‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 49 sur 56 · VIII. LES SYMBOLES · texte numérisé non relu

VIII. LES SYMBOLES

Mais comme on ne doit pas révéler cette science secrète aux profanes, aux Satans [oo], jusqu'à l'apparition définitive de Fadhl sous les traits du Messie attendu depuis longtemps, les docteurs houroûfis inventèrent des signes symboliques pour exprimer entre eux les mots qu'on ne doit pas écrire en toutes lettres pour ne pas attirer la haine des fanatiques. D'abord il y a des formes sténographiques ; par exemple:

[^] est le symbole de Juaà.

[e=A] équivaut à 28, et c'est une forme sténographique de vi>s-i^ ^ c>-wuo. Ces deux mots ont été superposés pour ainsi dire.

[%«^] veut dire [o5y>].

En dehors de ces formes sténographiques, ils ont une méthode: ils écrivent seulement la lettre médiane d'un mot composé de 3 lettres ainsi: [o] c'est [^j>\] et (^] c'est []^]. Si le mot est composé de plus de trois lettres, ils écrivent les deux lettres médianes: [ih] pour [|^LLu.io]; [«] pour [oyi!]

et quelque fois les deux premières lettres: [^'J pour [^L*j'];

[yo] pour [Jslyo].

Quelquefois ils biffent alternativement les deux lettres d'un mot composé de 4 lettres : [m:] pour [iu*J'] ; [ci^] pour [c>oiS' .].

Quelquefois ils n'écrivent que la première ou la dernière lettre d'un mot: [^] pour [A-L:^]; [é\ pour [iJl5']; [{jo] pour [sbLo]; [^] pour [r*i3>]; [-b] pour [Jai>], qui indique le nombre sept ou huit également; [o] pour [oi:>]. Quelquefois ils n'écrivent que la première et la dernière lettre d'un mot: [^5] pour [sc>^]; \J^] pour [^t/w] ; [*^] pour [o;ya] ; [y] pour [yjuo]; [^] pour [505^^-1 qui signifie 32; [^] pour [Jji];

[&j] pour [»»^j>lj = 15]. Il y a aussi des mots qui ne sont

écrits qu'en partie; [«Oo] pour ['(*A;cà5> = 17]; [v^^c^] pour

[(O.Uj-=i4]; ils combinent aussi ces symboles: ainsi [(j-wb]

veut dire [\yiiJ Jai»]. Ce sont les symboles les plus usités et

les plus fréquents que l'on puisse rencontrer dans la littérature houroûfie. En supposant même qu'ils aient eu l'honneur de précéder dans leur découverte les sténographes modernes, les docteurs houroûfis n'ont pas pu imaginer un système excessivement ingénieux, et je m'étonne comment on n'a pas pu déchiffrer jusqu'à présent ces inscriptions symboliques, qui ne sont certainement pas des énigmes insondables. C'est tellement clair, qu'il suffit de savoir un peu les questions qu'ils traitent pour y lire ouvertement leurs idées; et il n'y a pas de question qui n'ait un rapport avec un verset quelconque du Kor'ân, ou une tradition du Prophète, ou une histoire connue de la Bible, Voici un exemple que je cite du [xxLLa.^] de Js^] «ùCi j (ch. XV).

o^\^\ ^ V;/^ ijr^\ 6^ Vj>:>^ j C^ i-^ u; Vp ^

Et le Docteur se met à interpréter ce verset du Kor'ân en ces termes et en usant de ses symboles; il le traduit mot à mot!

On voit bien qu'il ne faut pas être doué d'une intelligence surhumaine pour comprendre ce qu'il dit et pour mettre à la place de ces symboles puérils les mots qu'ils représentent ; et puis, qui ne connaît pas cette fameuse histoire?

C'est vraiment étonnant que les houroûfis aient pu garder ce secret pendant des siècles. Il est vrai que les docteurs ne se sont jamais lassés de faire de la propagande ; il est vrai aussi qu'un secret est absolument difficile à être gardé pen-

dant longtemps. On n'a qu'à lire dans le iuiUju «JL-jULù. la notice biographique consacrée à ^ t;*:^^^ o^^' f^ ^^ •!"•»

étant initié ^ la doctrine houroûfie de l'épiphanie (J:?^') fit — en sa qualité de Jjii\ j^ {^) — brûler dans la cour d'une mosquée d'Andcinople les principaux sectaires qui faisaient la propagande de la religion nouvelle. Nous devons nous rappeler aussi les derniers massacres ordonnés par Sultan Mahmoud dans lesquels périrent des milliers des Bektachis-

houroûfis. Mais on ne connaissait de cette religion que la

doctrine de l'épiphanie; pour tout le reste on n'avait qu'une idée vague et superficielle de cette reHgion.

Un ancien écrivain (»J>U ijils »j) a critiqué en quelques mots les principes fondamentaux du houroûfisme, dans son

ouvrage intitulé ^jL>Ji$>] ^^ (.»A^' ^y- Un certain MoUa, un

des écrivains contemporains, avait consacré une grande partie de sa vie à étudier le houroûfisme, et avait fait paraître en 1291 de l'hégire un petit ouvrage intitulé ji^-*-"^' ^jt-J^iS .î-io^t ,«.sb 31, dans lequel il réfute très grossièrement, c'est-à-dire en jurant contre les auteurs houroûfis, la doctrine fondamentale de cette religion. L'auteur, ^CsJè^ ^Ji<if] *i>|^, quoique très mauvais écrivain, avait sérieusement étudié la plupart des œuvres houroûfies, excepté celles de (jwc"^' J^c, LjLj Jo et les poètes turcs que j'ai cité. Mais il a suffisamment connu cette religion pour dissiper jusqu'à un certain point les mystères dont elle s'était entourée depuis des siècles. Seulement, il est dogmatique grossier, véhément, et quant à la composition, l'exposition et la critique, il est très incapable comme auteur. Par contre, il est très intelligent dans ses ripostes, et il est foncièrement honnête. Il ne connaît pas l'histoire de la philosophie et des religions.

(•) Feu M. E. J. W. Gibb a rapi>orlé ces faits dans son intéressante histoire de la littérature ottomane.

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