III. PANTHEISME
Puisque le monde objectif et subjectif, la matière et l'esprit ne sont en dernière analyse que les innombrables combinaisons des 32 lettres issues du Verbe absolu et éternel,
il n'y a pas une molécule [».o] qui puisse rester en dehors du Logos omniprésent et omnipotent. Ainsi les quatre éléments sont des combinaisons des lettres ; ces quatre éléments se sont combinés à leur tour pour insuffler l'âme de Dieu au corps de l'homme:
JlÎJLv*.^
\j^^:^ ^j ^\ • J^J,Ji sS^\yA y>. f\.
cT ^ J^' cr^ j -^--1/ • ^Z" ^^j i^j ^"^ ù'-J
(') Allusion à un passage du Kor'ân: [etc. ,*3l ,^ \Sa^ "-^5]
Ce que Marie a enfanté (Jésus) par un souffle, c'est le même souffle:
etc. etc.
Le Kawthar [J^^] aussi:
Tout ce que nous pouvons nous imaginer est, ou bien les 28 lettres arabes, ou les 32 lettres persanes:
La terrible (j»,'^î *-ib qui, par son apparition, annoncera la fin du monde, est un pur Verbe; sachez-le positivement:
Le JjyB^ J, la table préservée n'est en réalité que le visage de Fadhl qui porte les inscriptions divines {32 lettres):
]ày^ ^^^ ^^.^jj ^jy^ C/^ * ^y^ 'S.^j^ slA^ *£=> ^^^ Enfin tout ce qui existe dans les cieux et la terre, et nous mêmes, (puisque nous sommes tous des formes différentes d'un même Verbe!) nous sommes en dehors de tout calcul (c'est-à-dire infinis en nombre, et incommensurables!):
(•) Encore une allosion à cet âyet qui s'adresse au prophète pour le con-
soler de ce que ses ennemis lui avaient donné le sobriquet de r^' à l'oc-
casion de la mort de ses fils: (etc. ÀxS! vtll *«if»rî Lit).
'O^jo :-^^* £->— i-i.> ^.^ J^ • ;j^j^, g* ci.^ j-^jt5- j^
Dans ce cas-là c'est dans le discours de l'éternel Fadhl. oullah que nous devons chercher la Syrie, aussi bien que l'Irak :
Alî-ul A'iâ (l'excellent Scheïkh) nous donne un résumé raisonné de ce panthéisme dans son second ouvrage , le iu«b l\as>^', ainsi conçu:
.j\j v.-^ tJ^J*' (jLi j-ij(5- « v,j^\f-\ j-i -^j^ ij y»^ où
(') Dans ce vers *jL> [maison] est le corps humain, auquel on entre par 32 (lettres) portes. C'est une métaphore dont la doctrine du microcosme a dû augmenter la valeur. Chez les i55j-*"j le fameux ;V*JW \:>-*yi c'est le corps humain. Voici quelques vers du iwLuC/flLkï:
jyS o^J ^3j^. ^-i-^W * ^"3 ^-^Jii^- ■^-'3^ j>.
etc,
J'ai trouvé dans le f^^*^ »-/l\j cette pièce curieuse; elle est l'œuvre d'un ,L^ Jjlcsyj, çonfi qui vivait sous (^vLê ^Aj> o!y«?
•jU g* s^^-^ J^ Jf j!^ * }^^f J-^ ^()«^ J^-^. S
etc. î ^^ t5^\ ^^ jVLii lj\ (i\; • ^^j ^j^-^ (i ^ l^t?** "^ — i*
C'est bien assez pour nous donner une idée exacte; continuons.
Cette force éternelle-verbe est sans doute la cause première [1^1 c^JLfi] , le premier des premiers, c'est-à-dire l'Archée
[JotjS! J5!], la cause des causes [s;Lj-*«'!i' ^<uJé^. Sans doute! Alî-ul A'iâ reproche aux philosophes de parler de la cause première sans connaître ce que cette cause est en soi:
->y dW ^j^ A- ' -^ ^-^v* * -^yl? ^^ j"^ a?T -^y" iri»^
(') C'est que les deux sont également coétemelles; voyez plus haut la dissertation consacrée à cette question théologique. ■ g ri << est un terme très connu dans le dialecte des çouûsj il a un strict rapport avec la doctrine de l'émanation; chaque objet est le ■ g ri <o d'un nom ou d'un attribut de Dieu. Ainsi les çoufis disent :,0 ^Ji>♦dii5L> j^oa iJuiÂ/a ji «iuL^wt j (iVji=> o^3 ^^^ Jf
Dans ce sens, les termes cyLà-o ^ *Lf».l équivalent justement aux ^éyoi de Philon. La question des noms et des attributs constitue un des thèmes les plus importants du çoufisme.
etc. Ij^ji^ y i/^J^*^ '-^ ^i*iS • ^ N^>"^ j t^->v>- Ac \^y>- Il ne faut pas, comme les philosophes, tomber dans un dilemme et se demander si Dieu est essence [t^v>] ou accident [(j»jt]. Il n'est ni l'un, ni l'autre; et le philosophe qui pousse les houroufis dans cette impasse est un infidèle; un chien vaut mieux que lui; il a beaucoup plus de capacité qu'un philosophe:
J^^ ^L^\ ^j\ ^ \j ^>-Ii • jy cJS ^U ^ J^ oy^
Ainsi, sans entrer dans ces dilemmes de la philosophie ou de la scholastique, on peut prouver le panthéisme, car:
Nous avons vu que le Verbe, qui est Fadhl, actuellement,
(•) Dans ce vers, le premier (^--j^Lw c'est l'homme considéré comme verbe, et le second ^^y-j^^LMi c'est la parole humaine qui ne se sépare jamais de l'homme. Alors, puisqu'il en est ainsi, quelle utilité y a-t-il à soutenir que la parole de l'homme est un accident? ... Nous avions fait voir dans le chapitre de la théologie que l'essence divine et ses attributs étaient une même chose envisagée de plusieurs points de vue.
(*) Il veut nous rappeler un passage du Kor'ân qui renferme cette locution :
jij-j (J-^ yy-^ "lumière sur lumière*'. Les houroûfls disent que cette lumière est le Verbe.
est le point de départ [ÎJ<-*w«] de la création; par conséquent il doit être également le dernier refuge de toutes les choses [v^Ljm]. C'est de lui que commencent et procèdent les créatures, et c'est encore à lui qu'elles doivent retourner finalement, comme il est dit dans le Kor'àn [j^ iuJt ^ stJo iùx] et la tradition du prophète vi>v-jJu>: [aL^î ^] ^^t *,^ ^]. Donc
tous les objets de l'Univers ainsi que l'homme passeront par toutes les péripéties d'une existence instable et éphémère, existence plus apparente que réelle, et après avoir parcouru
les étapes d'un devenir [.^j] finiront par être absorbés et anéantis dans le Verbe éternel infini et immuable. C'est le Nirvana des houroûfis. Je dois seulement faire remarquer ici que ce que les çoufis appellent .^o n'est pas la métempsychose [^^^JUJ], quoique ces deux termes aient été souvent confondus. Je dirai quelques mots sur ces termes au cours de notre étude.
Il est temps de citer ici une pièce très remarquable ; nous pourrons bien saisir maintenant le vrai sens de cette poésie
dans laquelle un poète houroûfi nommé LL ^51-**^ o^v*"^ nous apprend cette importante vérité : que nous serons finalement verbe pur (').
(>) Je possède la copie d'un manoscrit inédit de Ghâïbî sur le devenir [^O], intitulé ^LLiiJf s«ii-ii-J , et un autre sur la même thèse sous le nom
de »—Ju^3 *-^.sy^ de Uj ,«— ^L^; on n'a jamais parlé de ces deux ouvrages.
j^^y. d-j^ îi«U jb cuA^ * d\^j^J\ jVw\ j\^ jJS j^
"Toutes ces formes une à une se gâtent (se décomposent!)
(') De nouveau elles s'arrangent (se composent) dans la mer de l'esprit
(^) La forme de caractère que tu as acquise ici-bas.
Jusqu'à ce que cette forme soit accomplie, on se promène (on continue le voyage !)
Pour que tu deviennes homme (parfait) en allant et en venant, tout se détache de toi excepté le Verbe.
Et cette fois-ci tu deviens un verbe immortel; (^) l'humanité s'étend dans le domaine de l'éternité.
En allant et en venant tu ne deviens qu'un homme [dans le sens subjectif du terme]. A la fin on comprend, on sent quel est cet état d'existence qui est en dehors de tous les habits [c'est-à-dire les formes sensibles (*)] [il veut dire
(*) Ici le mot ^^wJlx signifie l'âme universelle [4'«';c»î t5T«pxoVj«/oç] j voyez plus haut.
(2) C'est-à-dire qu'il y a un cycle évolutif [devenir x^Ji] et qu'on doit continuer le voyage pour pouvoir accomplir ce cycle et acquérir la forme parfaite de caractère ici-bas. On doit avoir fait ce voyage pour acquérir cette perfection ici-bas.
(3) Le mot \^ * .\'X-i signifie "s'écrit" dans le dialecte Osmanli moderne; mais dans le vieux turc il signifie "s'étend"; de là le mot ;Lj épanouissement, printemps; (^;<-> "écriture" est de même, l'épanouissement de l'idée sur le papier. Les mots oL rLj étendre, OjLjLj plaine, viennent de la même origine par différenciation. Ici, j'ai dû préférer le rendre par "s'étend"; c'est la traduction la plus adéquate à l'esprit du çoufisme, qui, malgré l'anéantissement de l'individu, considère l'humanité comme immortelle.
(*) Ici l'idée est claire; je remarquerai seulement que le poète fait allusion
à un verset du Koran, souvent cité par les houroûfis : [iAjiA> \jt^ 3 (^ i3*^]'
qu'on devient l'absolu, l'indéterminé]; chacun de tes habits [c'est-à-dire: chaque forme que tu revêts en passant par les étapes du devenir] est une vague, qui s'anéantit et s'efface dans la mer de l'éternité, ô Ghaïbî! Celui qui goûte ce plaisir [de l'anéantissement dans l'être absolu], se détache de son existence individuelle, comme la peau se détacherait du corps (').*'
C'est entendu: nous sommes issus du Verbe, et toutes les choses y rentreront avec nous; finalement nous nous y ané-
antirons tous, comme il est dit dans le Koran : ^->»J* *^f ^^y*>îj »-Jt Liî j Sy*^'* Mais il faut tout d'abord sortir pour rentrer; de là nécessité d'un devenir [,50].
Mais comme dans le cycle du devenir, la manifestation de l'éternel Verbe arrive à son apogée dans l'homme, les deux extrémités se touchent ! Nous voici arrivés à la
question de l'épiphanie [a-^ ob ,^JL5^<j]. Question de première
importance dans l'enseignement des çoufis!.... Toute l'anthropologie du çoufisme, ainsi que l'eschatologie, la venue
Cet âyet interprêté dans le sens panthéiste, vent dire que Diea revêt chaque jour un habit nouveau qu'il se manifeste toujours sous une autre forme; il va sans dire que l'homme parfait en se détachant -de toutes ces formes sensibles, ces vêtements que l'être absolu change chaque jour, et en s'absoibant en Dieu, goûtera cette béatitude ineffable et aura une connaissance intuitive, un sentiment de cet état d'existence dépourvue de tout vêtement de toute forme: 11 sera l'être absolu!
(») Ici le poète fait allusion au fameux mystique ^^ ♦ .»*»< «-^-a*w qui est mort à Alep dans les mains des dogmatiques par un affreux supplice qu'il a supporté sereinement: on lui avait détaché la peau de son corps. Gibb a consacré une note biographique à ce martyr du fanatisme, dans son histoire
de la poésie ottomane. D'un autre côte le mot y;.jL.**»-J) étant déjà bien
connu dans la terminologie des çoufis, les Nesslmy ont pris l'habitude de faire allus
métaphoriquement du renoncement [«fly]»
connu dans la terminologie des çoufis, les poètes mystiques successeurs de Nesslmy ont pris l'habitude de faire allusion au martyr quand ils parlent
du Messie-Mahdî, la théorie du macro- microcosme reposent sur cette question.