‹ Thadéus le réssuscitéChapitre 9 sur 17 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

— Encore!... allons, calmez-vous... laissezmoi espérer... Je ne sais pourquoi... quelque chose me dit que vous me pardonnerez, et que nous vivrons bons amis...

— Bons amis !... Oui... je n'ai pas de rancune. Je dois avouer que vous avez tout feit jusqu'à présent pour me rendre supportable le joug que je porte chez vous, et qu'à de semblables conditions mille femmes brigueraient la faveur d'être votre maîtresse en titre. Oh ! je vous ai déjà pardonné... si vous en doutez, voici ma main pour gage.

Il baisa tendrement cette main.

— Vous m'aimerez donc ? dit-il tout joyeux. —^ D'amitié, peut-être... répondit-elle, en

souriant à travers ses larmes.

— Et d'amour?

— Oh!.., cela me paraît plus difficile maintenant que jamais.

— Vraiment ! que voulez- vous dire par là ? Le son d'une cloche se fit entendre.

— Allons , dit la baronne, voici l'heure. II faut nous mettre en ëtat d'être présentables pour le dîner.

Elle se leva, en éludant ainsi la question, et sortit.

Le duc la suivit d'un air sombre. Il réfléchissait.

C'est l'histoire de bien des femmes de ce teraps-là....

Maurice Talleyrand.

Olez ce voile!.,.. Oui: cette femme n'est pas mal.... elle me convient assez. Elle a des cheveux et des yeux comme je les aime.... Combien en voulezvous .-*

— Mille sequins.

— Je la prends.

Ch. Ballard. Contes arabes.

CHAPXTHE XII

Afin de ne plus courir à l'aventure^ et pour retrouver le fil des ëvënemens brisé au départ deThadéus^ il nous a fallu violer le secret des correspondances; fouiller dans les papiers de famille; soulever le boisseau qui cachait la lumière^ et jeter un regard curieusement coupable sur des mystères que la bonne foi avait

placés sous le sceau sacré de l'intimité. Nous devons avouer, à notre honte, que la pensée de reculer devant un abus de confiance ne nous a pas arrêtée un seul instant; la politique nous en avait fourni de hauts et de nombreux exemples, que nous avons tenu presque à honneur d'imiter.

Il faut que le lecteur se reporte aux premiers jours de la restauration , époque de regrets amers et de brutal courage d'un côté; temps de folie, de basses vengeances et de stupides vanités de l'autre ; révolution enfin qui ressemble à toutes celles qui nous ont précédés, à toutes celles qui viendront après nous ; où la victoire profite aux habiles, où l'ingratitude des heureux s'en prend tout d'abord aux dévouemens les plus purs; mais où, en définitif, pour l'honneur de Thumanité, l'admiration et l'intérêt passent toujours du côté des dupes.

Page 1