‹ Tha{uml}isChapitre 13 sur 17 · DORION · texte numérisé non relu

DORION

Parce ce que j'étais à jeun.

thaïs

Hais moi, mon pauvre ami, qui n'ai bu que de l*eau, souffre que je ne t'aime pas.

Dorion n'en voulut pas entendre davantage et se glissa auprès de Drosé qui l'appelait du regard pour l'enlever à son amie.

Zénothémis prenant la place quittée donna à Thaïs un baiser sur la bouche.

/e te croyais plus vertueux.

ZéNOTHÉMIS

Je suis parfait, et les parfaits ne sont tenus à aucune loi.

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Hais ne crains- tu pas de souiller ton âme dans les bras d'une femme ?

ZÉNOTHÉMIS

Le corps peut céder au désir, sans que l'àme en soit occupée.

Va-t'en ! Je veux qu'on m'aime de corps et d'âme. Tous ces philosophes sont des boucs I

Les lampes s'éteignaient une à une. Un I x. ^ " \ jour pâle, qui pénétrait par les fentes des tentures frappait les visages livides et les yeux gonflés des convives. Aristobule, tombé- les poings fermés à côté de Ghéréas, envoyait en songe ses palefreniers aux corbeaux. Zénothémis pressait dans ses bras Philinna défaite. Dorion versait sur la f^«gorge hue de Drosé des gouttes dé vin qui

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roulaient comme des rubis de la blanche poitrine agitée par le rire et que le philosophe poursuivait avec ses lèvres pour les boire sur la chair glissante. Eucriteseleva; et posant le bras sur Tépaule de Nicias, il l'entraîna au fond de la salle.

— Ami, lui dit-il en souriant, si tu penses encore, à quoi pense&-tu?

— Je penses que les amours des femmes lont les jardins d'Adonis.

— Que veux-tu dire?

— Ne sais-tu pas, Euç.rite, que les fi^nmes font chaque année des petits jardins sur leur terrasse en plantant pour Tamant de Vénus des rameaux dans des vases d'ai^ile?

Ces rameaux verdoient peu de temps et se fanent.

— Qu'importe, Nictas? C'est folie de s'attacher à ce qui passe.

— Si la beauté n'est qu'une ombre lé désir n'est qu'un éclair. Quelle folie y a-t-il à désirer la beauté? N'esi-îl pas raisonnable,

aa contraire, que ce qui passe aille à ce qui ne dure pas et que Téclair dévore l'ombre glissante?

— Nicias» tu me semblés un enfant qui joue aux osselets. Grois-moi : sois libre. C'est par là qu'on est homme.

— GomnoLfint peut-on ôtre libre, Encrite, quand on a un corps ?

— Tu le verras tout à l'heure, mon fils.

Tout à l'heure tu diras t Eucri teétait libre. "v > s ^ ^ ^ ^

Le vieillard parlait adossé à une colonne de porphyre, le front éclairé par les premiers rayons de l'aube. Hermodore et Mar* eus s'étant approchés, se tenaient devant lui à côté de Nicias^ et tous quatre, indi£Eérents aux rires et aux cris des buveurs s'entretenaient des choses divines. Ëucrite s'exprimait avec tant de sagesse que Marcus lui dit :

— Tu es digne de connaître le vrai Dieu.

Eucrite répondit :

— Le vrai Dieu est dans le cœur du sage.

Puis ils parlèrent de la mort.

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— Je veux, dit Eucrite, qu'elle me trouve occupé à me corriger moi même et attentif à tous mes devoirs. Devant elle, je lèverai au ciel mes mains pures et je dirai aux dieux : < Vos images, dieux, que vous avez posées dans le temple de mon àme^ je ne les ai point souillées ; j'y ai suspendu mes pensées ainsi que des guirlandes, des bandelettes et des couronnes. J'ai vécu en conformité avec votre providence. J'ai assez vécu. »

En parlant ainsi, il levait les bras au ciel et son visage resplendissait de lumière.

Il resta pensif un instant. Puis il reprit avec une allégresse profonde :

— Détache-toi de la vie, Eucrite, comme l'olive mûre qui tombe, en rendant gr&ce à l'arbre qui l'a portée et en bénissant la

terre sa nourrice I

A ces mots, tirant d'un pli de sa robe un poignard nu, il le plongea dans sa poitrine.

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Quand ceux qui Técoutaieut saisirent ensemble sa main, la pointe du fer avait pénétré dans le cœur du sage. Eucrite était entré dans le repos. Hermodpre et Nicias portèrent le corps pâle et sanglant sur un des lits du festin, au milieu des cris aigus des femmes, des grognements des convives dérangés dans leur assoupissement et des souffles de volupté étouffés dans Tombredes tapis. Le vieux Gotta, réveillé de son léger sommeil de soldat, était déjà auprès du cadavre examinant la plaie et criant :

— Qu'on appelle mon médecin Aristée t Nicias secoua la tète :

— Eucrite n'est plus, dit-il. Il a voulu mourir comme d'autres veulent aimer. Il a, comme nous tous, obéi à l'ineffable désir. Et le voilà maintenant semblable aux dieux qui > ne désirent rien.

Gotta se frappait le front :

— Mourir ! vouloir mourir quand on peut •ncore servir l'État, quel non sens I

tlO TIAit

Cependant Paphnnce et Thaïs Mai^ii restés immobiles, muets, côte à oôte, FAma débordant de dégoût, d'horreur et d'espérance.

Tout à coup le moine saisit par la main la comédienne ; enjamba avec elle les ivrognes abattus près des êtres aeeonplés et, les pieds dans le vin et le sang répandus, il l'^itraîna dehors.

^ Le jour se levait rose sur la ville. Les longues colonnades s'étendaient des dexci côtés de la voie solitaire, dominées ^ra loin par le faite étincelant du tombeau d'Âlexan Are. Sur les dalles de la chaussée, traînaient çà et là, des couronnes effeuillées et des torches éteintes. On sentait dans l'air les soufiBes frais de la mer. Paphnuce arracha avec dégoût sa robe somptueuse et en foula les lambeaux sous ses pied^.

— Tu les as entendus, ma Thaïs î s'écria-t-il. Ils ont craché toutes les folies et

toutes les abominations. Us ont traîné le divin Créateur de tontes choses aux gémonies des démons de l'enfer, nié impadeiiH ment le bien et le mal, blasphéné Jésns et yanté Judas. Et le plus infâme de tous, le chacal des ténèbres, la bète puante, Tarien plein de corruption et de mort, a ouvert la bouche comme un sépulcre. Ma Thaifs, tu les as vus ramper vers toi, ces limaces immondes et te souiller de leur sueur gluante; tu les as vues, ces brutes endormies sous les talons des esdaves; tu les as vues, œs bétes accouplées sur les tapis souillés de leurs vomissements; tu l'as vu, ce vieillard insensé, répandre un sang plus vil que le vin répandu dans la débauche, et se jeter au sortir de l'orgie à la ftkoe du Christ inattendu! Louanges à Dieul Tu as regardé Tendeur et tu as connu qu'elle était hideuse. Tluds, Thaïs, Thafs, rappelle-toi les folies de œs pbibsophes, et dis si tu veux délirer avec eux.

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Rappelle-toi les regards, les gestes, les rires de leurs dignes compagnes, ces denx guenons lascives et malicieuses, et dis si tu yeux rester semblable à elles I

Thaïs, le cœur soulevé des dégoûts de cette nuit, et ressentant Tindifférence et la brutalité des hommes, la méchanceté des femmes, le poids des heures, soupirait :

— Je suis fatiguée à mourir, 6 mon pèrel Où trouver le repos? Je me sens le front brûlant, la tète vide et les bras si las que je n'aurais pas la force de saisir le bonheur, si Ton venait le tendre à portée de ma main...

Paphnuce la regardait avec bonté :

— Ciourage, ô ma sœur : Theure du repos se lève pour toi, blanche et pure comme ces vapeurs que tu vois monter des jardins et des eaux.

Ils approchaient de la maison de Thaïs et voyaient déjà, au-dessus du mur, les tètes des platanes et des térébinthes, qui entour

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raient la grotte des Nymphes, frissonner dans la rosée au souffle du matin. Une place publique était devant eux, déserte, entourée de stèles et de statues votives, et portant à ses extrémités des bancs de marbre en hémicycle, et que soutenaient des chimères. Thaïs se laissa tomber sur un de ces bancs. Puis, élevant vers le moine un regard anxieux, elle demanda :

— Que faut-il faire?

— Il faut, répondit le moine, suivre Celui qui est venu te chercher F II te ^détache du siècle comme le vendangeur cueille ia grappe qui pourrirait sur Tarbre et la porte au pressoir pour la changer en vin parfumé^ Écoute : il est, à douze heures d'Alexandrie, vers TOccident, non loin de la mer, un monastère de femmes dont la règle, chef-d'œuvre de sagesse, mériterait d'être mise en vers lyriques et chantée aux sons du théorbe et des tambourins. On peut dire justement que les femmes qui y sont

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soumises, posant les pieds à terre, ont le front dans le eiel. Elles mènent ai œ monde la vie des an«s. Elles i^ulent- âtre pauvres afin q«e Jéstas les aime, modestes afin qu'il les regarde, diastes afin qu'il les épouse, n les visite chaque jour en habit de jardinier, les pieds nus, ses belles mains ouvertes, et tel enfin qu'il se montra à Marie sur la voie du Tombeau. Or, je te.

conduirai aujourd'hui mkne dans ce monastère, ma Thaïs, et bientôt unie à ces saintes filles, ta partageras leurs célestes entrrtîen8« Elles t'attendent . comme une sœur. Au seuil du couvent, leur mère, la pieuse Albine, te donnera le baiser de paix et dira : « Ma fille, sms la bienvenue i »

La courtisane poosEA un cri d'admiration:

r — Albine I une fille des Césars I La petite nièce de l'empereur Garas t

— £lle-Hi6me! Albine qui, née dans la pourpre, revêtit la bure et, fiUe des maîtres

du monde, s'élera au rang de servante de Jéras-€hrist. Bile sera ta mère.

Thaïs se leva et dit :

— Mène-moi donc à la maison d'Alfaine.

Et Paphnnce» achevant sa victoire :

— Certes je t*y eondoipai et là» je Renfermerai dans une cellule où tu pleureras tes péchés. Car il ne convient pas que tu te mêles aux filles d'Âlbine avant d'être lavée de toutes tes souillures. Je scellerai ta porte, et» bienheureuse prisonnière, tu attendras dans les larmes que Jésus luimême vienne, en signe de pardon, rompre le sceau que j'aurai mis. N'en doute pas, il viendra^ Thaïs; et quel tressaillement agitera là chair de ton âme quand tu sentiras di^ doigts de lumière se poser sur tes yeux pour en essayer les pleurs I

Thaïs dit pour la seconde fois :

— Mène-moi, mon père, à la maison d'Albine.

Le cœur inondé de joie, Paphnuce pro-

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