INTRODUCTION XI
Le détail le plus intéressant que ces textes nous révèlent a trait aux sacrifices. Il est contenu dans la deuxième partie de la pl. V, K. 6172. Sayce s’était plu à voir dans l'horreur des Hébreux pour certaines viandes une tradition chaldéenne'. Selon lui, les Babyloniens distinguaient entre la nourriture permise et la nourriture défendue, l’auteur d’un psaume aurait même exprimé son regret d’avoir mangé une chose défendue, « eaten the forbidden thing », et les sacrifices babyloniens ressemblaient étroitement, « closely », à ceux des Hébreux. M. Halévy avait signalé aussitôt avec beaucoup de critique l’inexactitude de ces affirmations ?. Le « regret d’avoir mangé une chose défendue » n’est qu’un contre-sens de IV R, 10... akul la idie, « j'ai offensé mon dieu sans le savoir ». On devait s'abstenir de la chair de porc le 30 du mois d’Ab seulement, comme de la viande de bœuf le 27 arahsamnu (Marcheschvan). Ni l’une ni l’autre de ces viandes n'étaient considérées comme impures, et la distinction entre les viandes pures et les viandes impures était inconnue en Babylonie. Les dieux acceptaient même en sacrifice des bêtes sauvages, la gazelle, par exemple.
Cependant, à ma connaissance, aucun texte n'avait encore mentionné le sacrifice du porc. Les prescriptions contenues dans la tablette K. 6172 sont formelles et coupent court à toute controverse : Lorsqu'un homme est atteint de maladie mortelle, ZI-TAR-RU-DA, il faut, pour obtenir sa guérison, immoler un porc au dieu Shamash et faire des incanfations sur la peau de l'animal. Le porc est nommé Jusqu'à trois fois, L. 4, 5, 9. Il est écrit, il est vrai, idéographiquement avec le signe SAH, mais ce signe n’a pas d'autre valeur idéographique. Le contexte : « Tu immoleras un SAH, — sur la peau du SAH, tu feras des incantations, » — ne prête à aucune équivoque.
Le porc n’était donc aux yeux des Assyriens ni un animal impur, ni une victime indigne des dieux, puisqu'ils l’offraient
1. The Hibbert Lectures, p. 59-64, Londres, 1887. 2. Revue de l'Histoire des Religions, t. XVII, n° 2, p. 185.