.

Troisième Discours.

Dans la voie de la philosophie il est établi que le dernier être crée a été l'homme, qui est celui qui a la compréhension de la totalité. La meilleure espèce d'homme est l'homme parfait, de sorte que le sens d'humanité apparaît complètement dans sa personne. Le commencement et la fin du cycle total, qui a lieu en i, 360 (ans), on peut les connaître par son apparition. Dieu (qu'il soit exalté î) appelle Adam sa propre personne et dit: Avant lui, il n'y avait pas d'homme, si ce n'est les génies et les anges, qui existaient avant lui. Aucun autre que lui n'a connaissance entière de la définition de ces noms ' ; il est le professeur des archanges, qui sont les âmes saintes; il n'y a point, sauf lui, de lieu des bonnes aperceptions par dépouillement et sanctification. De même que, du temps du dernier des prophètes (que Dieu le bénisse et lui donne le salut!), le cycle du prophétisme fut complété par la sainteté (car l'expression ^terminaison de la prophétie" représente cette signification), dans son temps [c'est-à-dire de Fazl-ullah] qui est Adam, le cycle de la sainteté a abouti à celui de la divinité; et tant que Dieu ne l'avait pas manifesté, l'explication des livres célestes en général et du Qorân en particulier, ainsi que la signification du mot humanité, n'étaient pas évidentes, ainsi que Dieu (que son nom soit glorifié!) l'a dit: „Le Miséricordieux a enseigné le Qorân, a créé l'homme et lui a donné lé talent d'explication ^ ", et il a [même] été en retard, ainsi qu'il est dit: „Nous avons à le réunir et à t'en apprendre la lecture; quand nous te lisons le Qorân, suis la lecture avec nous ; nous t'en donnerons ensuite l'interprétation ^." Dans ce passage, dans le premier verset, Xélif et le làm (de l'article)

' Les noms des êtres, enseignés par Dieu à Adam. « Qor. LV, 1—3. ' Qor. LXXV, 17—19.

qui précédent le mot „homme" sont l'explication habituelle; c'est-à-dire que c'est l'homme habituel, que Dieu a créé après avoir enseigné le Qorân à Mohammed par l'entremise de Gabriel, qui est un ange.

L'explication des 32 mots et des 28 mots qui sont la base du Qoràn et de tous les livres célestes, le principe de tous les livres révélés, c'est Dieu lui même qui les a enseignés dans leur signification réelle et leur apparence externe, puisqu'il a dit: „Ton Seigneur est le plus généreux; c'est lui qui a enseigné au moyen de la plume, il a appris à l'homme ce que celui-ci ne savait pas ' ".

Il est le maître de la première terminaison, le maître de l'écriture; Mohammed a été ce prophète, ce n'est pas qu'il ait été et soit illettré. Or, comprenez.

Le mot '^allamà représente cet enseignement. Ceux qui, en apparence, existaient avant lui (Mohammed), c'est-à-dire les prophètes, lorsqu'ils adoraient Dieu et qu'ils écoutaient, dans l'extase, les paroles divines, comme ils ne comprenaient pas et n'expliquaient pas leur apparence extérieure d'après ces procédés que lui (Mohammed) comprenait et expliquait d'après son enseignement divin, leur aperception était angélique, et leur professeur, de la part de Dieu, était un ange dépouillé (de toute forme terrestre) et sanctifié.

D'une certain manière, quand le chapitre er-Ra/nnan du Qoràn (LV) parle de l'enseignement du Qorân comme antérieur à la création de l'homme, cela vient de ce que l'aperception angélique s'immisce dans l'enseignement du Qorân; c'est-àdire que d'abord l'ange entend le Qorân prononcé par Dieu, et ensuite l'enseigne au prophète par la permission du Dieu très Haut. Mais, dans l'exposition de principe, ce qu'il entend de la part de Dieu, est une immixtion de l'homme parfait et de sa compréhension ; car, dans le hadîth relatif à la révé-

♦ Qor. XCVI, 3-5.

lation du chapitre KHY'Ç du Qorân (XIX), le prophète illettré (Mohammed) dit à Gabriel: ^Comment m'as-tu enseigné ce que je ne savais pas?" Or si le prophète illettré avait su le sens de KHY'Ç, ce n'aurait pu être qu'à raison de sa qualité de saint, et non de celle de prophète.

Quand il dit que l'ange ne s'immisce pas dans la maison imaginée, cela signifie que la compréhension de l'ange embrasse la signification et la raison de la forme extérieure d'Adam.

Lorsque Çàïl (que sa gloire soit exaltée!) dit que parfois l'ange entre dans la forme apparente de l'homme, alors que cette forme extérieure ne lui est pas essentielle, qu'il la prend à l'homme par voie d'emprunt, cela veut dire que parfois la compréhension des prophètes se présente sous la forme humaine, de deux manières; la première est que, à l'état d'extase, ils voient des formes semblables à la forme extérieure de l'homme, et cela, on sait qu'il faut le prendre en considération, ainsi qu'on le sait au sujet des Tables de Moïse et de sa tente, qu'on appelle l'Arche d'alliance. La seconde est que, lorsque le lieu de leur manifestation est le lieu de la révélation des lumières divines, à l'opposé de tous les autres lieux de manifestation et des formes des autres objets, cette forme et cette création, ils la connaissent comme la grande forme [par excellence] ; mais l'explication détaillée des lignes d'écriture et des membres de cette forme est de telle sorte qu'on comprend que c'est un homme, mais cela leur est caché. Et comme leur compréhension ne saisit pas cette forme extérieure comme elle le mériterait de cette manière-là, elle la connaît par son indépendance, et comme essentielle.

C'est ainsi que Dieu a dit: „ô fourmis, entrez dans vos demeures, de peur que Salomon et ses armées ne vous foulent sous leurs pieds! *." C'est-à-dire que ce n'est pas la vo-

« Qor. XXVII, i8.

lonté de Dieu que les fourmis, c'est-à-dire les écritures divines qui sont sur le visage de Salomon, par l'entremise de la forme d'Adam, qui est elle-même sous la figure de Dieu, et qui sont tracées sur tous les êtres créés, soient saisies et comprises par Salomon et par ses troupes, qui sont ses aperceptions; car il a été dit dans un hadtth du prophète: „Les esprits sont des armées," etc. Et lorsque la compréhension d'Adam atteint et embrasse cette forme et que luimême il voit les 32 paroles divines apparentes et latentes, cette forme est sa forme essentielle.

[Cette science] est transmise ensuite, par droit d'héritage, à ses fils vertueux, soit avant, soit après leur apparition ; c'est ainsi qu'elle arriva à Joseph (sur lui la bénédiction et le salut!) avant son apparition, et qu'il fut l'objet de l'adoration des étoiles des cieux.

Quatrième Discours.

Comme Dieu a placé le centre de son ordre et de sa création sur un cycle, et que nécessairement la fin de tout cycle est le commencement d'un autre cycle, et vice versa, en conséquence, de même qu'Adam est le point initial, par cette considération qu'il est la cause finale de la création des êtres en général et de l'homme en particulier, et que la signification d'humanité, de la manière parfaite, est apparente grâce à lui, le point final est lui également; avant lui, l'homme n'était pas créé, fondamentalement; il n'y avait que les anges et les djinns, ainsi qu'il a été dit. L'expression d'ange signifie les aperceptions des âmes saintes des prophètes, de ceux qui connaissent Dieu et de ceux qui l'adorent, à toutes les époques, selon leur divers tempéraments; celle de djinn désigne les personnes qui confessent et reconnaissent l'existence de Dieu, mais qui ne suivent pas ses ordres et n'obéissent pas aux prophètes; cette désobéissance rend troublés et impurs leurs cœurs. Satan est de leur

espèce; ils le suivent, ils sont affranchis et sanctifiés, mais leur croyance n'est pas orthodoxe ni leur œuvre saine; et comme leur sujétion n'est pas conforme à une croyance saine, c'est une cause d'égoisme et de présomption pour eux: c'est ainsi que dans le Djàvidân divin il est dit qu'ils s'imaginent avoir fait la même chose, et qu'ils apparaîtront à gauche.

De même que l'apparition de l'homme a eu lieu après la création d'Adam, celle de Satan ne peut avoir eu lieu qu'après la sienne; et de même que Satan est de l'espèce des djinns et se manifeste [sous cette forme], l'homme est de l'espèce des anges et se manifeste sous cette forme ; c'està-dire, comme la compréhension angélique est soumise à la compréhension humaine et que par sa forme et son esprit, qui sont les paroles de Dieu de vive voix et transmises par l'écriture, il est voyant et savant, il fait remonter son origine à Adam. Son nom et sa description sont adamiques; il entre dans la maison de la forme extérieure, et c'est par là que Satan s'est montré désobéissant et a refusé [de se prosterner].

Ses œuvres et sa croyance, qui avant lui paraissaient honnêtes et effectives, ayant été non vertueuses et non effectives, furent la cause de sa présomption et de son égarement.

Il a fait prétention de supériorité par rapport au vicaire de Dieu plein de grâce, la meilleure des créatures, et il a été rejeté. Réfugions-nous en Dieu contre son mal, qui est la présomption de l'âme.

Avant Adam, on ne pouvait attribuer aucune mauvaise action à Satan, et aucun ange adamique ' et la considération de ce qui lui revient. La cause en est que la qualité d'homme ou de démon dépend de l'obéissance ou de la rébellion à Adam et à sa science. Comprenez cela, et salut!

» Qor. Vil, 10.

' Passage incompréhensible.

Cinquième Discours.

Tout cycle général commençant à l'apparition d'Adam, il faut nécessairement que la fin se termine également par sa disparition, ainsi qu'il a été dit plus haut; par exemple, lorsque le compas dépasse le point initial du cercle qu'il trace, il est en tout temps, d'un côté, [de plus en plus] loin du point initial et de l'autre côté [de plus en plus] près de ce même point, jusqu'à ce qu'il arrive à la plus grande distance d'un côté et à la plus grande proximité de l'autre. Donc il n'y a pas de séparation entre le commencement et la fin du cercle, forcément. Maintenant, par rapport à ces gens qui sont les centres de la création et de l'ordre divins, ils l'imagiiient par manière de longueur, parce que peutêtre Seth, Noé, Adam, Abraham, David, jusqu'au dernier des prophètes, sont mis avant Mohammed. Et comme, d'un côté, le cercle a pour considération cette imagination, sa Majesté le Seigneur des Seigneurs dit, dans son propre discours, à propos de cette signification et de cette considération : „Nous vous avons créés, nous vous avons donné la forme, puis nous avons dit aux anges; Prosternez-vous devant Adam, ce qu'ils firent, excepté Iblis, qui n'était point de ceux qui se prosternèrent ' ".

Ce verset est une preuve claire que l'antériorité d'Adam n'est point par rapport au temps, et cela suffit; mais au contraire, Dieu dit qu'il a d'abord créé Adam, et de lui viennent les autres hommes qui sont la cause finale de sa création. Le sens d'humanité est évident par lui. Et en outre, de même que, d'un côté, ce verset indique l'antériorité de la création des autres, en même temps qu'il leur donne l'ordre de se prosterner devant lui, il le fait également à cause de l'antériorité de la création d'Adam par rapport aux autres, afin que son antériorité dans le temps et sa préséance en rang

• Qor. VIT, lo.

soient certaines; c'est ainsi que Dieu a dit: „Nous vous avons créés d'une seule âme '," qui est le commentaire de cet autre verset: ,Nous vous avons créés d'Adam, puis nous vous avons formés *," lequel forme la cause de l'ordre de se prosterner; c'est-à-dire mesurez pour vous et vous imaginez que les hommes proviennent d'Adam et d'Eve; nous avons ordonné que les aperceptions de dépouillement et de sanctification angélique de vous, qui sont soumis à l'aperception imaginaire, doivent être l'escabeau du trône d'Adam. Dans ce sens et cette considération est le point de son existence qui est le commencement et la fin du cycle. Quand on dit que le cycle se termine, cela signifie que la pointe du compas revient au même point où il a commencé à tracer le dessin du cercle. Donc, les mots: ,11 a commencé par lui et il revient à lui, éternellement dans le passé et dans l'avenir" indiquent Adam, et la fin est également lui.

Ce qui vient dans [le livre appelé] Djâvidân divin, d'après Adam, à savoir que „Dieu a [envoyé] cent vingt-quatre mille prophètes", a cette signification.

La fin de chaque cycle est ce qu'on appelle la grande résurrection, ainsi que nous l'expliquerons, s'il plaît au Dieu très haut, dans un autre discours.

Sixième Discours.

Bien que la personne de Dieu (que sa dignité soit exaltée !) soit décrite par le sens contenu dans les beaux noms composés, attendu que les 32 paroles simples sont ses noms et ses attributs, c'est-à-dire quatre-vingt-dix-neuf noms, ces sens sont nécessaires pour l'apparition du miroir et du lieu de la manifestation; or le lieu de leur manifestation en totalité est Adam, à qui Dieu a enseigné tous les noms; et sa forme

» Allusion à Qor. IV, i; VU, 189; XXXIX, 8. * Allusion à Qor. VII, 10, visé plus haut.

extérieure à ce point de vue, est l'apparence même de Dieu; les noms et les attributs, qui sont en puissance au degré de dépouillement et d'isolement, dans la personne de Dieu, sont réalisés totalement en acte dans son miroir par l'homme, ainsi qu'a dit le poète (que sa puissance soit glorieuse !) :

„Avec mon œil qui voit Dieu ', j'ai vu des attributs que l'essence de Dieu ne possède pas '."

Donc Adam est cette personne que, en acte. Dieu a fait de lui-même, et il n'y a pas, dans les divers degrés de la divinité, aucun degré plus parfait que le sien. „ Aucun être n'est pareil à lui ; il est l'Entendant, le Voyant ^" Qu'il soit exalté au-dessus des actes des polythéistes!

Septième Discours.

Le retour des prophètes et autres dans chaque cycle, de la façon dont il a été parlé plus haut , ne consiste pas en ceci qu'ils reviennent avec cette existence qui a atteint la perfection et s'est transportée dans le monde de la vie future, ni avec celle qui est liée à la nature et s'est aussi transportée, mais n'est pas parvenue à la punition et à la récompense de ses propres aperceptions et actes, à la miséricorde et au châtiment, dans le retour à sa propre place et demeure, qui était dans ce monde *; mais au contraire en ceci que toute âme, par ce qu'elle acquiert, c'est-à-dire par chaque don qui lui arrive de la grâce divine, s'y voie elle-même sans interruption ni fin, et qu'elle n'ait rien de ce qui est forme extérieure. Elle se manifeste dans le monde à nouveau sous les apparences qu'elle avait, et son absence signifie de même qu'elle s'était manifestée sous cette forme et apparence, et dans la supposition que les âmes et les esprits saints

' Expression çoûfie. Voir Sa'dî, Gulhtân^ Ch. II, 7c historiette et trad. Defrémery, p. 108, 1. i. ' Mètre motaqâiib. ' Qor. XLII, g.

♦ Tout ce passage est fort embrouillé. Je supplée L devant i.>^:>5Î.

en soient informés en partie. De même, supposez qu'une personne voie sa propre image dans un miroir, et que cette image qui lui est tout à fait pareille répète tous les gestes et les mouvements que cette personne fait, cependant, en réalité, ce qui est dans le miroir est un reflet et une image, non la personne elle-même. Par la vertu du cycle, les formes et les apparences reviennent sans fin des milliers de milliers de fois sous les mêmes formes et apparences de sens réel sous lesquelles elles étaient déjà venues, et se transportent dans le monde de la vie future, sans avoir aucune connaissance de leur venue ni de leur départ.

La cause en est que si, d'une manière, celui qui s'est transporté et qui revient de nouveau est le même, d'une autre manière, il n'est pas le même, mais sa ressemblance; car le monde de la vie future est trop vaste pour qu'il n'y ait pas d'autre lieu où aller, bien que ceux qui se sont transportés restent à leur place. L'image de ceux qui existent dans le monde apparent se transporte une autre fois dans le même endroit.

De même que ceux-ci sont pareils à ceux-là, ils ont une place et un lieu exactement analogue au leur.

La goutte de sperme paternelle et maternelle qui représente les sphères célestes et les éléments, par la puissance et la sagesse de Dieu, est une matière qui jamais n'est stérile. Par exemple, imaginez qu'un arbre produit dix mille noix, et qu'à l'automne ces noix soient transportées de leur place, qui est les branches de l'arbre, à une autre place, qui est la maison de leur éducateur; l'année suivante, de ce même arbre, sous les mêmes formes, apparence et qualités, des noix reviendront de nouveau; et cependant les noix de l'année précédente existeront toujours, indépendantes de l'arbre, dans la maison de l'éleveur. Salut!

J4 Le LÎVRÉ dés CONl<'lt)ÉNCËS.

Huitième Discours.

Le centre de l'apparition de Dieu est à trois degrés. Le premier est le prophétisme, c'est-à-dire que c'est Dieu luimême qui se manifeste dans la personne des prophètes, qui sont les lieux de sa manifestation, au moyen de la science de la prophétie, qui est l'instituteur de leur lois. Le second est la sainteté, qui dévoile les différents états de leur prophétisme; le premier des saints a été *^Alî, par la preuve que fournit ce hadîth: „ô '^Alî, tu étais en secret avec les prophètes, et tu as été en public avec moi". Après lui, ce furent Hasan et Hoséin, jusqu'à Hasan '^Askérî ' (que Dieu ennoblisse leurs visages!). Voici ses propres paroles: „Nous avons fait l'ascension de la maison des vérités, portés par les pieds du prophétisme et de la sainteté; nous avons été illuminés par les sept voies, par la déclaration de la bravoure et de la direction. Nous sommes les lions du tumulte du combat, les pluies de la bonne direction ; nous avons le sabre et la plume en ce monde, le drapeau de la louange et de la science dans l'autre. Nos descendants sont les vicaires de la religion et de la science certaine, les flambeaux des peuples, les clefs de la générosité et des paroles [mystérieuses]. Dieu nous a revêtus du vêtement des purs, puisque nous garantissons notre fidélité, et le Saint-Esprit dans le paradis, flamme' de la purification, a goûté les prémices de nos jardins. Nos partisans sont la troupe élue, la secte pure; ils ont été pour nous des aides et des protecteurs, une assemblée et un secours contre l'obscurité du discours; il fait couler pour eux les sources de la vie, après avoir enroulé les feux, par la totalité de ALR, TH et les TS ^ dans les années". C'est-

• Le onzième imâm. 2 Je lis H.fcrLw.

' Lettres coraniques. Les chapitres désignés par les deux dernières lettres sont les trois sourates 26 à 28 qui commencent par i*-»*^, sauf 27 par (j«o-t> seulement.

à-dire que les quatorze lettres isolées du Qorân qui contiennent les 28 lettres sont complètes au moyen de quatre autres paroles qui sont contenues dans le làm-élif, dans l'objet de la manifestation de son successeur qui est Çâïl.

Le troisième degré est la divinité, c'est-à-dire Dieu, qui apparaît sous la forme d'Adam et de la totalité de ses noms et de ses attributs dans la manifestation du second Sceau des prophètes; c'est ainsi qu'a lieu la première terminaison; il a dit: ,11 arrivera bientôt qu'il sera vu lui-même; de même que la pleine lune, qui est la lune à sa quatorzième nuit, se montre de telle façon qu'il n'est pas possible d'y trouver quoi que ce soit de caché".

De même que la fin et la terminaison du prophétisme sont le commencement et le début de la manifestation de la sainteté, la fin de celle-ci est le commencement de la manifestation de la divinité. De même que le dernier des prophètes est en même temps possesseur de la qualité prophétique et de la sainteté, le prophétisme se termine par son existence , et ^Alî est son exécuteur testamentaire et son successeur dans la qualité de saint. Le dernier des saints, qui est Çâïl, est à la fois possesseur de la sainteté et lieu de la manifestation de la divinité; toutefois la sainteté se termine en sa personne. II possède la parole de Dieu, „celle qui est la plus haute" '; il est son exécuteur testamentaire et son successeur. Il a dit (que son mérite soit exalté et sa gloire illustre!):

„Cette sainteté s'est montrée, provenant de ce prophétisme; la personne de Dieu est arrivée dans la personne de Dieu, venant de Dieu" *.

C'est-à-dire, la divinité s'est manifestée complètement par

l'apparition de la sainteté provenant du prophétisme.

Se terminer, pour toute chose, c'est arriver au terme de

la perfection; forcément toute chose qui arrive à la perfec-

' Qor. IX, 40. * Mètre ramai.

tion, on lui applique, à raison de son progrès de degré en degré, un nom différent; de même qu'on appelle le fruit de la vigne à son premier degré (de maturité) verjus, et raisin quand la totalité de ses propriétés, à son dernier degré, passe de la puissance à l'acte. De la même manière, quand le prophétisme touche à sa fin, on l'appelle sainteté, et quand celle-ci paraît dans sa perfection, on prononce le mot de divinité. Le sens du second hémistiche, „la personne de Dieu est arrivée dans Dieu, venant de la personne de Dieu", est que dans les trois degrés, c'est Dieu qui s'est manifesté dans la diversité de ses noms et de ses attributs; le sens d'arriver e.st celui-ci que, malgré que dans les deux premiers degrés c'est Dieu qui dirige les manifestations externes, cependant la tache de la dualité et le voilement de la diversité des noms, sous le revêtement de la composition, sont exprimés par [le mot] ummî (illettré).

Mais le troisième degré qui est la manifestation de Dieu au moyen des noms isolés, enlève cette tache, ainsi que le poète a dit (que sa gloire soit honorée!):

„L'amant et la bien-aimée, qui sont un à la place de deux, Dieu te dira cette parole à toi-même" '•

Il est maître de la seconde terminaison, dont la particularité est de voir ses propres sens et forme tels qu'ils sont, ainsi qu'il (l'auteur de la religion huroûfie) l'a dit lui-même: HMÇ ^. Bien qu'il n'y ait pas de différence entre la forme extérieure de ses fils [spirituels], qui sont les prophètes, et sa propre forme, cependant comme il a été le premier à comprendre le sens de cette forme, le prophète illettré a appelé sa propre forme, l'apparence de Dieu, afin qu'on sache qu'il était directement [sans intermédiaire] la forme de Dieu, la même que celle de ses enfants, qui leur par-

' Mètre ramai.

* Chiffre cabalistique désignant la formule: „Dieu a créé Adam à son image". Voir la table des sigles.

vint par héritage. Il y a de nombreux discours [à tenir] sur ce sujet, qui sont expliqués et étendus dans d'autres traités. Maintenant, la conclusion de ces prémisses est que c'est Dieu qui s'est manifesté aux anges, qui sont les âmes sanctifiées, sous sa forme extérieure et sa signification, qui sont Adam, en récompense de leur adoration et de leur dévotion; car il a dit [dans le Qorân]: „Celui qui espère rencontrer son Seigneur, qu'il fasse le bien et n'associe personne à Dieu dans sa dévotion" '. Dans cette forme extérieure [d'Adam, sous laquelle il s'est manifesté], il leur a enseigné les noms des choses, qu'ils ne savaient pas, de sorte que leur progrès du rang d'anges à celui d'hommes dépendait de son enseignement , puisque c'est de lui qu'ils acquirent la science des noms. Et comme il est la manifestation extérieure de la totalité des noms et des attributs de Dieu, et que ce qui se trouve en puissance dans ses descendants, c'est-à-dire les prophètes, se manifeste en acte chez lui, il est indispensable, dans le tekbîr-i-ihràtn ^ de tourner le visage vers la qibla, puisque son ordre est de dire ^Allàhou akbar" (Dieu est plus grand) dans la prière; car c'est là un comparatif de préférence. Or comprenez, et salut!

Neuvième Discours.

Le prophète illettré n'a pas eu de successeur dans le prophétisme, puisqu'il est nécessairement le dernier des prophètes; mais il en a un dans la sainteté, parce qu'il n'est pas le dernier saint. Çàïl n'a pas de successeur dans la sainteté puisqu'il est le dernier saint, mais il en a un dans la divinité, puisque la terminaison de la sainteté a eu lieu par son apparition. Dans le degré de divinité, les catégories de

« Qffr. XVIIT, iio.

' Une des postures de la prière canonique. Voyez Hughes, Diction, of Islam .^ p. 466.

combien et de comment, de négation passée ou présente n'existent pas. C'est l'apparition de la résurrection , la manifestation de Dieu sous la forme de la pleine lune, le jour de l'entrée des bonnes aperceptions dans le paradis, et le jour de l'activité et du crédit, de l'honneur et de la magnification de la forme extérieure de Dieu, parce que le prophète de Dieu a dit qu'il y a, dans le paradis, un marché où l'on vend les formes extérieures. Forcément le successeur du dernier des saints, dans cette forme extérieure, est SB'^M *, de principe divin, c'est-à-dire le Verbe illustre de Dieu, ainsi qu'il l'a dit lui-même dans le Waçiyyet-nàmè (le Testament) ^. Dans un autre endroit, il mentionne» qu'il ne révélera pas la question de la science et du testament jusqu'à ce que le moment en soit venu. En joignant l'idée d'exécution testamentaire à celle de science, cela a pour résultat que l'on se demande pourquoi la quantité de préséance de la qualité de science existe-t-elle au détriment de celle d'exécution testamentaire, ainsi que la discussion en viendra? A moins que la forme bénie primitive ne vienne, il ne regardera que sa figure sanctifiée; il ne reconnaîtra pas comme devoir obligatoire d'être honoré par les satellites de la cour de sa propre grandeur; il ne prendra pas garde à sa propre puissance, et n'aura pas d'espoir en sa propre grâce; il s'attachera à la croyance en Çâïl et à l'aperception des vérités de sa science. Il se sait alors, par ce moyen, élu et délivré; c'est exactement la même aperception de la différence et de l'opposition qui sont mentionnées dans le Djâvidân de Dieu, au sujet de celui qui s'est opposé au vicaire et successeur personnifié visé par les textes

' Sigle désignant les successeurs de Fazl-ullah.

* Ouvrage de Fazl-uUah. Ce traité existe dans un manuscrit récemment acquis par le Brilish Muséum, et sur lequel on peut consulter M. Edw. G. Browne, Fitrlhcr notes ^ dans le Journal of the Royal Asia'ic Society^ Ï907, p. 548. Le nom de l'auteur n'y est pas donné, mais le présent passage n'offre aucun doute.

divins, et qui a été séduit par l'unité et la qualité de créateur du Dieu très Haut, et par un faux syllogisme. Adieu !

Dixihne Discours.

Toute chose, et rétablissement de toute prémisse dont la conclusion sera bonne, ont nécessairement un contraire, en raison de la divergence des raisons et des âmes, ainsi que Dieu l'a dit: ,11 en égare beaucoup et en dirige beaucoup" '. De même que la création d'Adam et son apparition étaient une chose bonne par rapport aux anges, c'en était une mauvaise par rapport à Satan; et par voie d'héritage et de la même manière, l'existence de tout être parfait est une cause de bien et de bonheur pour certains, et un motif de mal et de réprobation pour d'autres. D'après ces prémisses, lorsque Dieu a créé Adam, et que les aperceptions angéliques des hommes pieux et des serviteurs de Dieu de son temps entendirent sa science et se mirent en devoir de s'opposer à lui et de l'attaquer, toutefois les anges, qui après avoir réfléchi, comprirent leur impuissance, renoncèrent à cette discussion, avouèrent qu'il avait raison et s'écrièrent: „ Sois-tu exalté! Nous ne savons que ce que tu nous as appris" *. Ils entrèrent alors dans la forme extérieure d'Adam et furent des hommes. Ceux qui ne firent pas de concessions et prétendirent être meilleurs, furent Iblîs, furent rejetés et égarèrent leurs sectateurs; chacun, dans le récit de sa connaissance et de son adoration, suit un autre chemin; c'est ainsi qu'il [Fazl-ullaji] a dit (que sa gloire soit exaltée!):

„Il a institué un chemin dune façon différente pour chacun j chacun a prétendu venir de Dieu, par une autre voie" '.

Dans le Qorân il est dit que Satan entre par la gauche et par la droite, et séduit l'homme; mais le visage n'y est pas mentionné, afin que l'on sache que le visage est le lieu de la manifestation des noms divins, endroit où Satan ne peut

» Qpr. II, 24. » Qor. II, 30. ' Mètre ramai.

entrer. ,Qui professe une plus belle religion que celui qui s'est résigné tout entier à la volonté de Dieu ' ?" C'est-à-dire que la personne qui confie à Dieu son propre visage, qui est le lieu où les paroles de Dieu ont été publiées, et qui est un dépôt, a été délivrée des défauts de l'oppression et de l'ignorance, et échappe aux embûches de Satan. Confier son visage à Dieu, cela représente l'aperception des caractères d'écriture et des lignes divines, en face des paroles dépouillées invisibles, et l'obéissance aux préceptes d'œuvres salutaires, telles que la prière, le jeûne et ce qu'a prescrit l'auteur du droit canonique, ainsi que Dieu l'a dit: „Servezmoi, c'est là le chemin droit" ^

Assurément, ceux qui, par suite de l'aperception de la science, remettent leur visage à la parole de Dieu, et qui à la suite de cela ne font pas d'œuvre, ne sont pas en sécurité contre les séductions de Satan, ainsi qu'il l'a mentionné dans le Mahabbet' divin par ces mots: „Pour l'unique motif qu'il la recherchait, il a atteint la vérité de la science de la parole divine, et il l'a reconnue comme étant les caractères d'écriture divins; mais dans les bonnes œuvres, il n'est pas l'homme bienfaisant dont le Qorân dit: „Et il fait le bien" ^ Celui qui est désigné par ces mots: „Et qui suit la doctrine d'Abraham" ^ telle que se tenir debout pendant la prière, le pèlerinage, les tournées rituelles à la Mecque, et dont le sentiment d'opposition n'obéit pas à ce précepte: „Disleur: Le Seigneur m'a conduit dans le sentier droit, dans une religion droite, dans la croyance d'Abraham, le hanif" ^ à celui là il n'y a point d'utilité de livrer son visage à la parole de Dieu, car l'amoureux de ce visage est une personne qui ne fait rien, ne sait rien et ne voit rien en dehors de cette face et de ce qu'a ordonné le maître du visage. Sinon, c'est un

« Qor. IV, 124. » Qor. XXXVI, 61. 3 Ouvrage de Fazl-uUah,

sur lequel on peut voir Browne, JRAS. 1898, p. 64. * Qor. II, 106;

IV, 124; XXXI, 21. » Qor. IV, 124. « Qor. VI, 162.

prétentieux et un menteur: „ Malheur dans ce jour à ceux qui t'accusent d'imposture !" ' Adieu. Ici finit l'extrait [du Mahabbet-nâmè]. Que sa gloire soit exaltée!

Toutes les fois que celui qui livre son visage à la parole de Dieu, se contente seulement d'une compréhension savante, et ne fait pas ce qu'ordonne le maître du visage, et sait qu'il est un pécheur dans sa prière pour ne l'avoir pas fait, une compréhension diabolique entre par la droite, et le séduit. Il oublie le sens des paroles qui sont exprimées dans le Djàvidàn divin, et les cœurs de ceux qui sont faibles.

Il [Fazl] a dit encore (que sa gloire soit exaltée!): „ Lorsque c'est la parole de Dieu, c'est elle qui règne sur toi. Lorsque tu fais des actes sataniques, c'est Satan qui domine sur toi". (Fin de l'extrait). Donc on connaît la preuve péremptoire que le motif pour lequel on est Satan, c'est qu'on commet ses actes, quand même la perception serait conforme à la sienne, de même qu'il y a certaines gens qui, lorsqu'ils se prosternent à notre imitation devant Adam , se produisent dans leurs propres formes et significations. Par la manifestation qui embrasse les 28 paroles divines, les preuves du cœur et de la langue, et de tout ce qui existe, sont comprises et perçues par nous. L'obligation d'obéir aux règles de la loi canonique nous est imposée; et tout ce qui, dans l'exécution, est une licence qui nous est laissée, dont aucun dommage ne nous arrive si on le commence, et dont les aperceptions deviennent scientifiques, c'est là exactement ce qu'on appelé entrer dans le paradis.

Lorsqu'ils leur disent que, malgré que cette croyance reste, ces prémisses sont sans valeur, cependant, en faisant abstraction de cela, la personne qui est l'exécuteur testamentaire et dont les ordres doivent être magnifiés, en niant vos actes et vos paroles, devient la cause d'actes qui sont contraires

« Qor. LXXVII, passim.

aux actes de son prédécesseur Çâil, qui est son père, et n'est pas satisfaite, on donne pour réponse que, du moment que nous croyons en son père qui se nomme Adam, ce défaut de satisfaction de lui et sa dénégation ne nous fait pas parvenir un dommage dans la religion et n'est pas une cause de réprobation, entre nous, dans la science de la vie future, qui a été et ne sera pas après la destruction du corps.

Le fait est qu'absolument, en vertu des questions générales des livres appelés Djâvidân, "^Arch-nâmè ' et Mahabbet- Nâmè, leur aperception de cette manière est une imagination, parce que le centre de Dieu et de son vicaire n'est pas personnifié. Il dit: Si quelqu'un dit que l'existence est la même chose que pour nous, il se pourrait qu'il y ait eu et qu'il y ait un jour où Dieu n'ait pas eu et n'ait pas déforme extérieure; et puisqu'il en est ainsi, sa forme extérieure est contingente; Dieu nous garde de cette croyance!

C'est la même compréhension que celle des Juifs quand

ils disent que Dieu se repose le samedi; le Qorân réfute

leur opinion par ces mots: „Chaque jour il a une occupation

différente" ^ Quelle preuve, quelle démonstration peuvent

être plus claires et plus décisives que ceci, à savoir que la

forme extérieure et lieu de la manifestation de Dieu ^ dit:

» Après moi, de ma part [il n'y aura pas?] de remplaçant

et d'exécuteur testamentaire" ? Dieu nous garde de cette

compréhension, qui est le contraire de la sienne; et quant à

lui, il sait bien qu'il connaît Dieu. C'est lui qui a raison!

„I1 a trouvé que le nom de la Vérité suprême ne correspondait à aucune réalité, bien qu'il sache qu'il s'y est retrouvé lui-même" *.

Maintenant , il y a deux sectes sur lesquelles est déchaînée la compréhension diabolique, d'un côté, c'est-à-dire, sous une forme qui leur paraît bonne. De ces deux sectes, l'une

' Poème d'environ 1,120 vers, composé par Fazl-uUah, et dont une copie est entrée récemment au British Muséum (Browne, Further note»^ p. 546). ' Qor. LV, 29. 3 C'est-à-dire Fazl-ullah. ♦ Mètre ramai.

est celle des incrédules, et l'autre celle des polythéistes, en face de l'autre, par ordre du Sinaï de la révélation, à savoir que les uns sont incrédules et les autres polythéistes; en d'autres termes, les personnes qui nient Adam et la science des noms, sont incrédules par interprétation; et ceux qui les reconnaissent, mais à la façon mentionnée plus haut, sont des polythéistes, parce qu'ils font d'eux-mêmes des associés à Dieu, ainsi qu'il est mentionné dans le Djâvidân de Dieu, quand [Fazl-ullah] a dit (que sa gloire soit illustre!): ,La parole de l'homme parfait qui explique les 28 paroles et tous les êtres et le mystère de l'Unité, à un moment détourne la tête de l'objet de la manifestation qui est son interlocuteur; elle emporte avec soi quelques résultats; l'interlocuteur ne s'imaginera pas [qu'il détient la vérité] en se disant: Moi je suis cette compréhension, et lui ne l'est pas; c'est lui qui est la compréhension, car c'est à cette compréhension qu'est livrée la manifestation de Dieu qui entre en lui". Ici s'arrête son discours.

Leur polythéisme est ceci qu'ils n'admettent pas qu'il est le lieutenant et le vicaire de Dieu, par un texte clair, et qu'ils ne reconnaissent pas qu'il est le lieu de la manifestation des aperceptions divines, et que la règle de l'exécution testamentaire est durable et s'étend jusqu'à l'éternité. C'est pour cette raison que le seul nom de la science des noms et de l'interprétation de cette science est un legs, établi par le législateur véritable. Ensuite il établira la forme honorée par Dieu et par lui; cette adoration et cette obéissance de lui sont un devoir impératif, sans opposition, afin d'empêcher le polythéisme de se produire et d'éviter qu'il entre dans le rang de ceux dont il a été dit: „I1 en égare beaucoup"'.

La personne qui s'oppose à cette signification, s'oppose à Dieu lui-même. Il faut savoir que les suggestions de Satan en matière d'interprétation sont plus dangereuses que les

' Qor. II, 24, déjà cité plus haut.

mêmes en matière de révélation , en tant qu'on admette la science de l'interprétation.

- Satan s'imagine que la porte d'entrée du côté gauche lui est fermée; c'est dire forcément que la compréhension satanique se montre à lui sous la forme de la compréhension divine, de même qu'il a été mentionné plus haut. Il n'y a point de doute que ce qui est voilé par les voiles de lumière dont il est question dans le hadith, qui nous apprend qu'il y a des voiles de lumière et des voiles de ténèbres, est plus éloigné de l'objet en vue, que ce qui est voilé par des voiles de ténèbres, parce que c'est de la lumière; le voile ressemble alors à l'objet de la recherche, car Dieu a dit: „Dieu est la lumière des cieux et de la terre" ' ; l'obscurité en est l'opposé, et tout objet devient plus évident par le contraste de son opposé; mais dans la manière de la révélation, la porte d'entrée de Satan du côté gauche n'est pas fermée, c'est-à-dire, celui qui admet la révélation ne sait pas que la porte d'entrée du Diable par la gauche lui est fermée. Toutes les fois que la compréhension des péchés et l'accomplissent des plaisirs charnels, contraires à l'autorisation donnée par la loi musulmane, ont la victoire sur son âme et qu'il commence à les accomplir et à les exécuter, il sait qu'il est rebelle, couvert de voiles, et qu'il abandonne ce qui renferme son salut. Toutes les fois que le polythéisme entre du côté droit, c'est-à-dire par des interprétations passionnelles, il est sous la forme du bien, qui est la multiplicité des oratoires, des monastères et autres institutions du même genre, et leur fréquentation assidue; mais toutes les fois qu'il ne peut éviter la tache de la passion et de l'hypocrisie, sans aucun doute cet orant, ce jeûneur ont été et sont insouciants de toute façon par rapport à leurs propres fautes; l'aperception de cette faute est ce qui les attire et les porte à une apercep-

1 Qor. XXIV, 35.

tion purifiée de toute passion et hypocrisie dans ses actes de dévotion et d'adoration. L'examen approfondi de cette pensée se divise en de nombreuses branches: on se contente actuellement d'une indication pour celui qui a un cœur attirant.

Onzième Discours.

Dans le cours d'un cycle complet, il n'est pas possible que deux personnes soient égales, sans aucune différence, dans leur apparence et leur réalité: mais elles peuvent être d'un tempérament rapproché et de formes ressemblantes. En conséquence de cette pensée, il convient maintenant que d'entre les serviteurs de Dieu et les enfants véritables d'Adam, qui marchent dans la voie de l'humanisme et de la science des noms, il y ait quelques individus dans les localités et les villes, et qu'ils soient hiérarchisés, par rapport les uns aux autres, les uns précédant les autres, ou étant leurs chefs. Mais assurément, dans toute localité ou assemblée où se trouve une réunion de cette secte, une seule personne devra avoir la prééminence; il ne convient pas qu'il n'y en ait pas. La vénérer est le devoir de tous ceux qui lui sont inférieurs. Mais pouvoir se passer de lui n'a pas lieu néanmoins par impiété et rébellion. De la même façon, par rapport aux autres qui sont de cette secte, assurément il est nécessaire qu'il y ait une personne désignée qui soit plus élevée en rang que les autres enfants [d'Adam] qui se trouvent dans les différentes régions du monde. Sa vénération est indispensable, du commun accord de la nation. N'avoir pas besoin de lui serait un motif d'impiété et de rébellion; sa portion réservée est une particularité venant d'Adam, que les autres n'ont pas à la même époque. C'est ainsi que la loi religieuse dit que, parmi les objets laissés par le père, son sabre et son exemplaire du Qorân doivent être dévolus à son fils aîné. Toutes les fois que le père dispose par testament de tout ou partie de son héritage en faveur d'un enfant et le lui livre, ce

legs est admis en droit et les autres ne peuvent s'y opposer. C'est afin qu'on sache que ce dont le père a disposé par testament et ce qu'il a tenu pour livré, c'est le droit de [cet héritier] et les autres enfants n'ont pas le pouvoir de s'y immiscer, quand même ils se croieraient idoines et capables de succéder. Si cette immixtion se produit, ce ne peut être qu'un ghaçb [usurpation], à moins que l'objet en litige ne leur ait été dévolu par voie de don gratuit et avec plein consentement.

Douzième Discours.

De même que la sagesse divine exige que la création, en matière de production des êtres, aboutisse à un masculin et à un féminin, c'est-à-dire à Adam, qui est les 28 paroles, et à sa femme qui est son propre corps, et qu'ils soient agent et patient, ainsi que Dieu l'a dit: „I1 vous a créés d'une seule âme, dont il a créé son épouse" ', de sorte que l'agent s'immisce dans la réunion des 28 paroles divines, l'apparition des enfants, qui sont représentés par les aperceptions, provient de leur mariage; pour que l'exemple soit équivalent, l'aboutissement au degré de divinité est fixé sur le masculin et le féminin, c'est-à-dire sur Adam personnifié et son exécuteur testamentaire et successeur, qui est la formule coranique: „La parole de Dieu est la plus haute" ^. Celui-ci est évidemment de son propre genre, car s'il n'était pas de son genre, la terminaison du cycle de la sainteté n'aurait pas été nécessaire. Forcément, le Créateur des formes, pour terminer la sainteté sur lui qui est Adam, lui a interdit d'avoir des enfants qui fussent de son propre genre; de même que pour le dernier des prophètes, parce que si le maître de ces deux terminaisons' avait eu des enfants de sa propre espèce,

« Qor. IV, i; cf. VII, 189 et XXXIX, 8. « Qor. IX, 40.

' Celle du prophétisme et celle de la sainteté.

ceux-ci n'auraient pas pu échapper à ce dilemme: ou bien ils auraient été les successeurs de leur père dans le prophétisme et la sainteté, ou ils ne l'auraient pas été. S'ils avaient été les successeurs de leur père, ils n'auraient pas pu former la terminaison de sa mission; et s'ils n'avaient pas été des successeurs capables et idoines, ils auraient été inférieurs à l'homme parfait [qu'ils doivent être]. Ils se seraient montrés de son espèce. Bien que le successeur du dernier des Prophètes, qui est 'Ali, soit de son espèce (de sa famille), toutefois il l'est par ses enfants; il n'est pas son successeur dans le prophétisme, mais bien dans la sainteté. L'arrêt de la sainteté au [possesseur des] deux terminaisons, quoiqu'il soit de leur espèce, n'est pas d'une espèce différente de ce qui est „la bonne œuvre qui ne sera pas perdue" ', parce que, dans la première terminaison, la perfection de la manifestation et la terminaison de la sainteté sont durables, et dans la seconde terminaison, [il y a] la perfection de la manifestation du caractère divin; forcément, puisque Dieu a dit: „La parole de Dieu est la plus haute" qui remplace la seconde terminaison, non dans la sainteté, mais qui a plutôt un degré durable, qui est le caractère divin. L'interdiction d'avoir des enfants, soit de son espèce, soit de l'espèce de son père, provient de ce que sa perfection ne se transmet d'aucune façon et sous aucune considération à une autre personne.

Son temps est la fin de la compréhension de l'humanité; aucune autre échéance n'existe pour l'apparition de la science; la porte de côté est fermée; c'est le temps de la vue face à face, comme Dieu l'a dit [dans le Qorân]: »Ce jour-là, il y aura des visages qui brilleront d'un vif éclat — et qui tourneront leurs regards vers leur Seigneur" '. C'est le temps où on entrera dans le paradis „où ils habiteront pour toute l'éternité" ', sous la forme extérieure de l'illettré [pro-

' Expression coranique, XVIII, 44 et XIX, 79. « Qor. LXXV, 22 —

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