‹ Thâeoráemes de politique chrâetienneChapitre 11 sur 21 · VIII. La sagesse divine appela plusieurs fois à elle l'at · texte numérisé non relu

VIII. La sagesse divine appela plusieurs fois à elle l'at

' Tertull. Apolog. C. XLV. S. AujOfustin. devcra relief. C XI. S. Clément, llom. constlt. apostol. L. 1, c. 7. — Anastas.Nyssen. in sacram scrip. C. IX. Voyez Possevin Select, bibl. L. I, c. l. — Del Rio phar. proloff. c. 1.

-III. Reg. 111.9.— Sap. VII.

■* Rodoerii princcps pi obus. C. V l, p. 46 et seqq. Neapoli 1 678. — Marlianus theatriim polilicum. C. l.p. 9 et seqq. Nuremberg, 1684.

' De Vêlez, apologia ciel altar, y del tronc. T. I. C. I, p. 41. Madrid. 1818.

'^ Jos. I. 18. — Sap. VI, 10 et seqq — II ad Timoth. III. 15.

•^ Eccl. L. 29 et seqq. — ^ Hleropol. C. I. p. 1. Lugd. 1625.

PilEHIER THÉORÈME. 17

lention des souverains, et en leur enseig^nant que le roi fou causera la ruine de son peuple ' eî que le roi sage le rendra ferme et heureux ^ elle ajoute : c'est à moi qu'appartient /Vquitc, la prudence, c'est par moi que régnent les rois^ et que les législateurs font des lois justes : c'est par moi que commandent les princes , et que les puissances administrent la justice ^y la source de la sagesse est un torrent qui déhorde *; heureux celui qui profite de ces biens ; quiconque les met dans son cœur sera sage : s'il les exécute, il sera bon en tout y parce que la lumière de Dieu éclairera ses pas ^ puis elle dit aux souverains : écoutez-la , 6 rois , instruisezvous ^ 0 vous qui jugez la terre ^^ écoutez , 6 rois , et faites attentio7i , instruisez-vous , vous qui jugez toute la terre : prêtez F oreille, vous qui avez le gouvernement des peuples, et qui vous glorifiez d'avoir soumis beaucoup de nations... C'est donc à vous, ô rois, que sont adressées mes paroles , afin que vous acquerriez la sagesse et que vous ne veniez pas à tomber... Désirez seulement mes enseignements, prenez-en soin et vous serez instruits... Si donc les trônes et les sceptres sontpour vous des objets de complaisance, aimez la sagesse, afin de régner à jamais. Al?nez la lumière de la sagesse, vous tous qui présidez au gouvernement des peuples, apprenez la science d'après mes paroles ^ et elle vous sera utile \ L'Esprit-Saint nous fait assez comprendre par ces paroles, que la véritable politique ne peut être mieux connue qiie par les lumières de la religion chrétienne et de ses saints codes.

COROLLAIRES

La lecture et la méditation des Ecritures sont utiles aux princes.

I. Ce fut toujours et ce sera toujours un louable dessein que d'instruire les princes , dès l'enfance dans les saintes Écritures ^ Dieu promit d'heureux succès à Josué , s'il méditait sa loi ^, et il voulait qu'en couronnant le roi dans l'ancienne alliance , on lui mît sous les yeux les livres de la loi "*.

• Eccles. X, 3. — ' Sap. VI. 26. — ' Proverb. VII t. 14. — * Ibid. XVIII, 4. — 5 Eccles. L. 29 et seqq. — *^ Psalm. 11. 10. — ^ Sapient. VI, 2 et seqq. — « II. adTimoth. III, 15. — ^ Josué. I, 17. — '« Deuteron. XVIII.

18 l'REitlÈRE PARTIE.

Le roi David, qui en faisait l'objet de ses méditalions ' el y trouvait les plus pures délices', est le plus beau modèle (ïun excellent prince.

Elle éclaire les ministres et les macjistrats.

II. Ceux que le prince appelle à prendre part au gouvernement des peuples, soit pour lui donner des conseils daiis les cas douteux, soit pour administrer la justice en son nom, doivent avoir également sous les yeux les augustes enseignements de la Bible. D'excellents auteurs dans les ouvrages desquels sont décrits les devoirs des conseillers d'état , des officiers de la couronne et des magistrats, n'ont pas laissé que de puiser dans cette source les plus utiles instructions ^

Elle est également utile aux écrivains politiques.

in. Les écrivains qui s'occupeîU de politique, ne doivent point perdre de vue l'Écriture sainte, s'ils veulent indique}la véritable voie qui conduit à ia félicité publique. Je suis d'avis que, si jusqu'à présent, une grande multitude de livres pseudo-politiques y où la jeunesse puise des doctrines contraires à la religion et au gouvernement, encombre les bibliothèques, l'ignorance de la Bible, le mépris de ses maximes, une confiance téméraire dans la raison, en sonl le principe le plus fécond. Gomme celui qui n'a pas de religion ne peut être un bon politique ''^ de même celui qui en néglige les instructions, ne peut veiller sûrement à la prospérité des peuples. Ne te fie pas à la prudence , dit le Seigneur *, parce que les pensées des hommes sont timides, et nos prévisions incertaines ^ Et il assure aussi qu'il confondra la, sagesse des sages ^ et qu'il rejettera la prudence des hommes prudents ^.

Les 2)6^sée^ bibliques confirmeront nos théorèmes.

IV. Dans le cours de cet ouvrage, nous puiserons les démonstrations des théorèmes dans les principes de la raison

» Psalm. CXVIII , 24. — 2 Ibid. 95.

^ Zinano, Délia ragione delli stati. Trnttato del consigllore.p. 1. Venezia. 1626. — Voyez Sarovolscius de Consiîio et Hippolyteà Collibusde Consiliarn offlclo. Vencoro Quevedo, polltica di Dio. p. 1 . C. Xll. Venezia. 1709.

* Cet article sera développé et) temps opportun.

^ Proverb. III. 5. — "> Isaie. XXIX, 14. — ' I. ad Corintb. I. 19.

BEUXiÈME THÉORÈME. . 19

naturelle, mais néanmoins nous profiterons au besoin des lumières que nous fourniront les saintes Ecritures. Elles sont le flambeau qui peut bien diriger nos pas dans les ténèbres delà politique\ Quiconque est déjà sage le deviendra encore plus en s' instruisant j et l'homme prudent parviendra à bien gouverner ^ On ne peut nier que l'ignorance des divines Ecritures ne soit la cause de toits les maux l

L'étude de la politique devenue trop vulgaire, et confiée à une jeunesse superficiellement instruite, met en grand péril la religion et l'état.

Nécessité de proposer ce théorème,

I. Parmi les nombreuses vérités qui reçurent un nouvel éclat et une confirmation irréfragable clans les dernières calamités de l'Europe, on doit certainement compter celle que nous allons examiner, et dont peu de personnes avaient reconnu jusqu'à présent l'éminente importance. Ceux qui conçurent le dessein de renverser Faulel et le trône, pour accroître le nombre de leurs partisans, employèrent tous leurs efforts pour faire autant de politiques, des bommes du peuple même et des jeunes gens, et les séduisant par de vaines idées de liberté et d'égalité, ils excitèrent efficacement en eux l'esprit d'une révolution qui ne connut plus de frein *. Et à peine eurent-ils assuré leurs succès dans l'intérieur, c'est-àdire, qu'ils eurent vu le peuple sans religion et sans subordination au gouvernement, qu'ils cberchèrent à perpétuer cet horrible état, en ordonnant de propager de plus en plus les études polilicjues *, de manière qu'ils voulurent que parmi les éléments scientifiques à expliquer à de jeunes imberbes on fît entrer principalement les traités des droits de r homme ^^ et ils eurent l'efFronlerie de se vanter, commn

' IlPetr. 1. 19. — - Proverb. I. 5.

^ Jean. Chrysost. de Lazare, Serm. III. t. I. p. 740. Parisiis, 1718. In Matth. Hom. XLVII. t. Vll.p. 491.

* Barniel. Mémoires pour l'histoire du Jacobinisme. T. II. ch 5, p. 112 et seqq. Hambourg, 1803. — De Vêlez, apologia del altar y del trono. T. 1. r.I, p. 41. Madrid, 1818.

^ Le génie de la révolution considérée dans l'éducation. T. I. p. 194,202 et 265. et t. m. p. 249 et suiv. 256 et suiv. Paris, 1818.

Mdemjlbid. t. I. p. 265.

^0 PREMIÈRE IMUTIE.

d'une chose salutaire, d'avoir amené la populace à disputer sïir la politique dans les boutiques '. De là il advint que certains auteurs n'eurent pas honte d'initier de très-jeunes gens dans les mystères de cette science ^; et l'on vit ces derniers s'empresser de courir après les maîtres qui traitaient de ces matières dans leurs leçons publiques et privées '.

Les connaissances prélzjninaires des sciences politiques, sont difficiles et rares.

il. Et pour faire compiendre l'absurdité de ce système, souvenons-nous d'avoir démontré que , pour bien apprendre la véritable politique, la connaissance des divines Ecritures est indispensable; rappelons-nous, d'un autre côté que notre relif^ion et ses livres, si on les considère trop légèrement, portent plutôt à l'incrédulité \ de manière que si celui qui est dépourvu des doctrines révélées ne deviendra jamais un bon politique, celui qui ne les apprendra que superficiellement court risque de devenir tout à la fois un irréligieux et faux politique ^; mais ensuite l'élude de la religion n'est pas la seule qui est requise pour bien connaître l'art de gouverner les peuples, puisque l'histoire, la géographie, l'économie politique, la jurisprudence, et surtout la connaissance complète de la philosophie, sont indispensables à cet effet ^ Comme dans tous les autres genres de sciences, il faut une aptitude naturelle sans laquelle les préceptes ont coutume d'être vains, l'étude stérile, et l'exercice infruc-

' C'est ainsi qu'écrivait un de nos journalistes, dans la dernière révolution politique, comme Rousseau s'était cliargé de défendre les idées politiques, le véritable esprit de Rousseau s'empara du Sabatier. T. II, p. 169 et suiv. p. 276 et suiv. Metz. 1804.

^ Filassier. Dict. bistor. pour l'éducation. Art. politique. Cet auteur cherche toutefois à inspirer aux jeunes gens des idées libérales. \. art. liberté et autre.

" Barruel, mémoires pour l'histoire du Jacobinisme. T. I c. 17, p. 241 et suiv. Hambourg, 1803. Le génie do la révolution considéré dans l'éducation. Tom. I. p. 206 et suiv. Paris, 1818.

* Bacon de Verulam. de augm. scient. L. I. cir. init.

5 Choppin. Tract, de Sacr. pol. forens. L. III. t. VIL n» 12. Vers, at nostra setate.

^' Naudée. Blbllog. polit, p. 8 et seqq. Fracofurtl, 1673. — Grotii consilium ibid. p. 132 et seqq. — Colerus de Stud. polit, ordinando. ibid. p. 172 et seqq.

lueux ', il est beaucoup plus nécessaire que l'homme qui se lance dans la politique ait une force et une capacité proportionnées à l'entreprise, puisqu'il rencontrera beaucoup de cas où les lumières de la science sont douteuses ou viennent tout à fait à manquer, et alors il aura besoin de recourir aux expédients qui lui seront suggérés par un génie que la nature forme exprès pourremplir ce ministère^. (]'est pour cela quv l'art de gouverner les nations est appelée très-difficile ^^\r plus sublime de tous les arts naturels \ fart des arts ^, pa v lequel, on se rappelle le passé ^ on observe le présent, et on pourvoit à l'avenir^. Aussi Pythagore ne voulait-il l'enseigner qu^à un petit nombre de personnes qui avaient déjît fait le plus de progrès dans les autres parties des connaissances humaines '.

Défauts des ouvrages politiques.

III. Qu'on ne dise pas qu'en lisant beaucoup de livres qui traitent de cette science, on peut s'assurer de bien la professer, attendu qu'il y a deux écueils contre lesquels on va souvent se heurter, dans l'océan d'une longue lecture. Le premier résulte de ce que la plupart des écrivains ont composé leurs systèmes, dans leurs cabinets particuliers et non dans ceux des diplomates, d'où il résulte que, dans la pratique, on ne voit pas même réussir la phjs petite partie de leurs brillants projets. En parlant d'eux, Bayle fait une réflexion que

' Horat. Art. poët. V. 385. Tu nibil invita diccs facies-vc MineiNa. Sénèque y a l'ait allusion en disant : inale respondent coacta ingénia.

^Tacite dit qu'un bon politique instar Bel est. Lib. 111. — Plutarquc ajouta: virtute politica prsestantiorenn nullam nemo adsequitur. Voyez encore Arcbyt. Pytbagor. Lib. de viro bono et felicc, apud Stobaeum, Serm. XXVllL Sénèque \eut que le conseil naisse aux mains du politique, Eplst. LXXI. Un grand politique a bien enseigné combien il est dilïlcile de trouver les expédients les plus opportuns, attendu l'instabilité et le changement des choses humaines. Carolus V. Monita august in praet'at. Denys dHalicarnasse a dit avec raison qu'il est très-facile de juger des expédients, quand on les a embrassés, mais qu'il se rencontre de grandes dilïicultés, lorsqu il s'agit<le les prendre sagement et d'en assurer l'heureux succès. Hist. Rom. L. IX. p. 589.

^ S. Joan-Chrysost. In II, ad Corinth. — S. Nil. Serm. V. in ascet. Voyez encore Platon. Ep. Vil. Xenopb.Gyropaed. Lib. II.

* Aristot. Elic. L. 1. c. I. lamblici. Ep. ad Apbal. de prudentia.

^ S. Gregor. Nazianzeni in apol. de fuga. — ^ Socrates apud Stobaeum. Serm. XXVIII. — ' V. S. Aogust. de ordinc. Lib 11. c. \\\\.

iji PREMIERE PARTIE.

Von observe oonstammcDl dans les calculs matbématiques. Comme les résultais ne cadrent jamais bien a\ec ces calculs. [iarce qu'on n'y fait pas entrer les obstacles, les accidents qui (liminiient ou détruisent le produit présumé des forces, c'est par la même raison que les auteurs politiques, dans l'exposé de leurs plans, ne font pas entrer en considération les passions des hommes qui ont coutume d'y porter obstacle, et reconnaissent par l'expérience que ces plans sont dépourvus d'effets ridicules et même pernicieux \ Combien de. choses n'ont point imaginées Platon, clans sa république^. Campanelia, dans /a république du 5o/e^7 ';, Morus, dans l'Utopie '*, choses qui ne sont point susceptibles de recevoir leur exécution ? Lorsque le fameux Harringlon proposa ses rêveries politiques dans un ouvrage intitulé, Occana^ un sage auteur, pour en montrer le peu de fondement, écrivit que le parletnent se réservait la faculté de ne rien faire de tout ce qui y était contenu^. Il faut donc un génie peu commun et pourvu de connaissances peu communes, pour ne point se laisser entraîner dans l'erreur, et pour séparer le beau idéal de l'utile réeP. Le second écueil qui se présente ensuite, c'est le grand nombre des livres impies qui encombrent la bibliothèque politique. Plusieurs écrivains renversent les fondements de toute religion quelconque, d'autres se bornent à décrier les dogmes, les préceptes et la discipline de l'Eglise catholique; d'autres se déchaînent contre la forme de gouvernement qui ne leur plaît point, et spécialement contre la monarchie. Et enfin, presque tous , emportés par cet amour de nouveauté qui ordinairement leur a fait prendre la plume, ils proposent de nouveaux projets qui, étant opposés aux anciens systèmes marqués du sceau de l'expérience, tendent à troubler la stabilité de l'ordre public \ Les nombreuses plaintes faites déjà depuis longtemps contre

' r^'ction. liistor. et crit. art, Hobbes.

- CJc. ep. ad. Att. Lib. L ep. I. De Real, scicnee «lu gouvcrnemeat T. VIII. p. 18 et siiiv. Amst. 1764

^ Id. Ibid. p. 733. — "Id. Ibid. p. 191 et suiv. Je «le sais ou M. Real a appris que le mot grec ouxÔTCta, signifiait lieu lieurnix, tandis qu'il ne veut réellement dire qu'une république imaginaire

^ Bernard. Nouvelles de la République des lettres, mois de septemb. 1700.

'' Archyt, Pythagor Lib. de vire bono et t'clice apud Stobîeum, Serin. XXVIÎI. p. 85. Francof. IG81.

" UiUiniel epist. ad Joann. Witten, consiliar. ?,îe*»apolit. Francof. 1679.

DEUXIEME THEOREME. 23

v^^ pseudo-politiques^ , doivent bien délermiiier tout liomme sensé, à se garder de confier leurs ouvrages à Ja jeunesse, et à en redouter les funesies effets, si celle-ci allait témérairement s'abreuver à des sources aussi impures ^ Ce qui, par suite de la curiosité effrénée des étudiants, arrive ta plupart (lu temps, lorsqu'on veut trop généraliser la science poliiique.

Conséquences de ces principes,

ÎV. Il faiit remarquer ici que la politique apprise d'une nsanière erronée, cause bien plus de dommage à la société que toute autre science même mal apprise; parce qu'il est naturel au cœur de Tbomme de vouloir mettre ses propres connaissances en pratique, et plus elles flattent l'amour-propre, plus on se sent shmulé à les produire au grand jour. Or, comment cela n'arrivera-t-il point à un jeune bomme qui a étudié la politique et qui en fait ses délices ? Doué d'une imagination naturellement vive et ambitieuse, il s'élance jusqu'à la spbère du gouvernement; il s'arroge le droit d'émettre un jugement sur leurs opérations, soupire après le moment d'exécuter ses plans, il les propose à ses contemporains plongés dans la même ivresse, et après quelques débats, il en relire des applaudissements. Eh conséquence de tout cela il croit n'avoir plus besoin de guide , il ne reconnaît plus de supériorité, secoue l'autorité paternelle, il aspire à secouer encore l'autorité publique, lorsqu'il aura formé une suite nombreuse de compagnons extravagantsMJn jeune homme, qui a fait une élude superficielle de la médecine, et qui va témérairement l'exercer, ne tuerat-il point peut-être une fovde de malades qui , abandonnés aux secours de la nature, auraient retrouvé la sanlé ? De même si l'on répand la politique dans le vulgaire , chaque

' Arist. Endem. Lib. I. cap. 6. Scioppius dans sa pedie politique, en s'efforçant de défendre cette science contre les imputations qu'on lui fait, confesse toutefois que ingevs e.v/ /)/^r«?/iyï/f?inîprobitas.ct inipietas eoruni. <j«i liodiè politici perhibeufcnr. p. 227. Francof. 1673.

" La Mennais, rctlexions sur l'état de l"E<îlisc en France, p. 1 et suiv. Lyon, 1821.

^ Aristote appelle praticiens (iroa;tTtx.cuç), ceux qui administrent les aftaires politiques, et exige en eux des capacités particulières outre celles qui sont déjà nécessaires pour appn.iidie ks simples tiiéories. Polltic. b- I. c. 1.

citoyen ne saura plus ni commander ni obéir, voudra discuter, ou perdra la confiance dans celui qui commande, opposera une vive contradiction aux lois , et s'écliauffaiit la tête par des vues fantastiques d'amélioration, deviendra sans s'en apercevoir, perturbateur et rebelle. Voilà pourquoi Minos défendait, ajuste titre, aux jeunes gens, de révoquer en doute la bonté des lois qui leur élaienl enseignées*. Et c'est à tort, que Filangiere ne convient pas de l'utilité d'une pareille loi, si les lois étaient vicieuses ^ Et Minos avait raison de penser quil y avait moins dHnconvénient à ce qu'il se trouvât quelque défaut dans la législation y quà ce que la jeunesse, qui est à coup siir dépourvue des lumières requises

pour les corriger y eût la téméraire hardiesse de la juger

La législation qui est le grand œuvre de la raison et de l'expérience, œuvre qui a pour objet de concilier les droits de la nature et les droits de la vérité, ceux qui existent entre citoyen et citoyen, entre les peuples et les souverains! L'œuvre qui demande ta profonde et vaste iîitelligence des hommes les plus miirs, devra-t~elle être subordonnée au jugement des esprits les moins éclairés, les moins expérimentés ^ les plus capricieux, tels que sont ceux des jeunes gens'^,,.. Il y a bien peu de temps qu'animés de cet esprit inquiet, et qui se déchaînait avec tant de fureur contre les lois , les élèves des universités d' Allemagne et de France se firent autant de tort à eux-mêmes. C'est ce que prouvent les terribles édits qui furent fulminés contre eux, les écoles qui leur furent fermées , r Europe qui les plaignit, et les calamités oii ils se plongèrent \

La jeunesse n' est point propre aux vues politiques.

V. Il ne faut pas omettre une observation qui fera mieux connaître combien les esprits des jeunes gens sont peu propres aux sciences politiques, qui exigent de la maturité dans le jugement, de la prudence, et une considération attentive même des accidents fortuits "*, afin d'éviter que les maux rC arrivent, et de s'en délivrer, quand ils sont arrivés ^ Elles

' Plat, de leg. I, p. 634, t. IL Ed. Steph, ^ Scienza della leg. IV. p. 1. c. 24, art. 7.

^ Schedom, sur l'ouvrage du clievaller Gaetano Filangiere, la scienza della legislazione. p. 8, et seq. Modena, 1826.

'• Plutarclî. de virt. mor. p. 443. — ^ Gaires apud Stobaeum. Serm. XXIX.

demandent de l'expérience dans les affaires *, de la sagacité dans l'examen ^, de la mesure dans l'appréciation ', de l'adresse et de la fermeté dans l'exécution *; or, on ne peut attendre tout cela de la jeunesse, parce que c'est un fruit qui naît tardivement dans le cœur des hommes. C'est pour cela qu'il faut remarquer que les anciens choisirent des vieillards pour leur confier l'administration des affaires \ Et lorsque cette sage règle fut abandonnée, les nations coururent à leur ruine ^ Il faut encore faire attention à une chose, c'est que, tandis qu'on lit dans chaque branche de l'Encyclopédie de très-doctes productions sorties de la plume des jeunes littérateurs, la politique est la seule branche où, jusqu'à ce jour, un jeune écrivain n'a mérité aucun titre à la considération de la postérité '. Cela est confirmé admirablement et bien précisément par ces paroles de l'Esprit saint : parle toi, qui es vieux... et toi, qui es jeune , parle à peine dans ta propre cause : quand tu seras interrogé pour la seconde fois y commence alors ta réponse. Dans plusieurs cas, comporte-toi comme si tu ne savais rien, et écoute tout à la fois en gardant le silence et en interrogeant. Au milieu des grands y ne sois point présoinptueux .^ et ne parle pas beaucoup oii il y a des vieillards *. Et ailleurs : Roboam abandonna le projet que les vieillards lui avaient suggéré ^

et exécuta celui des jeunes gens et le peuple se révolta '.

Ce qui joint à d'autres expériences semblables tirées des histoires profanes, prouve que cela arrive ordinairement et d'une manière irréfragable. Que peut-on dire de plus ? je lis également dans d'autres passages des saintes Ecritures, que les jeunes gens doivent respecter les vieillards et en dépendre ^^, que la sagesse est le produit de la longueur du temps "^ qu'on doit se reposer sur le jugement des anciens '^^ quHl leur

' Euripid. Phœnis. V. 542 et seq. — ^ Aristot. Ethic. IV. 2. — Platon, epist. VU. 7. III. p. 331 et seqq. — ^ piaton, de Republ. III. 7. II. p. 412. — * Idem. Alcib. I. 7. II. p. 117. — ^ Aristot. Ethic. L. VI. C, 9. — ^ Euripid. Supplie. V. 233 et seqq.

^ Aristote explique avec sa précision accoutumée les raisons pour lesquelles les jeunes gens sont toujours capables de réussir dans la géométrie et dans les autres parties des mathémathiques , et pourquoi ils n'ont point d'aptitude à profiter des Leçons Politiques. Ethic. L. I. C. I. et L VI C 9 ^

« Eccle. XXXII. 4 et seqq. — MIL Reg. XII. 8.— •" Levit. XIX. 32. — " Job. XII. 2. — '2 Eccl. VI. 35.

THÉOR. T. I. 2

appartient de donner des conseils et de se distinguer par la sagesse *^ que l'iniquité est attachée au cœur du jeune homme ; et que la verge de la discipline est nécessaire pour les mettre à la raison^. Ce^l ce qui a fait dire très-justement è saint Basile : qu'un vice naturel aux jeunes gens, c'est de se croire déjà ^ par suite de la légèreté de leur esprit ^ en possession de ce qu'ils désirent ^ puisque ^ quand ils reposent et quHls se trouvent seuls la nuit y ils imaginent des choses qui n'existent point , portant leurs idées de tout côté ^ par suite ds la mobilité de leur caractère. — De là, ne sacharit s'arrêter à une m êtne pensée ^ ils se rengorgent^ et en vrais fous ils croient déjà posséder et tenir sous leurs pieds les biens qu'ils ont imaginés, — -ils sont légers, enclins aux mauvaises mœurs, sans frein dans leurs désirs, furieux comme des bêtes féroces, téméraires ^ insolents ^ orgueilleux, pleins d'eux-mêmes, envieux et soupçonneux. Enfin ils portent en eux un essaim bien serré et presque inséparable de maux dont le fruit retombe nécessairement sur ceux qu'ils ont la prétentio7i de gouverner. — // n'y a rien de plus changeant que la jeunesse, rien de plus facile à concevoir de vaines espérances ; si elle parvient ensuite à s'élever jusqu'à l'autorité suprême, elle n'en devient que plus légère, plus folle , et plus pernicieuse ^

La multitude des hommes politiques porte préjudice à l'État.

VI. Les raisons qui ne permettent point de confier à la multitude les pensées politiques, ne sont pas d'une moindre importance, si l'on ne veut point compromettre singulièrement la prospérité et la stabilité de l'Etat. C'est pourquoi la politique demande dans ceux qui la cultivent trois dispositions, dont la multitude est absolument incapable. La première est un esprit versé dans toute espèce de sagesse, formé par l'étude des sciences et bien discipliné *. Or, ces qualités ne ^e présentant pas cbez la multitude, qui a coutume de s appliquer au mal^.^ attendu que la bande des fous est infi-

' Eccl. XXV. 7. 8. — ^Proverb. XXO.lS.

3 Apud Anton, in Melissa. p. IL c. 20. L hébreu Pbllon enseigne aussi qu'un jeune liomme parvenu au timon des afFaires publiques, lâche la ])ride à ses passions, et devient un lléau terrible.

> Daniel. L 4. — ^ Exod. XXllI. 2.

nie^. Combien les philosophes n'ont-ils pas déclamé contre la fausseté, l'extravagance, l'incertitude et la versatilité des jugements du vulgaire ? et si la multitude est une preuve du pire^, même dans les affaires qui semblent les plus faciles, et qui le touchent de près, que ne sera-t-elle point dans les grandes affaires, qui offrent bien plus de diflicul lés, et dépendent de considérations plus lointaines ? La seconde qualité importante que l'on exige pour fournir un bon jugement politique, c'est la connaissance parfaite des cours étrangères, des relations, des finances, des forces, des individus, et de toutes les autres circonstances où ces cours se trouvent; parce que sans ces notions, on ne pourra raisonner ni sur la conduite à tenir en temps de paix, ni sur le besoin de faire la guerre; et une détermination quelconque sera prise à l'aveugle et exposera à des dangers l Or, le peuple est et doit être dépourvu de toutes ces connaissances : puisque lés personnes occupées ont déjà bien de la peine à débrouiller leurs propres affaires, et que les personnes oisives n'ayant aucune bonne habitude, sont j)ar cela même incapables de prendre une bonne résolution*. Que ferez-vous donc de ces hommes et de leurs méditations, quand vous les aurez appelés à prendre part aux mystères politiques en répandant l'enseignement de la science? Prétendrez-vous, qu'ils doivent siéger avec les ministres d'état, et qu'ils profèrent aussi des opinions diplomatiques ? C'est une jjropriété de l'esprit humain que, lorsque les hommes ne peuvent se faire une idée des choses lointaines et inconnues, ils les estiment d'après celles qui leur sont connues et présentes. Cette propriété indique la source inépuisable de toutes les erreurs prises chez des nations entières , parce qu'il y a en nous trop d'idées dominantes y que nous avons de nous-mêmes et de nos affaires, et d'après lesquelles, en véritables fous , nous considé' tons les choses que nous ne comprenons point ^ Ils sont en bien petit nombre, ces génies heureux qui, s'élevant à une

' Eccl. I. 15. — ^ Seneca, de vita beata. C. I. p. 233. Antuerpia, 1605. ' Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture. L. V. art. 1 et 2.

* Riclielieu, Testament politique chap. II. sect. X. p. 168, 169. Edit.

* Vico,Priucip. délia scienza nuova. assioma I. p. 134. Nepoli, 1734, et seq.

splièie plus sublime, considèrent avec justesse la position des nations, et ne tombent point dans de pareilles erreurs. Mais la plus difficile des qualités requises pour constituer un bon politique, c'est un cœur aussi dévoué au bien public, que disposé à lui sacrifier ses plus chers intérêts, et qui s'attache non à seconder les mouvements de ses propres passions, mais à avancer la prospérité de l'Etat *. Or, croironsnous qu'il y ait beaucoup d'hommes qui soient animés d'une telle vertu Pet prétendrons-nous les rencontrer dans le vulgaire ? Chacun cherche ses propres intérêts'^ et les œuvres de la chair sont trop générales '. C'est pourquoi je ne croirai jamais que cette troisième condition soit plus facile que les deux précédentes. Toute la politique du peuple se réduit ordinairement à tenter de secouer tout frein, de lâcher la bride aux appétits les plus désordonnés, de se soustraire aux charges publiques, de se jeter sur les fortunes d'autrui et de s'élever sur les ruines de ses rivaux.

La multitude n'est point propre aux méditations politi" que s.

VIL Mais, demandera-t-on peut-être, quel dommage pourra ressentir la religion de la publication des idées politiques, en supposant même que l'État en serait en quelque sorte oflFensé? Je réponds premièrement, que la perturbation de la société, en même temps qu'elle bouleverse toutes les classes des citoyens , ne laisse pas non plus en paix les plus précieuses institutions de la cité, et spécialement les choses sacrées qtu en forment le premier et le plus essentiel fondement ; de manière que dans toute révolution politique , la religion et sa sainte morale n'ont pas peu souffert de la part des enfants du désordre et de l'iniquité *. Il nous suffit donc d'avoir trouvé dans l'absurde système d'appeler la jeunesse et le peuple à la politique, un germe de vacillation publique, pour en déduire le danger auquel il expose la religion. Il y a plus! les jeunes gens, dans l'effervescence de leurs passions, entourés des attraits d'un siècle corrompu, et privés de l'ex-

' S. Ttiom. de ernd. princ. L. II. C. 38.— Bossuet, Politique tirée des

propres paroles de TEcriture. L. III. art. 3.

2 Ad Pbilipp.II.21. — ^AdSalat.V.91. a. 1 r^ .- o/ 1

" Barruel, Mémoires pour l'hlàtoire du Jacobinisme. T. 1. L. 1/. p. 241

et suiv. Hambourg, 1803.

périence d'un âge avancé, ont coutume de se sentir peu de goût pour les délices du culte divin, et se montrent encore moins jaloux d'en soutenir les intérêts *. D'un autre côté , dans la multitude du peuple, il y a peu de personnes qui ne préfèrent leurs avantages particuliers à la religion, à ses observances et à ses ministres; et puis il y en a vraiment trèspeu qui parviennent facilement à juger sainement de ces articles ^ C'est par ces raisons, que lorsque les affaires publiques sont traitées par les jeunes gens et par le peuple, la religion est celle qui, en tout ou en partie, en éprouve de nombreuses et très-graves blessures. Qu'on ajoute à cela que les personnes qui s'ingèrent facilement dans l'administration des affaires, ne sont certainement pas les hommes les plus fortement pourvus de piété chrétienne, parce que ceux qui le sont réellement, étant plutôt attachés aux choses éternelles qu'aux temporelles, préfèrent la retraite aux occupations mondaines ', et en considérant dans l'autorité constituée, l'organe de la volonté divine, ils trouvent leur tranquillité dans l'obéissance aux lois\ Il résulte de là que la puissance confiée à des hommes moins pieux, ne peut certainement contribuer à la conservation et à l'accroissement de la religion. Enfin il est une vérité de fait, c'est que beaucoup de siijets politiques superficiellement discutés, paraissent opposés aux maximes du christianisme, comme nous le ferons voir dans le cours de cet ouvrage, et cela parce que plusieurs livres pseudo-politiques se déchaînent contre ces maximes et séduisent facilement les lecteurs qui ne sont pas sur leurs gardes; tandis que si, au contraire, on en faisait un profond examen, et si on faisait remonter les choses à des principes plus élevés, il ne resterait plus de doute que la politique de l'Evangile développée par l'Eglise, est la seule capable de rendre les nations florissantes*. Comme on ne peut pas attendre ni de la jeunesse , ni de la multitude, une connaissance profonde et mûrie des doctrines politiques, la

' Voyez Corn. A Lapide, in Eccl. XII, 1. — ^ Idem ibid. I. 15. ' S. August. epist. XXXIX, ad Licentium, et Serm. XXIII, de Verbis Apostoli. S. Gregor. epist. lib. VI. eplst. ad Andream.

* Voyez S. August. Epist. 4 — S. Jean. Chrysost. — ïheophilactum et .Slcumenium in Epist. ad Rom, XIII. 2.

* Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture, préface. MenochiiTheropolitica. C. I.

religion sera toujours plus en sûreté, quand ni les jeunes g?ens, ni les hommes du peuple, n'auront la présomption de se mêler des affaires d'état.

Notre théorème est confirmé par l'expérience.

VIII. Et pour que notre théorème ne soit pas dépourvu du f^enrede preuves qu'on appelle à posteriori^ il nous suffira de rappeler que les monarchies et les républiques ont été affligées par de mémorables calamités, toutes les fois que l'insolence des jeunes gens et la souveraineté du peuple mal entendue , ont décidé des controverses diplomatiques *. Dans les derniers tem[)s de lugubre mémoire , où l'Europe fui le théâtre des plus horribles révolutions, l'étude de la politique n'était devenue que trop commune, de manière que des hommes qui ne rougissaient point d'ignorer les lettres humaines, leur propre langue, et enfin le catéchisme de la religion, faisaient consister leur gloire à raisonner en philosophes politiques ^ Et s'il est permis au mortel d'entrer quelquefois dans les sublimes desseins de la Providence, un auteur célèbre a fort bien dit, que Dieu avait voulu détromper l'humanité, qui attendait un plus heureux gouvernement de la philosophie politique, devenue commune à toutes les classes de citoyens'. Mais l'humanité elle-même est restée dans la déception , quand elle a vu des millions d'hommes égorgés, l'ordre social bouleversé, et la religion foulée aux pieds*. C'est ce que l'on observa très-évidemment en France', en Italie^ et en Espagne ^ D'où il semble que comme un malade, dont parle le poëte, attribuait sa mort à la multitude

' V. Cornélius a Lapide , qui rapporte plusieurs sentences et plusieurs exemples pour démontrer cette vérité. Gommentar. in Llb. III Regum. C.

xn. V. 8.

^ Anquetil, Histoire de France, Tom. XIII. p. 209 et suiv. Paris. 1803. Pour savoir dans quel sens peu favorable est pris une fois en France le nom de politique, voyez le même auteur, p. 337 et suiv.

' La Harpe, Le fanatisme, vers le commenc.

* La Mennais, Mélanges, etc. Influence des doctrines philosophiques sur la société, p. 130. etsuiv. Paris, 1821.

* Miilot, Eléments de l'histoire de France. T. IV. p. 106 et suiv. Paris,

•^ Barruel, Mémoires pour servir à Thistoire du Jacobinisme. T. V. C. Xlll. p. 183 et suiv. Hambourg, 1803.

' De Vêlez, Apologia del altare, y del trône. T. I. p. 41 et seq. Madrid. 18 18.

des médecins \ de même les royaumes reconnaissent que les plus funestes calamités proviennent de la multitude des hommes politiques , d'autant plus que ces prétendus philosophes, poussés par un esprit de vertige, sourds à la voix de Dieu, et esclaves des plus criminelles passions, n'avaient appris des maîtres les plus pervers et des livres les plus pernicieux , que l'art de rendre les nations malheureuses ^

COROLLAIRES

Que ton choisisse les personnes qui puissent étudier la politique.

I. Que le gouvernement prenne soin de tenir la jeunesse occupée à d'autres études qu'à celle de la politique. Qu'on n'y admette que ceux qui ont complètement acquis les connaissances nécessaires pour s'y préparer, et qui sont en même temps affermis dans les principes de la religion, et qui montrent avec une conduite intègre une vieillesse anticipée '. C'est donc à eux qu'il sera permis d'entendre les leçons de politique dans les universités, et on pourra leur donner dans les bibliothèques publiques, les livres qui traitent de ces matières *.

Que ton fasse attention aux maîtres et aux ouvrages de cette science.

IL Et puisqu'on ne connaît que trop l'influence, tant des maîtres sur les opinions de leurs disciples, que des livres sur celles de leurs lecteurs, on ne pourra jamais faire assez l'éloge des lois qui en prescrivent le choix. Il y a aujourd'hui un grand nombre de personnes qui, dans leurs discours, méprisent V autorité constituée , et blasphèment la majesté^,

• icoXXuv laTûwv elcoSot u' àuwXsaav. Menander apud Scalff. Strom V. 815.

' La Mennais, Mélanges, etc. réflexions sur l'état de l'Eglise en France, p. 22 et suiv. Paris , 1821 . — ' Sap. IV. 6.

* Je ne veux pas omettre une réflexion fort juste de Diderot, auteur qui n'est point suspect aux libéraux : c'est que les deux grands philosophes politiques, Aristote et Sénèque, ont dans leurs élèves donné deux monstres à la terre, savoir Alexandre ce fameux fléau de l'Europe, de l'Asie; et Néron, l'horreur de l'humanité. Essai sur les rèfcnes de Claude et de Néron. T. 111. p. 129.

=* Jud.8.

érigent des chaires de pestilence '^ et parlent selon la plénitude du cœur ^ y pour tromper la jeunesse inconsidérée qui les écoute; d'autres écrivant diaprés la philosophie , et sous l'influence d'une vaine déception ' y tentent d'enlever à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu *.

Que le peuple^ au lieu d'apprendre l'art de commander, apprenne celui d'obéir.

III. Le peuple sera heureux, lorsqu'il aura compris la grande vérité qui nous est tant de fois enseignée dans les divines Ecritures, c'est-à-dire, que toute puissance vient de Dieu ^, puis , que celui qui résiste à la puissance, résiste à l'ordre de Dieu ',et que toute âme soit soumise à l'autorité^ et obéisse aux supérieurs même difficiles ', que le peuple jon'e toujours pour les rois et pour tous ceux qui sont placés dans des dignités élevées, afin que nous menions une vie paisible et tranquille ^ Le peuple qui sait remplir tous ces devoirs possède toute la science politique qui lui appartient.

Pour avancer la félicité publique , la politique ne peut trouver un moyen plus efficace que la religion dans le peuple et dans celui qui le gouverne.

Contre qui est dirigé le présent théorème.

I. La religion contre laquelle la fausse politique a souvent dirigé ses coups, quoiqu'elle soit une mère très-féconde de biens immenses, est pourtant considérée par certaines gens, comme peu avantageuse à la félicité des peuples". D'autres n'ont pas rougi de la condamner encore comme pernicieuse ". Voilà pourquoi, parmi les politiques, les uns la regardent comme un objet de mépris ", d'autres en rai-

' Psalm, 1. 1. — 2 Matth. XII, 34.-3 Coloss. n 8, — *Matth. XII, 17. — 5 Ad Ilom. XIII, c. 1. Daniel II, 37. Sap. VI,4. — « Ad Rom. XIIL 2. — I Petr. II. 13. — ' Ad Rom. XIIL 1. — » i p^tr. IL 18. — « Ad Timoth. II. l.

"^ Valsecchi cite plusieurs écrivains qui suivent cet absurde système, Fondamenti délia rel. 1. 111. p. I , C. 14. p. l.

" Lucret. 1. L V. 79 et 84 et 102. Tolandus. 1. XVI, Adeisidaemon. p. 1. et seqq.

'^ Bossuet fait particulièrement mention de cette erreur dans sa Politique tirée des propres paroles de l'Écriture. L. VIL art. 4. prop. L

TROISIÈME THEOREME. 'ZÈ

sonnent avec la plus froide indiflFérence \ il en est encore d'autres qui portent l'excès jusqu'à persécuter ceux qui la suivent, et à renverser ses vénérables monuments ^ Mais l'erreur la plus fréquente et peut-être la plus condamnable de toutes, c'est d'assurer qu'il suffit d'entretenir la religion parmi les peuples, sans qu'elle soit pourtant nécessaire aux princes et à quiconque prend part à l'administration des affaires publiques ; mais qu'il convient à ceux-ci d'en conser* ver la simple apparence ^ et de la violer encore toutes les fois que l'exigent les besoins de l'État *. Les hommes, disent les politiques épicuriens, ont indubitablement besoin depré^ jugés j sans lesquels il n'y a ni impulsion, ni action , où tout s'anéantit et tout meurt. D'après cela ils prétendent que le gouvernement doit, en théorie, mépriser la religion comme une aggrégation de préjugés, mais que, dans la pratique, il doit la respecter comme nécessaire à la conservation de la nation ^ Et comme ces maxines sont véritablement une source inépuisable de désastres et de destructions pour les peuples; il sera bon d'inculquer dans l'esprit du politique deux vérités qui sont comprises dans le présent théorème : la première, que la religion est nécessaire au peuple ; la seconde qu'elle doit particulièrement fleurir chez les gouvernants.

DÉMONSTRATION DE LA PREMIÈRE PARTIE

La nécessité de la religion pour la société se déduit des doctrines mêmes des hommes irréligieux.

IL La première vérité n'a pas besoin d^une longue dé* monstration^ puisque même les libertins qui ne peuvent être suspects aux faux politiques, ne pouvant disconvenir que l'autorité publique ne trouve un grand appui dans la religion, en attribuent l'invention aux gouvernants et aux législateurs, de manière qu'ils n'ont point hésité à affirmer, que c'est une très-belle invention Aes politiques pour servir

* Bossuetj ihid. prop. 5. -^^ Idem. Ibid. prop. 6. — ^ Macliiavelli, il principe C. XVlll.

* Idem, it)id. J! faut pourtant observer qiie le même aufeur a enseigné dans un autre endroit, que l'inobservance de la religion et des lois sont des vices d'autant plus détestables quils se trouvent dans ceux qui commandent, V. La Mente d'un uomo di Stato. C. 1.

' Corresp. Hill. de Grimm, et Diderot, t S. p. 8.

à la défense des magistrats et à l'avantage des prêtres^ Une pareille erreur, qui ne fui pasiiiconnue aux siècles anciens' et qui fut reproduite à des époques moins éloignées par des l^olitiques impies *, a été encore tout récemment répétée par Beiilliam, dans les termes suivants : pour suppléer à l'insuffisance du pouvoir humain ^ on a cru nécessaire ^ ou du moins utile d'inculquer dans les esprits la croyance d'un pouvoir qui s' applique à la même fin : c'est le pouvoir d'un être suprême j auquel on attribue la charge de maintenir les lois de la société, de punir et de récompenser d'une manière infaillible les actions que les hommes n'ont pu ni récompenser ni punir. Tout ce qui tend à conserver et à fortifier parmi les hommes cette crainte d^un juge suprême, est compris sous le nom général de religion^. On ne peut mieux répondre à ^ ces folies observations, qu'en employant les paroles de Bayle : V~. ^ si ce que publient les impies était aussi vrai qu'il est trèsr \ faux, que la religion n'est qu'une invention humaine que les n j souverains avaient établie, afin de tenir le peuple sous le Ci -J j^^9 ^^ l'obéissance , il faudrait convenir que les princes ^ ^ eux-mêmes seraient tombés les premiers dans le filet qu'ils

/ auraient tendu; parce que , bien loin que la religion les j rende maîtres de leurs sujets, elle les rend plutôt sujets des \ peuples. En effet, ils sont obligés de suivre, non la religion \ qu'ils estiment la meilleure , mais celle du peuple ; autrement \Ja couro?ine chancelle ^ Il réstdte évidemment de ces paroles, non-seulement que l'assertion des impies est fausse, mais encore qu'il n'est pas de lien si étroit qui unisse les sujets enlre eux et au souverain, et réciproquement celui-ci aux sujets, que la religion. Le serment qui est le lien le plus sacré des peuples , et qui reconnaît en Dieu le vengeur des promesses violées , de même qu'il est le plus ancien et le plus universel appui des sociétés^, de même aussi il démontre la nécessité de la religion, dont il tire toute sn vigueur^, les temples*, les sacrifices®, les doctrines mo-

' Tolandiis , l. XVI. — Adeisidaemon P. V. — ^ Crétias apud Sext. Emp. adversiis pliysic. li. 1. — ^ Hobbes, de Cive. C. V et seqq. Spinosa,^Tractatus |)oli(iciis. cl et seqq. — * Traité de lén[isIation. P. I. T. l. G. 6. p. 253.

^ Diction, dit. art. Abdas. rem. B. — ^ Ciceroii. de oftic. L. III. C. 31. de Le... L. 11, C. 7. — ^ ValsecchI, Fondatn. délia rel. L. IIL C. 12. § 4. — * piutaiclms, advers. Colotein. Ejnc. T. 11. p. 1125. Edit. 1624.

' Cicer. de nat. dcor. L. 1. C. ult. V. Valsecchi. Fondani. délia rel, L. III. P. 1 C. et 3 seqq.

raies *, les menaces, et les promesses de châtiments et de récompenses, dans l'autre vie*, servent admirablement à rapprocher les enfants des hommes entre eux, et à les faire ressembler à un corps dont celui qui gouverne représente la tête, et dont les sujets sont les membres '. D'où il résulte que les pensées mêmes des hommes pervers , tendant à ne point donner à la religion une origine divine, démontrent la vérité de notre thèse.

La fausseté des doctrines prémentionnées est une autre preuve du théorème.

III. Mais le délire des incrédules que nous venons d'indiquer est-il bien probable ? Non certainement. Peut-on croire en effet que l'imposture ait été assez heureuse pour avoir trompé si facilement non-seulement le s ignorants, mais encore un Platon et un Socrate , un Pythagore , un Zenon, un Aristote y coryphées des principales sectes philosophi-^ ques *? Si quelquefois les législateurs et les chefs des peuples cherchèrent à couvrir du manteau de la superstition leurs desseins frauduleux , il ne manqua pas non plus d'hommes habiles qui s'en aperçurent et s'en firent un sujet de risée ^ Et pourtant la politique des premiers ne consista point à créer, mais à faire tourner les inclinations des peuples à leurs desseins ^ A la vérité, supposé le consentement universel des nations à se croire indispensabîement obligées de conserver une religion, consentement qui a été expressément reconnu par plusieurs écrivains et qui est démontré jusqu'à l'évidence ', on ne peut jamais s'imaginer qu'il ait été accordé à l'homme de changer d'un seul mot les idées primitives, d'en établir de nouvelles, et de les perpétuer chez tous les peuples de la terre. // n'y a aucun exemple d'une erreur aussi universellement adoptée, d'autant plus que cette

* Cicer. de leglbus L. II. C. 8. V. Barbeyrac. not. sur Puffendorf. Droit de la nature. L. II. C. 4. et siiiv. La Mennais, luditT. en mat. de rel. C. I.

^ Heslod, opéra et dies. Vers 246.

3 Hobbes,de Cive. C. VI. Sect. 18.C. X. Sect. I. Lcviathan. p. 123, 25, 60, etc.

* Lactant. de ira Dei. C. X. — * Cicer. de lejjibus. L. II. N". 13. — ^ Valsecchi,Fondamenti délia rel. L. I. X. C. § 7.

' Huet.miatst. Alnet. L. II. C. 6. p. 144. Cadomi, 1690.— Valsecchi, Fondam. délia rel. L. I. C. 8 et seqq.

erreur est si contraire aux passions : et c^est une chose si opposée à la nature de V homme qu'il me paraîtrait plus facile qu'on adoptât une logique erronée ; parce que celle-ci du moins ne trouverait point d' opposition dans les tendances du cœur\ D'ailleurs nous avons encore en mains les annales des différentes nations qui ont habité le globe , et jusqu'à présent on n'y a encore rien trouvé qui indique l'époque, le lieu, la manière dont un législateur s'est servi pour introduire sur la terre l'idée de la religion , et la communiquer à tous les autres souverains, ni, lorsqu'elle n'existait pas du tout, où elle a commencé à fleurir au point de se rendre le plus cher objet des sollicitudes humaines, le plus fort lien de la société ^ Enfin si Ton trouve plutôt une cité sans soleil que sans religion *, et si/e consentement de toutes les nations est la voix de la nature % on peut bien en conclure que la religion n'est point une imposture de législateurs, mais qu'elle a sa source dans le besoin du cœur humain; et que^ venant à disparaître du monde ^ la foi et la société des hommes seront détruites '. Celui qui, au mépris de ces observations voudrait ne voir dans la religion qu'une invention des législateurs, admettrait une doctrine absurde et co7itradictoire , parce qu'il supposerait qu'une société ne peut pas subsister sans religion, et que la religion a été inventée (par les législateurs), ou fondée dans une société déjà existante ^.

Sans religion il n'y a point de morale , et par conséquent

encore moins de société.

IV. Et réellement quelle société peut exister où il n'y a point de morale? Et sur quel fondement s'appuiera le système de la morale, si celui de la religion vient à lui manquer? Je sais bien que Bentham n'a point rougi d'affirmer que la loi immuable ^ la volonté éternelle de Dieu ^ ne sont que le Despotisme déguisé sous des phrases ingénieuses, de

' La Mennais. IiulifTerenza in mat. di lel. L. I, C. 3. p. 89. Trad. Ital. Milano. 1819.

2 Ventura, Enciclopedia ecclesiast. T. 2. sect. 4. not. 1. ^ Plutarcli. contra Colotem. cpicur. P. 1125, Francofurti, 1509. * Cicer. quaest. Tuscnl. L. I. C. 13. 14. '" Id. de natura deorum. L. 1. C. 2.

- « La Mennais. Indif. in mat. di rel. C. III. p. 103. Milano, 1819.

TROISIEME THEOREME, 37

folles prétentions ) des inventions et des principes arbitraires *. Il dit encore ailleurs : que sont les lois naturelles que personne n'a faites et que chacun suppose à sa fan-taisie '? Mais au surplus il n'a pas été le premier à proférer une erreur aussi grossière. Hobbes avait déjà d'avance établi les principes suivants. Les lois civiles sont l'unique règle du bien et du mal, du juste et de V injuste, de ce qui est hon" nête ou déshonnête : antérieurej?ient à ces lois, toutes les ac-^ tions étaient indifférentes de leur nature l Helvetius avait aussi enseigné que les principes de la religion à V égard de la morale ne peuvent convenir qu'à un petit nombre de chrétiens '*, et que la sensibilité physique et l'intérêt personnel ont été les auteurs de toute justice , en sorte que les mots de bien et de mal ont été créés pour exprimer les sensations de plaisir et de douleur que nous recevons des objets extérieurs ^

' Trattati di legislazione. T. I. C. 111. p. 45 et seqq. et V. p. 76 et seqq. Trad. Ital.

^ T. 1. C. 1. p. 194. De ces absurdes principes de l'auteur découlent trois conséquences encore plus absurdes et bien capables de bouleverser tout l'ordre social; la première, c'est que le plaisir est la véritable règle de la morale. Il dit en eflet que les sentiments éternels et irrésistibles du plaisir et de la douleur sous l'empire desquels la nature a placé l'homme, sont les deux moteurs auxquels nous devons toutes nos idées, tous nos jugements, toutes les détermmations de notre vie : celui qui prétend se soustraire a cette sujétion, ne sait ce qu'il dit. T. I. C. I. p. 34. La seconde, c'est que TEpicurisme forme la véritable source de la morale, ce qui lui fait dire : Epicure,ilest vrai,est le seul qui, parmi les anciens, ait le mérite d'avoir connu la véritable source de la morale; mais supposer que sa doctrine soit capable d'entraîner les conséquences qu'on lui impute, c'est supposer que le bonheur peut élre ennemi de lui-même. — Il entend l'âme en même temps que les peines et les plaisirs des sens. T. 1. C. V. p. 64, et C. L. p. 35 et suiv. La troisième, enfin , qui est pire que les deux premières, c'est que la coiîscience est une absurdité, et une folle prétention masquée par des inventions du despotisme... un principe arbitraire... un cercle vicieux, une source d'obstination et d'invincibles erreurs. ï. L C. III. p. 4. T. I. G. V. p. 66. Je n'ai pas le dessein et il n'est pas nécessaire de rétuter ces détestables maximes dont une innombrable quantité d'auteurs ont déjà démontré la fausseté d'après les lumières de la raison naturelle; et tout récemment Mgr. Rossi, évêque de S. Sevcre, en a fait k critique. V. l'encyclopédie ecclésiastique du P. Ventura. T. II. Sey, IV. J'ai seulement indiqué ces erreurs pour prévenir lesprit du lecteur, afin qu'il connaisse combien peut être dangereuse aux jeunes gens la lecture de ce Uvre, et combien d'autres impiétés résultant de C€8 principes nous aurons à réfuter dans le cours de cet ouvrage.

* L'Esprit, discours IL ch. 4, — * Ibid. discours 111. ch. 4. — ' Ibid. discours 111. ch. 9.

s 8 PREMIÈRE PARTIE.

Ceci s'accorde encore avec les réflexions de Bayle, quand il s'eff^orce de faire voir qu'il peut se trouver de véritables vertus dans les athées, d'où il conclut qu'ils ne sont pas incapables de former une société *. Mais cet écrivain, comme cela lui arrive d'habitude, se réfutant lui-même ainsi que les compagnons de ses impiétés, confesse ailleurs que, quand un homme est capable de vouloir être athée ^ il est rempli de la ])lus épouvantable malice qui puisse s'emparer d'une âme ; et si Dieu ne fait pas de miracles pour le convertir , c'est un homme qui commettra toutes les scélératesses qu'il pourra, encore qu'il ne puisse parvenir au point d^étre vé^ ritablement athée. Les athées sont d'ordinaire de faux savants ^ des hommes d'une dissolution unique Jes pécheurs les plus opiniâtres du monde; c'est pour cela qu'on fait courir l'opinion que tous les athées sans différence sont des scélérats '. Mais pour démontrer pleinement que l'athéisme est un ennemi irréconciliable de toute société civile , il suffirait de lire l'ouvrage de Crousaz, si pourtant son style n'était point d'une ennuyeuse prolixité, et que l'auteur ne s'exprimât point souvent en ennemi de la religion catholique ^; en outre, il n'est pas difficile de comprendre que, si l'on ne craint pas un Dieu vengeur des actions humaines , si l'on ne reconnaît point une loi éternelle , si le droit d'agir dépend du plaisir et de l'intérêt, le cœur humain restera sous l'empire de ses passions désordonnées, et toute sa vertu consistera à cacher ses fautes, quand il y trouvera du plaisir et du profit, et alors il ne sera vicieux qu'autant qu'il ne saisira point les occasions de se livrer à des excès sans craindre d'en être puni *. Mais il n'y a point à mon avis de plus beau passage, pour terminer cet article, que celui que nous présente PufFendorf à cet effet : Bans l'état de liberté naturelle, si l'on fait disparaître la crainte de la divinité y aussitôt qu'un individu se seîitira en force, il causera, à sa fantaisie ^ du dommage aux plus faibles : il recjarderal' honnêteté jla pudeur, la foi, comme des mots vides de sens; il ne pourra se

' Pensées sur la Comète. ^ 114 et suiv. continuât. § 1 et suiv. diction, hist. et critiq. T. IV. Eclaircissement 1. sur les athées.

' Pensées. P. 177.

' Examen du Pyrrhonisme ancien et moderne. Sect. 14 — examen par rap^jortà l'influence de la religion sur la société. La Haye, 1733.

* Valsecchi, Fondamenti délia rel. L. 111. C. 1 et seqq.

résoudre à bien agir y que lorsqu'il sera stimulé par le sentiment de sa propre faiblesse. La religion mise de côté , l'état intérieur de la cité sera toujours chancelant-, et il ne suffirait pas y pour tenir les citoyens en bride ^ d'opposer la crainte des peines temporelles, la promesse faite aux souverains, la gloire de la maintenir ^ la reconnaissance pour avoir, en vertu de P empire suprême , été préservés par eux des misères de l'état de nature.... En outre les citoyens seraient très-prompts à s'injurier réciproquement, parce que comme dans le for civil, on ne prononce de sentence que sur des actes et des preuves, ( secundum acla et probata), tous les genres de scélératesse et d'iniquité dont on pourrait tirer avantage, si l'on pouvait les commettre secrètement et sans témoins, ne seraient considérés que comme d'ingénieux moyens pour exécuter un charmant délit. Personne alors n'exercerait plus d'acte de miséricorde ou d'amitié , qu'autant qu'il aurait la certitude d'en tirer de la gloire ou du pi^oft. En outre, il résulterait de là qu'en mettant de côté un Dieu vengeur, personne ne pouvant plus se reposer sûrement sur la foi d'autrui, chacun serait dans un soupqon, dans une perpétuelle crainte d'être trompé ou lésé par les autres. Que dirai-je de plus f Les époux mêmes , au moindre désagrément qu'ils éprouveraient, se soupcomieraient mutuellement d' empoisonnement ou d'une autre trahison secrète. On serait dans le même danger par rapport à la famille, parce que la religion venant à disparaître, etj^ar conséquent la conscience, il ne serait pas facile de découvrir ces attentats occultes qui ordinaire me7it se manifestent , par les jugements extérieurs , grâces aux remords et aux terreurs de la conscience. Il résulte de toutes ces particularités qu'il importe singulièrement au genre humain , de fermer à l'athéisme toutes Les voies par lesquelles il pourrait se propager , et qu'on ne peut voir de plus grande sottise , en même tempts, que celle des hommes qui s'imaginent pouvoir acquérir la réputation de fins politiques , en faisant voir du penchant à l'impiété *.

Influence de la religion sur la société.

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