‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 43 sur 56 · VI. THÉORIE DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

VI. THÉORIE DE LA SCIENCE

Ainsi donc, il y a une science mystique qui n'a été révélée qu'aux prophètes jusqu'à présent ; et ceux-ci l'ont enseignée par des allégories, puisqu'il ne leur était pas permis de la révéler tout à fait et de présenter les mystères au grand jour. À la fin, le Dieu Fadhl est venu en personne lever le voile de la face de l'énigme. Son enseignement dans son ensemble constitue la science par excellence ; et cette science

en elle même n'est que l'exégèse (J^j^Lj), l'interprétation allégorique des textes sacrés. Elle est la clef du livre apporté du ciel (J^Ju v-jU^) par l'Ange Gabriel à Mohammed. Certes!... le Kor'ân ne doit pas être jugé d'après l'apparence, c'est-à-dire interprété textuellement, mais d'après la

science du tawil, Jj^Lj {y^xrx tovç àXXyiycpixc xxvôvsç, comme disait Philon). Car les livres sacrés sont pleins d'allégories qui exigent, pour être déchiffrées et bien entendues, une interprétation tout à fait différente de celle donnée par ceux qui les traduisent textuellement.

Cette science est la connaissance des signes révélés par la radiante manifestation du visage humain, dont l'archétype divin est celui de Fadhl. C'est la science secrète et divine

Q^l jJLc « ^ ^) , la science de l'être en tant qu'être (qlXJ JLc) (}\ défendue aux yeux voilés des J\h J^L

Voici comment s'explique Jxjl iùcii, un des disciples et

(•) Le mot iM>-^ est fréquent dans le Kor'ân [*■»■>, tiVJi.XJ ^^yti\ etc.

Les docteurs musulmans en ont confectionné un terme technique [imOJ r*^] qui équivaut à la science de l'être en soi: to '6v. Le prophète possède cette

science: ..«AAiliaLw im^ i*^ g.M»j<AÂr.

successeurs du Maître, dans le prologue de son ouvrage intitulé

O/i-^ j' ï'O jJJl^àJ O^y .jjJiCj\ ixtyS ijf^\^ 4j^v~.^ y i5-U\

^j> ^A^ ^ JaVj ^^ <».". o^\ j j^ 4.". Vj^ 4.C'^j\ .jU« <it 5=^Jj^

etc. j^ ^ ^\c Jj-^.-i [VJlC, V' jJ ^^* ol^ ^] A$^j^ ^1\ ^-il Ac ^o

Mais toute cette science a un seul but: la connaissance de Dieu le Maître [v j.] ('); et il n'y a pour cela qu'un seul moyen: c'est de se connaître soi-même. Une tradition du prophète nous le recommande explicitement:

Il va sans dire que, d'après les houroûfis, cette connaissance de soi-même n'est autre chose que la constatation des inscriptions que chacun porte sur son propre visage (qui est une copie calquée sur le visage divin de J-oai). Cette connaissance résume en elle-même toutes les sciences ; car partout où vous vous tournez, vous voyez le visage de Dieu, comme il est dit dans

le Kor'ân : idj\ g^*) ^ \jly UajLs.

(') Le mot Rabb a un sens ambigu; il veut dire Maître, et le prophète entend par ce mot Dieu, comme toutes les grandes religions l'admettent. Les houroûfis entendent par ce mot leur Maître Fadhl. C'est un moyen très commode et pratique chez eux pour sauver les apparences. Ainsi, ils professent être les adeptes de *.h r) «Loi, qui est le titre de Aboû-Hanîfa; mais pour eux le plus grand Imâm c'est encore Fadhl!

(*) C'est la fameuse inscription du temple de Delphes, illustrée et popularisée par Pythagore, chérie et patronnée par Socrate, recommandée par Mohammed.

On voit bien l'énorme importance de cette science sacrée et mystique. Elle est tellement grande aux yeux des houroûfis que celui qui l'ignore doit être considéré comme le plus vil des ignorants; c'est un aveugle-né : peu importe qu'il soit un Aristote ou un Avicenne!

Ecoutez ,^5>Xiil j**^M, le fameux i^A-ii q"!^^', qui fut un fervent houroùfi et très zélé pour propager cette doctrine parmi les Turcs.

Il s'adresse particulièrement aux savants (Jih ^cUJLc) qu'il considère comme des ignorants n'ayant aucune idée du monde :

î -^ J^ a ù-^lt » \— -^ -lil^^.:> 1 W (1) i ^ Jj viSl, ^ï\ , *j>.^l$^ K,^ oj^ ^•^)

(') Ces poésies, comme tous leurs semblables, sont très originales et écrites dans la métrique turque (le mètre syllabique, ^îiL*»J> oi^.Lj); elles ne sont

pas conformes au {jfc^—c arabo-persan. C'est dans le genre de nos poètes nationaux. Les sectaires les cachent jalousement aux profanes; elles sont introuvables; j'en possède à peu près deux cents pièces, et il y en a de géniales parmi elles. M. le Dr. Kunos a fait un recueil intéressant sur la poésie populaire des Turcs; mais je n'ai même pas vu une seule pièce de ce genre.

(») J'ai étudié spécialement le mot *0 "souffle", qui a une importance capitale

dans la mystique oriental^; j'ai fait voir comment cette conception aboutit à l'idéalisme nihiliste.

(') Allusion aux subtilités dialectiques si chères aux — ^L-t? j^LJx, et qualifiées de jLï ^ J-f:-^ par les ésotériques, qui entendent par là la vaine

discussion des grammairiens [Jl3 et Jw^d]!

(♦) Le mot (iV jç-j qui veut dire "véridique" est un mot turc. Les vrais

derviches qui sont arrivées à la connaissance parfaite sont jSjJ <é>^S>

! «.3wjv« j'y \ v^uaa <|s vi>w 3y*

*y * ùv^:

Alors il ne faut pas aller demander cette science sacrée et mystique à ceux qui s'occupent de grammaire ou de syntaxe, mais à un homme parfait :

Ce terme équivaut à ç JLJi> Q-x-Lotj. [J^^olj] a son équivalent en vieux

turc : vJ5jl\jL:Jj de \JfL4Jy0 "parvenir, trouver".

(') Il s'exprime ouvertement!

(2) Il y a ici une allusion : les juifs hypocrites de Khaïbar avaient questionné le prophète sur la nature de l'âme; celui-ci avait répondu par cette

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