Qor. passim
phète] divin ; car il y a un principe , à savoir que le Prophète a employé l'expression de Koursî (trône) pour désigner la nation [musulmane], dans la réponse à un interrogateur qui disait: Quel est le siège [de ce paradis]? Et il répondit: ^C'est le jour où Dieu fera des révélations sur son trône". Dans le Djâvidân divin l'auteur a dit: „C'est-à-dire du trône ('arch), qui est Adam; et sa forme extérieure est celle de la femme, qui est le dernier être créé, et qui représente le koiirsî de Dieu". Fin de son discours (que sa gloire soit exaltée !). Et ce qu'il dit dans le Qorân , à savoir qu'Eve a été créée d'Adam, c'est une preuve décisive de cette signification. Cette discussion comporte des arguments et des témoignages nombreux; il n'y a ici qu'une indication pour celui qui a un cœur simple. Moi, en vertu de la condition du message, je parlerai; d'après ton examen, [tu peux croire] soit qu'il soit vérité, soit qu'il soit mensonge".
Dans la résurrection, tous les enfants d'Adam, hommes et femmes, ont un certain rapport avec lui. Il faut agir honnêtement, parce qu'il se trouve dans le hadith que tous sont son nom, joint à ce qu'il dit dans le Qorân, à savoir: „Les richesses et les enfants sont l'ornement de la vie de ce monde, mais que les bonnes œuvres qui restent, etc." '.
Certains exégètes disent que la cause de notre descente est ceci que les fils du prophète de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue!) étant morts en bas âge, Dieu a donné la bonne nouvelle à son envoyé de l'expression de , bonnes œuvres qui restent", où le pluriel, étant le pluriel de majesté, désigne Fâtima (que le salut soit sur elle!), ce qui a ce sens que la porte du monde durable, ce qui, en une certaine manière, signifie la manifestation du degré de la divinité, a la considération des „bonnes œuvres qui durent" qui sont la forme extérieure de SB'^M (les successeurs de Fazl-uUah)
> Qor. XVIII, 44.
LE Livre des confidences. 49
Quand le prophète dit que Dieu nous a fait un don qu'aucun autre prophète ne nous avait fait, c'est-à-dire S B *^M, cela représente la manifestation de la valeur de la forme du prophète, qui sera les bonnes actions durables dans sa religion et sa nation, et toute personne honorera cette forme extérieure du prophète, qu'il faut considérer comme base. De même le prophète a dit que Fàtima (le salut soit sur elle!) est la Dame de la résurrection; toutes les fois que la dame Fàtima (le salut soit sur elle !) venait en présence du prophète, celui-ci se levait pour lui faire honneur. Un de ses compagnons lui demanda: » Fàtima est votre fille; pour quel motif vous levez-vous devant elle?" Le prophète répondit: ^Lorsque Fàtima est debout, tous les anges des cieux se lèvent pour lui faire honneur; moi je me lève pour conformer ma conduite à celle des anges".
Treizième Discours.
Maintenant, dans notre temps, au milieu de nos contemporains, elle existe par le fait de baiser le seuil de sa porte sainte, car elle est la forme originelle de Dieu. Sans renoncer aux pensées sensuelles, on ne peut entrer dans la catégorie de ceux qui se tiennent sur le seuil de la chambre de sa chasteté. C'est une condition posée aux plus grands des enfants d'Adam (c'est elle [Fàtima], la plus grande), car la science de son père s'est manifestée en elle; toute forme qui est, elle la crée; on peut le savoir par le témoignage de l'esprit plein de grâces et par l'obéissance due à celui dont il a été dit: „La parole de Dieu est la plus haute".
On peut s'assurer du degré de pureté ou d'impureté des œuvres du cœur et du corps que font les serviteurs de Dieu, par le moyen de sa satisfaction ou de sa colère, parce qu'elle est exécutrice testamentaire en vertu d'un texte clair. Quiconque lui fait opposition, fait opposition à soi-même.
Cette règle de l'exécution testamentaire n'est jamais interrompue, et ne le sera jamais; il arrive seulement parfois qu'elle disparaît sous le voile du monde mystérieux, ainsi que dans l'histoire de Jésus (que la bénédiction et le salut soient sur lui!), revêtu de beauté, qui est le successeur apparent et le vicaire de Dieu.
Quatorzième Discours.
Lorsque la sainteté est terminée, que la divinité s'est manifestée, et que les divers lieux de manifestation de Dieu l'embrassent et voient sa propre aperception sur tous les êtres existants, assurément le résultat en est que dans les natures et les tempéraments des serviteurs qui entendent la science des noms et de l'unité de Dieu d'après les paroles des lieux de la manifestation, il se produit en œuvres et en paroles une impudence, une grossièreté, une inclination vers la passion, les excès en trop ou en moins, l'abandon de la modération pour se procurer les plaisirs de l'âme concupiscente qui sont le motif de la corruption et de la passion des êtres; de toute âme sort le cri: „A qui l'empire?'".
Ce lieu de manifestation qui se tient, nommé par Dieu, sur la voie de la modération, ne guérit pas les tempéraments malades de ceux qui ne sont pas obéissants. Et lorsque la force de la nature est progressivement victorieuse, les attributs blâmables, tels que la ruse, l'envie, le mensonge, le désir de s'emparer des biens, de la famille et des enfants [d'autrui] s'installe dans les âmes; ils font disparaître les lois divines qui n'ont jamais été abrogées par l'ordre de Dieu, et ne le seront point; c'est ainsi que chaque personne attente à l'honneur de la femme et des enfants d'autrui, et admet cet acte comme licite; des meurtres ont lieu pour l'utilité
• Qor. XL, i6.
de sa propre passion et son propre désir; il n'en sait rien jusqu'à ce qu'il arrive doucement à un endroit où les songes apparaissent dans le monde, et deviennent la cause de l'apparition des troubles.
La voie et la coutume des prophètes sont rejetées '. On ferme la porte des interprétations allégoriques de la parole de Dieu, dont dépendent le Qorân et l'organisation de la religion et du monde. La parole des interprétations divines n'est pas non plus exécutée. Et si encore, au premier abord où ces immoralités se manifestent, elles étaient visibles, mais, contrairement à ce qui est l'intention de Çà.'^û, elles montrent des significations pour lui. Bref, pouvoir se passer complètement de la connaissance de Dieu qu'ont les anges se manifeste dans les âmes, et aboutit à un degré tel que celui qui connaît les préceptes de la religion et qui suit la voie de la connaissance certaine (sorte de gens dont jamais le monde n'a été et ne sera privé), ne peut pas manifester sa propre religion et son propre rite; il est à l'état de néant; lesaperceptions démoniaques et animales dominent comme elles dominaient avan^t Adam. C'est ainsi que le hadtth nous informe qu'avant Adam il y avait des troubles '^ dans le monde. Comme la forme extérieure de celui qui obéit à l'aperception de toute l'espèce humaine en vertu de la prépondérance des qualités animales et démoniaques rentre dans la catégorie des démons et des animaux, lorsque la compréhension humaine est dominée, l'espèce humaine entre dans le degré du néant. C'est ainsi que [Fazl-ullah] a dit dans le Djâvidân divin: ,11 se peut que les effluves des sphères célestes et des planètes, ainsi que la capacité de la terre, parviennent à un certain degré par suite d'un accord, ainsi qu'ils ont été d'accord dans la forme extérieure d'Adam , et qu'ils marchent à rebours; il se peut aussi que le sol ait la capa-
' Je lis ba-dar aa lieu de fedar qui n'offre aucun sens satisfaisant * Je lis àsib au lieu de asp.
52 Î.Ë LÎVRË DES CONFIDENCES,
cité de saisir les effluves, de sorte qu'il ne reste pas de place pour une seule existence du monde des apparences sur la surface de la terre, excepté celles qui sont venues et ont gagné la forme de l'homme et d'Adam, et sont parvenues, dans le monde stable, à ces délices fixes, éternelles dans le passé et dans l'avenir. La mort ne les atteint pas; ils sont à l'abri de la décrépitude et de la vieillesse. Plus jamais le point de l'effluve et de l'accord n'aboutira à l'apparition d'un lieu de manifestation tel qu'Adam, conformément à l'extérieur de ce monde et aux effluves de ces cieux. Les aperceptions de cela ne descendront pas dans leur intérieur". Par ma vie! sur nous de lui [soit] le salut!
Après l'exaltation et la perfection des forces de la nature, une autre fois le tour revient à la prédication des prophètes; de même que d'abord ils ont été adamiques, ils reviendront ainsi; leur forme extérieure, leur apparence, leur nom, leur manière d'agir, leur lieu, leur place, leur discours, l'institution de leur religion, le choix du plus grand dans le temps fixé seront de même qu'ils ont été d'abord; par le moyen des miracles, de gré ou de force, ils dirigeront dans le bon chemin le peuple de leur temps, sur la voie de la modération, ainsi que l'exige leur époque, et cela jusqu'à ce que leur arrive un dernier prophète, qui sera le prophète illettré. Une autre fois encore, le terme de la révolution arrivera au point de l'existence d'Adam. La résurrection, la sonnerie de la trompette, le rassemblement des hommes, l'établissement de la balance, le passage du pont Cirât, la vie rendue aux morts, auront lieu par une manière de réalité, tandis qu'au point de vue de l'apparence chacun des hommes du cycle passé, qui sont un, seront élus. P^n vertu de ce passage: „I1 amènera une nouvelle création" qui se rencontre dans le Qorân ', le verbe de l'esprit d'Adam, qui est les 32 paroles,
« Qor. XIV, 22; XXXV, 17.
et son corps, qui est sa propre femme appelée Eve par Dieu, ont créé des hommes et des femmes. L'espèce humaine et l'aperception humaine feront leur apparition; c'est ainsi qu'il [Fazl-ullah] dit dans le Djàvidàn divin: „I1 y aura tant de milliers de mondes sans fin de la même manière, avec la même forme d'Adam, avec le même création, avec la même croyance en l'unité de Dieu, avec le même équilibre, le même centre, la même manière d'exister". Il a dit, dans le ['^Arclî-] nàmè.':
„Tant qu'il y a eu des années et des siècles, le ciel a entouré la terre
de ses cercles.
„Afin que le visage d'Adam se levât du sol, (il a placé) trente-deux
caractères d'écriture sur sa joue, venant de son essence pure" 2.
Que le ciel ait lancé de tels cercles autour du centre de la terre, qui est le siège d'Adam, le résultat en est qu'Adam se manifeste. Quand Adam apparaît, il lance le même cercle. Donc il est nécessaire et indispensable que lorsque son cycle, qui est le huitième ciel, arrive à la fin, le même résultat qui s'est produit pour un cycle, il le produise [une autre fois] et qu'Adam apparaisse; s'il n'en était pas ainsi, sa révolution, qui est celle des sphères célestes, serait en pure perte et n'aurait aucun résultat, ce qui ne serait pas conforme à la sagesse.
Il se rencontre, dans le discours divin transmis par le prophète hàchimite [que le salut de Dieu soit sur lui!], ce passage: „I1 faut que le fils connaisse son père, et l'éphèbe le vieillard, en se disant: „I1 a voulu toujours créer mon âme et mon corps, de son âme et de son corps".
Mais ces esprits et ces corps de l'espèce humaine, par l'effet de la compréhension, sont tantôt au rang des animaux, tantôt à celui des génies, tantôt au degré des anges, tantôt
' Poème de Fazl-ullah. Voir ci-dessus, p. 42, n. i. ' Mètre ramai.
à celui des démons, tantôt à celui d'hommes, ainsi qu'il a été dit plus haut.
La personne qui ne connaît pas cette signification d'après le Djâvidàn divin et qui ne l'aura pas comprise, il est certain qu'elle ne connaît pas le Djâvidân-nâmè, ces questions et ces règles, ainsi que c'est juste, et elle ne les comprendra pas. Tant qu'une personne ne saura pas et ne comprendra pas ainsi sa venue, son départ, son existence et son mouvement, elle ne connaîtra pas son commencement et sa fin au point de vue de la réalité et de l'apparence et elle ne sera pas sur le terrain de cette compréhension, parce que toute compréhension qui se produit, tant qu'une personne capable de compréhension ne comprend pas le chapitre de la connaissance de l'essence du Créateur et du comment des créations, et ne paraît pas dans le lieu de la manifestation de celui qui en est capable, elle se trouve derrière le voile et le rideau, éloignée de sa propre perfection, de la quantité de cette compréhension; lorsqu'elle s'en aperçoit, elle est délivrée du lien et du voile [qui l'empêchaient d'atteindre la perfection]. Adieu !
Quinzième Discours.
Les actes sont de deux sortes; les uns sont [les actes] du cœur, ce sont cette compréhension et cette croyance [dont nous venons de parler]; les autres sont les actes corporels, ce sont les faits et les paroles qui sont produits par les différents membres et parties du corps, tels que la prière canonique, le jeûne, le pèlerinage, la récitation du Qorân, la lecture des prières jaculatoires. De ces deux sortes, l'une est la primitive, c'est la compréhension et la croyance; elle est comme la base de l'édifice; l'autre, c'est-à-dire les faits et les paroles, est comme le mur [bâti sur cette base].
La saine croyance est celle-ci que tu dises que tu croies à une chose selon sa vertu particulière, et que tu la com-
prennes; par . exemple, que l'une est chaude et l'autre est humide, et si c'est le contraire, la croyance est fausse. Or tout édifice dont la base est mauvaise ne vaut rien. C'est-àdire que vous connaîtrez Dieu par sa divinité, le prophète par le propliétisme, le saint par la sainteté: et vous ne dépasserez pas la manière du croyant, comme l'on fait les chrétiens, qui dans leur croyance à l'égard de Jésus (sur lui la bénédiction et le salut!) ont dépassé la mesure à son égard et sont devenus des infidèles; néanmoins, bien que Jésus soit un prophète, il n'atteint pas dans le prophétisme la perfection du prophète de confiance, Mohammed ; comment donc pourrait-il atteindre le rang de la divinité? Toute personne qui croit à l'égard de Jésus le contraire de ce qui nous venons de dire, a une croyance fausse.
Il faut savoir que la perfection de chaque prophète ou saint a lieu par le moyen de la vertu de sa capacité à recevoir une des sciences divines, et de ce qu'il est dépouillé des qualités de tout autre que lui. Aucune infériorité n'est à cette personne dans sa propre manière.
Donc du moment que le temps n'est jamais privé d'un homme parfait, voyez qui est le maître du Sinaï, des miracles de prophètes ou de saints; ou bien son vicaire et exécuteur testamentaire; ou bien le vicaire de son vicaire. Cette règle existe toujours, jusqu'à ce que la tournée se termine au possesseur du Sinaï, comme je l'ai dit plus haut.
Forcément on doit l'aimer, ainsi que son vicaire, qui est son exécuteur testamentaire, ainsi que le vicaire et l'exécuteur testamentaire de son vicaire, et ainsi de suite; c'est la glorification de son ordre, et la compassion pour ses créatures, car ses créatures sont représentées par ses déterminations de la part de Dieu, en faits et paroles; et la croyance en ses vicaires, qui ne dépasseront pas les limites de leur état, est indispensable. Tant que quelqu'un ne l'aime pas et ne magnifie pas son ordre. Dieu ne l'aime pas et il n'aime
56 l'E LIVRE DES CONFIDENCES.
pas Dieu, car le Qorân a dit: „Dis: Si vous aimez Dieu suivez-moi, pour que Dieu vous aime" '.
La personne qui n'aime pas son bien-aimé, celui-ci ne l'aime pas. Cette amitié, cette sujétion indiquent une confiance décidée en lui et en son bien-aimé, ce qui est la cause de l'entremise de la croyance dans les bonnes images du monde de la vie future. C'est pour cela que le prophète de Dieu a dit: „Fâtima (que le salut soit sur elle!) est une partie de moi-même; quiconque la moleste, me moleste moimême". Il a également dit (et c'est rapporté dans le Maçâbih"^); „Hoséïn est une partie de moi, et moi je suis Hoséïn; je suis en guerre avec quiconque fait la guerre à Hoséïn". Il n'y a pas de doute que son discours, dans cette tradition, ne s'adresse à une personne qui, extérieurement du moins, est musulmane. D'après cette analogie, quiconque fâche une personne qui est de Fâtima, fâche celle-ci; quiconque fait la guerre à une personne qui est de Hoséïn, Hoséïn lui fait la guerre. Le prophète a dit: Je fais la guerre à quiconque lui fait la guerre, il n'a pas dit: Je fais la guerre à celui qui fait la paix avec lui. C'est une preuve claire que cette personne qui fait la guerre à Hoséïn, jamais le prophète du Dieu très Haut ne fera la paix avec elle; car la guerre ne peut jamais être la paix; mais il est possible que celui qui fait la guerre fasse la paix. Etre du prophète , être de Fâtima, cela veut dire ceux qui les suivent en paroles et actes; mais la personne qui extérieurement est de leur lignée et leur obéit, son mérite et son honneur sont plus grands que ceux de la personne qui ne fait que leur obéir et qui n'est pas extérieurement de leur lignée. La personne qui est de leur lignée et ne les suit pas, sa désobéissance et son obstination sont plus grands que ceux de la personne qui, sans être de leur lignée, ne les suit pas.
» Qor. III, 29.
' Maçâbifi es-sonna^ célèbre recueil de traditions d'el-Haghawî.
La preuve de cette discussion est fournie par l'histoire de Noé telle qu'elle est racontée dans le Qorân; c'est là que Dieu dit: „I1 n'est point de ta famille", lorsque (le fils de ce prophète) ne suivit pas son père '. Et de la parole très haute de Dieu et d'où vient le salut, n'avez vous pas entendu ce qu'il a dit , touchant l'existence de Çâïl (que sa gloire soit exaltée!)? Il se trouve dans le hadîth que le prophète a dit à Fâtima: „Tout à coup ne t'imagines pas en te disant: mon père est le prophète de Dieu; car si tu fais une faute dans une œuvre pieuse, et que ton acte ne soit pas agréé par Dieu, moi et toi ne sommes pas la même chose l'un que l'autre, ma ligne est la première; on te châtiera, et je n'en aurai pas de nouvelles. Ce sera la même chose. Tu diras: c'est mon père, et tu ne t'imagineras pas en disant: mon père a la même chose; dans les œuvres et l'obéissance à l'ordre de Dieu, tu feras une faute; si tes paroles et tes actes ne sont pas agréés, on te châtiera pour cela, dont je n'aurai aucune connaissance". Dieu a raison ainsi que son prophète!
Toute œuvre corporelle qui n'est pas conforme à la croyance est fétu et vétille, bien qu'en apparence elle paraisse appartenir à la catégorie des œuvres pieuses; c'est ainsi que le jeûne le jour de fête, bien qu'en apparence ce soit une œuvre saine, néanmoins comme sa base n'est pas établie sur une croyance saine, il ne peut être considéré comme un acte de [vraie] dévotion -. Salut !
Seizième Discours.
La prédication est de deux sortes, la générale et la particulière. La première s'appelle prophétisme; le degré de
• Qor. XI, 48. Allusion au fils de Noé resté incrédule et qui fut submergé par le déluge, d'après le Qorân.
' Pour comprendre à quel point la question du jeûne des jours de fête préoccupe les Musulmans, on peut se reporter à mes Inscriptions arabes et persanes des mosquées chinoises^ dans le T^oung-Pao^ série II, vol. VI, p. 307 et suivantes.
son jugement repose sur l'extérieur; c'est ainsi que le prophète a dit: „Nous, nous jugeons sur l'extérieur". Le comble de la perfection de la prédication est cette sorte, qui embrasse aussi la prédication particulière et a la valeur de la généralité. Ce qui se trouve dans le Djâvidân divin, à savoir que „jamais la femme n'atteint la perfection de la prédication, parce qu'elle est incomplète dans la création de la science de la parole" (ici s'arrête son discours, que sa gloire soit exaltée!), et ce que le prophète a dit: „Les femmes sont incomplètes en tant que raison et religion" ont ce sens que la raison est un lien, et toute science qui est mise par écrit est un lien pour toute parole qui est articulée. Le lieu de l'accomplissement de ces raisons, au point de vue de l'apparition, est le visage d'Adam et non celui d'Eve; c'est ainsi que Dieu a dit: „ Quand tous les arbres qui sont sur la terre deviendraient des qalams, quand sept mers alimenteraient l'océan, les paroles de Dieu ne seraient point épuisées" '. L'institution de la religion repose sur les marques du visage d'Adam, qui est parfait, au point de vue de la manifestation. De là vient que la prière du vendredi n'est pas un devoir obligatoire pour les femmes, et il n'est pas indispensable qu'elles accomplissent la prière, qui est sans valeur pendant leurs moments d'excuse [légale]. Mais, en vertu de l'adage: „Le meilleur discours est celui qui est bref et qui guide", une telle perfection spirituelle est renfermée dans l'intérieur de cette imperfection apparente. Ces marques qui sont sur leur visage, qui est la forme extérieure primitive, Dieu les appelle l'ornement de la vie de ce monde ^ et elles ont, dans l'autre monde, la valeur de la suppression.
La seconde espèce est la sainteté; sa valeur repose [toute] sur l'interprétation ésotérique. Dieu a placé le rang de toutes les deux sur l'organisation du monde, car le salut dans
» Qor. XXXI, 26. 2 Allusion à Qor. XVIII, 44.
l'autre vie dépend de cette organisation. Or le monde organisé est de deux sortes, la générale et la particulière. Ce qui est général dépend de l'observation des prescriptions de la loi religieuse, et ce qui est particulier se rattache à la volonté de la voie et de la vérité. L'organisation du monde, dans la première espèce qui est [l'observation] des prescriptions de la loi religieuse, consiste en ceci que toutes les créatures aient une connaissance et soient tranquilles; que la conservation de la fortune et de l'honneur, l'égalité dans les rapports, l'interdiction de la violence et de la tyrannie du fort sur le faible, contrairement à l'ordre du Dieu très haut, la protection de la femme, des enfants, de la famille contre tout étranger, la distinction entre le beau et le laid soient observées. Ces songes se produisent dans le monde par l'intermédiaire de l'ébranlement des lois religieuses dont les musulmans font leur règle de conduite; ils font des excès en trop ou trop peu; ils se sont détournés de cette loi; le mot de „loi" pour des raisons lexicographiques, signifie la peine d'eux et d'autrui '.
Ce défaut est de deux espèces; la première sorte, en apparence , est la faiblesse , car tout -le monde sait que ce défaut est la même chose que le dommage apporté par le fort au faible et l'institution d'innovations blâmables, comme d'extorquer de l'argent, hors de la règle de la dîme aumônière, et autres semblables; la seconde espèce est ceci que tout le monde sait, à savoir que ce dommage consiste dans les dépenses à l'occasion de la conclusion du mariage et la fixation du montant du don nuptial ultra vires, les dépenses dans la pieuse visite rendue aux tombeaux, dans la construction des maisons d'habitation et la confection des vêtements, et leur recherche.
' Comme si qânoûn^ au lieu d'être emprunté au grec, était dérivé de qann qui signifie ^scruter attentivement".
6o LE LIVRE DES CONFIDENCES.
Ces prémisses ont une conséquence nécessaire , à savoir le manque de repos et la fatigue de l'esprit, l'oubli et la négligence à accomplir des actes de dévotion et d'obédience; car s'il en a [l'intention] et n'a pas la force de les accomplir, et qu'il lui serait dififîcile de les accomplir d'une manière licite, forcément l'homme tend du côté des crimes et des péchés.
L'organisation du monde, dans la seconde espèce qui est la règle de la voie et de la vérité , est l'organisation des esprits simples des particuliers, c'est-à-dire, le rang de cette espèce est en conformité de la capacité de réceptivité des cœurs simples et des natures droites. On appelle cette espèce, espèce particulière, parce qu'il se peut qu'une chose, par rapport aux qualités particulières et à leurs natures, soit rattachée à une règle et loi telles que le maître de la prédication particulière l'institue ; en vertu de cette parole du Dieu très Haut : ^Certes, Dieu ne veut que vous faciliter les choses" ', etc. , c'est la cause de la facilité et de la suppression des difficultés pour eux, de telle manière que ce soit le résultat de leur salut et de leur bonne direction. Par rapport aux tempéraments des gens du commun et à leur sotte nature, elle est dangereuse. C'est ainsi que le Prophète de Dieu a dit à Selmân: „Quiconque récitera complètement trois fois le chapitre Ikhlàç (CXll), c'est comme s'il avait récité le Qorân en entier". Chaque nuit, Selmân ne s'endormait pas avant d'avoir récité trois fois ce chapitre. Quelques-uns d'entre les compagnons du prophète avaient entendu dire à Selmân: «Chaque nuit, je ne m'ocupe pas de m'endormir avant d'avoir récité entièrement le Qorân"; il se rendirent derrière sa cellule pour savoir comment il pouvait psalmodier le Qorân en si peu de temps; quand ils se furent assurés qu'il ne récitait que le chapitre Ikhlàç, ils
' Allusion à Qor. II, 1815 la citation n'est pas textuelle.
LE LIVRE DES CONFIDENCES. 6l
le rapportèrent au prophète en ces termes: ^Selrnàn dit qu'il ne s'endort pas avant d'avoir récité le Qorân en entier; or certaines personnes ont entendu qu'il ne récitait que le chapitre Ikhlâç". Mohammed fit venir Selmàn [et lui dit]: a Mes compagnons disent que tu prétends réciter chaque nuit, avant de dormir, la totalité du Qorân". — „C'est vous, répliqua Selmàn, qui avez dit que quiconque réciterait trois fois en entier le chapitre Ikhlâç, c'est comme s'il avait récité le Qoràn en entier; et à partir du moment où j'ai entendu ces mots, chaque nuit, avant de m'endormir, je récite entièrement le chapitre Ikhlâç, à trois reprises". — „ Selmàn dit vrai, répondit le prophète; chaque nuit il récite entièrement le Qorân".
Cette pensée n'a pas une application générale, La désignation du chapitre Ikhlâç (sincérité) indique la pureté de l'intention et la sincérité du lecteur; or la généralité des créatures n'ont point cette qualité; car il a été dit: «Que de récitants du Qorân, que le Qorân maudit! „Elle n'est point non plus parfaite dans la prédication.
La nation (musulmane) jouit de l'égalité dans l'observation des règles, mais il y a une différence pour les personnes distinguées: c'est ainsi que le prophète a pu contracter mariage en même temps avec neuf femmes légitimes, tandis que le reste de la nation ne le peut qu'avec quatre.
Dans la prédication générale, tout ce qui est légalement en la possession d'une personne, ne sort pas de sa propriété pleine et entière sur le désir d'autrui, excepté avec l'autorisation du propriétaire, par voie de vente ou de don , ou par des moyens analogues; tandis que dans la prédication particulière, c'est sûrement le contraire; c'est ainsi pour la rupture du contrat de mariage de la nation. L'inclination de l'esprit et la manière de voir du prophète de Dieu, jusqu'au moment où Dieu a ordonné que ce soit licite, ont été le point de vue de la prédication particulière.
Le résultat de cette pensée, par rapport aux particuliers, est ceci que tout ce que le maître de la prédication de la voie et de la vérité, qui est, sous le rapport de la sainteté, le Khalife de l'époque, désire, cela doit être illicite pour les personnes qui sont ses sectateurs, jusqu'au moment où cela devient licite par sa permission.
Cette prescription , il n'est pas possible qu'à un même moment elle existe entre particuliers et le peuple d'Adam [en général], et cela, afin que les troubles ne deviennent pas nécessaires; forcément, de même que l'organisation du monde consiste dans l'obéissance aux lois de la voie légale, l'organisation des esprits et des états des particuliers consiste dans la promulgation des lois de la voie et de la vérité instituées par le maître de la prédication particulière.
La personne qui se détourne de cette prédication, c'est comme si elle ne voulait pas de la prédication générale. C'est ainsi qu'il est arrivé, au combat de Çiffin, que pour répondre aux compagnons de Mo'^âwiya qui s'étaient servis d'exemplaires du Qorân, c'est-à-dire de son écriture apparente, *^Alî s'écria: „C'est moi qui suis le Livre de Dieu parlant". Par le chemin préférable , la personne qui agit contrairement aux ordres du Livre parlant, le fait également à ceux du Livre silencieux (écrit). Les explications de cette pensée sont nombreuses.
Maintenant les quelques paroles que j'ai dites par allusion, à savoir que le maître de la prédication particulière est maître de la plume et non du sabre, et l'action d"^Alî (que Dieu ennoblisse son visage!) de se saisir du sabre après le [vrai] maître du sabre qui est le prophète, [s'expliquent ainsi] : l'imitation qu'il a faite de son acte est pour vulgariser et vérifier sa loi, car la voie et la vérité y sont contenues. Après lui, la prise du sabre par les deux imâms [Hasan et Hoséïn] provenait de la nécessité; et ensuite cette même règle appliquée à la prédication a été retirée aux descendants impeccables des deux imâms, depuis
Zéïn eI-*^Abidîn jusqu'à [Hasan] "^Askérî (que Dieu ennoblisse leurs visages!).
Le prophète a dit: ^Moi j'ai combattu au moyen de la révélation littérale, et *^Alî au moyen de l'interprétation allégorique". Du moment que le combat au moyen de la révélation littérale est seulement pour faire accepter l'extérieur de l'islamisme, saisir l'instrument de combat, qui est extérieurement le sabre, est une condition [indispensable], tandis que pour le combat au moyen de l'interprétation allégorique, qui est destiné à faire accepter la signification ésotérique, le sabre, qui est un instrument d'ordre exotérique, n'est plus une condition [indispensable]; la preuve en est donnée par ce passage du Djàvidân divin, qui dit: „Le mihràb (niche indiquant la direction de la qibla) est l'instrument de la guerre [harb) , et *^Alî combat avec l'interprétation allégorique". Donc on sait que, en combattant pour la vérité, l'instrument apparent, qui est le sabre, n'est pas indispensable; l'action de verser le sang de l'âme animale, est l'action d'égorger, en vérité et en réalité, au moyen de l'instrument apparent de la guerre; mais l'ordre de verser le sang apparent de l'âme animale, qui est la brebis [du sacrifice rituel], montre l'instrument apparent.
Certains, par esprit de secte, depuis les temps reculés jusqu'à aujourd'hui, attendent le Qâ'ïm des imâms, qui a encore un autre nom dans la tradition, c'est El-Mehdî; ils disent qu'il est le maître du sabre et qu'il est désigné dans le hadîth suivant: „I1 remplira la terre de justice et d'équité après qu'elle aura été remplie d'iniquité et d'injustice". Leur croyance est qu'il fera disparaître l'injustice, qui est la tyrannie des humains les uns à l'égard des autres, au moyen du sabre. Cette imagination dans la croyance n'est absolument pas réelle; c'est une erreur, parce que le Mehdî doit être le maître de la plume; le sens des mots: „I1 remplira la terre" est que le terrain des cœurs de la nation, qui est
rempli de croyances analogiques sans objet réel , et dont l'installation dans le cœur, qui n'est pas leur place, est auprès de Dieu injustice et oppression, est vide de son interprétation allégorique et de son explication ; il s'appuie sur des croyances effectives, telle que le commencement et le retour, l'essence et les attributs, et toutes les vérités qui sont justice et équité, et rendent tranquilles et reposés les esprits sains et les natures droites des gens distingués de la nation ; mais il se peut qu'après sa manifestation par la plume, il emploie l'instrument de guerre à l'égard de ceux qui ignorent l'exposition et l'interprétation des souverains de l'époque, l'organisation du monde et des mortels, en général et en particulier, ne pouvant se maintenir sans qu'ils aient recours au sabre; il renforce les particuliers qui forment son édifice et ses ministres, et qui font des efforts, dans la voie de la vérité, pour qu'on se souvienne de son interprétation et de son explication. Grand Dieu! Aide-les, aie pitié d'eux, et n'égare pas leurs cœurs après que tu les as dirigés!
Il y a encore ceci que dans le Djâvidân divin on trouve ce passage (que sa parole soit exaltée!): „ Lorsqu'un homme établit sur les hommes la religion avec le sabre et des efforts entiers, il est avec cette religion; en quel endroit lui est-il associé?" C'est une preuve claire et manifeste que le maître de la prédication particulière n'est pas l'homme du sabre.
De même que l'ébranlement dans les lois de la prédication générale est un motif de gêne, de destruction, de difficulté, de perte de toute la création, de trouble pour les esprits sains des particuliers, l'ébranlement et le grand trouble consistent en ceci que toute âme faible, avec le peu de force qu'elle aperçoit dans sa propre compréhension, au point de vue de la connaissance et par rapport à autrui, construit son édifice au moyen de l'abstinence et du renoncement à la négligence; elle se sait être d'une compréhension saine et
LÉ LlVRË DÉS CONFIDENCES. 65
maîtresse de la prédication ; elle invite aussi les autres à suivre sa propre méthode, jusqu'à ce qu'elle arrive à un lieu où les hommes éprouvent de la répulsion les uns pour les autres sans être néanmoins malintentionnés.
Lorsqu'ils disent que chaque personne qui arrive à notre situation n'est pas obligée de suivre la loi d'autrui, cette compréhension amène à ceci que chacun d'eux se sait autorisé à désirer posséder la femme, les enfants et les biens l'un de l'autre ; et en outre, par la vertu de leur qualité innée, nécessairement la nature de chacun d'eux devient répulsive, et ne veut pas qu'une autre personne possède ce qu'il a en mains. Quand la force de la nature est prépondérante et la croyance fausse, forcément ils ouvrent les uns pour les autres les portes de la ruse, du vol et de la tromperie : ce qu'ils n'approuvent pas pour eux-mêmes, ils l'approuvent pour leurs frères. Dieu nous garde du mal que nous causeraient leurs passions!
Dix-septième Discours.
La prescription de la prédication générale est de même que pie mariage de l'esclave qui est à la volonté ^ de son maître ; l'esclave ne possède rien, si ce n'est par un don de son maître. Tout esclave qui travaille, le profit et le fruit en reviennent au maître, à ce point que si, de son propre gain, il se compose un vêtement, et qu'il ne soit pas autorisé par son maître à le revêtir, la prière canonique de l'esclave ne peut avoir lieu non plus dans ce vêtement; car il est au pouvoir du péché. Néanmoins, le maître et l'esclave sont égaux, au point de vue des obligations légales, dans la
' LiUér. „sur la langue".
* ^A-ytoLcl, pi. de X u«nfi, manque aux dictionn. arabes, mais est formé par analogie.
è6 LE LIVRE DÉS CONFIDENCES.
plupart des circonstances; l'ascétisme, la piété de l'esclave n'empêchent pas le pouvoir du maître de s'exercer à son endroit, parce que le maître considérera que cet ascétisme, cette piété sont un manque à son égard, tant que vous ne saurez pas, d'après cette prescription de la prédication générale, qu'il y a une autre règle, dans la particulière, à l'égard de chaque personne. Les différences qui existent dans les actes d'obédience, le licite, l'illicite, dans la prédication générale, sont pareilles; par exemple, [l'obligation] du jeûne et de la prière pour celui qui est résidant est autre que pour Celui qui voyage*
Qu'on n'aille pas penser que l'arrivée de certaines circonstances est pour la facilité et la commodité. Si, dans la saison de l'été, le jeûneur et l'orant se trouvent dans le désert et que la Soif l'emporte (mais non à un tel degré qu'il y ait danger de mort, car alors la question du jeûne est traitée de tout autre façon), et si, par supposition, ils arrivent à Une distance de ce désert où il sera permis de raccourcir la prière et de rompre le jeûne, les règles du jeûne et de la prière applicables aux citadins conserveront leur valeur pour eux. Si un voyageur se trouve dans une localité et que les moyens de s'y reposer soient préparés, de même ces règles lui seront applicables, en vertu de la loi du raccourcissement de la prière et de la rupture du jeûne. De même la prière des hommes et celle des femmes ont une différence ; de même l'esclave et l'homme libre; pour l'initié, le respect de certaines choses est le contraire de ce qu'il est pour le profane, tandis qu'elles deviennent licites après l'accomplissement du pèlerinage ; il en est de même de la permission de certaines choses pour les femmes, prises absolument, et de l'interdiction des mêmes pour les hommes pris absolument.
C'est pour cela que l'Emir C^Ali) [que Dieu ennoblisse son visage!] était [autorisé] par le maître de la loi religieuse (le prophète) à entrer même dans la mosquée en cas de nécessité
LÉ LÎVRE DÉS CONFIDENCES. 6f
d'ablution totale, tandis que les autres n'y étaient pas autorises. Il faut juger par analogie sur cette base et fixer son propre degré par soi-même, et bien savoir qu'à chaque époque il y une personne qui connaît son propre degré, et connaît aussi les autres. Il n'est pas possible que, à une seule et même époque, il y ait deux personnes égales dans ce même degré, et cela pour que les troubles soient évités.
Dix-huitième Discours.
La connaissance et l'information des hommes, après la destruction du corps, restent inébranlables, ainsi qu'il est connu; la vue de ces figures dans ce monde [provient] des perceptions et des actes des hommes, suivant ce qu'a dit [Fazlullahj (que sa supériorité soit exaltée et sa gloire surélevée!): ,Au nom de Dieu, clément, miséricordieux. Comme il est constant que la véritable nature de l'homme consiste en aperceptions, que l'aperception est un acte composé, et que chaque composé dans le monde [a une fin], sauf cette qualité imaginative qui ne s'efface pas et ne s'anéantit pas, cet homme est donc stable par le moyen de son âme. Lorsqu'il sortira du corps, il verra ces images qu'il a acquises dans ce monde, et il sera la même chose qu'il était auparavant" (Ici s'arrête son discours).
La manière dont l'aperception et les actes de chaque personne, par rapport à elle, aboutissent à telles formes et images, n'est sue en détail d'aucun des serviteurs de Dieu; mais ce détail, Çâïl le connaît aussi. Donc aucun homme n'arrive à ceci que la compréhension de la science de l'interprétation allégorique, il l'obtienne de la parole de son maître. En secret et en public, il confesse l'unité de Dieu. Il dit: Je n'ai pas lieu de commettre les péchés prévus par la loi canonique. Celui qui fait cette prédication, s'il interprète un songe de lui ou d'une autre personne, ainsi qu'il
est arrivé, comme l'a fait Joseph (sur lui le salut et la bénédiction !) qui est devenu le ministre d'Egypte, tout ce que cette personne dira au sujet de la fixation de son propre degré, de sa situation dans le monde de la vie future, des avantages et des désavantages de soi et des autres, il faut l'admettre; la personne qui ne l'admettra pas commettra une faute. Donc on sait que la réalité des images du monde de la vie future pour ses actes et ses pensées, celui qui les comprend et les fait en est revêtu chacun par rapport à son propre rang. Et quand il est revêtu d'images belles et laides pour ses actes et ses pensées, il est préférable qu'il soit revêtu de celles d'autrui.
Il arrive fréquemment de la même façon que certains, en vertu des actes et de la compréhension qu'ils ont, se créent, au moyen des belles images qu'ils voient, de hautes infatuations, et se font des imaginations élevées à l'égard d'eux-mêmes, sans y avoir droit par leur mérite. Sur le modèle de ces imaginations il s'est produit des images qui sont agréées par leur âme, et qu'ils voient dans le monde du songe, et qui ne sont pour Dieu qu'une vaine imagination ; ces images, ces formes apparentes ne sont point agréées de Dieu.
Le songe de Séyyid Tâdj-eddin Kohnâï Béhîqî, l'un des fidèles assidus aux séances de Çâil, est de cette espèce. Voici en quoi consistait ce songe. Il vit en rêve qu'il était le prince des croyants, '^Alî (que Dieu ennoblisse son visage !) et que les hommes, le reconnaissant comme étant "^Alî, s'étaient assemblés en foule innombrable autour de lui et lui obéissaient. Il exposa les quatre points cardinaux du songe.
Les assistants, troublés et en colère, firent savoir cela à Çâïl, mais il ne l'interpréta pas, en guise de blâme, et lorsqu'il sortit de la séance publique pour se retirer en comité secret, il manda notre maître Kémâl-eddin Hàchimî et lui dit:
„Tu as entendu ce que ce malheureux a vu en songe!" — „Ce discours, avec qui a-t-il eu lieu?" demanda le maître. Il répondit: »Avec le Séyyid Tâdj-eddin, qui se crée, sans y avoir droit, des imaginations vaines relativement à lui-même; il se voit lui-même en songe dans la personne d'^Alî, en vertu de la compréhension qu'il se sait être au rang d"^Alî". Le maître reprit: ^Cette imagination vaine est la même que celle de la personne qui te l'a dit". — ^Quelque temps avant d'exposer les détails de ce songe, dit Kémâleddin, l'Emir 'Alî Dâméghàni, qui est le père de Hasan Dàméghàni ' et occupa quelque temps les fonctions de gouverneur de la province du Khorasan, était tout d'abord l'un des courtisans habituels du Sultan Owéïs-; ayant abandonné son service, il entra à celui de Çâïl (que sa majesté soit exaltée !). Étant ensemble il me dit : Il se forma dans mon esprit que le grand maître a noué de lui-même le seigneur de Hitâ-Fa'^yâ en songe; dire ce discours est un autre amendement que tu fais paraître, afin que tu saches son tempérament". Lorsqu'il eut produit cette anecdote, moi je lui dis: = 11 est bien connu que cette compréhension et cette imagination sont le rapport mutuel de circonstances nuisibles, et ^ qu'il faut expulser cette pensée de toi-même. Donc forcément, je t'indique le chemin droit: dans l'endroit où [il y aj la crainte et le danger, tu ne peux pas imiter, en paroles et en acte, un plus grand que toi. Tu reconnaîtras comme indispensable d'expulser les pensées de syllogisme et de raisonnement, soit qu'elles pro.viennent des images des rêves, soit de la compréhension scientifique. Salut!
' Surnommé Pehléwân, un des chefs Serbédârs, qui régna quatre ans et quatre mois depuis 762 — 1361 ; cf. Daulet-Châh, éd. Browne, p. 285; Mîrkhond, V, 186; Khondémîr III, 2, 66 = B. Dorn, Geschichte Tabaristan's^ p. 178.
' Deuxième prince de la dynastie des Ilékaniens ou Djélaïrides, mort en 776 (1372). Voyez Schefer, Chrestomaùhie persane^ t. II, p. 251.
Dix-neuvième Discours.
Hélas! hélas! il y a bien longtemps que la totalité des peuples, et en particulier celui du dernier des prophètes, disent des paroles de toute nature au sujet de la manifestation du Qàïm de sa famille, qui doit être le maître de la seconde terminaison, de l'indication et de la fixation de son nom et du lieu de son apparition ; que ce soient des directeurs spirituels, ou des astronomes. Dans les livres des prophètes, on ne trouve que l'indication de circonstances et de descriptions relatives à lui. C'est ainsi que dans le livre des Psaumes on rencontre ce passage: „Une vierge enfantera un fils dont le nom sera Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu est avec nous^". Dans les histoires des Prophètes, on rencontre encore ceci: „I1 ajoutera quatre degrés à l'escalier du Paradis". Il y a de nombreux exemples du même genre.
Depuis le temps de la naissance de celui qui trace ces lignes, 771 de l'hégire (1369 — 70), jusqu'au moment actuel, l'ensemble de la nation musulmane proclame que l'apparition de la résurrection aura lieu en 700 et quelques années; et pour confirmer leur propre dire, ils rapportent des paroles et des récits tirés des livres des anciens, ainsi qu'il est sûr qu'on en trouve de tels dans les livres des Imâmiyyés^; on rapporte des paroles de ce genre, en prose et en vers, de Djâmâsp^ Lorsque le temps arriva à l'année 800 (1397 — 98) de l'hégire, ils changèrent de discours et prétendirent que la manifestation de la résurrection était certaine au début du IXe siècle de l'hégire. Quand le temps se prolongea et qu'on
> Isaïe, VII, 14; VIII, 8.
* Chrttes partisans des douze imams ; Chahrastâni, p. 122; Irad. Haarbriicker, I, 184.
' Frère et ministre de Gochtâsp, auquel on attribue un livre qui existe déjà dans une rédaction pehlevie. Cf. West, dans le Grundriss d, iran. Phil. II, lio, 124; Schefer, Chrest. persane^ I, 71.
arriva à l'année 826 (1423) et que la conjonction des astres supérieurs était près de venir dans le triangle du Verseau, tout d'un coup les astronomes se mirent à lancer cet appel que le temps était venu où apparaîtrait une personne qui aurait le môme horoscope que Mohammed ', l'Elu de Dieu, ainsi que des histoires du même acabit. Certains dirent, comme étant tiré du Djefr *, que ce recueil annonçait que la seconde terminaison aurait lieu en 828 {1424 — 25). Pour eux, la science du Djefr ne comporte aucun doute.
Le contenu du poème sacré du grand chéïkh Sa*^d-eddin de Hama ' (que le salut de Dieu soit sur lui !), qui est écrit sur la marge, bien qu'il ait une indication suivie, cependant cette secte en a fait une révélation de la même date et fait sortir le même sens des prédictions tirées des chronogrammes provenant des paroles du Qorân et des hadîth du prophète. Finalement on a dû renoncer à la conjonction des astres supérieurs dans le triangle du Verseau. Maintenant que [l'auteur] met ces paroles dans la filière de l'écriture, c'est la date de 831 (1427 — 28), et le monde est toujours le même. Bref, l'intention qu'on a eue en mentionnant ces paroles, c'est celle qu'indique l'adage: „La science est un gibier dont l'écriture est le lacs", puisque les documents et les informations qui ne sont pas fixées par l'écriture disparaissent promptement du milieu des grands et des petits, se transforment en récits de toute nature et deviennent la cause d'erreurs pour les hommes et de croyances non réelles; mais il faut que l'homme raisonnable réfléchilsse et sache qu'il ne faut pas mettre sa confiance dans une parole qui repose sur le rai-
' Comparez Mîrkhond, II, 23: Livre de la Création^ t. IV, p. 124.
* Voir, sur cet ouvrage, Ibn-Khaldoûn dans S. de Sacy, Chrestom. arabe^ t. II, p. 300.
' Hâdji-Khalfa connaît deux ouvrages de Sa^d-eddîn Mohammed ben Mo'ayyad, le Sadjandjal el-arwàh écrit à Homs en 630 (1233), et le Haqâïq el-horoùf {Lex. bibl. III, 78, 582).
sonnement, et que la chose qui est l'objet de sa thèse, étant donné qu'il est possesseur d'une balance ', et qu'on pèse sur cette balance chaque grain en vue de l'examen ésotérique et exotérique, soit juste et dépourvue d'erreurs. Il sera sincère dans cette prétention, du moment que, dans les choses spéciales et les informations partielles, il aura une balance et une preuve de sa propre sincérité, jusqu'à ce qu'il dise, par la sincérité des parties constituantes, ce qu'il y a dans les généralités et les événements qui doivent avoir lieu longtemps après; il en donnera des informations qu'on acceptera, et on le considérera comme un informateur sincère, et véridique. O mon cher!
„InteiToge-moi, qui suis usé par le temps et qui, à table, dévore les chagrins et garde le jeûne" 2.
Prenez garde mille et mille fois que l'homme qui se guide sur le raisonnement et est maître du syllogisme ne se laisse séduire par des paroles forgées et paraissant dignes de crédit, et par des énigmes délicates, et qu'il ne leur accorde sa confiance, car ces sortes de paroles ne sont transcrites que dans des poésies ou des épîtres où le poète et le rédacteur les observe en vue de montrer son pouvoir et sa capacité; cela ne sert pas à autre chose, et n'indique pas, pour ceux qui vont au fond des choses, la perfection spirituelle de l'auteur et du rédacteur. Mais cette sorte de gens est rendue présomptueuse et égare les autres par son aptitude naturelle : c'est ainsi que du temps du prophète ils égalaient et opposaient leurs poésies au Qorân.
La preuve de la perfection spirituelle, après les bonnes mœurs, c'est que le cœur pur soit le lieu de la descente des lumières; au moyen de ces lumières éclatantes, il est informé des mystères annoncés dans ce passage du Qorân:
' Son jugement. ' « Mètre motaqârib.
, C'est du nombre des récits mystérieux que nous te révélons" ', de même que Joseph le Véridique l'a été, ainsi que les autres prophètes, les saints, les imams impeccables et leurs successeurs. Puisqu'il en est ainsi, il est indispensable de les honorer et de les suivre, car leur cœur n'est pas un dépôt d'erreurs. Si, par le moyen de la divination tirée d'une parole et de la lecture d'un livre, ou par le raisonnement, il donne quelque nouvelle du monde mystérieux, et s'il orne la jeune mariée de son discours avec la parure des expressions métaphoriques et métonymiques, fuis-le pour ne pas tomber dans le gouffre de la perdition, s'il prétend qu'il est le maître du Sinaï; mais si tu le vois prétendre qu'il n'est que le sectateur du maître du Sinaï, et le lieu où se manifeste la compréhension des vérités du maître du Sinaï, s'il admet l'erreur pour lui-même, s'il est orné des vertus des mœurs, s'il évite les pensées passionnelles, les inclinations des passions naturelles, la perdition des concupiscences charnelles, sache qu'il est nécessaire de le suivre ; sa qualité de Khalife est admise par tout le monde. Une preuve décisive de ce que se livrer à la passion naturelle et donner cours aux concupiscences corporelles amène le chagrin, c'est que la capacité au terme de la perfection et l'excuse innée qu'avait Adam, ne l'ont pas empêché de se livrer à la passion honteuse malgré l'interruption des rapports et la diminution, et de continuer les exercices de piété des divers genres de compréhension, car les pensées et les vérités de l'interprétation allégorique ne sont pas dévoilées à son âme pure ; c'est ainsi que dans le Mahabbet-nâmè divin (que sa gloire soit exaltée !), l'auteur ordonne à l'élève de renoncer aux attaches apparentes et réelles. Lorsque l'aptitude existe pour eux, la possibiUté de choses honteuses ne peut être découverte. Bravo pour l'inaptitude qui lui fera dire, malgré qu'il soit occupé à se
' Qor. III, 39 et XII, 103. Le passage est cité de mémoire; l'ordre des mots y est interverti.
procurer les plaisirs passionels: „Les portes des vérités de l'interprétation allégorique des traditions sont ouvertes pour moi". Çàïl (que sa gloire soit exaltée !) a dit :
„ Attache le coursier de la passion en vue du contentement de peu, car
il y a, dans la tête de ce poulain, le caractère d'un cheval de race
et rétif.
„Tu renonceras à l'intention de croître dans le monde éternel, si,
comme un grain, tu pourris sous l'eau et l'herbe. ^Comment t'ouvrirait-on le chemin sur le champ de bataille des luttes,
si tu es toujours sans fard ni parfum, [et non] comme une jeune
mariée" ? '.
Vingtième Discours,
La manière dont les sciences se dessinent sur les pages des cœurs est de deux sortes; la première est par le moyen de la grâce divine, qui représente la révélation faite aux prophètes et les intuitions des saints; dans cet ordre d'idées, il n'y a absolument pas à considérer la raisonnement, le syllogisme, la lecture, la spéculation philosophique, l'arrangement des prémisses rationnelles et la recherche de la conclusion. La seconde manière est par l'emploi du syllogisme et du raisonnement. Dans la première manière, la science se produit avant tout argument et preuve, et est garantie contre toute erreur et faute; dans la seconde, c'est l'argument et la preuve qui tiennent la première place et sont joints (à leurs déductions); ils ne sont pas exempts d'erreur et de faute. Une marque extérieure en est que le Maître du Sinaï, c'està-dire la personne aidée par la grâce divine, est forcément, assurément, certainement maître des miracles et des prodiges, ainsi qu'on l'a dit: mais le miracle et le prodige ne sont pas ce qui le commun s'imagine et ce qui se dit dans les récits de choses impossibles. S'il n'en était pas ainsi, tout profane pourrait
' Mètre modjtathih.
acquérir les connaissances préliminaires et dire: „Par intuition, je connais les mystères du monde supérieur". Le miracle et le prodige réels sont ceux qui ne se produisent pas, pour le Maître du Sinaï, d'après son instruction, ses recherches, ses raisonnements selon les paroles d'une autre personne qui serait de son espèce; c'est ainsi que la science des cieux et des particularités des planètes a été donnée à Idrîs, l'interprétation allégorique des traditions à Joseph, la connaissance du langage des oiseaux à Salomon (que les bénédictions et le salut soient sur lui !).
La mention de la volonté mystérieuse est une révélation dont la découverte repose sur la purification de la pensée. Toutes les fois que cette purification n'existe pas, et que l'inquiétude et la préoccupation apparaissent, cette porte reste fermée quarKl bien même [ces défauts] n'appartiendraient pas à la catégorie des actes interdits.
Entre cette "manière et la science des vérités générales, ainsi que l'interprétation allégorique des traditions, il y a une généralisation et une spécialisation absolues. Forcément un autre que le Maître du Sinaï [n']a [pas] connaissance de cette manière et n'a pas à s'immiscer dans la science des vérités générales et l'interprétation des traditions. S'il s'y immisce, il ne sera pas à l'abri de l'erreur et de la faute.
Bref, la plus noble, la plus subtile des sciences accessoires est la science de l'interprétation allégorique des traditions; c'est pour cela que la Vérité suprême * (soit-elle exaltée !) dit qu'elle sait la science de l'interprétation de Dieu.
Toute personne qui est ferme dans la science, c'est-à-dire qui reçoit son instruction directement de Dieu, ainsi que le prouve ce passage du Qorân : „Nous lui avons enseigné une science venant d'auprès de nous" ^ cette science est celle
• Incarnée dans la personne de Fazl-ullah. » qor. XVIII, 64.
76 LE LIVRE DES C0NFID|:NCES.
de l'interprétation allégorique, ainsi que le porte le texte même du Qorân ; cette science a été promise par Dieu à ses créatures au temps de la fin du prophétisme, car le Qorân dit: „Au jour où son interprétation se produira" '.
C'est la môme science que Dieu a enseignée à Joseph (sur lui soient les bénédictions et le salut!); son père, sa mère, ses frères se sont prosternés devant lui, avant même qu'il connût cette science ; et comme il était dans la volonté de Dieu qu'il dût connaître cette science, les étoiles des cieux se prosternèrent aussi devant lui, dans le monde du songe qu'il eut.
Les personnes qui, sans avoir mérité l'appui divin, se manifestent dans l'interprétation allégorique des traditions au moyen des preuves tirées des rapports rationnels, et qui s'immiscent dans cette interprétation appliquée* au Qorân et aux hadîth du prophète, [sont stigmatisées par ce passage du Qorân]: „Ceux qui ont du penchant à l'erreur dans leurs cœurs s'attachent aux allégories par amour du schisme et par le désir de les interpréter" ^
Le Maître du Sinaï jouit du Hbre arbitre le plus absolu de la part de Dieu. Chaque chose qu'il institue comme règle a lieu au moyen de la grâce, car [à cause de] sa raison et sa nature grandioses (puisqu'il choisit ses propres sectateurs librement), il est indispensable qu'ils le suivent de gré ou de force ; celui qui ne le suit pas et dont la compréhension est l'opposé de la sienne, est rebelle; les images de ses compréhensions le châtieront dans le monde de la vie future.
La cause de l'autorisation et de l'interdiction de certaines choses, dans les lois religieuses, provient de sa raison parfaite et de sa nature droite. L'explication du caractère licite ou illicite des choses dans les religions vient de ceci que
« Qor. VII, 51. â Qor. III, 5.
LE LIVRE DÉS CONFIDENCES. f7
les natures parfaites existent au milieu du peuple en vertu des exigences du temps; or ce temps se transporte de celles-ci à l'homme parfait qui est l'exécuteur testamentaire, ou l'exécuteur de l'exécuteur, par un signe patent, du Maître du Sinaï, selon la parole saine. Il a gagné sa perfection en suivant le Maître du Sinaï. L'erreur et l'oubli sont permis au maître de cette sorte, dans les petites choses, non dans les grandes. Mais, au point de vue de l'équilibre du tempérament, la pureté de l'esprit, les mœurs louables, l'art de dénouer les difficultés dans les règles de la religion de son père, qui est Adam, seront plus puissants que ceux de ses frères qui existent à son époque; assurément il est indispensable que le peuple de son époque suive la voie tracée par sa raison. Le lien de la raison, il faut qu'il existe, parce qu'il se peut que sa nature grandiose ait de l'inclination pour une chose par rapport à son propre rang, à la condition qu'elle ne soit pas du nombre des choses interdites et en dehors des conditions requises, et qu'il soit, pour cette même chose, plein de répulsion par rapport à la situation et au rang de son adepte. Cette répulsion est exigée par sa raison, car il sait que cette même chose vers laquelle penche son esprit, si son sectateur et son inférieur avaient de l'inclination pour elle, ce serait une cause de désobéissance et de dommage pour eux ; c'est pour cela qu'un médecin intelligent, dans une situation où sa nature a de l'inclination pour le miel, empêche le malade de manger du miel; et s'il ne le faisait pas, il ne serait pas un médecin habile. Si le malade n'acceptait pas la parole du médecin, ne lui obéissait pas et se disait: „ Puisque le miel ne nuit pas à sa nature, et que ma nature est la même que la sienne, il ne peut pas me faire de mal", sûrement il mourrait. La nature du médecin habile conçoit de la répulsion à propos de la même chose dont il est préoccupé et qu'il interdit à son patient.
L'exemple de l'homme parfait et de l'imparfait est comme
yÛ LE LIVRÉ DES COMFIDÈNCËÔ.
deux cruches ou autre chose que deux cruches; la différence entre les deux n'est que d'un rt(l d'eau '.
Cela suffit afin que vous ne fassiez pas d'erreur, car il peut y avoir conformité et ressemblance, dans la science et les actes, avec l'homme parfait, suivi par le peuple de son époque; mais cette position est pâteuse et beaucoup de fortes capacités se perdent dans ce gouffre ; elles se croient ellesmêmes parfaites et chefs de secte ; elles se reconnaissent dans ce degré où elles se font parvenir elles-mêmes ; elles se voient en rêve de grands personnages en rapport avec leur propre croyance, ainsi qu'on le sait par [l'histoire du] songe de Séyyid Tâdj-eddin Béhîqî.
Une portion de leur erreur est ceci que, s'il y a équité, nous n'avons pas d'esprit de parti contre lui. La pierre de touche de l'essayeur des monnaies, qui montre par son jugement la vraie situation du sectateur et du maître, a toujours été évidente et l'est toujours, car la nature simple et excusable de l'homme parfait évite ce qui ne lui est pas nuisible mais l'est pour les autres, parce que les natures, à son époque, sont toutes comprises dans sa propre nature, qu'il est un médecin habile, et que, de la part du Maître du Sinaï, le soin de guérir les cœurs malades a été confié à son traitement. Quand même de cette chose il y aurait un mal, le bien lui en reviendrait, mais ce serait une cause de diminution et de rébellion pour son inférieur. C'est là l'alternative préférable. Salut!
Vingt-unièMe Discours.
Le témoin de la situation du Maître du Sinaï est lui-
' Allusion à un hadïth : „Le prophète a dit : Quand la quantité d'eau atteint deux qoulla (cruches), elle n'est pas souillée." Lisân el-^Arab^ XIV, 83 ; Tâdj el'^Aroûs^ VIII, 85. La question canonique qui se pose est la suivante: Quelle différence y a-t-il entre la quantité représentée par deux qoulla ou toute autre quantité? Le texte répond: Il n'y a qu'un ri(l d'eau, quantité minimum requise.
LE LIVRE DÈS COKFibËKCÉS. ^0
même; c'est aussi lui-même qui explique son rang, qu'aucune autre personne ne connaît comme lui, à l'exception de celle qui est semblable à lui; or, de son temps, personne n'est semblable à lui ; ce n'est qu'avant et après lui que l'on donne information de son rang, de même que Moïse et Jésus (que le salut soit sur eux deux!) ont parlé de notre prophète; en parlant de la situation du prophète qui devait venir après eux, ils ont donné information de leur situation et de leur rang. Il n'y a point de doute que c'est un témoin venant de la science de la certitude.
La personne qui, du temps du Maître du Sinaï, connaît le rang et l'état de celui-ci comme il y a droit, est semblable à lui; et cela est vrai, ainsi qu'il a été dit.
Donc, forcément, le témoin de son propre rang est luimême, de même que notre prophète a vu un témoignage et a dit: >Je témoigne qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu, je témoigne que Mohammed est l'envoyé de Dieu", et son peuple l'a imité en portant témoignage de l'unité de Dieu et du caractère prophétique de Mohammed, à l'exception de celui qui possède la science du Livre et qui, après lui, porte témoignage du rang qu'il a acquis et explique le degré qu'il a atteint, qui fournit la preuve péremptoire qu'il est le dernier des prophètes, et qui dit: „Si un autre prophète venait, il faudrait qu'il en vienne 28 ou 32 autres, ce qui est impossible, en vertu des conditions de l'heure dernière et de la résurrection". (Ici s'arrête son discours). C'est ainsi que Dieu (que sa gloire soit exaltée!) a dit: ^L'heure s'est approchée et la lune s'est fendue en deux" '.
La fin du temps du prophétisme est comme le commencement du temps de la sainteté, et la terminaison de celleci est le commencement de la manifestation de la divinité; c'est ainsi que le prophète a dit: „ Bientôt vous verrez votre
« Qor. LIV, I.
èo LÉ LtVRÉ DÉS CONÉIDÉNCÉS.
Seigneur comme vous voyez la lune quand elle est pleine; vous ne serez pas privés de le voir". Ici, la nuit de la pleine lune désigne métaphoriquement les lignes du visage d'Adam, le père du' genre humain, l'explication des conditions de l'heure dernière et la manière dont il faut comprendre son humanisme, ésotériquement et exotériquement. Le témoin de sa situation, c'est lui-même; c'est ainsi qu'il a dit: „Moïse a fait sortir sa main (éclatante de blancheur); l'interprétation allégorique est moi ; c'est un visage, parce que son composé sera une branche de la souche de cette parole, qui vient de sortir dans un lieu où elle s'est fendue ; en même temps aura lieu la fente de ceci qui est Zhâ ', et de même le buisson ardent et le bâton ; Salomon qui commandait à tous les êtres, de même; la connaissance acquise par David de la formule sobhân-allàh de même ^; de même la venue du Messie, qui est le Maître du Messie (?)"; et ainsi de suite.
[Fazl-uUah] a dit (que sa supériorité et sa gloire soient exaltées!): Ce coup de trompette sera mon souffle dans le monde, ou bien la force qui fait comprendre les 32 paroles et qui connaît les 32 paroles, et exposera le sens de ^la création de Dieu d'après laquelle il a modelé les hommes" ^ Dans toute manifestation qui s'élève des lieux de la manifestation des êtres, est notre empire : et tout ce qui est, est mon souffle. Dans les objets de la manifestation du Djâvidân-nâmè, forcément l'existence de sa personne est le territoire de la résurrection, et ce qu'il a vu, c'est-à-dire ce qui est arrivé par le mystère de sa face et de ses lignes, c'est Dieu: „Vous ne serez pas frustrés de sa vue". Le sens de: „ Prosternez- vous devant Adam"* est ceci que les âmes des êtres saints parviennent à com-
' jO! \*^ „appantion d'Adam"?
a Allusion à Qor. XXI, 79. ^ Qor. XXX, 29.
* Qor. II, 32 et pas si m.
LE LIVRE DES CONFIDENCES. 8l
prendre le mystère de sa face et se prosternent devant lui, c'est-à-dire s'abandonnent à lui.
Celui qui n'y arrive pas et ne se prosterne pas, est le diable et le réprouvé; c'est ainsi qu'il [Fazl-ullah] a dit:
^Lorsque Dieu le Très Haut révéla son Livre, le voile tomba de dessus
la face d'Adam.
,Le Djàvidân-namc de Dieu s'est manifesté; comment l'oreille de Satan
entendit-elle cette histoire" ? '
Celui qui partage les élus et les réprouvés, c'est encore lui-même; c'est le même qui se rencontre dans la tradition relative à la Bête de la terre, où se trouve la mention de son apparition, à savoir qu'il aurait le bâton de Moïse et l'anneau de Salomon. Sur le front de quiconque il place son bâton, si cet individu est un croyant, il se montre un point blanc sur son front, sur lequel il écrit : „Celui-ci est un croyant". Si c'est un infidèle, un point noir apparaît sur son front, sur lequel il écrit: „Celui-ci est un infidèle". [Fazl-ullah] a dit:
„Vois ce que fait la Bête de la part de Dieu ; elle partage les élus et les réprouvés" 2.
Le jour de la traversée du pont Cirât, de l'établissement de la balance et du registre des comptes, ainsi que de la |venue des prophètes, comme il est dit: „0n établira le registre et l'on amènera les prophètes" ^ cela veut dire son existence et son apparition. Celui qui, ce jour-là, grâce à la ligne d'équilibre qui se produit sur le visage, passera le pont, qui comprendra que son visage et celui de tous les êtres sont la science de la parole de Dieu, qui pèsera ses actes dans la balance des lignes et des écritures de la face, sera sauvé et entrera dans le paradis de l'intelligence ,dans lequel ils ne
' Mètre ramai. Au i^f hémistiche du i^r vers, lire et scander tâ-^a \la\. » Même mètre. ' Qor. XXXIX, 69.
goûteront point la mort, si ce n'est la première fois" '. [Fazl-ullah] a. dit:
„Dieu a créé une balance faite d'un cheveu; il tirera, par ce cheveu, l'empire des deux existences" '.
„Celui dont le plateau sera le plus lourd mènera une existence satisfaite" ^ En effet, Satan, qui est de feu, n'arrive pas à comprendre le mystère des lignes et des écritures d'Adam, qui est de terre et pesant; c'est-à-dire, il ne comprend pas ces lignes terrestres de la science de la parole de Dieu, au moyen desquelles Dieu a parlé. Il ne restera pas, car Dieu placera sa parole dans cette balance et le pèsera; sa balance sera légère et vide: „Quant à celui dont le plateau sera léger, il aura pour demeure le fossé". Mais quant à ce qui se trouve dans le '^A[rck-nâme\ (que sa gloire soit exaltée !) :
^Lorsque tu pèseras, pèse juste et pèse purement, afin de ne pas éprouver, au jour du jugement, de la douleur et de la peine" 2.
Celui qui pèse purement les actes est différent de celui qui pèse juste. Toutes les fois qu'un homme, par la grâce de Dieu, comprend, au moyen de la science de la parole, ce que c'est que les lignes du visage et des autres membres du corps, il pèse juste au point de vue de la compréhension; et toutes les fois qu'il agit conformément à ces écritures, à ces lignes et à cette ligne d'équilibre, il pèse purement, car l'institution des actes et de la coutume des prophètes repose sur ces écritures et ces lignes, et en particulier les rites du culte musulman, qui est la religion même de Dieu: „La [vraie] religion, auprès de Dieu, est la résignation à sa volonté, et que vous m'adoriez : telle est la voie droite" *. Les rites de sa religion sur la voie droite sont la ligne d'équilibre de la montagne d'Adam. Cette personne, au jour de la grande et
• Qor. XLIV, 56.- 2 Même mètre que ci-dessus.
3 Qor. CI, 5—6. ♦ Qor. III, 17 et XXXVI, 6l.
de la petite résurrection, sera en sûreté contre toute douleur et peine.
Si une négligence se produit dans un acte, il faut qu'il se reconnaisse lui-même coupable et ne croie pas qu'accomplir et ne pas accomplir soient égaux, mais au contraire, qu'il sache qu'il faut faire ce qu'il n'a pas accompli. Il y aura un temps pour préparer l'accomplissement de l'effort. Si (ce dont Dieu nous garde!) il ne le faisait pas, sachant qu'il ne le fera pas, et se contente de l'unique aperception de la science, c'est comme s'il préférait l'impur au pur; il serait un prétentieux menteur, en vertu du Mahabbet-nâmè divin. „Malheur ce jour-là à ceux qui t'accusent d'imposture !" '.