‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 42 sur 56 · V. L'EXÉGÈSE: TA'WÎL · texte numérisé non relu

V. L'EXÉGÈSE: TA'WÎL

Les docteurs exotériques-^Lb i^cULc ('), qui jugent selon

l'apparence, selon le texte du Kor'àn, cherchent Dieu en dehors de l'homme. Dieu, qui tire toute la création du néant,

est indépendant d'elle. Pour eux «JJî et aJJI ,^^y*> le sont deux choses distinctes qui n'ont aucun rapport essentiel entre elles, si ce n'est que l'une est le créateur ex nihilo

[^!ju"!iî y^r*-^ J^] ^^ l'autre. La création est pour eux une

existence, une quantité surajoutée à l'essence divine [oîv> tXJtj xJj.j^!]. Il n'en est pas de même pour les gens de Tésotérisme [j^JaL? J^i], pour les gens qui sont partisans de

l'interprétation allégorique [tyo J^!: JujLj' ^\]. Pour ceux-ci

Dieu et création c'est la même chose; avec cette seule dif-

(') Cette locution est un terme technique chez les çoufis. I^s gens de la tradition et les hanéfites ayant formulé leur opinion sur cette question par

cette phrase : ULà-iS^Î (JLiu jJul ^ ^^\JcAi |*X:S^ CT^*^' ^^^ ^^°'^'

riques leur ont donné cette dénomination; mais, par extension, le mot y-S\j3 s'applique à tous ceux qui ne sont pas de la secte.

férence que Dieu est le fond, l'essence, le principe invisible, indéterminé et amorphe des créatures, l'intérieur [^^j-IpLj]; tandis que les créatures sont les innombrables formes, les vêtements multicolores qu'il revêt chaque jour dans ses infinies manifestations. L'Imâm "^Alî, le gendre et l'ami du prophète, était déjà initié à cette vérité que le prophète lui avait trans-

mise traditionellement; car il avait dit: ["^t L.A A-i; o-j', ^

auà xiiî c^o^^] • Ceci prouve que partout où il voyait une

chose quelconque il voyait sous cette apparence le Dieu immanent. Donc, pour les ésotériques, la création n'est pas une chose surajoutée au Créateur; elle est le Créateur même, et à plus forte raison l'homme, qui est la copie parfaite du Créateur et son vicaire à la fois, doit refléter davantage la splendeur divine. Le Kor'ân est plein d'allégories qui attestent cette vérité; mais ceux qui ont les yeux voilés \^y$\^\ par les apparences ne peuvent naturellement pas voir et interpréter ces allégories. Voilà pourquoi Satan aussi n'avait pas pu reconnaître Dieu, quand celui-ci s'était incarné en Adam, portant sur son visage les signes manifestes de la divinité, c.-à.-d. les inscriptions sacrées (les 32 lettres de l'alphabet persan). Depuis, l'homme a de tout temps porté ces lettres. Et ce verbe créateur [Aoyo^ îro/jjrjyç], qui s'est manifesté successivement dans 120,000 prophètes, pour être tantôt banni, tantôt honni, tantôt ridiculisé, tantôt fendu en deux, tantôt lapidé, tantôt crucifié, par des satans qui n'étaient pas capables de lire sur son visage les signes resplendissants

de la divinité, c'était ^^\i\yj.-J ^^^^gis^^*^ «JJî J.^. le grand

martyr (*-Alàc ^3 : blcî l\*^) lui même, qui se révélait en

personne aux hommes.

Dans ses précédentes incarnations (chez Adam , Noé, Abraham et ainsi de suite), il n'avait pas voulu dévoiler le^ mystères [du houroûfisme]. Môme Mohammed, le sceau de

tous les prophètes Q^-aL-Jî ^j^), n'avait pas obtenu de Fadhl la permission de les dévoiler aux hommes, et il disait à ceux qui lui demandaient jLâJL5^1 o'^ ^ '*^f^^ O^^ o^ •

"Je suis envoyé (par Fadhl toujours!) pour vous indiquer la loi, et non pas pour vous dire la vérité!" C'est Fadhl qui s*était réservé cette tâche difficile et malencontreuse. Enfin, il est venu lui-même nous la révéler, cette excellente science

du J^^Lj (de l'exégèse), justement dans un moment où le terrible Satan boiteux Tîmour-i-Leng (Tamerlan) cherchait le moindre prétexte pour dévaster et ravager le monde. Il est vrai qu'il a été tué, mis en pièces et traîné dans la boue ; mais il n'est pas mort, car le verbe est immortel. Il s'est décomposé en lettres et fut réduit finalement en son (oj^) et, battant des ailes, il s'est envolé d'ici-bas comme un LiLLc. Néanmoins ce phénix qui renaît toujours de ses cendres nous rendra une dernière visite: il reviendra pour sûr sous les traits du Messie-Mahdy et alors il régnera sur le monde par la justice [ia^î ^ JJuJb]. Alors il n'y aura plus qu'une

seule religion : la sienne ! . La vision de Dieu [jJJ; ï-j» J

promise aux fidèles le jour du jugement dernier, c'est l'apparition du visage resplendissant de Fadhl le Mahdy. Ceux qui reconnaîtront sur son visage les signes seront les siens; ceux qui ne le reconnaîtront pas, seront de l'armée de l'Anté-

christ borgne (^^jJcJ-JC-iJ .^cî S=>^)-

Cest là en quintessence toute l'eschatologie du houroûfisme; elle repose sur la doctrine de l'épiphanie. Il faudra bien remarquer que, malgré l'apparition du Mahdy-Fadhl, il n'y aura point cette unité de religion telle que les docteurs houroûfîs nous l'avaient promise. Il y a toujours ce damné d'Antéchrist pour déranger le monde, gâter l'affaire et diviser la masse humaine; et il y aura toujours deux armées, l'une des infidèles avec l'Antéchrist en tète, et l'autre des

fidèles soumis à Fadhl. C'est toujours la discorde à n'en plus finir. Nous verrons également vers la fin de ce chapitre jusqu'à quel degré l'Antéchrist de Fadhl est proche parent du fameux Ahriman [q^t^'J- Mais laissons parler les docteurs houroûfis!

Voici quelques vers qui proclament la divinité de Fadhl. Je les ai recueillis dans les deux ouvrages de (J^c*^! J-c, intitulés mIj <\pyi et aocUXcLs. Commençons d'abord par le nom de Fadhl-Dieu {M d^^)> puisque c'est lui qui nous dirige dans la voie [de la vérité]; et connaissons notre Dieu, celui qui a créé les cieux et la terre.

(^Ko\j c^^U cu-j\ <£=> f^y* 111^ J--àJ j sj,^ j^^

(2)^y ^-yç \^c> ^^ j\ * s^fi^. 0=^ "^j y^^ '^^

(') L'ouvrage commence par ce béït significatif; et voici une note marginale qui l'explique encore mieux: Q^i*^ sÎAajI (le Kor'ân) J^j^J v^ ^^

ÎJc> *Iic! j»A«t i.S' o^.«^ï J.-vi2S j! ,jjii^ C?''-^' [^"^ ^^ commente!]

(«) Comme il n'y a pas d'ordre dans la composition de la plupart des ouvrages de ce genre, j'ai choisis les vers conçus dans le même esprit pour les présenter successivement.

r\j ^ rJi .^-.-û»- ^J^ ,^^j^\ « r^ — : — -jV O*^ ^-^=* tî^-^

-i-'j^ -^W^ ^--^^ -^W^- • -^'j-^ :^ vO-^ Ô-^J^

^^V\ lié. Vj aTju/ , iiN^ ^Vla;J- j\^;., J^ ^\j ir\^ si— J ^y>r^ fJjj 0*>\; • /"^ ' ^^-^ o^-j^ ^ \ b^^

Toutes ces vérités étaient certes connues de Dieu-Fadhl (ces vérités sont les premiers principes des noms; ce sont

les lettres), et de ceux qui croient à l'invisible (w^^àib ^yL*^), c'est-à-dire que les prophètes, qui ne sont que les incarnations successives du Dieu-Fadhl, croyaient à l'invisible jusqu'à présent. Enfin, pour parler métaphoriquement, le visage divin de Fadhl

était voile chez les prophètes anciens (^^^^"4! i-Lçoî); ^^^ trente-deux lettres n'étaient pas visibles ni lisibles sur leurs visages, quoiqu'ils fussent le miroir de la vérité (vji=> oly). Fadhl est revenu définitivement pour lever le voile de sa propre face, et montrer au monde entier les signes de sa divinité. Maintenant qu'il a exploré la voie de la vérité en se manifestant sous les traits humains, vous pouvez en passant par les lettres (en les constatant) voir la face de Dieu. C'est justement ce que nous apprend '^Aliy-ul-A'^lâ dans son

(2)ci*~.j\ «-iV^j\ j ^\ ^\ àii\ *^ , c-*«j\ Jy j t-iOj jj^Ui\j3\ô. <*.'}, iSjj ù^ "^ j *— ^/^ j^j-^ * *\; ' *^ J* -^5^ ^—^jy^ CJ"^ ^^

Les prophètes étaient des houroûfis sincères; seulement — comme nous l'avons remarqué plus haut — ils n'avaient pas la permission de révéler la vérité, si ce n'est allégoriquement

(*) Le principe des noms, ce sont les 32 lettres. Par ^-.A-oeJlj ...yL*^, ce sont les fidèles qui croient à l'invisible et au surnaturel qu'on entend. I/auteur fait allusion à un passage du Kor'ân qui dit en parlant des fidèles: ..fcJlx^ ..-jiAjI a^JUaJ! ...M-jJij ^ i.A^oL)lj , et leur promet le Paradis arrosé de ruisseaux, etc. Ici ce sont les prophètes plus particulièrement. Les mots VV.; "^ sont une allu-

sion au verset XO >wOx ^ »,jLxXj) tyjj *[•-''• Ce livre, selon les houroûfis, ce n'est pas le Kor'ân, mais le visage de Fadhl.

(2) ...kJ ^ LJli est une allusion à l'ordre ^-S (soit^.

(3) Les lettres sont tantôt 28, tantôt 29, et tantôt 32. J'expliquerai tout cela dans le chapitre traitant "de la méthode".

seulement. Voilà pourquoi toutes les écritures sacrées ne sont que des allégories, qui bien interprétées prouvent et attestent la divinité de Fadhl et de ses attributs-lettres.

Nous avons vu un peu plus haut comment il s'était incarné en Adam, et comment il avait joué une farce à Satan l'orgueilleux. Voyons un peu ce que Fadhl a appris aux prophètes successeurs d'Adam.

Abraham, le patriarche, avait connu l'énigme par la grâce de Fadhl; car Dieu le lui désigna par trois lettres [^^ <v; ^é] dans les livres que ce prophète avait reçus par inspiration (').

Savez-vous en effet qui était celui qui s'était sacrifié pour se laisser dévorer par le feu pur? C'était Abraham, et ce feu était l'amour qui le brûlait, le poussait irrésistiblement à connaître cette grande vérité, que l'homme est un Dieu digne d'adoration, puisqu'il porte sur son visage les signes

manifestes (oUL olit) de la divinité! Ainsi il a cherché ces

signes partout; il a adoré les astres, les idoles, etc. mais comme il n'a rien obtenu de tout cela, il a de lui-même (') découvert la vérité, et ayant trouvé les signes de la divinité sur son propre visage, il s'est immédiatement prosterné à la face de oto, c'est-à-dire de Fadhl.

(') Ces trois lettres d'après le <-V-:F.Î k;L*..=> font 32 ainsi : (li) z= 20 + v j = 2 -|-;^=io)=:32.

(2) On doit bien remarquer ici Tambiguité de la signification du mot ^j:3, qui signifie visage tout d'abord; mais dans la locution ^^^. ...l-t il équivaut aux locutions "pour cela", "pour cette raison" comme par exemple 5. ,.,l:t

ji-A-i jf^'^' e° turc j*^^! jj*2a-^ O*^^ ^' • ^°^^ ^'^^ ^" '^Suré ; donc il y a j^^-iiAÎ (j*L*~> dans ce passage, et je l'ai expressément noté parce que les houroûfis attachent une très grande importance à ces jeux de mots et y trouvent une justification de leur doctrine.

J^* uriy- t^j^J -^y J=^ * J^^ ^ jrT J'-^^ ^^^-J o-jVxi^! Cj^i (5jj eX— f^ j^ * ^^. j-^yr -^^ c^jjj >»J Oi^

Et puisque nous devons tout interpréter allégoriquement, nous devons entendre ce feu qui avait consumé Abraham dans son vrai sens. Or, puisque Dieu est la face de Fadhl, ce feu doit naturellement être le teint vermeil de ses joues, aussi brillantes que la lumière.

..i^\i ^jj^ ^^U |C^X* ^^-'Hf^)o'^^j^oyT

j j^W jV;j ijj^ :>j\:> ^ jjj O;^ jV. j^->c^ J-3o\j j\ o\.i o ^j^ViJ ys.,^\ * 4li\ V;\ v.i^S <.£= ^^c> jO j\

Eh bien, c'est Abraham qui s'est brûlé dans ce feu de l'amour pour les belles joues de Fadhl, et celui qu'il a sacrifié, c'est encore Fadhl le grand martyr, et non pas Ismaël comme on le croit:

'sOl^J-^ ^%^r-^. ^JJ^ * ^jJ^-J ^JjrT \;J^W^

(') Le mot "sept" est une allusion aux sept principales inscriptions da visage, comme nous allons le voir très prochainement.

L'ange Gabriel (J^L.fcj>), qui accompagnait Mohammed pendant son ascension dans les cieux {Jm), avait conduit

le prophète jusqu'au ^ ;y;»II a.Ju« et s'était arrêté au pied

de cet arbre immense. Quand le prophète lui demanda la raison qui l'empêchait d'aller plus loin, Gabriel lui répondit que s'il avançait de la distance d'un doigt, il serait brûlé par l'ardente radiation de la lumière divine (').

Cette lumière est précisément celle qui avait brûlé Abraham :

(') Voici en toutes lettres les paroles de l'ange Gabriel : y-^^-^ Oj-JO j— ) 0-^j-A-J>J X l tji- Les çoufîs interprètent allégoriquement cette phrase. Gabriel, pour eux, c'est le ^^î J^-g-r, qui ne peut dans ses investigations dépasser ses propres limites (logiques); ce qui n'est pas suflSsant pour nous

conduire à la connaissance de Dieu. Car en effet arrivé à la g"' t" s.vXjw

le prophète est conduit par Refref (v jiu) jusqu'à Dieu. Refref, aux yeux des ésotériques, c'est l'inspiration qui seule est capable de nous conduire à Dieu. Tout ceci se rapporte à la question de la théorie de la connaissance. Les çouâs rejettent le sensualisme aussi bien que le rationalisme et les jugent également insuffisants pour nous conduire à la Vérité suprême qui est Dieu. Il n'y a que l'inspirarion, qui nous vient dans l'extase, qui puisse unir notre âme avec Dieu. Ces quelques vers du X^LâXcLaJ font allusion à l'entretien de l'ange Gabriel avec le prophète, qui n'était que Fadhl sous les traits de Mahomet. Gabriel n'a pas pu le connaître, parce que Fadhl portait soixantedix voiles de lumière sur son visage:

.-,ib

:>V jù»

'jy^ j\

Ȕ^ crl-^ jy Ob

{ ^Jô J?- J-à»

ÙWJ -^

oyr

A ceux qui voudraient se moquer de telles interprétations, 'Alîy-ul-A'lâ répond par l'amour qui est inné dans la nature humaine pour la beauté. Les vers suivants, dont quelques uns ingénieusement conçus, sont des exemples curieux et remarquables en ce qu'ils nous présen-tent une certaine forme aberrative (s'il est possible de dire ainsi) de l'amour platonicien.

' ltIj J-^j ùW" j CTi'.j^y.^ (5> » ij^y j ^ (i ^y. j^j t5" ojrT

i^^i > ijj 4 iAo» 4£>^ y « ^y IJo- C-»i\ 5^5 (5- -sJ^J^

^ ^ 0^1 — X9 t5^ 4^ <U|j ^ y-Hp 5 's^y?V~-'- 9 "3 * ^

(') La face de l'homme est le paradis même; nous expliquerons comment on y entre.

(2) Le mot i^—A^ signifie bel adolescent imberbe. Nous nous occuperons de cette question aussi.

(') Si la divinité n'est pas le beau visage, alors pourquoi te laisses- tu mourir sous les pieds des idoles (des beautés) que tu adores?

(*) Kut,Mi—S est un mot d'origine turque qui équivaut au ;Lj, et signifie plutôt grâce dans le sens esthétique du terme. Dans ce cas-là le poète voudrait dire à celui qui ne croit pas au houroûfisme, "Quand tu vois les manières gracieuses d'une belle personne, tu voudrais te prosterner à ses pieds, mais ta religion te défend cette idolâtrie, malgré l'envie qui te dévore; alors ton Dieu t'ennuie, te met dans l'embarras."

(*) Donc, quoique tu sois apparemment mécréant (du houroûfisme), ta foi est emportée, ruinée par de beaux cheveux noirs, ou par les beaux cheveux d'un infidèle (jiû a deux sens; encore un (jjiààJ yAljL>).

»l^=» g -X jâ A^AA^j»- ♦ y^\a\» —^'^ O^"^^ ^^^^

Cette page est une des plus remarquables parmi toutes les œuvres de ce genre et elle nous en dit assez pour l'amour des houroûfis et pour Abraham. Nous pouvons passer à un autre prophète. <

"Lorsque Moïse arriva à l'heure convenue et que Dieu lui eut parlé, il dit à Dieu : Seigneur, montre-toi à moi, afin que je te contemple. — Tu ne me verras pas, reprit Dieu : regarde plutôt la montagne ; si elle reste immobile à sa place, tu me verras. Et lorsque Dieu se manifesta sur la montagne, il la réduisit en poussière" etc. (^).

Ce passage du texte sacré est plein d'allégories; interprété

selon le ^.^, on y trouve une preuve de plus qui confirme la vérité du houroûfisme : la montagne c'est le corps de Moïse ; Dieu, c'est le Verbe qui s'est manifesté au prophète d'Israël. Et sitôt que Moïse eut compris la vérité (vu Dieu !), il décomposa son corps en ses éléments constitutifs, c'est-à-dire

(«) Satan figure toujours dans les œuvres du poète comme la mauvaise pensée, l'idée de la discorde. C'est l'Angro Maïnyush du Zoroastrisme, le ^-J>\'^ nous y reviendrons.

(}) Le poète fait encore une allusion à un passage du Kor'ân relatif à l'histoire de la création d'Adam comme vicaire de Dieu sur la terre. Lorsque Dieu avait fait connaître son intention aux anges, ceux-ci s'y étaient énergiquement opposés en disant que l'homme verserait du sang sur la terre, tandis qu'eux célèbrent toujours ses louanges. Alors Dieu leur dit : "Je sais ce que vous ne savez pas:"

(') Alkor'ân, Ch. VIII, Ayet 139, traduction de Kazimirski.

qu'il désigna avec leurs places respectives les trente-deux lettres qui constituent son corps. C'est la réduction de la montagne en poussière:

Les vers suivants, qui font allusion à l'apparition divine sous forriie de lumière, sont plus explicites:

.jyp J^ Crç:>. Oi^ -^y^- '^''\; * jy i3^ vjj>>=î- "^^ ^ ^^ ^ft^

Dans le chapitre traitant de la méthode, nous allons voir comment le tabernacle de Moïse est encore une preuve qu'il était sincèrement houroûfi.

Je ne citerai encore que quelques grands prophètes pour abréger ce chapitre.

Ahmed (Mohammed), l'envoyé de Dieu, est admis dans l'intimité de Fadhl, il s'est levé de la droite de celui-ci; ce mystère de la vérité descendit sur lui ; si l'essence pure de Fadhl n'en était pas la cause, comment le niarboûb (= celui qui est protégé par un Maître) pourrait-il retourner à son Maître ?

(') Les expressions i^r-*-*:! ^t oL-««Ài sont très fréquentes dans le Kor'ân; les houroûfis attachent une grande importance à ces mots, car les fidèles sont

Dans une religion qui est basée sur la conception d'un Verbe-Dieu, il va sans dire que Jésus-Christ doit avoir une place des plus importantes, car il est dit dans le Kor'ân que "Jésus fils de Marie est l'envoyé de Dieu, et son Verbe qu'il

jeta dans Marie; il est un esprit venant de Dieu (L^l iJiJS^

«JU -«j^ *jy« i-l). Croyez donc en Dieu et à ses apôtres, et

ne dites point: Il y a trinité . . . etc., car Dieu est unique." Les houroûfis, qui voient partout dans les écritures des allégories qui confirment leur façon de voir et la vérité de leur religion, ont dû prendre en main cet âyei et l'interpréter à leur façon. Voici quelques vers très curieux recueillis dans le «-xUjOflLs, dans lesquels le sentiment Chiite d'Alîy-ul A'iâ lutte avec l'autorité sunnite et la sympathie pour le Christ et s'accorde finalement pour donner un amalgame bizarre :

<s..,>aa

Mais les vers qui suivent immédiatement ceux-ci prétendent

que l'essence divine s'était incarnée en 'Alî (le gendre du

prophète), et que par le mot Messie (j^w^w-o) il fit voir son

visage. Tout ceci nous rappelle le principe fondamental de

la religion des Nossaïris [t^^^i] et des Druzes. Nous allons

voir dans un chapitre spécial consacré à la critique du hou-

q-mJ (3^-^'» ^^s infidèles JL »...» J»-^!. Dans la question du Mahdy je donnerai des explications relatives à ces termes.

(') Voyez pour cette locution les explications données dans le chapitre sur la Méthode.

roûfisme jusqu'à quel degré ces religions se ressemblent, et nous verrons les points de contact et les principes essentiels qui leur sont communs. Continuons pour le moment.

! <* l.tyS (J\ j^J v-JVlJ-^ * <Û^ oJiy^ ^**** ùy /)5>- . AO y.; ^j£> \jÔ. ^\}> j\ » A'0^ ^ ^ Jô. ^ jj ^

En efifet il reproche aux chiites de n'avoir pu reconnaître cette vérité; car des chrétiens et des juifs, chacun a pu, autant qu'il était en son pouvoir, trouver le chemin qui conduit à cette religion, tandis que le chiite s'est seulement contenté de proclamer que le vrai Imâm [oi-^L» *Lot], c'était 'Alî. C'est

si

peu !

! ^rf Ot-^. oj

* uH;

. Tf

i'^Hj'^j

L^Jui

JJ

àjuj^

(') Dans une autre page cette idée se répète sous une forme plus ou moins modifiée dans le style:

^J^ urij=^ >*^^ "^^^ j^ * ^y. à^ «3" ^^-^i J=T Wy-^ Le grand schéïkh mystique Mewlânâ Djélaleddin-i-Roûmi était de la même idée ; son schéïkh Chems-i-Tabrîzî [(^ jJ rjj o'*'^*^] ^^^ ^" mythe inventé par lui, c'est son propre génie inspirateur. Il paraît qu'on avait émis quelque doute sur son existtnce; ce qui provoqua de la part de Mewlânâ ces deux vers que j'ai trouvés dans son Dîvân-i-kabîr; il prétend que Chems a existé vraiment et que c'était l'incarnation d'Alî, ainsi que Jonas, Joseph et Hoûd.

' i?'. à'' ^y h --^y- h cH-^' ^ * • ^y- 1^ ^y J >.-^ ô^^ LT^

(*) Les Bektâchis [ --iiLiL^] d'aujourd'hui sont pour le plupart des houroûfis. Il ne reste plus rien de l'enseignement de Hadji Bektâch, si ce n'est que dans un manuscrit intitulé i^-^L. *. a o^ (et encore cet ouvrage est écrit par un de ses adeptes) il raconte certaines anecdotes du pieux schéïkh qui — comme la majorité de ses semblables — avait un fort penchant pour le Chîisme. I,es Bektâchis prétendent être Chiites et manifestent une grande sympathie pour la famille opprimée du Prophète (uy^y '^-y^ d^')- Certains écrivains qui ont rudement critiqué les houroûfis ont prétendu que leur attitude sympathique pour les descendants d'Alî est pure hypocrisie, car ce qu'ils entendent par 'Alî c'est toujours Fadhl. Notre investigation ne fait (jue confirmer

Mais comme 'Alî, Mohammed, Jésus et tout le reste des prophètes, n'étaient que des manifestations de l'Eternel Fadhl sous les traits d'un homme supérieur quelconque pour montrer la voie de la vérité, et comme Fadhl a toujours un vicaire sur la terre investi de cette mission, les religions primitives sont abrogées. Alors, ô prêtre ! ouvre de nouveau la porte de l'église et écoute le Messie du temps présent qui te révèle le secret !

yjy-f o^^ r* ^ -'^ • «-^^^ y^ ^-"^ ^-'■' ^ '>^

Pense un peu à ce que tu fais! Tu frappes deux choses Tune contre l'autre, afin que le mystère du Messie soit découvert. Le son qui se manifeste des lettres, c'est le Saint Esprit dans toute enveloppe ! Le Père, c'est l'essence même du Verbe qui fut une force (en soi) etc.

cette assertion, d'autant plus que les Chiites se refusent énergiquement à les considérer comme leurs coreligionnaires. Le Chiite est un musulman sincère qui reconnait en ^All le véridique Imâm (oLï^Jb (^i); mais il considérerait comme un anathème impardonnable la croyance à la Divinité d'Ali, qui

est proprement la doctrine d'une secte connue sous le nom de ^e^ <J'^j également reniée par les Chiites.

(') Le Messie du temps, c'est Fadhl, ainsi qu'une note marginale l'explique; elle est ainsi conçue: ••y—f^ w«->-Lo ^ç^*J .^^uw^x. C'est ce que les Druzes appellent le i-\^r> j*Jo.

' * fj^- y Oj^ j" ^j ^ j^

Le fameux Husayn b. Mançoûr-i-Hallâdj, qui a été pendu pour avoir dit, "Je suis la Vérité Suprême" (Dieu), a, grâce à Fadhl, compris le mystère. Il est vrai qu'il fut pendu, il est mort, mais il est devenu l'Être absolu et repose à côté des bienheureux par la grâce de Fadhl !"

Enfin tous les prophètes avaient pu voir par révélation ce signe de la vérité et ils attendaient avec anxiété que quelqu'un vînt leur dévoiler le mystère :

En effet la religion des prophètes n'était qu'une allégorie spirituelle: personne ne l'a connue en dehors des gens de la pureté. Chacun, selon le dialecte de sa propre religion, a basé sa doctrine et ses rites sur les 32 lettres. Mais ces lettres n'étaient pas évidentes comme dans la figure du seigneur Fadhl dans le temps de Mohammed, le sceau des prophètes: elles restèrent comme l'écriture du Kor'ân, c'est-à-dire qu'elles se manifestèrent sous forme d'écriture. Et si Mohammed dit qu'il n'y aura plus de prophète après lui, c'est qu'avec lui les attributs de la divinité ont été complétées (^).

(') Les sept sceaux, ce sont les sept inscriptions divines du visage de l'^adhl, comme nous allons le voir dans le chapitre sur la méthode; ici, le mot v^ftJ^Uo* (livre) fait allusion au visage.

(*) C'est-à-dire que la mission des prophètes consiste à apprendre aux fidèles

Tous les prophètes discutaient, chuchottaient entre eux, et il fut prouvé à leurs yeux que Fadhl est le Créateur et qu'ils ne sont que ses créatures ; c'est lui qui est l'unique Dieu qui n'a pas de compagnons, et le seul moyen pour eux fut d'avouer leur servitude vis-à-vis de Fadhl. Le livre de l'éternité (le sacré texte des houroûfis, œuvre personnelle de Fadhl) approuve cette croyance:

<«i^ji** ^^ ^.-^^ y. "^ — ' » ^\ J^ ^^-^^ sJ^^-^jW"

C'est Fadhl qui est venu personnellement cette fois-ci pour nous révéler et dévoiler cette vérité, ce mystère, et ce fut un acte de miséricorde de sa part pour nous, car sans lui nous aurions été privés de cette révélation. Quoique jusqu'à présent on ait beaucoup pensé sur ses attributs, personne n'avait pu trouver la voie qui mène à la connaissance de son Essence, et voilà pourquoi la lumière de l'essence était cachée jusqu'à présent. C'est sa grâce, sa sagesse, qui nous révéla le principe, la racine et les embranchements des écritures. Fadhl est Dieu, et nous sommes ses serviteurs, etc.

^jô. J-^ o^^ oi^ cr-jj ^^ * ^-^^ ^- O^ ^^i^ Jyy* ^y-

les attributs de Dieu, et non l'essence; ils ne peuvent pas, en tant que prophètes, dépasser cette limite. «

^^h iji-/"^ ^'^ '^- "^-^y. (J ''^^ * *^-l-^ ijiUà^ w*«*-j d! — ^^i ^

c'Jô- ^3-^à9 c-iv?- ^^__aiUi ^,^-^=' * \- — ^'\ - ^ jVr'T^a ?-^^~-i ^j ^•'^^ . cj\j> ;y> ^«* j)^ >vj^y^^ Aj V; * c->\jU3 jJ> ^/}k j> o y. V :? ^^

(') Allusion à un âyet du Kor'ân: aJoIX! »Jit:>.^ (•■Nv^ ^' d-^ "%-^ ,.--JjjwLj»- (-wO. Dans ce passage, qui s'adresse aux Israélites, le mot JwaHJ

veut dire grâce; mais les houroûfis y voient encore une allusion à la divinité de Fadhl.

(2) v;LX^Î j»î slXac ..y* , "celui qui possède la mère du livre" (Kor'ân)

est une locution fréquente dans le Korân et fait allusion à Dieu qui possède la table préservée, l'original du Korân.

(3) Allusion à une tradition qui professe et recommande l'agnosticisme: "Pensez aux attributs, mais non à l'essence divine inconnaissable:"

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