III. Et pour faire mieux connaître l'absurdité intrinsèque
' Platon. Phllebus. oper. T. II. p. 53 et seqq.t^edlt. Steph. — Plotiiî. Ennead. 1. L. VIII. et Eniiead. III. L. II. cum commcntar. Ficini. p. 26 eî: seqq. 236 et seqq. Basileœ , 1 580.
2 Leibnitz, princip. philosopli. Francfort. 1728. — Wolfil instit. mefap. C. XXXI. V. L'ouvrage de Gerdil intitulé : Réflexions sur un mémoire de M. Begrelin concernant le principe de la raison suffisante. Oper. T. IV. p. 167 et sniv. Bologna, 1789.
^ Bolfingeri dilucid. philosoph. sect. I. C. III. 70 et seqq.
* Plotin. Ennead. I. L. VIL cum commentar. Ficini. p. 58 et seq. Basile», 1500.
=* Plato, de lep,ibns. VIL oper. T. IL p. 780. "edit. Steph. — Aristoteî. de Corlo. L. 111. p. 672. Parisiis, 1654.
à laquelle on ne peut échapper, en suivant la folle prétention des politiques, il est nécessaire de se rappeler le principe philosophique que la fin doit être plus noble que la chose ordon^ née 'par rapporta elle *, ])arce que le moyen attend de sa fin sa propre perfection, qu'il est incomplet et inquiet^ tant qu'il îie l'a pas atteinte*. Ainsi pour décider, si la religion a pour fin la politique, ou si c'est tout le contraire, il faut définir qui est le phjs noble des deux. Qui niera jamais que la religion, formant le lien entre l'Etre suprême et les ombres des êtres j comme nous appelait Platon', ne soit la chose la plus sublime que l'homme puisse posséder *? Qui ne conçoit que de toutes les institutions, il n'y en a pas de plus noble que la religion'? Et si le gouvernement est une institution, (en prenant ce mot dans son sens le plus large), la religion en <.»t une autre; qui ne conclura point que le premier doit servira la seconde, et non celle-ci à l'autre ? C'est donc îuec raison qu'un sage illustre, qui donnait des avis à l'empereur Valentinien, lui rappelait : que rien n'est plus que la religion^ qu'il n'y a rien de plus sublime que la foi; le salut public ne pourra être assuré ^ si chacun n honore pas sincèrement le vrai Dieu^ parce que la foi conserve V empire ^. Et un autre n'hésita point à enseigner à Théodose que Impiété e?ivers Dieu, soutenue avec une glorieuse spleiideur, est le fondement immobile de la majesté souveraine ^. Que l'on écoute encore celui qui écrivait à ïhéodose le jeune : la cause de la foi doit l'emporter pour nous, sur celle du trône,., parce que les prospérités ne manquent jamais , quand on a plus de soin des choses qui sont les plus chères à Dieu^. Qu'on ne passe pas non plus sous silence cet autre qui donnait au roi Conrad les instructions suivantes : quiconque nous enseigne à faire servir la croix au trône, ou n'aime pas le roi, ou ne comprend pas ce qui convient à la majesté royale , ou
' Platon, Philebus. oper. T. II. p. 54 et seq. edit. — S. Thom. Summ> theol. II. 2. quaest. 152. art. 5.
2 Id. ibid. 1. quaest. 26. art. 3. 1. 2. qusest. 1. art. 8. et quœst. 2. art. 7. ' In Timaeo Paiili post princip.
* Lactant. divin, instit. L. IV. C. 28.
' S. Augustin, de yera relig. p. 557 et 588. op. T. I Ant, 1700.
* Epist. S. Ambrosii ad Valentinianum imper. L. V. epist. 5. 30. ^ Epist. S. Cyrilll ad Theodosium de recta fide.
' Epist. S. Cœlcstin. ad Theodosium juiiiorem.
O 4 PâEUIERB l'\RTIB.
cherche quelque intérêt privé , ou se soucie peu des choses de Dieu et du roi \
Injure qu'ils font à la Divinité,
IV. Nous ajouterons une autre observation ; c'est que Dieu a fait toutes choses pour lui-même *. Il ne pouvait se proposer d'autre fin dans la création et dans la conservation de l'univers. Celte vérité est démontrée jusqu'à l'évidence, même par la philosophie, et il ne faut aux politiques qu'un peu de lumière , pour ne pas la révoquer en doute ^ Or, la manière par laquelle l'homme tend à sa dernière fin, est de connaître parfaitement Dieu, de l'aimer, d'obéir à ses lois, et de riionorer par des actes de culte, tant intérieurs qu'extérieurs *. Que si tout cela constitue ce que l'on appelle religion, qui ne voit que se servir de la religion, pour tout autre objet quelconque, c'est la même chose que d'abuser de Dieu même. Enfin , n'est-ce point là en faire un simple et vil moyen ? Il a créé les gouvernements pour lui ^^ il a donné la puissance aux rois ^, il a obligé les sujets à obéir ^, il a promulgué des lois justes", il a disposé les vicissitudes des états l Gomment donc pourra-t-on s'imaginer que Dieu soit le serviteur du gouvernement, que son culte soit assujéti à l'autorité terrestre, que sa loi dépende des lois humaines, et que les états commandent à l'éternel testament de Jésus- Christ ?
L'immutabilité de la religion révélée est un autre argument.
V. On peut encore fort bien déduire un autre argument de l'éternité de la religion. L'immuable et l'éternel ne peuvent servir, parce que ce qui sert doit s'adapter à un autre sujet, et que ce qui s'y adapte n'est ni immuable, ni éternel. Or donc la religion est immuable de sa nature, parce que
' Epist. S. Bernardi ad Conradum regem epist. 24. 243.
2 Proverb. XV. 4. — ^ S. Thom. Summ. ïheol. I, qiiaest 103. art. 2, 1. 2. Qnœst. 1, art. 7 et seqq. — * S. Augustin. De civit. Dei. L. XIX, C. I et seqq. — ^ Proverb. Vm. 15,16. — Sap. VI, 5. — « Sap. VI. 4. — Daniel. 11, 37.— Ad Roman. XIII, 1.— M, Petr. II, 18— « Proverb. VIII. 15. — » m. Reg. XIV, 15. —bai. XLVU. 7. 8. — Jerem. XXVII. 5 et seqq.
QUATAIÈMK THEOREME. 55
les rapports du genre bumain envers son Créateur, ne peuvent souffrir d'altération, et la loi qu'il a g^ravée dans nos cœurs, n'est susceptible ni de cbangemenl,ni d'innovation'. D'ailleurs, Dieu ayant pitié des extravagances auxquelles Fbomme s'était abandonné, et de l'insuffisance de ses lumières pour accdlhplir le plan de la religion, a daigné parler en plusieurs temps et en plusieurs manières aux Pères, par le moyen des Prophètes, et dans ce dernier temps ^ il nous a parlé par le moyen de son fils *, qui donna aux bommes Xévangile étemel^; de manière que s'il venait du ciel un ange qui enseignât nn autre évangile que celui qui nous a été annoncé , il sera anathème*. Au contraire les royaumes se transfèrent de nation en nation^; Dieu en fixe la durée ^ ; tout en eux est fumée ^; tout est vanité '^ tout est oînbre ', tout est néant devant Dieu^^, et les deux et la terre passeront ^ mais les paroles du fils de Dieu ne passeront point ". Ne serait-ce donc pas une cbose aussi étrange qu'horrible, une grande témérité, et encore le plus grave des délits, que de vouloir que la religion révélée par Dieu, serait aux fraudes, à l'ambition, aux intérêts , au caprice, à la volupté de qui que ce fût, et dût ainsi changer à toute circonstance ?
Réponse aune objection.
VI. Mais dira-t-on peut-être : nous savons que l'Église a plusieurs fois approprié ses lois aux temps et aux mœurs des nations, que de là est né précisément la nécessité des divers concordats; comment donc peut-on dire alors que la religion ne doit pas plier quelquefois devant la condition des peuples; et par suite devant la politique? On ne disconvient pas, répondrai-je, que la discipline peut et doit se changer,
* Jerem. XXXI. 35. — Ad Roman. II. 14. Cette vérité a réuni Tassentiment de tous les anciens philosophes, entre autres, d'Archelaiis et d'Aristippe, comme le rapporte Diogène Laerce. L. II, Num. 16 et 93. et de Caxneade, comme on le voit dans Lactance (Instit. divin. L. V, C. 14 et 19) et -de Pyrrhon, selon le témoignage de Sextus Empyricus. Hypotyp. L. lll. C. 14. L'opinion d'Aristote sur ce point a donné matière h ae savantes recherches de Ménage. Ad Laert. L. VII. n" 128. p. 311. Parmi les philosofhc% modernes, Grotius,Puffendorf,Wollaston, Wolffet une infinité d'autres, ont démontré cette vérité.
^ Ad Hœbr. 1. 1 . — 3 Apocalyps. XIV. 6. — * Ad Salât. I. 8. — =* Ecclcs. X. «. — MV. Reg.lX. 30— Jerem. XXVII. —^Sap. Y. 15. — sEccles. I. 2.-5 ga Y. 9 jo isai, XL. 17. — " Matth. XUI. 31.
(juaiid la gloire de Dieu et le bien des âmes l'exigent, parce qu'elle ne forme point proprement l'objet de la révélation, et que par conséquent elle n'est pas immuable *. Mais les politiques ont toutefois prétendu et prétendent, comme nous le ferons remarquer dans la suite de cet ouvrage, assujétir à leurs vues même les mœurs etla morale, choses sur lesquelles ne peut tomber aucun changement Ml faut encore observer (fue l'auteur et le consommateur de notre foi^^ voulant que !a discipline fût changée quand et de la manière dont il serait besoin, a donné aux pasteurs de son troupeau *, et principalement à leur chef% la faculté de la changer, en leur promettant que tout ce qu'ils auraient lié sur la terre, reste^ rait lié dans le ciel, et que tout ce qu'ils auraient délié sur la terre, resterait délié dans le ciel. Ainsi lorsque les chanfjCments convenables s'opèrent par ces moyens, on ne peut pas dire qu'on s'expose au désordre de faire servir la religion à la politique, mais véritablement la politique se sert des moyens que la religion lui donne la permission et l'autorisation d'employer, pour avancer la félicité des nations. C'est ce qu'ont pratiqué très-exactement les princes qui ont mérité la récompense éternelle, et que l'Eglise propose pour modèles aux princes catholiques \
Hypocrisie du gouvernement , et discrédit de la religion , qui dérive de ce principe.
VII. Quand, au contraire, on veut usurper la juridiction ecclésiastique, ou que l'on tente d'altérer les vérités qui appartiennent à la foi et aux mœurs, alors la politique pourvoit mal à ses intérêts et précipite les nations dans un abîme de calamités. Si en effet le gouvernement se montre irréligieux, les peuples ne tarderont pas à s'en apercevoir, parce (ju'étant sans cesse à la piste de toutes ses actions, ils reconnaîtront bien vite qu'il n'abuse de la religion et de la crédulité du vulgaire, que pour venir à bout de ses desseins, ce qui une fois découvert, ainsi que nous l'avons démontré
' Gotti délia vera chiesa. T. 1. 6 et 15. — ' Bellarmin, Controvers. tract. de ecclcs. L. III, C. 14.— ' Ad Hœb. XII. 2. — * Matth. XVIII. 18.— ^ Matth. XVI. 19.
^ Bellarmin. De officio principis christiani. L. III. p. 327 etseqq. Romae,
<îans le précédent théorème, lui imprimera Figiiominieux <*aractère d'hypocrite, et l'exposera aux plus graves inconvénients : et voilà précisément ce qui a discrédité les politiques, en les faisant traiter d'hommes infectés d'hypocrisie qui tont chercher dans les réduits les plus cachés du sanctuaire, l'Être suprême qu'on y adore; le revêtent d'une guenille de pourpre ; lui mettent en main un sceptre de roseau, et sur la tête une couronne d'épines , et le montrefit aux hommes en disant: voilà l'homme *. D'ailleurs le peuple, en voyant sa religion ainsi maltraitée, se sent fortement excité à mépriser celui qui le gouverne , et de ce mépris il passe au mépris de l'autorité, puis au mépris de la religion. De quels (imas de ruines ce double mépris ne sera-t-il pas la source pour la société! Sans recourir à d'autres preuves, il suffira i^our le démontrer, il suffira de rappeler le souvenir des dernières révolutions qui ont été si fatales à l'Europe '. C'est pour cela que celui qui conseillait aux princes de favoriser une religion qu'ils croient fausse % trahit tout à la fois leur conscience et leurs intérêts. Au contraire ils sont véritablement aimés de celui qui les engage à se considérer comme des personnes chargées par Dieu de faire fleurir son culte et de servir à sa gloire *. Et les politiques qui se prévalent de leur science pour renverser cet ordre essentiel des choses, se montrent absolument indignes d'un tel nom ^
Faits qui prouvent la vérité proposée.
VIII. Qui pourrait ensuite recueillir tous les faits que nous a conservés l'histoire, et qui nous attestent les graves dommages que les nations ont soufferts, quand la politique voulut abuser de la religion ? Le plus grand que le gouver-
' La Mennais, Indlf. in mat. di rel. prefazione. P. 37 Trad. Ital. Miianol819.
- De Vêlez, apoWia de! altar y dcl trône. T. I. C. L p. 41 et seqa. Madrid, 1818. ' ^^
" Ribadeneyra, Tratado de la religion, y virtudes de le principe christiano. L. I. C. 2. p. 5. Madrid. 1595.
' Naucler. De Monarchia saeculari Christian. L. III. C. 1. coll. 1155 et seqq. Lut. Par. 1622.
•' Bozii ruinœ gentium ex impietate. Proëm. Roma*. 1596. — Menochii Hioropolitic. L. II, C. 7. p. 267 et seqq. Lugd. 1625. — Scribani politicus chrlstianus. 199 et seqq. Luffd. 1625. — Rodœriiprinceps probus. p. 36 et seqq. Neap. 1678. i i r i
nemeiit puisse causer à un peuple, c'est sans doute de l'envelopper dans les ténèbres de la superstition, de lui faire perdre les véritables idées de la vertu et du crime, d'après quoi il se fourvoie sur la roule de la félicité tant temporelle qu'éternelle \ Or, combien d'impostures, en matière de religion et de morale, Mercure Trismégisten'a-t-ilpas répandues parmi les peuples d'Orient, pour acquérir la réputation d'excellent législateur, et pour envelopper les misérables nations dans les préjugés superstitieux qu'il voulait introduire cbez elles * ? Licurgue feignant de promulguer ses lois par l'autorité d'Apollon ^, prit soin de former dans les Spartiates l'espoir et les habitudes de guerriers; combien ne publia-lil point de dispositions contraires à la fidélité conjugale, à la décence des femmes, et au droit qu'a chaque individu sur sa propriété \ Dracon* et Solon ^ plus encore, voulaient inspirer les vertus civiles aux Athéniens, mais ils ne laissaient point que d'abuser de leur penchant aux superstitions, pour les porter quelquefois à reconnaître la vertu où elle n'était point. Pythagore, dans notre grande Grèce ' ii'a-t-il point forgé une foule d'inventions étranges et vaines sur le passage des âmes, sur le nombre quaternaire, et sur mille autres points de mythologie et de morale, et ne donna-t-il point cependant à ses rêveries l'appui de l'autorité des lois ? Ce n'est pas ici le lieu de nous étendre au long sur la politique d'une foule de gouvernants d'anciens peuples, qui contribuèrent tant aux déplorables erreurs où ceux-ci furent plongés ^ Nous ne parlerons pas de Confucius qui a fait de
• S. August. De civit. Dei. L. II. C. 20. Le même saint docteur rapporte la pensée de Varron qui enseigne qu'on doit laisser le peuple dans l'erreur sur certains points de religion. Ibid. L. IV. C. 21.
^ Lactant. De vera relig. L. II. C. 16. ^ S. Augustin. De civit. Dei. L. II. C. 18.
* Plutarch. Inst. lacon. p. 235 et seqq. Francof. 1599. Vita Lycurg. p. 30 et seqq. V. M*' Dacier, Remarques sur la vie de Lycurgue. p. 181 et sniv. Paris, 1721. — Xenophon. de rep. lacon. L. II. Athenaeus. dipn. L. XII et
•' Plutarch. Vit. Solon. p. 87.
^ Plutarch. Vit. Solon. p. 78 et seqq. V. M* Dacier, Remarques sur la vie de Lycurgue. p. 461 et suiv. Paris, 1721.
' Dlogen. Laert. vit. Pythag. L. VIII. — Lignier, de Secta pythagorica. Schiller, de disciplina pythagorica. — Omeis,Ethica pythagorica. — Mappus de Ethica pythagorae.
^ Pour ce qui concerne en général les coutumes contraires à la religioD ,
QUATRIEME THEOREME. SHB
l'immense population chinoise, le plus sale égoùt des superstitions et des vices *. Que dirons-nous de Romulus et Numa qui tous deux employèrent la politique pour venir à bout de leurs desseins politiques ? L'un se fit passer pour le fils de Mars et se déclara autorisé par les dieux à entreprendre les guerres les plus injustes*; et l'autre en se vantant d'avoir des entretiens avec la déesse Egerie, inculqua dans les esprits des Romains les plus ridicules superstitions ^ Que si le massacre d'environ dix-huit millions d'hommes est un mal pour la société , on en trouve encore l'origine dans la politique des rois qui, craignant quelque danger pour leur trône de la part des chrétiens, feignirent le zèle le plus vif pour l'idolâtrie, et immolèrent un si grand nombre de martyrs *. J'ajouterai que si en Angleterre et en Allemagne, différents princes se séparèrent de l'Eglise catholique, ce fut parce qu'ils trouvèrent les moyens de satisfaire leurs passions et de servir leurs intérêts en s'attachant aux erreurs des protestants '; causes pour lesquelles tant d'âmes restèrent malheureusement séduites et tant de guerres acharnées vinrent désoler ces pays *. Enfin les sages et les pîudents du siècle crurent que leur affaire était de tromper le peuple , en matière de religions. — Imitant les démons qui montrent tant de zèle pour tromper -, parce que , comme les démons ne peuvent posséder les hommes , s'ils n'ont commencé par les tromper y de même les princes (et ici nous n'entendons parler que des méchants princes ^ et de ceux qui sont seinhlahles aux démons) persuadaient aux peuples ^ comme vraies , les choses utiles , pour les tenir de plus court dans la société civile , et par là plus soumis ^.
à la piété, à la justice et^h la pudeur, il faut lire Hérodote liv. III. N" 38. Sextus Empyricus. L. 111. N° 24 et contra Ettiic. N° 190etseqq. Ciccro, de repub. L. 111. p. 232 et seqq. et L. IV. p. 278 et seqq. Roma", 1822, et «urtoutS. Jérôme, contra Jovia. L. II. C. 7 et seqq.
' Gaubii. le Ctioa-King. p. I. çh. 4. p. 31 et suiv. Paris, 1770. — Stauiitouta-Tzingleatée. Préface, p. II et suiv. trad. franc. Paris, 1812.
^ Plutarclî. Vita Ronriul. p. 17 et seqq. V. remarques de M. Dacier sur la vie de Romulus. p. 103 et suiv.
^ Piutarcti. Vita Num. p. 59. 1 et seqq. V. Dacier ibid.j
•LaMenn.Indifferenzainmat. direl.Prœf.p. IS.Trad.ltal.Milano, 181ï5.
* Varillas liist. des révol. arrivées dans l'Europe, en matière de religion. L. V et suiv.
* Bcissuet, Histoire des variations. L. IV. art. 1 et suiv. ' S. AugustiovDe civit. Dei. L. IV. €. 32.
Paroles de r Ecriture -Sainte applicables à notre dessein.
IX. Que les politiques ne se flattent point que Dieu fera toujours réussir leurs fraudes, parce qu'elles ne pourront obtenir de succès que lorsque Dieu, sans la permission de qui aucune tromperie ne peut se commettre, et sans la volonté de qui aucune punition ne peut atteindre les délinquants, voudra punir les délits, en n'empêchant point l'erreur. Mais leurs fourberies, comme nous lisons dans les Ecritures, sont eu horreur à Dieu, et ne resteront pas longtemps impunies. Il se plaint que \ homme le fait servir à ses iniquités , et il les menace de malédictions et de châtiments *. Saiil voulut se servir de la religion pour des desseins politiques lorsqu'avant de se préparer à la bataille contre les Philistins, il immola la victime sacrée, sans y être autorisé ^; et lorsqu'il prétendit que Samuel V honorât devant sonpeuple, et retournât avec lui pour adorer le Seigneur^. Saiil fut réprouvé ^ sa race perdit le trône *. Jéroboam , craignant que les dix tribus d'Israël ne revinssent se soumettre à la famille de David, si elles se rendaient souvent au temple de Jérusalem, fil deux veaux d'or et dit à son peuple : Voici vos dieux qui vous délivrèrent de la terre d'Egypte ^. Cette conduite plongea le peuple dans l'erreur, et mérita les malédictions de Dieu *. Jehu et Joachaz affectèrent un respect hypocrite pour le vrai Dieu ^. Mais ils donnèrent un libre cours à l'idolâtrie des veaux d'or, pour ne pas mettre leur couronne en péril, et une telle conduite parut abominable aux yeux de Dieu '. Joram, roi de Juda, fils indigne de son excellent père, suivit les voies des rois d'Israël ^ c'est-à-dire qu'il seconda la superstition du peuple , pour ne point le dégoûter : ce qui fit que Dieu lui infligea un châtiment exemplaire , en même temps quà sa nation^. Enfin il sera toujours vrai que Y œuvre de l'impie n'aura point de durée *"^ et qu'élevé au^ dessus des cèdres du Liban ^ bientôt on ne pensera plus à lui ";, parce quHl n'y a point de sagesse , il n'y a point de prudence^ iln'y a point de conseil qui puisse prévaloir contre
• Isai. XUII. 24. — 2 I Reg. XIII. 9 et seqq. — Mbid. XV. 30. — * \\m\. XVI. — 5 III. Reg. XII. 26 et seqq. — ^ Ibid. XIII. 1 et seqq. — MV. Reg. X. 15. XIII. 4. — « Ibid. X. 29. XIII. 6. — » Paralip. XXI. 13. — i« Proverb. XI. 18. — " Psalm. XXXVI. 35.
QUATRIÈME THEOREME. 61
le Seigneur \ Aussi le Très-Haut a-t-il dirigé ses menaces contre ces faux politiques : je perdrai la sagesse des sages et f enlèverai tout succès à la prudence des prudents \ Il dit ailleurs : ils édifieront et je détruirai; et ils seront appelés les confins de l'impiété ^ et le peuple chez qui Dieu est éternellement dédaigné*. Et bien que, dans leurs contemplations , ils s'élèvent comme des aigles et placent leur trône parmi les étoiles ^ je les ferai arracher de là *. La prudence de la chair, qui consiste à profiter des choses divines pour atteindre des fins humaines , et qui ravale l'homme jusqu'à la condition des bêtes portées par instinct à la ruse, est le caractère de ces indignes Politiques, et une pareille jori/c/ewce produit la mort, et est ennemie de Dieu , parce qu'elle n'est et ne peut-être sujette à sa loi ^
COROLLAIRES
Le prince est le serviteur de Dieu et doit lui faire tout servir.
I. Que les princes se considèrent comme les ministres de Dieu *^, ainsi qu'ils servent eux-mêmes et fassent servir toute chose à la gloire divine^. Qu'ils soient donc sûrs que c'est de leur religion que dépendra en grande partie celle des sujets, et en conséquence, la félicité commune.
// ne doit pas changer par lui-même les choses ecclésiastiques.
II. S'il y a des restrictions à faire aux saints canons, et des changements à opérer dans la police de l'Eglise, que la puissance temporelle n'ose point entreprendre rien d'ellemême à cet égard, mais qu'elle conserve toujours l'harmonie cl la dépendance de celui qui en a reçu de Dieu l'autorité ^
Maxime impie de Machiavel,
III. La maxime de Machiavel, que les royaumes ne se gouvernent point avec des pater noster, est fausse dans le sens
• Proverb. XXI. 30.— ^ I ad Corint. I. 19. - ^ Malach. I. 4.—* Abd. 4. — ^ Ad Rom. VIII. 6. — ^ Sap. VI. S.^ad Rom. VIII. 5. — ' Ad Rom. X. 31. — * Bellarmin. De olTic. princ. cbrist. L. I. C. 4. et seqq. p. 25 et seqq. Romae, 1619.
OÙ il l'a écrite ; o'esl-à-dire , que l'homme d'étal ne doit point s'embarrasser des sentiments de la religion, lorsqu'ils sont en opposition avec les vues politiques '. Nous avons démontré que ces vues sont absurdes et ne produisent jamais de bons effets, lorsqu'elles s'éloignent des principes de la justice et de la loi de Dieu, dont alors elles ne méritent point les bénédictions ^ L'expérience des derniers temps nous a démontré que, quand les souverains ont méprisé la raison ca» nonique, les sujets en sont venus à mépriser aussi la raison civile, ainsi que les deux puissances.
CIN9UIÈME THÉORÈME.
La propagation de la théophilanthropie, ou du déisme, bouleverse l'ordre
social.
Le Déisme "peut être considéré comme système de plusieurs philosophes.
I. Quand on a reconnu le besoin d'une religion ainsi que l'obligation de ne point l'assujétir aux subterfuges des Politiques, la première qui se présente à l'examen, sous ses rapports sociaux, c'est celle des déistes, autrement appelée Religion naturelle y ou Naturalisme % comme étant celle qui semble la plus simple de toutes , et la moins éloignée de l'Athéisme, dont nous avons fait remarquer les trop funestes conséquences pour l'ordre public. Cette religion , comme cliacun sait, exclut toute révélation, et admet seulement l'existence de Dieu et ceux de ses attributs que la raison peut découvrir par elle-même; elle ne nie point l'immortalité, ni la liberté dej'âme, ni la loi de nature; c'est pourquoi elle reconnaît des récompenses éternelles réservées aux bons , et des peines éternelles pour les méchants *.
' Il principe. C. XV.
^ S. Basil, homil. in princip. proverb. oper. T. 11. p. 99. Paris, 1730. Synesius. orat. de regno.
^ Ce mot a quelquefois signifié l'Athéisme, quelquefois le Panthéisme, mais plus souvent le Théisme. V. Diceman. de naturalisme. Ienae,ed. et Tribbechovio, historia naturalismi. lenae, 1700, C. IV.
* Vissovatius religionaturalis. Amstelodami. 1685. — Chavin, de religione aaturah. Roterodami, 1693. — Rœil. diss. de religione naturah. Franc- «uerae, 1693. — Devenler, philosophiae de religione rationali libri duo. Éremae, 1770. — Walch. dedefectibusreligionis naturalis, 1700.
CI?ÎQUI£1IE THEOREME. «»
Leland qui a fabriqué l'histoire de ce système, désigne Virel pour son premier auteur \ D'autres ont cru qu'Edouard Herbert lord Cherbury, en était le coryphée *. Mais dans le vrai, Celse, Porphyre, Julien et d'autres anciens apologistes du paganisme, furent les premiers à combattre directement la révélation, en faisant regarder comme suffisant à la félicité de l'homme, le paganisme tempéré par le sens allégorique des fables, et réduit au pur Déisme '. Après une longue mort, ce serpent destructeur s'est vu ressusciter au temps de la prétendue réforme , c'est-à-dire quand l'homme, secouant le joug de l'autorité, voulut s'abandonner à sa propre raison ; et celle-ci usurpa le droit de ne rien croire qui fût au-dessus de ses lumières, et de renfermer toute la religion dans le petit nombre de notions que l'homme peut naturellement concevoir sur la Divinité *. D'après cela l'on vit paraître au XVIIP siècle une immence quantité d'ouvrages ayant pour but de soutenir un système aussi absurde ^ Il se trouva au contraire parmi les catholiques comme parmi les protestants, des apologistes qui démontrèrent avec un bonheur incomparable, la nécessité et la vérité de la religion que Dieu a daigné nous révéler ^
' A View of the principal deistical writers. p. 2. London. 1766.
* Salchli. Lettres sur le Déisme: Paris, 1759. 11 donne une notice de Ponvrage de Herbert intitulé, de Keltgione geniilium.'Londim, 1633, dans lequel on propose et on défend le Déisme.
^ Euseb. praeparat. evangel. Lib. III. C. 6 et segq. p. 96 et seqq. Paris 1628.— Spedalieri de' diritti dell' uomo. L. IV. C. 9. p. 207. Assisi, 1791.
*Spedalieri, de diritti dell' uomo. L. IV. C. 9. — Tassoni, la religione dimostrata, e difesa. Lib. II. C. 32. — Alber. instit. hermeneuticae scripturae sacrae novi testamenti prolegomena. p. 25 et seqq. Pestini, 1818.
* Un grand catalogue de ce&maïheureax philosophùfes a été formé par les apologistes de la religion. Préf. p. 1 et suiv. Trad. itali. Romae, 1783. et par Grégoire, Hist. des sectes religieuses. T. II. p. 57 et suiv. Paris, 1814.
* Outre les apologistes mentionnés dans le Tom. I. il suffira d'en citer quelques autres, tels que Walcb, de defectibus relig. naturalls, 1770. — jurretin, vérité de la religion chrétienne. Genève, 1730. — Abbadie, traité de la vérité de la rel. chrétienne. Roterdam, 1701. — Gourlin, catéchisme de Naples. — Pelwert, lettres sur la distinction de la rel. naturelle et de la rel. révélée. — Blonde, lettre à M. Bergier. — Duhamel, lettres flamandes. ou hist. des variations et des contradictions de la prétendue rel. nat. Paris, 1752. — Leland. a View of the principal deistical writers. London, 1766. — Salchli, lettres sur le déisme. Paris, 1759. Mais Bergier suffira pour tous. V. il Déismo confutato da se medesirao. Lettr. XII. ïrad. ital. Venexia,
Un pareil système est le grand mystère des Sociétés Secrètes,
II. Et lorsqu'au moyen de la lecture des livres pernicieux et des insinuations d'un grand nombre d'hommes tout à la fois séduits et séducteurs, l'erreur eut infecté tant de malheureuses victimes des extravagances des autres , on commença à croire que le déisme était très-propre à distinguer du commun un génie philosophique, et un esprit fait pour la liberté et pour l'indépendance *. D'ailleurs les sociétés secrètes, d'après les sublimes desseins de la justice divine, préparaient à l'Europe cette horrible catastrophe dont le souvenir restera éternellement dans la postérité la plus reculée. Et comme leur esprit, tendait à cette même révolution qu'avait en vue le déisme ^, il devint ainsi leur système favori. Mais les sectaires ne voulaient point s'aliéner ceux qui conservaient encore au fond de leur cœur les sentiments du christianisme, imprimés par l'éducation , par l'habitude et par l'éclat intrinsèque de la vérité ; ils craignaient aussi de provoquer l'indignation du Sacerdoce et de l'empire, et îiiême de tout le peuple fidèle; c'est pourquoi ils avaient résolu de tenir leur coupable dessein caché, non-seulement îjux profanes , mais encore aux adeptes qui n'avaient pas encore acquis la confiance nécessaire pour qu'on les initiât dans le mystère. Mais lorsqu'ensuite ils étaient parvenus aux grades les plus élevés, et que l'esprit de parti en avait fait des énergumènes, comme nous en avons été informés par plusieurs de leurs catéchismes, par les assurances unaîîimes des sectaires revenus de leurs erreurs, et par les dé-
' Ferry Saint-Constant, Londres et les Anglais. Chap. XXIX. Paris. — I.a Bastays, culte ptiilosophique et physicien, sous ce titre il entend recommander le déisme.
^Invitation h dessein d'accélérer la vraie religion. Amsterdam, 1794. Dans «•et ouvrage on enseigne expressément que les déistes sont les seuls capah\e& d'abattre la tyrannie et la superstition. — Lacroix, discours sur la religion naturelle, la seule qui convienne à des républicains. Marseille. Siame, Echo des réunions des théophilanthropes. Paris, n** 38. Boucher de la Rirhardière, De l'influence de la religion sur le caractère national, en l'an Yl. L'auteur soutient la grande connexité qui existe entre les principes des déistes et ceux des ennemis des trônes. Il est à remarquer que Rousseau avec toute l'école des naturalistes a été le grand coryphée de la démocraiie,ou plutôt de la démagogie. Qu'on lise les remarques et les réflexions t ecueiUies à ce dessein par Tassoni, la religione dimostrata e difera. ï. I. (;.28.p. 313etseqq.Pisa,18l7.
claralions solennelles des souverains pontifes'; alors seulelement ils étaient instruits des desseins irréligieux de la secte.
Les Théophilanthropes établirent le Déisme sous une forme de culte public.
III. Cette impiété ne se concentra point longtemps dans les ténèbres du mystère, on essaia d'en former un culte public dans diverses contrées de l'Europe ; mais bientôt le nombre de ses prosélytes se réduisit à rien , comme Peau gui s'écoule *. David Williams, ministre d'une église à Liverpool, publia une liturgie fondée sur les principes universels de la religion et de la morale pour réunir les libres penseurs de toutes les religions Ml se donna le titre de Prêtre de la Nature^ réunit plusieurs adhérents, et dans la dédicace de son nouveau culte, il déclama contre toutes les institutions religieuses qui avaient la révélation pour base : mais la diminution progressive des prosélytes entraîna, en moins de quatre ans, la dissolution de cette société, et la chapelle passa aux Méthodistes *. Par la suite Basadow entreprit dans la ville de Dessau , l'établissement d'un semblable plan de religion, mais il n'obtint aucun succès '. En 1783, on découvrit en Bohême une pareille innovation , et le conseil aulique relégua ces déistes en Hongrie et dans la Transilvanie ^ Le projet de fonder à Berlin un Panthéon consacré à tous les cultes plut à Frédéric II; mais ce projet fut désapprouvé par son ami Jordan qu'il avait interrogé à cet égard, et ne tarda point à s'évanouir rapidement ^. D'autres tentatives non moins extravagantes qu'impies ne furent pas plutôt faites à Hambourg , à Wurtzbourg, en Hollande et en Amérique, qu'elles furent aussitôt éteintes comme une petite flamme
' BuUa Bencdicti XIV. Providas romanorum pontificum curas. Bullar. ï. ni. p. 373.
2 Psalm. LVII. 7.
' A Liturgy on the universal principles of religion and morality. London, 1776. 11 en a paru une édition allemande à Leipzich, en 1784.
* Public characters of 1798. London, 1801. — Grégoire. Histoires des sectes religieuses. T. II. p. 74 et suiv. Paris, 1814.
' Teller, réponse à Williams, et Grégoire ouv. cit. p. 75.
* Mirabeau, Lettres à M. Suo Cagliostro et Lavater. p. 55. Berlin, 1788. ^ Thiebaud, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin. T. V. p. 221
«t suiv. Paris, 1804.
incendiaire *, par le souffle de la raison el de Tautoritë publique. Au temps malheureux de la république française, l'affaire se passa diflPéremment, parce que non-seulement on Tit paraître alors un très-grand nombre d'opuscules en faveur du déisme, que l'on regardait comme très-favorable à la démocratie, mais encore parce qu'en l'an II de la république, c'est-à-dire en 1794, Robespierre solennisa une fête en l'honneur de l'Etre suprême *. Alors les Déistes suivirent les pratiques religieuses, les instructions et les préceptes que le fameux Aubermenil avait projetés ', et ils choisirent même encore le nom de Théophilanthropes , qui avait été inventé par lui *. On vit par la suite différentes églises profanées par les orgies de la raison que l'on y célébrait, et l'on prétendit encore que les Catholiques el les Théophilanthropes pouvaient y exercer leurs cultes, d'un commun accord '. La secousse se fit sentir avec la rapidité de la foudre, l'incendie embrasa les déparlements de la France, parce qu'il s'y trouva des associés aux Sectes Secrètes déjà disposés, et qui travaillaient depuis longtemps, à préparer le succès d'un dessein aussi impie '. Je ne m'attacherai point à signaler les églises où ils se réunirent, ni les cérémonies par lesquelles ils célébraient leurs fêtes, ni les schismes el les dissenlions qui y eurent lieu, ni l'horreur qu'ils inspirèrent au public, ni la part qu'y prit le gouvernement , ni les sectes avec lesquelles il eut une certaine analogie, attendu que ces questions ne semblent point rentrer dans mon plan '. Je dirai seulement qu'en l'an Xde la république, les consuls défendirent aux Théophilanthropes de se réunir désormais dans
' Grégoire, Ouv. cité. p. 79 etsniv.
* Soulavie, Tableau analytique et méthodique du méclianisme de la révolution française. V. le Moniteur, n" 224, an V.
^ Extrait d'un manuscrit intitulé : Le culte des adorateurs. Paris, an IV.
* Ce mot en grec ©eotptXavSpwxoç veut dire l'ami des dieux et des hommes, on voulait faire entendre par là que cette secte accueillait dans son sein toutes les religions qui établissent l'obligation de ce double amour. Le calembourg trivial qui courut en France sur ce nom fut, ^loux en troupe.
^ Grégoire. Hist. des sectes rel. T. IL p. 95 et suiv. Paris, 1814.
* Idem, ibid. p. 130 et suiv.
^ On croit que c'est Chemin qui est l'auteur de l'ouvrage intitulé : Qu'est-ce que la Théophilanthropie, ou mémoire concernant l'origine et l'histoire de cette institution. Paris, 1801. On vante encore sur ce sujet le livre de Chapuis. Origine du culte des Tbéophilanthropes. Paris, an Yl.
CIFQVIÈME THÉORÈME. 67
des édifices nationaux \ Exclus également des églises chrétiennes, ils ne lardèrent point à se dissiper, et ils disparurent de Paris ainsi que de tous les départements *.
Réflexions sur cette histoire, 'pour servir à la démonstration du théorème.
IV. Les détails qui précèdent suffiront pour démontrer le désordre politique produit par le Déisme, ou par le Theo^ philanthropisme . Guidés par le flambeau de l'histoire , nous ajouterons ici de courtes réflexions. Les écrivains et les partisans de ce système apportaient avec eux une perpétuelle instabilité dans la définition des dogmes, une ridicule contradiction entre les principes et les conséquences, un inconciliable désaccord entre les sectaires eux-mêmes, et un monstrueux enchaînement de blasphèmes, contre les choses les plus saintes et les plus sacrées de la religion ^ Les personnes qui le professaient publiquement étaient des fanatiques, des enthousiastes, des hommes romanesques *. Les rites en paraissaient bizarres et arbitraires, et n'indiquaient dans leur exercice aucun esprit de vénération envers l'Etre suprême*. Tout cela fit prédire aux plus sages la chute précipitée de ce grand édifice que les ennemis du christianisme avaient érigé avec tant de soins ", et qu'ils avaient prétendu vainement pouvoir soutenir par un système d'éducation analogue à leur dessein pervers ^ Si cela ne suffit point pour le décréditer dans l'esprit des politiques, qu'on ajoute que non-seulement la véritable religion, mais même que les plus fausses encore ont duré longtemps, sans entraîner la dissolution de
' V. le Moniteur du 12 vendémiaire, an X. Peu de temps après il parut an opuscule anonyme sur l'interdiction du culte de la religion naturelle ou théophilanthropique. Paris, an XII. Pour déplorer la rapide destruction de cette secte ridicule.
' On trouve un canon dogmatique contre les tbéophilantbropes, dans le concile métropolitain convoqué par l'évêque de Blois. Il mérite d'être lu, il a été imprimé à Bourges, en 1801. V. p. 16 et suiv.
' Leland. A View^ ot' the principal deistical writers. London , 1766. — Salchli Lettres sur le déisme, p. 89. T. 11. Paris, 1759.
* Extrait d'un manuscrit intitulé : Le culte des Adorateurs. Paris, an IV .
* Grégoire. Hist. des sect. rel. ï. II. p. 169. Paris, 1814.
* Fantin Desodars. Hist. de la révolution de France. T. I. p. XII de l'éDÎtre dédicatoire. Paris, 1807.
^ Le génie de la révolution considéré dans l'éducation. T. I. p. 310.
la société. L'athéisme au contraire n'a point cependant tenté d'être un élément de la société, mais à peine le déisme eut-il fait cette tentative, qu'il fut aussitôt détruit. Les déistes y dit un savant auteur, n'ont pu jusqu'à présent trouver un peuple qui professât le Naturalisme , et réellement il n'y en a aucun. Mais supposé qu'on parvînt à conduire une nation jusqu'à ce point, elle ne pourrait y rester longtemps, elle se précipiterait bientôt dans l'oubli de Dieu ou dans la plus grossière superstition. Et pour un petit nombre d'individus qui sauraient se tenir au juste milieu, la majeure partie se porterait incontinent ou a V irréligion ^ ou à l'extravagance. Cela est précisément arrivé à tous les peuples qui n'ont pas été éclairés par la lumière de lafoi^. Et s'il est vrai, comme il est effectivement très-vrai, que de toutes les doctrines équitables et honnêtes, qui ont été soutenues par les philosophes, il n^en est aucune qui n'ait été d'abord proposée et confirmée par ceux qui ont écrit les lois des cités ^, certainement, en voyant que la doctrine des théophilanlhropes n'a jamais été proposée ou confirmée par aucun législateur, peut-on y reconnaître jamais de \ équité et de l'influence sur ie bien-être des populations?
Le culte des Théophilanthropes nest pas à la portée du peuple.
V. Mais n'eussions-nous pas même les preuves de fait , la .simple théorie suffirait pour nous convaincre de l'opposition qu'il y a entre ce culte et les intérêts sociaux. La religion est le moyen qui doit particulièrement contenir dans ses devoirs le peuple qui, ayant une éducation très-imparfaite, une fort mauvaise manière de raisonner, et très-peu de penchant àl'honneur, doit recevoir de la religion le frein que ne peut lui fournir la crainte des châtiments *. Or croirons-nous que la populace puisse se contenter du déisme ? D'abord étant plutôt guidée par les sens et par l'imagination que par la raison, elle ne sait se contenter de vues purement spéculatives, destituées de récits, de mystères, de prodiges, de cérémonies divinement instituées, enfin de tout cet appa-
• Turretin, Vérité de la religion chrétienne. T. L Sect. L C. 6.
2 Cicer. de Republ. I. p. 5. Romœ, 1822.
' Anfossi, L' uomo politico-religioso. J VU. p. 31 et seqq. Romse, 1812.
CI?ÎQUIÈME THÉORÈME. 69
reil qui peut élever l'esprit à la contemplation , à l'espérance, à l'amour des choses célestes *. Ferry Saint-Constant, en voyant la propagation des orgies des Théophilanthropes, a donc eu raison de dire , que la siinplicité de ce culte ne convenait pas du tout à la plus grande partie des hommes dont les sens et V imagination avaient besoin d'être remués , et que le même culte était de trop pour le Déiste qui se persuade dif^cilement de la nécessité du culte divin pour honorer l'Etre suprême ^ En outre le cœur du peuple sent le besoin d'une révélation , s'aperçevant que Dieu nous a crées pour lui, et qu'il ne lui convenait pas de nous abandonner à nous-mêmes; il découvre que Dieu a laissé en nous une défiance de notre propre raison, un désir de fonder notre croyance sur de plus solides principes, un penchant à mieux connaître notre félicité. Et tout cela donne la conviction de ce besoin, mieux que ne pourraient la donner les philosophes, trop prévenus en faveur de leurs systèmes impies ^ Qui donc croira le culte des déistes favorable à l'élat florissant des royaumes, s'il n'est pas fait pour le vulgaire qui compose la majeure partie de la population ?
Ilm contient pas les dogmes qui rendent la religion nécessaire à la société.
VI. Mais ensuite sera-t-il vraiment suffisant pour les philosophes éclairés? Non certainement, parce qu'ils ne parviendront jamais à former entre eux une société durable, tranquille et heureuse , ne pouvant la fonder sur une base plus solide que la religion, et, à la vérité, la religion ne peut procéder que d'après les plus justes notions des rapports que l'on doit reconnaître entre Dieu notre créateur et notre félicité , et nous qui devons suivre ses volontés et mériter la récompense, de notre obéissance *. Où pourra-t-on jamais avoir une juste idée de Dieu sans la révélation ? Combien de doutes, combien d'opinions diverses, combien d'erreurs sur la nature de Dieu ravaleront la raison abandonnée à
' Montesquieu. De l'Esprit des lois. L. XXIV. C. Il et suiv.
^ Londres et les Anglais. Chap. XXIX.
^ Gcrdil, Délie disposizioni dello spirito allô studio délia religione oper. T. I. p. 1 13 et seqq. Bolojjna, 1784.
* François, Preuves de la religion de Jésus-Christ contre les déistes, p. L Scct. V. Chap. I. p. 392 et suiv. Paris, 1754.
eile-même *? Et que fera la multitude qui, dans ces matières, ne sait pas discerner le vrai du faux, ni s'assurer de la vérité * ? Puis l'homme sera toujours un mystère à lui-même, s'il ne se considère pas avec d'autres lumières que celles que lui fournit la nature, puisqu'il ne pourra jamais comprendre comment, sans sa faute, et sous l'empire d'un Dieu juste et bon , il peut naître au sein des maux , lorsqu'il se sent porté à la félicité ; comment il peut nager entre l'ignorance et l'erreur, lorsqu'il est créé pour la vérité; comment il peut être assujéti à la mort, pendant qu'il désire l'immortalité, comment il peut éprouver dans le corps et dans l'esprit tant de désordre, tant d'aversion pour le bien et tant de propension au mal, pendant que sa raison connaît, veut ardemment et commande le contraire ^ D'un autre côté l'homme ne peut pas définir avec précision et certitude une liturgie publique d'après laquelle il honore dignement l'Etre suprême, et cet Etre veuille recevoir les honneurs qu'il lui rend, surtout quand il aperçoit de l'opposition entre les divers cultes religieux , tant anciens que modernes, et qu'il n'ose déterminer quel est celui qui est agréable à Dieu *. Enfin l'homme sait qu'il peut enfreindre la loi de nature, qu'il l'enfreint même facilement , et que souvent encore il éprouve des remords pour l'avoir enfreinte. Quel remède trouverat-il à un si grand mal , s'il n'a que la Raison pour guide ? s'abandoiinera-t-il au désespoir, ou cherchera-t-il un moyen sûr de se réconcilier avec le législateur suprême qu'il a offensé ? Et quel sera ce moyen? Quelle en sera la certitude , si la lumière de la raison ne suffit point pour lui faire connaître que Dieu veut lui pardonner, et lui indique encore moins à quelles conditions Dieu accorde cette faveur, son
' Bossuet, Défense de la religion tant naturelle que révélée. La Haye, 1738. — Stackeuse, Le sens littéral de l'Ecriture Sainte. T. II. cli. 25. — Clarkc, De l'existence et des attributs de Dieu. T. IL ch. 9 et suiv. Mais toutesles raisons de ces auteurs développées avec prolixité se trouvent resserrées en peu de mots dans l'ouvrafre de saint Thomas, contra Gentcs. L.LC.4.
' Segueri, Incredulo senza scusa. p. IL C. 1.
' Pascal, Pensées IlL V. saint Augustin contra Julian. L. IL IV. (.. 12 et 15.
' Bergier, 11 déismo confutato da se niederirao. Let. IL Trad. ital. p. 57 et seqq. Venezia 1776. — Valsecchi, Fondament. délia rel. L. IL G. 3. p. 179 etseqq.Napoli, 1771.
inlention étant très-sage, libre et impénélrau.v. i^ns ses jugements *? Voilà donc que le déiste manque de toutes les vues les plus nécessaires pour constituer une religion, pour l'approprier aux besoins du cœur, et pour satisfaire aux recherches de la société.
Le Déisme ne 'peut soutenir la morale publique.
VÏI. Mais nous ferons voir ailleurs que la religion est nécessaire à la société, principalement pour soutenir la morale publique; et c'est précisément ce que ne fait pas et ce que ne peut pas faire le déisme, parce que, pour former un bon système de morale qui influe sur tout le peuple, qui soit capable d'opposer une barrière aux intérêts du cœur corrompu, et de mettre un frein à l'impétuosité des passions humaines^ il faut pour cela quatre conditions, que nous nous contenterons d'indiquer : l«ce système doit être precis^ pour ne pas donner lieu aux illusions qui flattent l'amour-propre; 2«il doit être certain^pour obliger fermement la liberté de l'homme, qui ne veut pas s'assujétir à des règles incertaines ; 3" il doit être prédominant sur les idées de l'homme, pour produire facilement les habitudes vertueuses et empêcher que les passions n'en ternissent l'éclat; 4"* il doit être efficace^ c'est-à-dire qu'il doit donner à la raison assez de force pour la soutenir dans la pratique de ses devoirs. Si l'une de ces conditions vient à manquer à la morale , elle ne pourra sufliire à former des hommes véritablement sociaux, à en multiplier le nombre et à procurer leur propre félicité, non plus que la félicité publique ^ Mais rien de tout cela ne pourra s'attendre du déisme, puisqu'il ne donne aux préceptes ni précision, ni certitude, ni prépondérance, ni force d'exéciition. En effet les maximes générales et le jugement porté sur les actions particulières, varièrent toujours à l'infini chez les Naturalistes'. Ce jugement resta également incertain, destitué du poids de l'autorité, d'après leurs pro-
' Clarke, De l'existence jde Dieu. T. IL chap. 10. — Ode. Théol. nal. p. 111. Prop. 66 et scqq. — Stackhonse. Le sens littéral de rEcriture. T. IL eh. 23. — Yalsecctii, Fondam. dclla rel. L. IL C. 4.
* Dans le présent paragraphe, je suivrai les traces de l'abbé Spedalier qui, dans cet article, rae semble avoir enlevé la palmcàtous les autres apologistes des droits de l'homme. L. IV. G. 1 et suiv.
' Idein , ibid. C. 12.
près aveux; parce que chacun définit la loi naturelle à sa
mode de sorte que toutes les définitions de ces savants
hommes j bailleurs en perpétuelle contradiction entre eux, s'accordent seulement en ceci, qu il est impossible d'entendre la loi de nature, et par conséquent dy obéir, sans être un très-grand raisonneur et un profond métaphysicien^. Y,\\ outre un système qui n'a ni prédicateurs qui l'imposent, ni fauteurs édifiants qui l'accréditent, ni culte extérieur qui satisfasse, ne peut acquérir de prépondérance sur l'esprit des peuples ^ Enfin cette grâce intérieure que croit et qu'espère le chrétien, pour aimer le bien et pratiquer la vertu avec facilité et persévérance; cette grâce qui parvient en abondance au peuple fidèle par le moyen des sacrements, et qui en efface encore les péchés commis, est tout à fait inconnue au déiste. Ce qui fait que, sentant tout le poids de la loi, et reconnaissant l'indispensable obligation de l'observer, il s'abandonne à sa faiblesse, aux remords de sa conscience, au désespoir du pardon l Et qui ne voit que celle horrible confusion de la morale, ne peut devenir avantageuse à la société, et qu'alors les déistes s'en regardant comme les véritables ennemis, ne doivent pas y être tolérés'"^
La fausseté du Déisme et la vérité de la Révélation confirment le théorème.
VIÏI. Remontons encore davantage à ce principe profond qui a été établi ci-dessus, savoir, que l'erreur ne peut, de s;i nature, être une cause de félicité, mais qu'étant un mal eu elle-même, elle ne peut produire que du mal \ Si donc le Naturalisme est faux, qui pourra jamais douter de sa pernicieuse influence. D'innombrables et savants apologistes ont déjà <lémontré jusqu'à l'évidence que la révélation était possible, digne de Dieu et nécessaire à l'homme; ils ont démontré que Dieu avait véritablement parlé , et que toute iniquité
'Rousseau, Discours sur foriglnc et les fondements de l'inégalité : préface.
2 Spedalieri, De' diritti dell' uomo.
^ Spedalieri, De' diritti dell' uomo. L. IV. C. 20 et seqq.
* Id. Ibid. C. 23. — V. encore Warburton, Divin, légat, de Moïse. T. I. p. 1 et 9. et Apologisti délia relig. prefaz. T. 1. p. XLU. Trad. ital.
** V. ci-dessus Théorème 111. ^ 7. p. 42.
CIÎiQUiÈME THÉORÈME. 73
avait été réduite au silence ^, ils ont démontré que les témoignages de la révélation étaient devenus parfaitement croyables^, attendu la certitude et la mullitude des motifs de crédibilité. Les dogmes de la révélation sont défendus dans une foule d'ouvrages contre les assauts de l'incrédulité, ses préceptes se soutiennent malgré la corruption des vices , ses miracles se prouvent par l'histoire et par la physique. L'accomplissement des prophéties dans l'ancien comme dans le nouveau testament, reçoit les caractères de l'évidence, en même temps que le nombre, la sainteté et la constance des martyrs, la propagation rapide de l'Évangile dans toutes les contrées du monde, son afiFermissement malgré tous les efforts de ses ennemis, la paix ineffable qu'il répand dans le cœur de ses adhérents, et l'examen toujours victorieux du code qui fut divinement inspiré , ont établi éternellement chez toutes les nations la vérité du Seigneur^. Ainsi le déisme qui contient autant d'erreurs qu'il nie de vérités, et qui les nie précisément, ou à défaut d'examen, ou parce qu'il cède à la violence des passions*, ne pourra causer que du dommage^ parce que le bien ne peut découler du mal. La révélation, au contraire, a été donnée par Dieu pour produire dans le monde la félicité temporelle et éternelle*, attendu que, comme créateur bienfaisant, et conservateur très-prévoyant, en parlant aux hommes, il leur a montré sa sollicitude paternelle pour leur vrai bien \ Ainsi le peuple qui profite des vérités révélées fait un grand pas vers le bonheur ; et quiconque essaie de porter atteinte à un tel trésor , est véritablement un ennemi public, à d'autant plus forte raison que Dieu menace du châtiment de sa justice celui qui ne veut pas recueillir dans la révélation les paroles de sa bonté.
Sentences de F Ecriture sainte qui se rapportent à notre sujet,
IX. Et à la vérité, on trouve plusieurs passages où Dieu menace de ses vengeances les nations qui n'adoreront pas
' Psalm. CVI. 42. Pour voir le parfait accomplissemenf; de cette prophétie, on pourra consulter Huet, Demonstrat. cvangelic. Fénélon , Houtteville, Religion chrétienne prouvée par les faits, et tant d'autres profonds apologistes dont nous avons déjà cité une partie.
2 Psalm. XCIL 5. — ^ Psalm. CXVI. 2. — " Délia Torre, Caractère depl; increduh. T. L c. U . § L — » Ad Rom. XV. 4. ^'
TUÉOB. I. Il
le Christ, but de toute la révélation^ ; comme au contraire il promet les plus pleines bénédictions aux peuples qui, recevant l'Evangile, en suivront les préceptes. Nous lisons efiFectivement que les rois et les princes qui conjurent contre le Messie, seront battus avec des verges de fer y et brisés comme des vases d'argile ^ et que tous ses ennemis seront placés comme escabelle de ses pieds % qu^il punira les nations , les comblera de ruines, et brisera contre terre les têtes de plusieurs \ Les horribles châtiments que l'homme-Dieu prononça contre Corrozaim , Betsaïde et Gapharnaum ^^ et les autres dont il fit enpleiirant la peinture contre l'infidèle Jérusalem ^, ayant eu le plus clair accomplissement dans la mémoire des siècles, attestent aussi comment Dieu veut traiter les mortels qui ferment les yeux à la lumière de la révélation; et c'est précisément pour celte raison qu'il ordonna à ses disciples, si leur prédication n'était pas écoutée de quelque ville, d'en sortir . après avoir secoué la poussière de leurs pieds ■"; et en leur donnant la divine mission dans tout l'univers, il leur dit : qui ne croira point sera condamné^ . Il dit au contraire, heureuse la nation qui connaît le vrai Dieu, et qui a été choisie par lui pour son héritage ', parce quC;, heureux sont ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru *^ Certainement Dieu le père, en donnant son fils aux hommes, a entendu les enrichir de tous ses biens "^ et leur donner toutes les plus précieuses bénédictions promises ^^ ; et pour apaiser sa colère provoquée par nos péchés, et soustraire les peuples aux plus terribles fléaux , il n'y a pas d'autre moyen que de lui offrir le san^ de cet agneau qui a été immolé **. Enfin, si c'est par \q^ justes que les cités sont exaltées , et par les impies qu'elles tombent en ruine ^^, et si le juste est celui qui vit de foi "^ et l'impie celui qui contredit à ia foi *^ ; il est évident que les déistes , prétendant ruiner tout le système de la révélation, veulent ruiner d'un autre côté la félicité des peuples.
' Ad. Rom. X. 14. — 2 Psalm. II. 2 et seqq. — ^ Psalm. CIX. 1. — * Ibid.6.— '^Matth. XI, 21 etseqq. — "^Luc. X1X.41.— ^Matth.X. 14.
- « Marc. XVI. 16. — ^ Psalm. XXXII. 12. — '« Joan. XX. 29. — " I. Ad Corinth. I. 5. — '2 II Pet I. 4. »3 ^^j Roman. V. 6 et seqq. I. Joann. II. 2.
— '* Proverb. XI. 10 et seqq. — «^ Ad Roman. 1. 17. — '« Ad Rom. IV. 5. XIV. 23.
COROLLAIRES
Le gouvernement doit surveiller les déistes.
I. La fausseté du déisme étant reconnue ainsi que sa funeste influence sur la société, il en résulte que le gouyernement est obligé de s'opposer à sa propagation \ qu'il considère comme des hommes pernicieux , ceux qui par leur exemple, leurs discours et leurs écrits, répandent dans le public de pareilles doctrines, qui ont causé tant de dommages à l'Europe^. Nous verrons, quand il en sera temps, comment le gouvernement doit les connaître, les punir et veiller sur les sociétés secrètes où se nichent de pareils monstres.
Les déistes sont indignes d'occuper les emplois publics.
IL Que l'on n'élève pas aux emplois publics les personnes qui ne sont pas chrétiennes, parce qu'elles ne conservent point la fidélité au gouvernement, qu'elles n'administrent pas la justice aux sujets, et que l'éminence de leur grade ne fait qu'accroître leur impiété ". Qu'on lise la peinture que l'Esprit saint a faite de ceux qui nient le seul dominateur et notre Seigneur Jésus-Christ, et on verra que les mauvaises mœurs, cause de leur incrédulité, les rendent indignes de la confiance publique *. Quiconque s'éloigne et ne se tient pas ferme dans la doctrine du Christ, ne possède pas Dieu..,, et il est même encore indigne du salut ^.
Que la jeunesse studieuse s'instruise de la vérité de la religion chrétienne,
IIL Afin que la jeunesse instruite ne se laisse pas facilement infecter de ce poison , le gouvernement doit veiller à l'en préserver, en la faisant instruire de la vérité de la religion chrétienne. Il faudra pour cela multiplier les livres qui en traitent. On y parviendra en engageant par des ré-
' Spedalieri, De diritti dell' uomo. L. IV. c. 23.
'^ La Mennais, Indififcrenza in mal. di rel. C. V. p. 136 et seqq. Trad ital. Milano, 1819. ii •
' Anfossi, L' uomo politico-religioso. § X. p. 46 et seqq. Roma, 1822. '*.Tudae epist. 4 et seqq.
^ Joann. Epist. II. 9 et seqq.
compenses les bons écrivains à tourner leur atlention sur cet objet; en faisant traiter les matières apologétiques de différentes manières, afin de s'accommoder à la variété des esprits *;et en faisant réimprimer les ouvrages où ce sujet a été beureusement discuté pour l'instruction de la jeunesse ^, que l'on engage les professeurs de pbilosopbie , tant publics que particuliers, après avoir terminé le cours de théologie naturelle, à dicter un petit traité qui contienne les principales preuves du cbristianisme '.
On laisse de côté les autres systèmes ennemis de la société.
IV. Si le déisme n'est pas suffisant pour affermir leur société et qu'il tende au contraire à la détruire, le pantbéisme, le matérialisme, le fatalisme et le scepticisme seraient encore bien plus dangereux pour elle. Les raisons peuvent s'en déduire de celles que nous avons développées dans la démonstration de ce théorème et du précédent *. Ne voyant aucun de ces absurdes systèmes protégé ou loué par les politiques du jour , je ne crois point que leur réfutation appartienne à mon sujet.
La religion chrétienne est seule digne de la société humaine.
Diverses objections faites contre cette thèse.
I. Puisqu'il a plu à la Providence de planter le christianisme sur la terre en l'exposant aux efforts de tous les vents et aux tempêtes de toutes les saisons, il n'est pas étonnant que les sages et les prudents du siècle , auxquels la lumière
' Telle fut la pensée de S' Augustin qui l'exprima dans les termes suivants : utile est plures libres h pluribus fieri diverse stylo, non diversâ fide, etiam de quœstionibus eisdem ; ut ad plurimos res ipsa perveniat, ad alios sic, ad alios autem sic. De Trinit. L. l. c. 3.
^ Un bon nombre de ces ouvrages a été recueilli par Fabricius, sous le titre de, Delectus argumentorum, seu syllabus scriptorum, qui veritatem religionis christianae lucubrationibus suis asseruerunt. Hamburgi, 1725. — On voit dans ces trois corollaires que l'auteur écrit dans un gouvernement exclusivement catholique. (Edit. de Brux.)
^ Muratori. Filosofia morale, c. 1. p. 4. Napoli, 1738.
* Spedalieri, De diritti dell' uomo. L. III. c. 2 et 10. p. 154. Assisi, 1791. — Tassoni, La religione dimostrata e difesa. T. II. c. 11. p. 188 et seqq. Pisa, 1817.
SIXIÈME THÉ0RÈ31E. 77
de la foi fut cachée^ aient aussi cherché, au moyen de la philosophie el d'une vaine déception^ à arracher cet arbre y justement comparé à celui du Sénevé % qui leur semblait lro[) indigne de croître et de s'enraciner avec tant de bonheur. Les oppositions qu'ils manifestèrent à divers lemps et sous diverses formes peuvent, selon moi, se réduire à trois points. Les unes attaquaient la certitude et la vériié de la révélation; d'autres avaient pour but de prouver qu'elle n'était point nécessaire à l'acquisition du salut éternel; et d'autres enfin n'y trouvaient point de doctrines utiles à ce qu'on appelle la raison d'état. Les premières et les secondes, déjà victorieusement réfutées par d'illustres défenseurs du nom chrétien, n'appartiennent pas à mon sujet : les troisièmes ayant donné l'origine aux persécutions ^ parce qu'elles étaient seules capables de faire mouvoir l'épée des Césars, regardent positivement la politique que je me suis proposée de rapprocher de la religion. On a donc dit que les (chrétiens étaient venus pour renverser la république *, que la décadence de l'empire était attachée à la décadence du paganisme, el que tous les maux sous le poids desquels gémissaieïît les populations, dérivaient de la nouveauté delà religion ^ L'injustice et la fausseté de ces calomnies ont été mises au plus grand jour par mille plumes el par mille voix. Mais cela n'a pas empêché plusieurs écrivains modernes de les répéter imprudemment, en en changeant seulement la forme el le langage. Quelques-uns ont eflPectivement assuré que la religion chrétienne , en montrant le vrai sentier qui conduit au bonheur éternel^ ne pouvait exciter dans celui qui la professe le zèle nécessaire pour conserver le bonheur temporel (\m est nécessaire à la prospérité publique ^ Nous li-
' Matth. XL 25. — • I ad Corinth. L 19 et seqq.
2 AdColoss.lI. 8.
^ Tcrtullian. Apologet. contra {jent. p. 573 et seqq. Parisiis, 1556. — S. Ambrosius, Epist. XXIX et XXXI ad Valent, imp. Prudentius contra Symmachum.
'* On connaît la célèbre inscription faite en Tiionneur de l'empereur Dioclétien. Nomine christianonim deleto, qui remp. everterant. V. Spanheim, De praest. et usu numisni diss. III. p, 23.
■' C'est à cette calomnie que S* Aujyustin voulut répondre exprès dans son livre de la Cité de Dieu , c'est pourquoi il en parle souvent et en démontre l'injustice. V. Lib. II. c. 9 et alibi.
^' Les propositions impies que Machiavel a répandues dans ses ouvrages.
sons dans d'autres plusieurs propositions où l'on accuse le christianisme d'être trop spirituel, de trop porter au désintéressement pour les choses de la terre, et d'être par conséquent trop nuisible aux avantages de la société \ D'autres ont cru que la pureté de l'Evangile était intolérable et ne pouvait se soutenir longtemps dans les climats chauds de l'Asie et de l'Afrique ^. D'autres enfin soutiennent qu'on ne peut adapter à toutes les formes de gouvernement, et spécialement à la forme démocratique, l'esprit qui est propre au christianisme '.
Premier principe général suffisant pour démontrer notre proposition.
II. Pour réfuter les extravagances de tous ces gensrlà, il suffira de démontrer que la religion chrétienne est la seule digne de la société humaine, et pour le moment nous nous contenterons de traiter ce sujet en rapportant des principes
sur ce sujet, se réduisent aux suivantes : qu'il faut persuader aux princes de préférer le paganisme a la religion chrétienne ; que les princes doivent faire peu de cas des maîtres de cette religion; qu'ils doivent penser là-dessus à leur manière; qu'ils doivent penser de même à l'égard de l'église romaine; quil suifit de feindre d'avoir de la religion, sans la professer, etc. y. les discours sur les décades de Tite-Live. L. IL c. 2. Ces propositions ont été pleinement réfutées par Bozius dans les ouvrages intitulés Virtutis imperium, et De ruinis gentium eximpietate, et par Ribadeneyra dans son traité de la religion et des vertus du prince chrétien.
' Rousseau, dans le contrat social. L. IV. ch. 8. avance plusieurs propositions également contraires à la vérité et à la religion, nous en avons une très-belle réfutation dans les œuvres posthumes de Barth.Malizia,T. I.riflessioni sul contratto sociale, p. 135 et seqq. Napoli, 1822. Les principales sont indiquées dans le passage suivant: la religion chrétienne, n'ayant aucune relation avec le corps politique, laisse aux lois la seule force qu'elles ont en elles-mêmes sans y en joindre aucune autre; et ainsi un des principaux liens de la société reste sans eftet, parce que le christianisme est une religion toute spirituelle qui s'intéresse seulement aux choses célestes. — Loin d'unir les citoyens a l'état, il les sépare. — Une société de vrais chrétiens ne serait pas une société d'hommes. — La perfection de la société chrétienne lui fait manquer d'union et par cela même la rend peu forte et moins durable.
^ Montesquieu, Esprit des lois. L. XXIV. c, 26.
^ Rousseau , dans le passage cité , n'a point hésité à assurer encore que la république chrétienne est une contradiction , parce que les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves. Il a été aveuglément suivi par plusieurs écrivains qui ont avancé que le christianisme était essentiellement ennemi de la démocratie.
SIXIEME THEOREME. /y
généraux , nous réservant de répondre dans le cours de cet ouvrage à toutes les objections politiques qu'on a proposées contre les articles particuliers de cette même religion. Or parmi les principes généraux ,1e premier est celui que nous avons autrefois établi, savoir qu'il n'est point possible que la société e'prouve des dommages d'un système religieux qui fut dicté par l'éternel auteur de tout bien. Si on admet, comme cela a été démontré, que la religion cbrélieiine est révélée par Dieu, (et heureusement les écrivains politiques paraissent n'avoir aucun doute à cet égard , quelquefois même ils affectent d'en être convaincus *), on en tirera légitimement la conséquence qu'une nation où une pareille religion est exactement professée, doit être heureuse. La vraie religion, àii un auteur moderne, ne peut jamais être opposée à l'intérêt de la société. Dieu a tout préordo7iné pour notre bien. Dieu ayant donc fait de l' homme un être sociable ^ il ne peut lui avoir donné d'autre religion que celle qui convînt à L'état où, il l'a placé et oii il veut qu'il se tienne. Si donc la religion chrétienne est la véritable religion instituée par Dieu y elle doit être la religion de rétat même social le plus avantageux à l'homme^.
Autre principe général.
III. En outre les religions qui existent sur la surface du globe, se réduisent à quatre, comme chacun sait, savoir les religions païenne, Mahoméfane^, judaïque et chrétienne. Presque tous les politiques conviennent de la nécessité d'une religion, entre autres, Grotius **, Puffendorf % Beausobre % Warburton % Vattel % Mably \ Carie \ Bielfeld '\ Ferrand ", Washington '^ Nous en parlerons plus amplement. Il est
* V. Bolingbroke, OEuvres posthumes. T. IV. p. 291. Analyse, sect. 12-
. Montesquieu, Esprit des lois. L. XXIV. C. 3. ^ Tassoni, La religione dimostrata
igione dimostrata e difesa. p. IIÏ.'c. 1. p. 2. Pisa, 1817.
' De jure belli et pacis. L. II. c. XX. ^ 44. et seqq. — * De olllcio hominis et civis. L. I. c. IV. § 9. — ^ Introduction générale h l'étude de la politique, des finances et du commerce. T. III. § 63. p. 26. — ^ Dissertations sur l'union de la morale et de la politique. T. II. Diss. 15. — ^ Droit des gens. L. I. ch. 12. — '^ De la législation ou principes des lois. L. IV. c. 2. — ^ Dell' uomo libero. p. III. c. III. — '« Instit. polit. T. IV. c. 3. part. 2. — "Esprit de l'histoire, ou lettres politiques et morales d'un père à son fils. T.IV.Let. C.
'^ Un discours très- éloquent de ce président des Etats-Unis d'Amérique, prononcé en 1796, quand, en'renonçant à sa charge, il traita de la nécessité
encore à remarquer, que même les écrivains incrédules parmi les politiques n'ont pas pu nier une pareille vérité, et nous avons recueilli dans la note ci-dessous* quelques-unsde leurs aveux. Or donc à quelle religion nous attacherons-nous, si le christianisme nous déplaît? Voudrons-nous peut-être en forger une comme celle des Théophilanthropes ? Mais nous avons déjà examiné les funestes influences de celle-là sur la société. Aurions-nous le courage de louer de préférence au christianisme, une des trois autres religions ? Si cela venait à l'esprit de quelque politique, qu'il réfléchisse, de grâce, aux inconvénients très-graves que, sans parler de leur fausseté intrinsèque , elles causeraient aux intérêts du public.
Le paganisme est indigne de la société.
IV. Et pour commencer par la religion païenne, dont Machiavel n'a pas rougi de faire l'éloge ^, en s'appuyant sur le polythéisme elle se fonde sur une fausseté reconnue universellement par la philosophie l En suivant la condition des fictions humaines, elle fut formée peu à peu par les imaginations de tant et tant d'hommes qu'elle a changées successivement l'une après l'autre , en les mettant dans une perpétuelle contradiction entre elles \ Ne pouvant soutenir la lumière
ide la religion, nous a été conservé par Ryan, dans Thistoire des effets de la religion sur le genre humain. T. II.
* Pomponace, trop suspect d'athéisme, approuve l'invention de la religion, pour tenir en bride les mauvaises inclinations des hommes. De iramortal. animorum. Spinosa ne disconvient pas qu'il vaut mieux que le peuple fasse son devoir par dévotion que par crainte. Tract, théol. poht. C. XVI.
— Toland dit que la rehgion est nécessaire aux peuples. Lettr. II. § 13. — Shaftesbury, après plusieurs discussions, proclame la même vérité. Recherches sur le mérite et la vertu. L. I. p. 111. § 3. — Voltaire a écrit : il est absolument nécessaire pour tout le monde que l'idée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rénumérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. Diction, philosoph. Art. Athée. L'auteur du système de la nature ne dissimule pas que la religion est nécessaire pour maintenir l'ordre public. T. II. c. 13. — Helvétius est d'avis que même les fausses religions présentent à l'homme quelques avantages. L'esprit. Disc. IL c. 17.
— Lalande (sans parler de mille autres), qui se vantait d'être le doyen des athées, écrivit que la religion est nécessaire, encore qu'elle ne fût qu'un étabhssemenf politique. V. annales littéraires et morales. T. IV. p. 448.
^Discours sur les décades de Tlte-Live. Disc. 1 1.
^ S. Thom. Summ. theol. p. I. quœst. II. art. 3 et seqq.
* Abbadie, Traité de la vérité de la religion chrétienne. T. II. sect. IV ch. 2.U.
du jour y elle se couvrait d'un mystérieux silence et de ténèbres affectées , réservant aux seuls philosophes la connaissance des vérités , pendant que le 'peuple était bafoué par do fabuleuses illusions *. Elle conduisait les hommes de l'esprit, aux sens puis qu elle déifiait les corps où, l'on représentait la divinité sous une forme corporelle ; et loin de lui rendre un culte conforme à sa nature spirituelle y elle ne lui offrait que des jeux , des spectacles et d'autres exercices corporels ^., Au lieu de glorifier Dieu y en renonçant au monde , les pidiens voulaient plutôt plaire à eux-mêmes qu'à Dieu , voilà pourquoi ils firent entrer dans la religion tout ce qui pouvait les flatter et les divertir ^ Le paganisme tefidait à abaisser Dieu et à élever les hommes *, à les abaisser, quand il fallait les élever , et à leur inspirer de l'orgueil, lorsqu'ils auraient dû s'humilier ^ U^ne pareille religion tendait à dé^ truire les principes de droiture que Dieu a mis dans les esprits de tous les hommes , et à fomenter leur corruption , en attribuant aux dieux tous les vices dont était capable la plus brutale impudeur^ . D'après cela ce système théologique était, dans son ensemble, contraire à la politique parce qu'il favorisait la corruption et qu'il ravalait trop les droits de l'une pour seconder les impulsions de l'autre ^. En conséquence de pareils principes, voici le tableau que l'Apôtre des nations nous a donné des mœurs des gentils : ils changèrent, dit-il, la gloire du Dieu incorruptible pour la figure d'un simulacre d'un homme corruptible ^ d'oiseaux , de quadrupèdes et de serpents : c'est pourquoi Dieu les abandonna aux désirs de leur cœur y à l'impureté , de telle manière qu'ils ont déshonoré en eux-mêmes leurs corps,.. Et co7nme ils ne se soucièrent point de reconnaître Dieu, Dieu les abandonna à un sens réprouvé , pour qu'ils fissent des choses qui ne convenaient pas, pleins de toute iniquité, de malice et de fornication, d'avarice, de méchanceté , remplis d'envie, d'homicide, de discorde , de fraude , de malignité , médisants , calomniateurs, ennemis de Dieu, insolents , orgueilleux , présomptueux, inventeurs de mauvaises choses , désobéissants à leurs parents , fous , déréglés, sans amour, sans loi , sans pitié. Connaissant la justice de Dieu, ils ne comprirent pas
' Abbadie, Traité de la vérité de la religion chrétienne. T. II. sect IV. i-b. 2. § 2 et 3. — 2 ibi,j, (• 4, 3 ibid. § 5. — * Ibid. § 6. — ^ Ihid. ^ 7. — «lbid.§8 et 10. — ^ Ibid.§9 etll.
8^ PREMIÈRE PAJVTIE.
que celui qui fait de telles choses est digne de mort, et nonseulement celui qui les fait , mais encore celui qui approuve ceux qui les font \ Or quel ordre public pourrait-on allendre d'une pareille corruption dans les mœurs ? Quelle influence bienfaisante pouvait descendre sur l'élat, d'une telle religion ? Que l'on consulte les premiers apologistes du christianisme qui ont traité ces matières à fond ^.
On peut dire encore la même chose du Mahométisme.
V. Je ne devrais point parler ici du Mahométisme, il ne mérite point qu'on en fasse mention ^ Il convient pourtant d'en dire quelque chose, parce qu'il s'est trouvé un homme qui a écrit que quant au culte extérieur oùVhommesage se retrouve, si on peut l'accorder avec la religion naturelle , il doit se faire une loi de ne jamais le violer, soit en le troublant, soit en l'abjurant : je pardonne à un Turc d'être Musulman *; et parce qu'un autre a enseigné que le mahométisme a succédé, en Asie et en Afrique, au christianisme , à raison du climat; comme si l'Évangile n'avait pu y dominer plus longtemps ^ Mais pourra-t-on regarder jamais comme une religion digne de la société humaine, celle qui oblige de recevoir comme autant d'oracles, les extravagances , les sottises et les obscénités de l'Alcoran ^ ? Recevrons-nous de si précieux enseignements des mains de l'imposteur à qui Dieu avait accordé comme à un saint homme et à un prophète, le privilège de posséder et d'abuser à sa fantaisie de tout autant de femmes et de servantes qu'il voudrait \ et qui profita réellement d'un tel privilège ^? Un homme éclairé admetlra-t-il jamais la force d'un destin insurmontable^'^ et
' Ad Roman, I. 23 et seqq.
2 Les descriptions de Tertullien, d'Atliénagoie, de S' Augustin, sur les brutalités des païens, sont amplement confirmées par les autorités des historiens et des philosophes profanes, qui ont été recueillies par Ludovico Cressolio et par Cornélius à Lapide dans les commentaires sur le passage précité de l'Apôtre.
^ Fénélon, Lettres sur la religion, p. IL p. 372. Paris, 1787.
* L'auteur du livre intitulé : Des mœurs, p. L art. 2.
^ Montesquieu, Esprit des lois. L. XXIV. chap. 26.
^ V. Maracium, in Suram VI Alcorani. p. 255 et seqq. Pataviij 1G90. 15 et prodr. p. L c. 6.
^. Sura XXIII. v. 47. — ^ V. Maracium, Prodrom. ad refut. alcor. p. I. c. 29 et seqq. — » Sura X\II. Not. Maracii, p. 413.
un paradis consistant en femmes et en suaves parfums * ?- Trouvera-t-on un seul homme intelligent qui loue une religion essentiellement fondée sur l'ignorance, et ennemie des lumières de toute instruction littéraire et scientifique ^? Qui donc aimerait à multiplier les peuples qui gémissent sous le gouvernement despotique, qui seul est capable de tenir les peuples mahomélans sous le joug "? Ensuite l'Asie et l'Afrique furent et seraient bien dignes d'un meilleur sort, altendu que leur climat est précisément celui où naquit la religion chrétienne j où, elle a fait ses premiers progrès, où elle a été professée et conservée pendant seize cents ans'^. Ee combien d'églises s'est glorifiée l'Afrique, ainsi que de la succession de leurs pasteurs ^ ? Combien de chrétiens ne trouve-t-on pas encore aujourd'hui jusqu'en Elbyopie ^ ? Qui ignore le nombre prodigieux d'enfants qui , dans tous les climats de l'ancien comme du nouveau monde , reconnaissent pour mère l'Eglise romaine ' ? Si la religion chrétienne est la religion de l'homme ®^ elle aura le droit de pé> nétrer, de s'établir el de fleurir partout où il y a des hommes ; et l'épée de Mahomet , courtisée par les passions effrénées dont il sollicita l'assistance, parvint seule à l'arracher à de malheureuses nations ^
' Ismaël Aly. Vit. Mohamedis apud Maracium, Prodr. p. IV. c. 28.
^ Marac. Prodr. p. IV. c. 25.
3 Montesquieu, Esprit des lois. L. XIX. c. 18 et L. XXIV. ch. 3.
* Tassoni, La religione dimostrata e difesa. T. III. c. 7. p. 45. Pisa, 18 î 7.
^ V. Moricelli, Africa christiana. p. I. c. 1. p. 25 et seqq.
^ C'est ce qu'avoua volontiers Montesquieu lui-même. Esprit des lois. L. XXIV. c. 3.
' V. Urbano Cerri, Stato délia chiesa romana in tulle le parti del moiivlo. art. Asia et seqq.
^ Rousseau, Contrat social, p. II. c. 8.
'^ Divers auteurs ont beaucoup écrit sur la propagation rapide du maliométisme, celui qui s'est étendu le plus sur ce sujet, c'est Gagnier,adjlsm;icies Abulfedae librum de vita et rébus gestis Mohammedis. Oxonii, 1723. — On peut citer encore Prédeaux, Vita Mohammedis, qua et mohammedlsnîj et christianismi origines, propagatioque inter se comparantur. Anolicè, Londini, 1697. — Hottin^erus, Histor. oriental. L. II. c. 5. — Morbius, de causis et mediis introducti et conservati Mohammedanismi dissert. p. U'jl. — Falckius, de Arcami status in reb. Mohammedana. Rostoch, 1G85. — Scharban, dissert. antib8eiiana,in qua collato modo christianismi promuigati propagatique, cum dilatatione violenta mohammedanismi, christianismi aivinitatemvindicat,inparergis, Lubec, 1726. Il paraît que Bergeron a réduit toutela discussion à ce peu de mots. « Mahomet a employé trois moyens pour propager sa religion j 1° les sortilèges, les impostures et les faussetés; 2" la
// n'est 'point à désirer pour la société que le judaïsme s'éte?ide,
VI. Quant au judaïsme, si on le considère dans l'état actuel auquel l'ont réduit les Talmudistes et les Rabbins, certainement personne ne croira dignes d'un peuple civilisé les traditions fabuleuses, les ridicules superstitions, les observances puériles dans lesquelles ils ont embarrassé le culte du vrai Dieu *. Que si l'on considère ensuite la religion hébraïque, telle qu'elle fut dans son origine, alors sa vérité, sa sainteté et sa divine institution paraissent établies comme des preuves irréfragables qu'elles ne peuvent en aucune manière être séparées de la démonstration de la vérité du christianisme ^ Mais encore est-il à désirer qu'il ne domine sur la terre autre chose de l'hébraïsme, que cette partie très-pure que la loi de grâce s'en est réservée '. En effet , il ne peut plaire à personne qu'on impose de nouveau ce joug pesant que les premiers chrétiens confesser qu[ n'avoir pu porter ni eux, ?ii leurs pères % et qui , par la grâce du Rédempteur, s'est changé d'une loi de crainte et d'esclavage ^ en une loi d'amour et de liberté \ Pour moi je ne croirai jamais que, dans un siècle qui déclame avec tant d'énergie en faveur de la liberté et qui tente même de secouer le joug très-doux j et le léger fardeau que le Sauveur a imposés ®, il se trouve un politique qui soupire follement après ce joug antique que Dieu imposa convenable?nent à un peuple qui avait la tête dure \ D'une autre part ce fut une loi qui était appropriée au caractère, au climat, aux confins, au degré de culture, aux temps, aux mœurs, au gouvernement Meocr«tique de la nation juive l Sa durée ne devait point pour cela s'élendre à tous les siècles, quand le Seigneur voulait appeler
liberté de conscience (ne considérarit la religion que dans le cœur) et la sensualité; 3° les armes et la force. Il commanda particulièrement de mettre h mort tous ceux qui y résisteraient, et de ne disputer avec les autres en aucun cas. Abrégé de l'histoire des Sarrasins et Mahométans. p. 9. Leyde, 1725.
^ De Voisin, Observât, in Martin, pugio fidei, proem. p. 6 et seqq. Lipsiaî, 1687.
^ Huet, Demonstrat. evaiig. prop. IV. c. 1 et seqq. — ^ S. Thom. Summ. theol. I. 2. quœst. 98 et seqq. — * Act. Apost. XV. 10. — "^ Ad Rom. VIII. 25. — Ad Galat. III. 2 et seqq. — Jacob. I. 25. II. 12. — ^ Matt. XI. 30. — ^ S. August. de verbis Domin. serm. IX. — * V. Ci-dessus. Théor. 1. % V. Les auteurs cités.
la plénitude des nations à la connaissance de la vérité et à l'acquisition de la béatitude *; ce n'était donc point une loi que l'on pût appeler digne de toute la société humaine. En outre, elle prédit le Messie et son église, mais elle ne veut pas croire à l'accomplissement d'un fait dont le temps et les circonstances nettement marquées dans les prophéties mêmes, sont déjà passés; elle montre les plaies de l'humanité, mais elle ne peut ni ne sait les guérir; elle symbolise la grâce, mais elle ne la donne pas; elle appelle à la rédemption, mais elle nie l'avènement; elle montre les Ecritures, mais elle se perd dans leur sens '". Enfin elle n'est autre qu'un commencement, ou pour mieux dire, une image, une ombre du vrai culte promis. Otez au judaïsme les figures grossières, les bénédictions temporelles, les imperfections tolérées, les cérémonies légales, il n'y restera qu'un christianisme commencé ^
Reste le christianisme qui seul est digne de la société.
YII. Après l'exclusion de toutes les autres religions, il ne reste donc plus que le christianisme dont le judaïsme n'était que le germe et la préparation. Tous les hommes qui ne sont point égarés par l' amour-propre et qui suivent leur raison soutenue par les premiers attraits de la grâce , sentiront de suite et sans discussion qu'il n'y a qu'une seule religion qui mérite d'être accueillie par la société tout entière -, c'est celle qui consiste totalement dans l'amour; il n'y aura à faire ni comparaison^ ni choix ^ parce qu'il n'y aura qu'un seul culte qui honore Dieu *. Pour se convaincre toujours davantage que cette religion est la seule capable de seconder merveilleusement les intérêts de la politique, qu'on écoute un peu les personnes qui ne pourront paraître suspectes d'un excès de piété. Montesquieu, en traitant ce sujet, s'exprime en ces termes : « chose admirable ! la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que le bonheur de l'autre vie, forme encore notre bien-être dans celle-ci*. «El Bolingbroke a franchement déclaré « qu'on n'a jamais vu dans le monde une religion qui tendît aussi directement à
' Ad Rom. XV. 9 et seqq. I ad Timoth. II. 14.
^ Fénélon, Lettres sur la relijfion. Preuves, part. II. p. 371 et suiv. Paris, 1787. — ^ Ibid. Sur les moyens donnés aux hommes, p. 405. — * Ibid. p. 406. — ^ Esprit des lois. L. XXIV. c. 3.
procurer la paix et le bonheur des hommes, que la religion chrétienne \ » Que si l'on veut encore entendre un auteur, qui avait déjà auparavant et mieux que ceux que je viens de citer, enseigné la même vérité, qu'on écoute ces paroles de S* Augustin : « si les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre, les jeunes gens et les vierges, les vieillards et les personnes les moins avancées en âge, et tout âge capable de raisonner, et les deux sexes, et les publicains même, et les soldats à qui Jean-Baptiste adressait ses prédications, écoulaient et exécutaient les enseignements du christianisme, l'état ofiFrirait à la terre le beau spectacle du bonheur de la vie présente, et s'élancerait vers l'heureuse hauteur de la vie éternelle pour y posséder le royaume *. »
// a tous les caractères indispensables pour influer heureusement sur le bien public.
VIII. En effet, pour que la religion produise tous les avantages que la société a le droit d'en attendre , il faut qu'elle soW précise par la droiture de sa doctrine, certaine dans l'esprit des hommes , prépondérante sur leurs cœurs et capable de communiquer à tous la force convenable pour en faire exécuter les préceptes ^ Or, laquelle de ces conditions ne voit -on pas merveilleusement briller dans le christianisme ? Qu'y eut-il jamais de plus précis que l'Evangile, non-seulement quant aux dogmes, mais encore quant aux préceptes ? quoi de i^lus précis que l'autorité de l'Eglise dans les questions sur lesquelles il s'élève des controverses? Quoi de i^his précis enfin que cette uniformité exigée de tous les catholiques, pour mériter ce nom*? Ensuite la certitude dans la religion du Christ, est le résultat des démonstrations les plus évidentes qu'elle présente d'elle-même à la face de la plus opiniâtre incrédulité , tandis que les efforts de cette ennemie, depuis dix-huit siècles n'ont servi qu'à en rendre la vérité plus lumineuse ^ Et cette certitude est aussi le ré-
' OEuvres posthumes. T. IV. p. 291. Analyse. Sect. 12.
2 De civit. Dei. L. II. c. 19.
^ Spedalieri, De' diritti Jell' uorao. L. IV. C. IL Nous suivons dans ce paragraphe les traces de son admirable démonstration, et nous prions les lecteurs de la hre dans l'original, parce qu'elle mérite véritablement d'être lue. — * Ibid. L. V. C. 3 et 9. — ^^ Ibid. C. 4.
sultat de cette paix, qui se répand dans l'âme des croyants, et qui surmontant tous les plaisirs sensibles , maintient nos âmes et nos intelligences dans l'obéissance à la foi \ D'un autre côté, nulle autre religion ne pourra jamais se glorifier d'exercer autant à! empire sur l'homme , que s'en glorifie le christianisme. Si ses enseignements divins nous étaient toujours présents, les ignobles passions ne prévaudraient jamais en nous, parce qu'en lui les prédicateurs ont une véritable mission de Dieu, et que nous les reconnaissons pour ses légitimes ambassadeurs. En lui s'exerce un culte extérieur, qui est bien capable d'exciter les pensées les plus salutaires, en lui l'on remarque une foule de traits d'héroïsme rappelés dans les anciennes comme dans les récentes biographies des saints ^. Enfin le christianisme accroît véiilablement les forces de l'homme , parce qu'au moyen de la prière et de la réception des sacrements, nous nous sentons en état de soutenir toutes les épreuves et de souffrir tous les tourments les plus atroces, plutôt que de souiller la pureté de notre conscience '; et d'après tout cela que peut-on jamais prétendre encore d'une religion, pour la proclamer digne de la société humaine ?
D'autres caractères j exigés des politiques dans la religion y se trouvent dans le christianisme.
IX. Entre autres conditions que les politiques réclament dans la religion, il en est quatre qu'ils signalent pour en remarquer les effets salutaires sur la société, et par bonheur aucune d'elles ne manque à notre religion ; au contraire , elles y brillent toutes au plus éminent degré. La société se propose quatre fins, dit un excellent politique , jo«rce qu'il me semble que celles-ci embrassent toutes les autres : savoir la protection de l'espèce , pour quelle se propage ; l'encouragement de l'industrie pour qu^elle se maintienne ; la dépendance des particuliers de l'autorité publique ^ pour assurer la sûreté générale; la bienveillance des uns envers les autres pour s' assister réciproquement. Ceci appartient non à chaque individu, mais à t humanité tout entière ; non à une époque , mais à tous les siècles. Que l'on remarque dans
• AdPhilipp. IV. 7.
2 Spedalieri, Op. cit. C. 5, 6, et 7.
^ lbid.C.8et 12.
quelle harmonie se trouvent entre eux , à cet égard , le code de la société et celui de la religion '. Ainsi, pour la protection de l'espèce, qui ne sait que notre religion reconnaît le mariage comme un lien indissoluble^, ce grand sacrement^ ^ et cette chose digne d'honneur aux yeux de tous*f Qui ne sait qu'elle impose aux époux des devoirs réciproques*, et aux parents l'éducation de leurs enfants ^, en leur en donnant encore les règles ' ? Qui ne sait qu'elle commande aux enfants d'honorer les auteurs de leurs jours, en ajoutant à ses injonctions des promesses et des menaces, même de biens et de maux terrestres^? Puis, pour l'encouragement de l'industrie, il suffira de rappeler l'obligation du travail que Dieu a imposée à l'humanité, dans la personne du premier pécheur % et l'horreur que les saintes Écritures inspirent pour le paresseux et l'homme oisif '"; ainsi que les peines temporelles dont elle les menace encore ". Que si l'on veut parler de la dépendance de l'autorité , que peut-on prescrire de plus que ô!obéir aux propres supérieurs même difficiles^^; que chaque âme vive subordonnée à la 'puissance lé gitime^^ , et rende à chacun ce qui lui est dû, H impôt à qui est die V impôt y le tribut à qui est dû le tribut, l'honneur à qui est dû l'honneur^\ Combien finalement l'Ecriture sainte, dans l'endroit cité, n'ajoute-t-elle point à la bienveillance des uns envers les autres ? n'ayez envers qui que ce soit d'autre dette que V amour ; parce que celui qui aime a déjà accompli la loi- c'est pourquoi tu ne. seras ni adultère , ni homicide, ni voleur, ni faux témoin, tout est renfermé dans ces paroles: tu aimeras ton prochain comme toi-même; donc la charité est la plénitude de la loi^'". Et que l'on observe ici que la charité même envers les ennemis, que le Sauveur a laissée à ses disciples comme leur qualité distinctive *^, et de la perfection de laquelle il offrit lui-même le modèle ", fournit le plus puissant, le plus noble et le plus précieux appui de la société, parce qu'elle conserve Vuîiité de l'esprit dans le lien
• Schedoni, dclle infliienze morali. T. 11. P. 88 et seqq. Modena 1815.
2 Mattb. XIX. &. — 3 Ad Ephes. V. 32. — * Ad Hebr. XIII. 4. — ^ Ad Ephes. V. 25. — 6 Eccles. VII. 25. — ' Ad Ephes. VI. 4. — « Exod> XX. 12. — Deuter. V. 1 6. — Eccles. III. 7 et seqq. — ^ Gencs. III. 18 et seqq.
— '0 Proverb. VI. 6. XII. II. XIII. 8. XV. 19. Eccles. XXII. I. XXXIIl. 29 et seqq. Ezecbiel. XVI. 49. - " Proverb. XXI. 5. XXIV. 30. II ad Tbessal. 111. 10. — '2 1. Petr. II. 18. — '^ Ad Roman. XII. 1. — '* Ibid.7.
— '^ Ibid. 8 et seqq. — '^ Joann. XIII. 35. — '^ Ibid. 34.
de la paix ^, forme un peuple de frères', dont chacun est prêt même à donner sa vie pour l'autre '.
La morale de l'Evangile correspond parfaitement aux besoins de la société.
X. Et pour mieux développer ces principes et les appliquer aux besoins de la société, il faut bien remarquer que le but principal de la religion , au moyen des rapports sociaux, est d'introduire, de consolider et de conserver parmi les citoyens, la morale sans laquelle l'Etat ne peut ni fleurir, ni subsister. Ainsi la meilleure religion pour un état^ est celle qui conserve le mieux les mœurs ^ Or, quelle religion pourra .se glorifier d'une morale plus pure et plus parfaite que la morale évangélique ? On ne pouvait certainement intimer aux hommes quelque chose de plus que ce précepte: soyez parfaits comme votre père céleste est parfait ^ Un homme- Dieu ne pouvait rien dire de plus à ses adhérents, que,ye vous ai donné l'exemple , afin que vous fassiez comme f ai fait^ ; et qui ne po7'te point journellement sa croix derrière moiy n'est pas digne d'être mon disciple \ Et pour qu'on ne dise point, comme l'ont dit certains incrédules, que celte morale exige des choses étranges de la fragilité humaine, comme nous nous réservons la faculté de réfuter en particulier une aussi ingénieuse calomnie, nous nous contenterons de faire remarquer que le Christ est venu non pour abolir mais pour perfectionner la loi naturelle^. La loi naturelle , écrivait néanmoins un incrédule, avait été altérée et affaiblie à toutes les époques et dans toutes les contrées par une foule de lois absurdes et contradictoires ^ et par des coutumes vicieuses ^ qui bien qu'indépendantes des lois ^ avaient pourtant la même force ^ Jésus-Christ ayant donc pitié de cette malheureuse condition de l'homme, a rétabli la morale dans toute sa pureté y et en apleinement découvert les sources ^^; de manière que les athées les plus déhontés n'ont pu s'empêcher de reconnaître que Yesprit du christianisme avait rapproché les hommes des lois de la nature ".
» Ad Ephes. IV. 3.-2 Matth. XXIII. 8. — ^ II. Joann. III. 16.
* V. L Encyclopédie, art. Christianisme. — ^ Matth. V. 48. — ^ Joann. XIII. 15.— 7 Luc. IX. 23.— « Matth. V. 17.— ^ Brolinghroke, Ap. T. V. P. 1754. Edit. Angl. in-4°. — '° Barbeyracin Pnflendorf praefat.
" Laharpe, Cours de Littérature. T. XVI. P. L II cite ces paroles comme
On signale les bienfails dus au christianisme.
XI. Et pour se convaincre par les faits des grandes obligations qu'a la société au christianisme, il suffira de signaler ses immenses bienfaits , pleinement attestés par l'histoire. D'abord , dès que la doctrine de Jésus-Christ eut commencé à se répandre et à pénétrer dans les esprits des hommes ^ il en advint immédiatement, que les mœurs des nations , qui auparavant étaient féroces et barbares , changèrent et devinrent humains et raisonnables '. // n'y a point de nation de mœurs si barbares et si cruelles, qui n'ait abandonné par amour pour Jésus-Christ sa fierté et qui ne soit devenue affable ^. Et pour qu'on ne croie pas que cette aptitude à corriger la férocité des peuples, se soit bornée à l'origine de la religion, rappelons-nous combien de fois dans les temps postérieurs, elle a opéré d'heureux changements dans les mœurs, tantôt chez les Bourguignons dans les Gaules, tantôt chez les Anglo-saxons en Angleterre, tantôt chez les Saxons en Allemagne, non moins que chez les Bohémiens, les Moraves et les Bulgares ^ Que dirons-nous des Suédois et des Norvégiens ? Ces peuples avaient pour la piraterie cette violente inclination qu'on a toujours observée chez les nations voisines de la mer, quand ils ne sont pas contenues par de bonnes coutumes et par de bonnes lois. Odin, ce conquérant imposteur, par ses dogmes sanguinaires , avait accru la férocité naturelle de ces peuples , mais le christianisme reU' versa toutes les idées, et la révolution fut si complète que, depuis la conversion des Danois et des Norvégiens , on ne trouve plus dans t histoire la moindre trace de leurs irruptions et de leurs brigandages ^. A des époques moins éloignées, quelques jésuites, le bréviaire à la main et le crucifix sur la poitrine , civilisèrent d'innombrables populations sauvages au Paraguai et au Brésil ^ On a observé le même ef-
proférées par l'impie auteur du livre intitulé: le Code de la nature, où de pareils aveux ne manquent point.
' Euseb. praepar. evangel. L. I. C. 4. — ^ Arnob, contr. gent. L. II. P. 44. Paris, 1651. — ^ Gros. hist. L. V. C, 32. — Sozomen. hist. eccl. L. II. C. 6. — '• Adam Brem, histoire des établissements des Européens dans les Indes. T. II. L. IV.
^ Robertson, hist. de l'Amérique. T. II et III. Ladouceur. De l'Amérique et des Américains. P. 62. Berlin, 1771. — Depages, Voyages autour du monde. T. I. P. III. Raynal, histoire philosophique et poUtique du commerce. L. VIII. C. 15. L. iX. C. 6.
fet produit chez d'autres nations barbares, par les missions apostoliques \ Nous verrons en son lieu , comment la religion a fait fleurir le commerce, a protégé les sciences, a perfectionné les arts. Il suffira pour le moment de rappeler que l'institution des hôpitaux et de tous les autres asiles de bienfaisance est entièrement due au christianisme, puisque ni les gentils n'en surent imaginer le dessein ^, ni ne parvinrent jamais à en imiter la perfection ^ Il suffira toutefois de rappeler que hors de la religion chrétienne, il n'y eut jamais pour l'instruction scientifique et morale, ni écoles gratuites, ni collèges, ni séminaires*, tandis qu'au contraire l'Église, au moyen de l'institution de plus d'ordres réguliers et de mille témoignages de bienveillances, approuve, protège et répand les ouvrages qui ont pour objet l'amélioration de l'instruction publique ^ Mais si tout cela ne suffit pas aux politiques libertins pour les porter à aimer le seul culte véritable que nous professons , qu'ils pensent du moins que c'est à son triomphe qu'est due l'abolition de l'esclavage ^
' Hist. univers. ï. XXIV. L. 20. — Mém., geog. phys. et hist. sur l'Asie, l'Afrique et l'Amérique . T. III.
^ Ni Solon, ni Lycurgue, ni Numa, ni les législateurs du Mogol et de la Chine ne formèrent le dessein d'établir un hôpital pour les pauvres infirmes. C'est ainsi que s'exprime Monge dans un savant mémoire sur l'antiquité des hôpitaux, réimprimé dans le magasin encyclopédique, an 1813. T. V. P. 46. De quelle manière les anciens suppléèrent-ils au défaut de ces asiles? Par la servitude, par l'infanticide et par d'autres moyens barbares, c'est ce qu'on pourra voir dans le mémoire de Percy et de Willaume, couronné par l'académie de Maçon en 1812, sur le programme de la question suivante: « Les anciens avaient-ils des établissements publics en faveur des indigents, des enfants orphelins ou abandonnés, des malades et des militaires blessés? Et s'ils n'en avaient point, qu'est-ce qui en tenait lieu? Paris, 1817. Murât se distingua encore dans cette noble carrière, par le mémoire des causes et de l'origine de l'étabhssement des hôpitaux civils et militaires. Montpellier, 1813.
*■ Quiconque désire connaître les vains efforts que fît Julien l'apostat pour mtroduire les hôpitaux chez les idolâtres, et diminuer amsi la gloire du nom chrétien, n'a qu'à consulter Sozomène, hist. Eccl. L. V. C. 16.
* Chateaubriand. Genio del christianesimo. P. IV. L. VI. C. 5. P. 124 et seqq. Napoli, 1822.
' Fleury,hist. eccl. L. XLV. T. X.Paris. P. 132. — Helyot, hist. des ordr. rel. T. IV. P. 307.
^ Il faut lire sur ce point Tassoni qui montre d'une manière admirable l'indignité de l'esclavage, les dommages poUtiques qui en résultaient, et la manière dont il a été aboli par le christianisme. La reiig. dimost. et dif. T. lU. C. 15. P. 89 et seqq..
Et un philosophe moderne a eu assez de franchise pour écrire que le seul esclavage ^ adopté par toutes les nations avant le christianisme^ suffisait pour rendre la condition humaine cent fois pire quelle n'est à présent \ Qu'ils pensent aussi que la religion chrétienne s'éloigna du despotisme , et cela advint, parce que la douceur était si recommandée dans V Evangile , elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se fer ait justice ^ et exercerait sa cruauté ^. La rappelant aussi à la pensée des souverains, les terribles vérités que les saintes Ecritures font retentir à leurs oreilles, on leur offrira de plus puissants motifs pour se montrer affables, cléments, appliqués à leur devoir, et remplis des plus nobles vertus "; qu'ils pensent enfin que ce serait ne rien connaître , que de ne connaître que vaguement les bienfaits du christianisme', la juste répartition de ces bienfaits, l'art ingénieux avec lequel la religion a varié ses dons, a répandu ses secours, a distribué ses trésors, ses lumières, sont tout ce que les politiques devraient profondément étudier, pour l'aimer et la protéger *.
Pourquoi la société ne retire-t- elle pas plus d'avantage du christianisme ?
XII. Tous les avantages que nous avons indiqués jusqu'ici ne sont qu'une très-petite partie de ceux que la société pourrait et devrait retirer du christianisme. « Pourquoi donc » certains peuples qui ont cette religion pour base de leurs » constitutions nationales se trouvent-ils aujourd'hui dans » une situation qui épouvante? Pourquoi cette religion ne » fait-elle pas éprouver la grande efficacité qu'on lui attri- » bue? Ceci (pour qui sait bien comprendre les choses), » loin d'être une objection, est au contraire une preuve très- » lumineuse, parce que résultant d'un fait, elle offre un » plus fort moyen de convaincre de l'ascendant que nous » avons trouvé dans le christianisme. C'est pourquoi nous ne » pouvons nous dissimuler à nous-mêmes que les Etats civils
' Anon. (Cliastellux) la félicité publique. T. I. Chap. 4. P. 47. Amsterdam, 1722.
2 Montesquieu, Esprit des lois. LXXIV. Ch. 3.
^ Sap. VI. 2 et seqq. V. S. Thomas de erud. princ. L. II et III.
'* Cliàteaubriand, Genio del christianesimo. P. IV. C. I. P. 117. Napoli,
» sont tombés en décadence et ont toujours été de mal en » pis, à mesure que la religion s'est obscurcie et que les » choses temporelles furent exposées aux plus terribles pé- » rils, là où les lumières de la religion s'étaient trouvées » préalablement tout à fait éteintes. De sorte que si la perle » de la religion est la source des calamités qui nous affligent » aujourd'hui, cela même démontre victorieusement com- -i) bien elle serait capable de prévenir tout désordre, si les » peuples avaient soin de la conserver. Ne vous laissez pas » séduire par de vaines apparences : ce que vous voyez n'est » que l'ombre de la religion : les mêmes monuments sont » toujours sur pied : les temples, les aulels, les croix, les » tombeaux des martyrs sont encore exposés à nos regards, » on célèbre encore la messe, on parle encore de Jésus-Christ » avec respect. Tout va bien, mais malgré tout cela, la reli- » gion du Christ a cessé de fleurir dans plusieurs endroits \ » Si même dans les temps les plus heureux de la primitive Eglise, il î/ avait déjà beaucoup d'enne7nis de la croix du Christ^, beaucoup de faux frères^ ^ beaucoup d'antechrists", qu'arrivera-t-il maintenant que la foi est parvenue à diminuer * et que la malicp de plusieurs venant à abonder y la charité s'est refroidie ^? Qui ne voit qu'aujourd'hui le blasphème y le mensonge y l'homicide, le vol et l'adultère ont tout inondé ^ 9 C'est pour cela que la terre gémit , et que tous ses habitants sont affligés ^. Le péché rend les peuples malheureux ^y et il les rend héritiers de ces malédictions que le Seigneur prononça solennellement contre les infracleurs de sa loi , comme il promit la plénitude des vrais biens à celui qui l'accomplissait ***. Que c'est aussi du fonds même de nos passions qui combattent dans nos membres que naissent les guerres et tous les désordres sociaux ". Les empoisonnements y les inimitiés y les disputes , les jalousies, les mépris , les rixes, les dissensions , les sectes , les envies ^ les homicides et autres choses semblables sont évidemment des ceuvres de notre chair corrompue '^ Tout cela se trouve dans
• Spedallerî, De' diritti deir uomo. L. VI. C. I. P. 363. Assisi, I79I.
2 AdPhllipp. III. 18. — 3 Ad Corinth. XI. 26.—* I. Joann. II. 18. — 5 Luc. XVllI. 8. — 6 Matth. XXIV. 12. — ' Ose». IV. 2. — « Ibid. 3. — ^ Proverb. XIV. 34.
•° Deuter. XXVII. 13 et seqq. XXVIII. I. et seqq. — " Jacob. IV. 1. et seqq. — • ^ A dSalat. V. 19 et seqq.
une foule de chrétiens qui confessent de bouche qu'ils connaissent Dieu, mais ils le nient pas leurs actions \ Ils ont enfin la foi sans les œuvres , laquelle est morte en elle-même *. La piété chriétienne , au contraire, est utile en toutes choses, en pro7nettant tout à la fois la félicité temporelle et la félicité éternelle '.
COROLLAIRES
On exhorte les princes et les peuples à embrasser le christianisme.
I. Si donc il est vrai que la société humaine peut retirer tant de biens de l'adoration de la croix du Sauveur, nous aurons raison d'exhorter tous les princes et tous les peuples qui sont déjà en possession d'un tel trésor, de faire tout pour le garder dans son intégrité et dans sa perfection ; et nous oserons conjurer les autres qui n'en jouissent pas encore, d'en faire l'acquisition, et de ne plus être sourds à la parole de Dieu. «Désire plutôt ces biens, disait Augustin au » peuple romain^ apprends à les distinguer de cette honteuse » vanité , de cette fausse malice de l'idolâtrie : si l'on voit » briller naturellement en lui quelque chose de louable, cela » ne peut devenir pur et parfait qu'au moyen de la vraie re- » ligion, mais sera dissipé, et puni au moyen de l'impiété... » N'écoute pas tes enfants dégénérés qui prétendent décrier » le Christ et le chrétien, et accusent les temps mêmes d'être » mauvais, tandis qu'ils ne cherchent pas les temps où la vie » soit tranquille, mais ceux où leur perversité reste impunie. » — Si tu désire parvenir à la cité bienheureuse, évite la » fausse religion. Quant aux biens charnels, les seuls dont » veut jouir le méchant, et quant aux maux charnels, les » seuls que l'impie ne veut pas souffrir, la fausse religion ne » peut même ]en disposer, et si cependant elle le pouvait, » nous devrions plutôt les mépriser, que de rencontrer par » leur moyen , un malheur éternel , où se termine la fausse » religion *.
' Ad. Tit. 1. 16.
'' Jacob. II. 18.
'' 1. Ad. Timotti. IV. 8.
"* De civit. Dei. L. II. Cap. ult.
Quel parti prendre dans les circonstances actuelles'^
IL Si les gouvernemenls veulent efficacement avancer dans tonte leur étendue les progrès du bonheur des peuples , ils doivent montrer du zèle pour la gloire du Seigneur. Qu'on lise Spedalieri , au chapitre intitulé : quel projet convient à l'Europe dans les circonstances présentes *. Si on ne le commence point par le véritable fondement de la morale publique, qui est la religion chrétienne, l'édifice de la politique ne pourra se soutenir avec toutes les spéculations et tous les efforts des hommes, et venant à s'écrouler il écrasera les nations mal gouvernées.
Quels sont les véritables philanthropes ?
IIÏ. Des vérités ci-dessus établies on déduit très-bien la conséquence que comme les vrais misanthropes^ c'est-à-dire les ennemis des hommes y sont les ennemis du christianisme, je veux dire ceux qui, par leurs écrits et par leurs discours, s'efforcent de l'enlever aux peuples , de même les vrais amis des hommes, appelés autrement y?A^7«w^/^r<?/9e.9 , furent les apôtres et tous les hommes apostoliques qui s'efforcent de le propager, de le défendre, de lui rendre témoignage, même au prix de leur sang. Les missions sont une de ces grandes idées qui n' appartiennent qu'à la religion chrétienne ^, dit Chateaubriand, qui démontre dans de grands détails Futilité des missions et l'héroïsme des missionnaires. Leurs qualités doivent être des vertus d'autant plus sublimes qu'elles parviennent à leur mériter l'une des plus considérables récompenses dans la cité de Dieu '.
' Spedalieri, De' dirittl dell' iiomo. L. VI. P. 362. Edit. cit. On ne peut rien voir de plus beau que les paroles suivantes de cet auteur : a puisque » l'amour des hommes a inspiré tant de projets, je veux aussi le mien , et )t je veux le proposer avec la liberté dont les autres ont fait usajje. en l'ac » compafynant néanmoins de cette bonne foi et de cette modération que )) prescrit la loi naturelle même, d'où découle le droit de liberté, mon )) projet est singulier en ce qu'il conseille de renoncer à tous les projets. I) et de rétablir la reli<jion chrétienne dans son essence et dans sa » vig-ueur. »
^ Genio del christianesimo. L. IV. C. 1 etseqq.
^ Il sera bon de lire sur cet article les lettres édifiantes des missionnaires. Paris, 1717 et l'ouvrage de Fleury sur les qualités nécessaires à un missionnaire.
En calculant tous les avantages de la tolérance politique, on les trouve bien inférieurs et aux inconvénients et aux dangers auxquels s'exposent les peuples qui l'admettent.
Variétés des Tolérantistes.
I. Comme l'esprit des ténèbres a répandu dans chaque siècle certaines erreurs qui ont dominé plus facilement sur l'opinion des peuples disposés à s'en abreuver, de même dans notre siècle, où l'on entend retentir partout les mots de philanthropie y de civilisation et de liberté , on ne pourrait trouver une erreur plus facile à pénétrer dans chaque coin du monde, que la Tolérance, autrement appelée indifférentisme. Celui qu'on pourrait véritablement appeler Veneur du siècle y ne se serait jamais élevé sur les ruines de la piété chrétienne, s'il n'eût profité des divers sens que l'on donne à ce nom, et s'il n'eût fui la lumière de la précision ( comme font du reste toutes les erreurs) , lumière qui aurait singulièrement contribué à détromper ceux qui s'étaient laissés séduire. On peut donc diviser l'erreur de la Tolérance en cinq espèces ; pour pouvoir bien les réfuter en particulier , il faut les considérer sous divers points de vue, et différentes sciences doivent à cet effet fournir les secours de leurs propres lumières. La première espèce appartient à ceux qui , suivant le dogme impie de Manès, prétendent que l'on peut obtenir le salut éternel, non moins que la félicité temporelle, dans toute religion quelconque \ La seconde comprend ceux qui n'admettent ces avantages que dans la religion chrétienne; mais qui les croient communs à la foi catholique, de même
' Que le premier auteur de Tindifférentisme ait été Manès, c'est ce qu'assure S. Eplphane. Haeres. Saec. IIL N. 66. Les ouvrages des incrédules suivants firent renaître cette erreur. Bayle, Commentaire philosophique sur ces paroles de J.-C. contrains-les d'entrer, ou traité de la tolérance universelle. Roterdam. 1713. — Rousseau, Contrat social. L. IV. C. 8. — Lettre à M. de Beaumont. — Lettres de la Montagne, lettre à M. de Voltaire, an 1756. — Voltaire, Traité de la tolérance, à l'occasion de la mort de Jean Calas, Paris, 1764. Cet opuscule entre plutôt dans les vues historiques et politiques que dans les vues théologiques, à raison du talent superficiel et enjoué qui est propre à l'auteur. On peut voir dans Raymond, L. IL C. 16, combien cette opinion s'est étendue en Hollande et dans la Frise.
qu'aux sectes hétérodoxes *. La troisième se compose de ceux qui, sans entrer dans les questions théologiques, se bornent à affirmer que le gouvernement doit protéger l'exercice public de toute religion quelconque, ou au moins des sectes chrétiennes, aussi bien que de l'Eglise catholique, pour faciliter les progrès de la prospérité nationale ^. La quatrième se contente d'engager les gouvernements à permettre au moins aux habitants de leurs états la profession publique de leurs cultes, et de ne prendre aucun intérêt à cette affaire ^ La cinquième enfin déclame contre les gouvernements qui font attention aux actions privées qui regardent la religion en quelque manière, et qui prétendent reconnaître des délits sur ce point, et les rechercher pour les punir *•
Contre quelle espèce de tolérance est dirigé le présent théorème.
IL Mon intention n'est point d'argumenter contre la première de ces erreurs, parce qu'il me semble qu'elle est déjà parfaitement réfutée par les simples lumières de la philosophie; puisque la supposition que toutes les religions sont indifférentes ne peut être soutenue en bonne philosophie..,. S'il y a du vrai et du faux , de l'ordre et du désordre dans toutes les religions considérées en général , pourra-t-on par
' Hobbcs, Leviathan, de clvlt. Christ. C. XLIII. Jean Locke, Lettre sur la tolérance. Cette lettre fut réimprimée par Voltaire, après son opuscule prémentionné. P. 209 etsuiv. — Picennino,dans l'Apologie. C. XIX. p. 501, soutient la même doctrine. — D'Huisseau, Réunion du christianisme. — Jurieu. Le vrai système de l'Eglise. L. II. C. 25. — Lecene, conversations où l'on montre quelle tolérance doivent avoir les chrétiens, et sur la liberté des opinions. Amsterdam, 1687.
2 Smith, Richesse desNat. T. IV. L. V. Ch. L — Vattel, Le droit des gens, L. I. C. 12. — Bodinus, de rcp. Lib. IV. C. 7. p. 735 et seqq. Francofurti. 1709. — Raynal, Hist. philosoph. et polit, du commerce. T. VI. p. 292. — Bentham, Traités de législation. T. I. C. 3. T. 11. C. 3. T. 111. C. 18. — Anon, (Tiry Baron d'Holbach), L'intolérance convaincue «le crime et dans des bornes de folie. Londres , 1769.
^ Anon. (Yvon), Liberté de conscience. Londres, 1754. — De lléal, Science du gouvernement, T. IL C. 7. — Thaddsei De Trautmansdorf, De tolerantia ecclesiastica et civih. C. 14 et seqq. p. 301 et seqq. Ticini 1783. — Anon. Questions sur la Tolérance. C. a. p. 55 et suiv. Genèv»*, 1758. — Daunou; Essai sur les garanties individuelles. Ch. IV et V. p. 66 et suiv. Cet auteur, en soutenant la tolérance des opinions, ne l'enten^l pas de celui qui professe une religion intolérante.
* Les auteurs seront mentionnés dans le théorème suivanL
THÉOR. T. I. S
hasard supposer en bonne philosophie , que l'Etre qui est l'inlelligeiice et la vérité suprême, ail refusé aux hommes, qui sont aussi des êtres intelligents, capables de connaître et de choisir, d'aimer et de haïr, tout moyen de distinguer le vrai et le faux dans leurs rapports avec lui ? que si l'homme peut distinguer le bien et le mal dans les difiFérentes religions, comment pourra-t-on supposer qu'il puisse rester indiiféreiità la vérité et à l'erreur, lui qui ne doit être indifférent à rien, et pour qui l'indifférence est même le caractère le plus décidé de la stupidité ' ? La réfutation de la seconde erreur est proprement du ressort des théologiens, auxquels il appartient de prouver que, hors de l'Eglise catholique romaine, on ne peut obtenir ni l'amitié de Dieu en cette vie, ni sa vision après la mort ^. Cette Eglise étant V arche unique pour échapper au naufrage *, ^^«Z>^V«^^ow spirituelle de Dieu, située sur la cime de la montagne *, la seule bergerie ^^ la nacelle de S^-Pierre ^, la seule bienainiée % l'épouse du Christ ^ , la colonne et le soutien de la vérité^. Supposé donc les démonstrations de pareilles doctrines, il reste trois erreurs que la politique éclairée doit réfuter d'autant plus fortement qu'elles ont été défendues par certains faux politiques. Destinant à l'examen de la dernière erreur le théorème suivant, je m'efforcerai de combattre dans celui-ci la troisième et la quatrième. Je démontrerai que
' De Bonald, Sur la tolérance des opinions. Spectateur français au XIX" siècle. T. IV. p. 72 et suiv.— La Mennais. Indiff. en mat. de rel. T. I. C. 4. — Amyraldus contra indifférentes. Lipsiœ , 1667. — Pictet, Traité contre l'indiirérence des religions. Genève. 1716. — Clarke, Traité contre la tolérance.
2 Gotti, La Vera Chiesa. T. I. C. 17. p. 601 et seqq. Bologna, 1719. — Bellarmin. Gontrov. de Eccl. mil. L. III. C. 1 et seqq. — Bossuet, VI. Ayertiss. aux protestants. III. P. 5. et suiv. — Nicole, Traité de l'unité de rKglise, ou réfutation du système de M. Jurieu. Lux. 1727. — Thomassio. Traité de l'unité de l'Eglise, et des moyens que les princes chrétiens ont employés pour y faire rentrer ceux qui en étaient séparés. Paris , 1686. — Wallembourg, de Gontrov. Tract IL — Gonformité de la conduite de l'église de France avec celle d'Afrique pour ramener les Donatistes. Paris, 1685. Tout ce qui est écrit par ces plumes très-habiles était dirigé vers la défense de la décision de l'EgUse. Goncil. Later. Gap. 1. « Una est universalis ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur.»
' I. Pet. 111. 20. V. les interprètes sur ce passage et sur les suivants. — -Ibid. IL 5,Isai.lL2.
•' Joan. X. 16. — « Matth. Vlll. 23. V. S. August. Epist. ad Donatum. XLIII. — ' Cantic. VL 8. — ' Apocal. XXL 9. — » 1 ad Timoth. III. 15.
les avantages de la tolérance politique (tant de celle qui protège que de celle qui permet la diversité des cultes chez une même nation ) , sont loin de contrebalancer les inconvéiiients et les dangers auxquels s'exposent les peuples qui l'admettent. Nous commencerons par signaler ces inconvé- 7iients et ces dangers; nous calculerons ensuite les avantages.
La tolérance est un tourment et un danger pour le gou^ vernement.
III. Il faut, avant tout , convenir du principe suivant qui est de la dernière évidence, c'est que quiconque gouverne un état doit incontestablement mettre en sûreté sa conscience et son honneur même dans les opérations qu'il se propose d'entreprendre pour le bien public. La politique étant en effet une partie de la prudence \ et le premier et général devoir de la prudence étant de diriger versle bien les actions de chaque individu % le prince, et quiconque en remplit les fonctions, ne peut lui-même se précipiter dans le mal sous prétexte de se rendre utile à la communauté; autrement la condition du prince serait pire que celle d'un sujet quelconque, qui ne doit jamais trahir sa conscience ni son honneur *, et cette sentence infaillible qui dit qu'on ne doit pas faire de mal pour qu'il en arrive du bien * ne serait pas vraie. D'après cela je ne comprends pas comment un prince peut jamais, sans une perpétuelle agitation de conscience, et sans faire preuve de la plus misérable hypocrisie, protéger différentes religions, tandis qu'il croit qu'il n'y en a qu'une seule qui soit véritable et salutaire. Quiconque protège un faux culte , l'approuve, le fomente et encourage ses adhérents, comment pourra-t-il jamais faire cela sans remords et sans opprobre ? Si cela ne conviendrait point à un esclave, dont le propre partage est le mensonge ^, comment pourrat-on en faire l'éloge dans un prince, chez qui Vimposture est une véritable indécence ^? Il y a plus ; c'est qu'en tolérant un culte faux, lorsqu'il pourrait en éloigner ses sujets, (je ne
' S. Thom. Siimm. Theol. II. 2. Quœst. L. art. 2. — ^ i^em. ibid. Qusesf . XLVIl. art.,11. — Udem.ibid.art. 12. — " Ad Roman. Ht. 8. — ^' Dans les saintes Ecritures le mot W7\2 mentiUts est. se prend souvent pour ^D|* servivit, pour exprimer la bassesse du mensonjre, ctla facilité des esclaves à le commettre. V. Psalm. XVlï. 46. LXV. 3. —^ Proverb. XYII. 7.
100 PREMIÈRE PAKIiE.
parle point ici des princes qui ne peuvent détruire les fausses sectes dans leurs états), il se trouvera souvent réduit à la dure nécessité de le louer, de le soutenir et de prendre même, pour l'augmenter, des dispositions que les sectaires exigeront à grands cris de l'autorité constituée; et comment, en faisant tout cela , donnera-t-il des preuves suffisantes de zèle pour sa religion ? ne fera-t-il pas plutôt voir de la faiblesse et de la timidité, en comprimant ses vœux les plus saints ? Partant il manque à son devoir essentiel , qui est d'avancer, par tous les moyens possibles, la véritable félicité publique '; puisque, si on ne peut l'attendre que de la véritable religion, et qu'il en soit persuadé^, il ne devra pas voir avec indifférence l'erreur avec ses conséquences temporelles et éternelles, chez les nations confiées aux soins de sa prévoyance \ Rousseau a dit : Ceux qui distinguent V intolérance civile et U intolérance théologique , se trompent, à mon avis; ces deux intolérances sont inséparables *. Une pareille proposition est très-fausse dans le sens que l'auteur a voulu lui donner, c'est-à-dire pour faire voir que les catholiques y comme intolérants ^ ne peuvent s'associer avec d'auUes religions; c'est pour cela qu'elle a été réfutée par Malipiero ^, par Tardiani^, par Malizia^, etpar d'autres. Mais d'un autre côté , elle est très-vraie en ce sens qu'un prince véritablement catholique ne sera point tolérant^ quand il pourra ne pas l'être; ou si en ce cas il est tolérant, il fera voir qu'il n'est point catholique. Enfin le prince tolérant devient facilement indifférent , et un prince indifférent sur la religion creuse sous son trône une mine qui un jour n'y laissera qu'un monceau de ruines ^ Ce qui est dit du prince peut encore s'étendre à quiconque a part au gouvernement.
• S. Ttiom. de regimin. princip. ad regem Cypri. L. I. C. 8 et seqq. 2 V. ci-dessus. Tliéor. III.
^ S. Thom. de cruditione principis, L. VI. C. 7.
* Contrat social. Liv, IV. cli. 8.
^ Il trionfo délia verlta,ossia confutazione del contratto sociale. T II. p. 130 et scqq. Venezia, 1818.
^ Esame analitico del contratto sociale. T. IL p. 382 et seqq. Lucca,
^ Oper. postum. Riflcssioni sul contratto sociale, p. 300 et seqq. Napoli, 1822.
8 L'Ami de l'homme. Tom. II. p. 163.
La tolérance affaiblit la concorde dans la nation.
IV. Mais alors qu'il voudrait sacrifier à la tolérance sa couscience et son honneur, serait-ce pour la nation un bien qui méritât d'être préféré à l'unité de la religion ? non certainement. Le plus grand châtiment d'une nation est celui dont Dieu a fait la menace en ces termes : « Le peuple se lancera, homme contre homme, voisin contre voisin, l'enfant se soulèvera tumultueusement contre le vieillard, le plébéien contre le noble *. » Chacun sait combien les anciens ont dit de choses en faveur de l'unanimité et de la concorde de tous les ordres pour défendre la patrie ^ et combien ils ont cru qu'il n'y avait rien de plus utile ' ; d'un autre côté on n'a jamais cessé de déplorer les malheurs d'une nation où les lois n'avaient pu parvenir à la sauver des discordes civiles *. Or c'est précisément de la religion , et principalement de la religion chrétienne, que la politique attend la parfaite union des esprits. C'est ce qui a fait dire à Montesquieu : La religion chrétienne , par l^ établissement de la charité ^ par un culte public ^ par la participation aux mêmes sacrements, semble exiger que tout s'unisse ^ Qu'arriverat-il donc quand , par suite de la variété des sectes, ce lien d'union viendra à manquer aux peuples ? Qu'arrivera-t-il quand ce lien se changera en principe de discorde, et que cette discorde deviendra d'autant plus dangereuse que les individus de l'état seront plus attachés à leur propre religion ? Bodin, quoique partisan delà tolérance, avait donc bien raison de dire, que la diversité des religions était per-
• lsai,III. 5.
^ Cicer. Epist. Famil. L. XII. cp. 15. "
* Idem. Epist. ad Attlcnm. VU. 15. et souvent dans cet ouvrage.
'* Paroles célèbres de Vegèce, de re milit. L. 111. C. 10. « nulla enim vel minime natio potest al) adversariis perdeleri, nisi propriis simultatibiis se ipsa consumscrit; nam civile odinm ad inimicorum perniciem prîcceps est, ad utilitatem suœ defensionis incautum » Avant lui Tite-Live avait dit. Hist. Lib. II. C. 44. « in spem vcntum erat discordia intestina dissolvi rem romanam posse; principesque in omnium Hetrurise populorum concilio fremebant, aeternas opes esse romanas, nisi inter semetipsos seditionibus sœviant; id unum venenum . eam labem civitatibus opulentis repertam, ut magna impcria mortalia esscnt. » Et Varron. Vit. pop. Rom. L. I. p. 58. Dordr. 1619 , dit aussi : « Distractione civium elanfruescit bonum proprium civitatis, atque segrotarc incipit et consenescere.»
' Esprit des lois. L. XIX. C. 18.
102 PBEMIËRE PARTIE.
nicieuse à l'élat à cause des discordes qu'elle a coutume de produire; il allègue l'exemple de la Suède, de l'Ecosse, de l'Angleterre, du Danemark, de la Suisse et de l'Allemagne, ok eurent lieu les plus graves calamités et les perles les plus désolantes de personnages honnêtes et d'un très-grand mérite \ Un autre politicpie non moins tolérant convint (pi'un principe de destruction pour le corps helvétique était la différence de religions et que cela était aussi un très-grand inconvénient en Pologne^. Quelle concorde en effet peut-on attendre des peuples dont l'un croit l'autre excommunié, tandis que l'autre le raille comme trompé et séduit? il est bien difficile que la concorde civile ne soit point altérée tant que la discorde repose sur le fondement même de cette concorde; et dans ce sens on peut louer ces paroles du coryphée de la tolérance , c'est-à-dire de Rousseau : qu'il est imfossihle de faire vivre en paix les personnes qui pensent différemment en matière de religion ^ et que cela ne réussirait pas même aux anges l
Elle fait "perdre la religion aux peuples.
V. Que si le mal de la discorde ne semble point grave au politique, il ne pourra du moins disconvenir que l'irréligion ne soit en elle-même et dans ses effets le plus terrible bouleversement d'une nation, qui comme nous l'avons démontré * a coutume d'entraîner définitivement sa dissolution. Or dans un peuple partagé entre diverses religions les disputes continuelles entre citoyen et citoyen sont inévitables; si ces disputes sont acharnées et perpétuelles, qui peut calculer les événements qu'elles pourront amener ^? si au contraire elles sont rares et froides, c'est un signe très-certain que les peuples ont cessé de prendre intérêt à leur propre religion, que de la tolérance ils passent à l'indifférence ,
' De republica. L. IV. C. 7. p. 752. Francofurti, 1709. Cette vérité y est longuement démontrée.
- M. de Real, Science du gouvern. T. II. ch. 7. sect. 8. n° 115, et sect. 15. n°22l.
3 Emll. ïom.III. p. 140. n° 1. Amsterdam, 17G6.
* Voyez ci-dessus. Théor. III.
^ Bodin, de Rep. L. IV. C. 7. p. 753. Francofurti, 1709. Au sujet des inconvénients civils de ces disputes, voyez Dion Cassius, L. II. p. 561. edit. Steph. Diodore de Sicile, L. II. C. 4. Juvenal, Sat. XV, vers. 35 et seqq.
SEPTIÈME THÉORÈME. lOS
et de Vmdifférence au mépris, puis à l'irréligion \ Platon, dans sa république^, et Gicéron, dans l'Académie ne voulaient point que Von disputât même en badinant contre f existence de Dieu ', parce qu'ils comprenaient bien que le peuple, au seul sentiment de ces controverses, commençait à douter ; et il suffit du doute pour relâcher la bride que l'idée d'un juge éternel a mise à ses passions, ce qui arrive facilement aux hommes corrompus qui cherchent à se faire illusion à eux-mêmes par des pensées propres à flatter leur propension à l'impiété , et à émousser les remords de leur conscience ^ D'un autre côté, quand bien même les altercations religieuses viendraient à cesser, il suffirait au peuple, pour se défier de sa propre religion, de voir seulement que plusieurs personnages réputés savants et vertueux , exercent un autre culte et se moquent de celui des autres ^; il suffirait, dis-je, d'observer que le prince avec ses ministres protège différentes religions, on ne s'embarrasse point de leur différence , pour voir répandre dans les esprits cet indifférentisme théologique qui détruit en peu de temps toute religion ". « Enfin la secte philosophique ayant pour but de détruire la religion et les monarchies, a prêché depuis longtemps une tolérance illimitée, et afin d'en faire goûter l'idée aux peuples, elle a employé toutes les couleurs de la rhétorique à peindre et à exagérer les maux occasionnés par l'intolérance. » En effet, parmi les moyens destructifs de la vraie religion, il n'y en a pas de plus efficace que la tolérance illimitée de toutes les hérésies. C'est pourquoi, si les saintes Ecritures nous exhortent à rester fermes dans la foi ^, il faut dire qu'il est facile de la perdre; si elles nous portent à
* Tassoni, La religione dimost. e dlfesa. T. III. p. 287. Pisa, 1817.
^ Platon, de leglbus, L. X. vers la fin.
^ « Mala et imnia consuetudo est disputandi contra deos, sive ex anlmo id fiât, sive simulate.» De nat. deor. Lib. II. in fine.
'* Segneri, L'incredulo senza scusa. L. I. C. 2. — Valsecchi, Fondamcnti délia religione. L. ï. C. 1. — Clarke. Démonstrat. de l'existence de Dieu , ch. I, ^ 2. Cette grande vérité confirmée par l'expérience de chaque jour, a été exprimée par l'Apôtre, dans les termes suivants: « Quelques-uns, pour repousser les remords de la conscience, ont fait naufrajife dans la foi.» ï. adTimoth.I. 19.
^ La Mennais, Indift'. en mat. de rel. T. 1. C. 4 et seqq. — *^ Woodward, Serm. III. dans le recueil de Burnet, Défense de la religion, T. IV. La Haye, 1741. — Gibson, lett. pastor. sur la cause du tremblement de terre. p. B8. — ^ i. Pétri V. 9.
n'avoir aucun commerce avec les hérétiques *, il faut dire que c'est parce qu'il nous offre une puissante occasion de'prévariquer. En effet, la tolérance en France, a fait tomber siniullanement la religion et la monarchie ^. El afin qu'on j l'espère point corriger les méchants en les tenant au milieu fies gens de bien, qu'on lise Fauteur qui a démontré expressément la vanité d'une telle espérance, et le péril évident où s'exposent les innocents en fréquentant des hommes vicieux'.
Elle est dangereuse à l'égard des officiers du gouvernement.
VI. En outre les deux résultats inévitables de la tolérance, ('esl-à-dire la discorde et l'irréligion, acquièrent une force incomparablement supérieure du côté des officiers du gouvernement. Comment voulez-vous qu'ils soient? Tous d'une seule religion, ou de diverses religions indifféremment? Dans le premier cas, vous mécontenterez les partisans de l'autre, l^arce que chaque citoyen croit avoir droit aux emplois publics *. Et il y aspirera d'autant plus qu'il désirera davantage protéger ceux qui pensent comme lui ^ Se voir fermer toutes les voies aux dignités puVjliques, cela ne peut produire que des sujets dégoûtés du gouvernement, et l'on ne connaît que trop les conséquences malheureuses d'un tel dégoût ^ Si au contraire vous élevez indifféremment aux emplois les sectateurs de tout culte quelconque, vous n'obtiendrez jamais que chacun ait une égale déférence pour tous, et vous ne préviendrez point les partialités, les mépris, les disputes entre officier et officier, qui sont inévitables dans une si grande diversité de sentiments ''. Si ensuite vous trouvez
' II. Joan. 10. — 2 Spedalieri, De' diritti dell' iiomo. L. VI. c. 19.
^ Pamelius, De religionibus diversis non admittendis. C. III. p. 17 et seqq. Antverpise, 1589.
'* Smith, Richesse des nations. T. III. L. V. eh. I.
^ Cela naît du penchant naturel à défendre sa propre religion. V. De Veîez, preservatlvo contro la irreligion. n° 1, p. 5 et seqq. Madrid, 1812.
^ De Real, Science du gouvernement. Part. YI. sect. l et suiv. et T. IV. ch. VI. sect. 7. n°36 et suiv.
^ Montesquieu veut que là où existe la tolérance, les peuples soient obligés de se tolérer. Esprit des lois. — Schedoni a enseigné la même doctrine. Deîle influenze morali. T. II. p. 203. Modena, 1815. Mais en vérité, à peine pourra-t-on obtenir de cette obligation, que Ton ne trouble point la tranquillité publique: et on n'en obtiendra jamais cet intérêt réciproque que
SEPTiÈxME THÉORÈME. lOS
des officiers apathiques en matière de religion , el si vous parvenez même à les trouver encore tous ainsi (ce qui d'ailleurs peut à peine s'imaginer), sachez que ces hommes n'ayant point d'affection pour leur religion, n'en auront ni pour la morale, ni pour le bien public *. Ils seroiit, ou du moins on les croira, en raison de leur indifférentisme , des hommes irréligieux, et cela produira nécessairement déplus grands ravages que ceux que le seul prince irréligieux pourrait causer aux nations qui lui sont soumises ^ Enfin si ces officiers de diverses religions ont la conscience un peu délicate et se piquent un peu d'honneur, ils se verront toujours tourmentés , soit en favorisant des choses qu'ils croient mauvaises, soit en feignant des sentiments qu'ils n'éprouvent pas réellement au fond de leur cœur'.
Les nations s'accordent à reconnaître les inconvénients de la tolérance.
VII. Tous ces inconvénients, tous ces dangers auxquels la tolérance expose les nations, furent bien connus des anciens législateurs et des peuples qui suivirent leurs institutions. En commençant par les Israélites, qui ignore les très-saintes lois par lesquelles Dieu leur interdit d'avoir communication avec les idolâtres '*, de se lier d'amitié avec eux *, et même de prendre leurs filles ou de leiu- donner les
prennent les citoyens et principalement les magistrats aux institutions publiques, parmi lesquelles on compte la religion, quand elles ne sont pas opposées à leur propre manière de penser.
' Voyez ci-dessus. Théor. 111. CoroU. V . Platon voulait que, dans toute république bien constituée, le premier soin fût d'établir la véritable religion et non celle qui reposait sur la fausseté et sur des fables, il ordonnait aussi que les magistrats fussent instruits dès leurs premières années dans cette véritable religion. De rep. IL p. 336 et seqq. Edit. Steph.
^ De Real, Science du gouvern. ï. IV. C. IX. § 3.
^ Ils seront toujours tourmentés par le souvenir de ce devoir qu'expose S' Augustin, en parlant de quiconque participe à l'atitorité publique, et particulièrement des Souverains: « In hoc, sicut eis divinitùs prœcipitur, Deoserviunt. in quantum reges sunt, si in suo regno bona jubeant, niala prohibeant, non solum quae pertinentad bumanam societatem, verumetiam quae pertinent ad divinam religionem. » Contra Cresconium grammaticum. L. III. C. 51.
* Exod. XXIIl. 33. Non habitent (gentes) in terra, ne forte peccare te faciant in me, si servieris diis eorum. quod tibi certe erit in scandalum.
^ Ibid. XXXIV. 12. Cave ne umquam cum habitatoribus terrœ illiusjungas amicitias, quae sint tibi in ruinam.... Ne ineas pactum cum hominibus
leurs pour épouses *. Dans la nouvelle loi , ne nous défend-on pas de communiquer avec l'apostat ^, de prendre de la nourriture avec l'hérétique, d'avoir part avec lui, de rester son voisin * et même, de lui donner le salut *. D'un autre côté les Égyptiens haïssaient les étrangers qui professaient un culte différent du leur ^ Platon dans ses lois, défendait aux particuliers d'avoir des divinités non reconnues par la république^ de se créer des rites à leur fantaisie, et de se faire une religion à leur mode^. En outre, comment les Grecs agirent-ils à l'égard de Socrale ^ ? Gomment obligèrent-ils les hommes à jurer de défendre leur religion paternelle à l'exclusion de toute autre ^ ? Et puis on connaît la rigueur des Romains à n'admettre ni divinités m religions étrangères ^ L'intolérance universelle donna naissance à la persécution suscitée contre les premiers chrétiens, par les peuples païens '°, et spécialement par certains empereurs, qui furent les plus renommés pour leur politique". La per-
illarum reglonum. Voilà précisément ce qui a fait dire à Tacite que les juifs avaient adversus omnes alios hostile odium. Hist. L. V. C. 6.
' Deuteron. Vil. 2. Nonsociabis cumeisconjugia. Filiamtuam non dabis iilio ejus, née filiam illius accipies filio tuo, quia seducet filium tuum.
^ Matth. XVlll. 17. Si ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.
^ I. AdCorinth, V. 11. Cum hujusmodi nec clbvmi sumere. 11. Ad Corinth. VI. 15. Qusc pars fideli cum infideli? Ad Tit. 111. 10. Hsereticum horainem post unam et secundam correptionem devita.
'' 111. Joann. 10. Si quis venitad vos, et banc doctrinam non afFert, nolite recipere eum in domum, nec ave ci dixeritis : qui enim dicit illi ave, communicat operibus ejus malignis.
" Gènes, XLlll. 32. — Herodot. L. 1. n° 41. D^odore de Sicile, L. U.C. 4. — Juvenal. Sat, XV. Vers. 29 et seqq. — '' De legib. X. in fine. — ^Diogen. Laert. L. 11. Vit. Sucrât.
® Stobœus, de rep. Serm. XLl. V. le livre intitulé: L'accord de la religion et de l'humanité sur la tolérance, où l'on expose amplement le consentement des nations. P. 1 1 . ch. 1 , p. 72 et suiv. Paris, 1 762.
'^ Cicer. de leg. L. II. C. 19. « Separatim nemo habessit deos, neve novos; sed nec advenas, nisi publiée adscitos privatim colunto. » En voici la raison: « Suos deos aut novos aut alienigenas coli, confusionem habet religionum. » ibid. C. 25. 11 est vrai que ces lois étaient forgées par Cicéron , mais il les tira ou des lois qui étaient publiées, ou au moins des coutumes qui se trouvaient en vigueur chez les Romains. Ibid. C. 23.
'** On peut trouver deux opuscules sur ce sujet. L'un de François Bauduin a pour titre: Edicta veterum principum romanorum de 'christianis. L'autre de Gérard Vossius est intitulé : Comment, in Epist. Plinii de Christianis, et edicÉa Caesarum romanor. adversus Christianos.
"V. Bynkershoek, De religione peregrina. C. 2. Op. T. 111. p. 252 et seqq.
sécution procédait d'un bon principe mal appliqué, c'est-àdire que l'on connaissait le désordre qu'éprouve la société par suite du mélange des religions ; et ce principe était trèsvrai ; mais on redoutait le désordre même de la part de la religion qui venait faire disparaître le mélange des fausses religions, pour répandre universellement la vérité, la paix, l'ordre et le bonheur; et voilà en quoi consistait l'application erronée du principe. Du reste les persécutions que les hérétiques au commencement *, et les protestants dans la suite suscitèrent contre les catholiques ^, montrèrent tout à la fois leur haine pour l'Eglise dont ils s'étaient séparés, et la persuasion où ils étaient qu'on ne pouvait acquérir une prospérité permanente, en tolérant les diverses religions. C'est d'après ces considérations que Montesquieu enseigna que, quand le prince peut recevoir une religion dans un état, ou ne pas la recevoir j il faut qu'il ne la reçoive pas '^.
La tolérance ne 'produit pas V amélioration des mœurs et de l'industrie.
VIII. Mais quoi ? Montesquieu oublia sa propre doctrine, il recommande ailleurs la tolérance dont il expose les avantages suivants : les membres de la religion simplement tolérée « se rendent d'ordinaire plus utiles à l'état.... Toutes les religions contiennent de bons préceptes, et alors il est bon qu'elles soient observées avec zèle.... Les religions rivales ne se pardonnent rien entre elles, et par cette liaison , ceux qui les pratiquent sont plus exacts dans l'accomplissement de leurs propres devoirs *. » Mais j'en demande bien pardon à ce grand politique, de pareils avantages sont seulement calculés à table , et sans observer que l'histoire , maîtresse de la vie , n'a jamais rien enseigné de semblable. « De si faibles raisons , répliqua dans le temps un sage apologiste, ne peuvent établir un système contraire à mille expériences. La force et le bien-être d'un état consistent principalement dans l'u-
' Il suifit pour s'en convaincre de rappeler les persécutions suscitées contre les catholiques par les Ariens, les Manichéens, les Donatistes, et de dérouler les annales des empereurs Constance, Valens, Justin, Léon l'Isaurien, Constantin Copronyme, ainsi que des rois vandales qui dominèrent en Afrique.
2 Ferrand, L'esprit de l'histoire. T. 111. p. 349. Paris, 1805.
3 Esprit des lois. T. 111. p. 58. § VIII.
' Lettr. persan. Let. LXXXV- p. 222.
108 PREMIÈRE PA.RTiE.
îîion de ses membres, rarement celte union régne entre les sectateurs de divers cultes; ils n'ont qu'une émulation de société et de profil : je me dispense de le prouver : les annales du monde entier en sont de sûrs garants *. » Outre cela ces calculs de Montesquieu ne peuvent se soutenir même à table, parce que l'on comprend bien que, pour être simplement tolérés, les hommes ne s'efforcent pas toujours d'être plus vertueux, qu'au lieu de s'élever à un tel degré d'héroïsme, ils peuvent se laisser emporter par la passion du mépris pour leurs rivaux et pour le gouvernement ; qu'ils peuvent tomber dans le découragement, résultat ordinaire d'une tyrannie oppressive, qu'ils peuvent finalement abandonner leur propre religion, et suivre par hypocrisie celle d'autrui, n'avoir plus de confiance en aucune, et perdre les bonnes habitudes pour avoir perdu les solides principes ^.
Elle ne contribue pas no9i plus à l' aecroissement de la population y du commerce et de la richesse.
IX. Néanmoins les auteurs qui ont écrit sur l'économie politique, déclament contre la tolérance, parce qu'ils la croient indispensable à l'accroissement de la population , du commerce et de la richesse nationale '. Je n'entends pas obliger les princes à exclure toutes les fausses religions de leurs domaines, quand elles s'y trouvent déjà introduites, ou quand elles forment une partie intégrante de l'état. Je suggérerai dans les corollaires les moyens de ramener les égarés. Je dirai seulement que là où, grâce à Dieu, la tolérance ne se trouve pas établie, il ne faut pas l'introduire pour en attendre les avantages prémentionnés, parce qu'en supposant qu'on fût tout à fait certain de les obtenir, ils ne pourraient toutefois être mis en comparaison avec les graves inconvénients que nous avons un peu auparavant discutés. Le bonheur d'une nation consiste moins dans le grand nombre de ses habitants, dans la brillante étendue de son commerce, et dans la spécieuse abondance des richesses, que
' Gauchat,Gli apologisti délia relifjione. T. II. Let. 19.
2 Idem. Ibid. T. IV. Let. 43.
^ Smith, Richesse des nations. T. IV. L. V. ch. I. — Vatel, le droit dos gens. L. L ch. 12. § 135 et suiv. — Questions sur la tolérance, p. II. ch. 10. p. 55. Genève, 1758.
dans l'union des citoyens ', et dans leurs vertus ' ainsi que dans la facilité d'acquérir une future béatitude \ Ce fut par la concorde et par la probité que tant de répupliques de la Grèce* se distinguèrent, et que s'étendit la république romaine % tandis qu'on attribue la décadence de l'Empire*^ à la corruption des mœurs, par suite d'un défaut dérègle dans la population et de l'excès même de l'opulence. D'un autre côté nous voyons, sans que les diverses religions y Fussent tolérées, des villes célèbres par leurs nombreuses populations, par leur commerce et par leurs richesses; comme on en vit aussi beaucoup dans les temps anciens , lorsque le système de tolérance était inconnu. Louis XIV, en 1685, révoqua l'édit de Nantes^ fait en 1598, pour des raisons politiques très-urgentes , par Henri IV , en faveur des Calvinistes; mais la France ne s'en vit point pour cela moins peuplée et moins florissante, elle en fut au contraire longtemps plus unie et plus tranquille. Enfin il faut reporter de temps en temps la pensée à la cause suprême qui est Dieu , il faut se rappeler qu'en tolérant les fausses religions on porte toujours quelque préj udice à la véritable, dont les adhérents, faibles et chancelants quelquefois, reçoivent un grand scandale du mélange des cultes ^-^ il faut croire qu'il bénit particulièrement les peuples qui lui sont les plus fidèles ", et qu'il flagelle les princes qui se confient dans la puissance de leur nation, et croient avoir placé leur nid au milieu des étoiles ^ « Si, avec la politique, on pouvait enlever de la main
«Platon, Menex. T. IL p. 243. De rep. V. T. IL p. 460, 470 et seqq. Edit. stepli.
' Idem de rep. IV. p. 427 et V. p. 472. — ^ S. Aug[ustin, De civit. Dei. L. II. c. 28 et seqq.
* Bossuet, Discours sur fliist. universelle. P. III. ch. 5. p. 484 et suiv. Paris, 1681. — Mablv, Observât, sur les Grecs. L. L p. 2 et suiv. œuv. ï. V.Toulouse, I79l
^ Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, ch. 3. œuvres. T. V. p. 19 et suiv. Paris, 1788. — Mably, Observations sur les Romains. L 1 . p. 37 et suiv. œuvr. T. VI. Toulouse, 1793. — Gibbon, Hist. de la décadence de l'empire romain T. L ch. VIL p. 568. Paris, 1795.
^ Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Ch. IX et suiv. œuvr. T. V. p. 78 et sniv. — Mably, Observations sur les Romains. L. VI. p. 274 et suiv. œuvres. T. VL Toulouse, 1793.
' Exod. XXIII. 33. — Psalm. CV. 36. — « Ibid. C. 6. — » Abd. 4.
llO PREMIÈRE PARTIE.
de Dieu la disposition de toutes les fortunes terrestres, et s'en remettre soit à la discrétion du hasard, soit aux tentatives du jugement humain , je dirais aux tolérants qu'ils peuvent espérer d'atteindre un jour l'objet de leurs désirs au moyen de stratagèmes politiques. Mais l'Esprit-Saint déclarant par la bouche de l'Ecclésiastique que la prospérité est dans la main du Seigneur [in manu Domini prosperitas) * nous fait croire par la foi que ni les faveurs du monde entier, ni les circonstances les plus favorables de la fortune, ni les inventions les mieux combinées de la prévoyance humaine, ne peuvent avancer d'un pas les desseins d'un homme qui navigue sans la boussole de la grâce divine, et qui, à l'égal de Lucifer, veut se rendre heureux en se révoltant contre Dieu \
Elle n'est point nécessaire 'pour exercer l'hospitalité ^ ni pour la mériter,
X. Mais l'Achille des arguments dont les Tolérantistes font tant de parade, c'est que leur système propose la complète hospitalité envers tous les étrangers, qui y trouvent de plus l'avantage de se réunir pour honorer la divinité ou les divinités de la manière qui leur agrée le plus l Ils ajoutent qu'en se conduisant ainsi, on procure aux adhérents de sa propre religion le droit de se retirer sur les rives étrangères et d'y prétendre à la même hospitalité *. Il est facile de répondre à la première partie de cet argument que nous voulons bien nous montrer toujours hospitaliers envers les étrangers, mais non au point d'introduire pour eux, chez nos compatriotes, le scandale qu'on ne peut éviter en admettant la liberté des cultes. Les hétérodoxes peuvent donc venir chez nous, ils n'y seront point persécutés, ils y jouiront de la protection des lois; mais nous ne devrons point souffrir pour cela qu'ils répandent des maximes contraires à notre
• Ecclesiastic. X. 5.
^ Maisano, Dirett. cristiano-politico. L. I. C. 6. p. 27. Napoli, 1738. ^ Rousseau, Lettr. p. 65. — Anon. (Naigeon), Militaire philosophe. Ch.XX.
* Bayle, Commentaire pliilosophique, ou traité de la tolérance universelle. Discours préllm. p. 97, et part. L Chap. 5 et suiv. p. 180 et suiv. Roterdam, 171 3. — Anon. Liberté de conscience resserrée dans des bornes légitimes, p. 11. ch. 1 et suiv. p. 1 et suiv. Londres, 1754.
religion ni qu'ils élèvent leurs autels contre les nôtres '. On pourrait répondre à la seconde partie, que la véritable religion n'a rien à craindre de l'inhospitalité , parce que , protégée par son divin fondateur, elle s'est tracé une roule au travers des persécutions ^, et que le conseil de V enfer ne 'prévaudra point contre elle ^; et que le sang même des martyrs est une semence de chrétiens : et depuis le temps de la persécution, Dieu détruit les persécuteurs et fait triompher les persécutés *. On pourrait répondre qu'aucun gouvernement n'a rien à craindre de la religion catholique, parce que plus que toute autre elle inspire la charité et la subordination ^; raison pour laquelle ses ennemis l'ont accusée de rendre les esprits trop serviles et trop soumis à leurs supérieurs l Et tout ce qui a été dit pour la calomnier en la re-
^ Nonnotte, Dict. philos, de la rel. T. IV. Art. tolérance. 11 répond aux difficultés philosophiques proposées par les tolérantistes aux catholiques. p. 337 et suiv.
^ S. Joann. Ghrysost. hom. utrum Christus sit Deus. oper. T. I. — - S. Augustin. De civit. Dei. L. XVIll. c. 50 et seqq. — S. ïhom. Contra gentiles. L. 1. c. 6.— ^^ Matth. XVI. 18.— "TertuUian. Apologet. c. L. in fine.
^ V. le bel ouvrage de Lactance, de mortihus persecutorum , où il démontre que « qui adversati crant Deo jacent; qui templum sanctum evcrterant, ruina majori ceciderunt; qui justos excarnificaverant , cœlestibus plagis, et cruciatibus meritis nocentes animas profuderunt, » etc. c. I.
^ Filangieri, Scienza della legislazione. L. I. c. 17. p. 236. Napoli, 1784, fait de notre religion l'éloge suivant : a une rehgion qui n'altère point, mais qui perfectionne la morale: qui ne détruit point, mais qui garantit la société et l'ordre pubhc;qui aux menaces des lois contre les délits, joint celles d'un juste juge, contre la rigueur duquel ne peuvent gxirantir ni les ténèbres, ni les toits domestiques; une religion qui arrête et dirige toutes les passions, qui ne se montre pas seulement jalouse des actions, mais encore des désirs et des pensées; qui unit le citoyen au citoyen, et le sujet au souverain; qui désarme la main de rolTcnsé en même temps qu'elle ordonne aux magistrats de punir les torts qu'il a reçus ; qui prescrit un culte , qui ordonne certaines pratiques rehgieuses dont Ihomme est dispensé aussitôt que les besoins de l'état l'exigent ; une religion, dis-je, de ce caractère, ne doit pas beaucoup embarrasser le législateur. » Cet écrivain qui h plusieurs vérités utiles a souvent mêlé des erreurs très-pernicieuses, dont quelques-unes SCI ont réfutées en temps utile, en commençant son argumentation sur la religion, p. 260, pose pour principe que, dans l'enfance des nations, la religion a été plutôt un culte, qu'un assemblage de dogmes.... On commença dès lors à croire que les dieux devaient récompenser les vertus et punir les délits. On remarque ici deux erreurs dont l'impiété a été démasquée par plusieurs apologistes, lorsqu'ils ont réfuté les extravagances des matérialistes. C'est pourquoi il n'entre pas dans mon plan de les censurer. Premièrement on suppose dans les peuples primitifs une rehgion sans un assemblage de dogmes; comme si les pratiques du culte pouvaient
présentant comme turbulente et sanguinaire ', a déjà été pleinement démenti ^ Mais je me contenterai de répondre que les hérétiques ne peuvent pas exiger de notre part la tolérance dont ils nous sont redevables, parce que nous restons fermes dans la religion de leurs propres pères, dans la religion pour le soutien de laquelle ceux-ci ont même versé leur sang, et dans laquelle ils conviennent aujourd'hui qu'on peut assurer son bonheur éternel '. Notre intolérance, qu'on voudrait regarder comme une injustice et une dureté, est au contraire une maxime d'équité qui forme le caractère et la gloire de la religion. L'erreur est contrainte de tolérer, elle se multiplie, elle n'a aucun droit ni de s'établir, ni d'exclure d'autres opinions même fausses. Elle ne peut, sans la plus grande témérité, prétendre régner seule, sa nature même lui imprime un caractère d'indifférence et de tolérance. Par une opposition inévitable, la nature même de la vérité est ce qui la rend ardente et intolérante. En eff'et, la vérité essentiellement une ne peut ni se diviser ni se multiplier; pure et sans tache, elle ne peut jamais souffrir l'erreur ; elle a droit de se présenter aux hommes, de pleine autorité, et d'exiger leurs suffrages. La rejeter , c'est se condamner soi-même parce que nous sommes faits pour la vérité ; voie unique vers la vie éternelle, toute autre aboutit à la mort. Il convient donc qu'en exposant à la vue ses prérogatives, elle proscrive tout ce qui tendrait à lui enlever ses adorateurs. Telle est l'origine de l'intolérance de la religion catholique \
s'exercer sans l'intime persuasion des notions relatives à la Divinité : on suppose enfin des conséquences sans principes et des effets sans causes. On prétend en second lieu qu'un des dogmes postérieurement connus, c'est ('Immortalité de l'âme, pour trouver les récompenses et les châtiments de l'autre vie : tandis que c'est là le fondement de toute religion quelconque, même de la plus imparfaite, et c'est la plus ancienne doctrine du genre humain qui lui a été enseignée par la voix même de la nature. Rousseau, Contrat social. L. IV. ch. 8.
' Personne n'a traité ce sujet d'une manière plus envenimée que Voltaire, dans son poëme de la Henrlade.
2 11 suffit de citer Gauchat, Gll apologisti delta religlone. T. III. p. 7 et suiv. Roma, 1783.
3 Nicole, L'unité de l'Église. L. I. c. 10. — Bossuet, Avertlss. aux protestants, m. p. 5 et sulv. — Gottl, La vera Chlesa. T. I. p. 601 etsuiv. Bologna, 1719.
* Gauchat, Gli apologisti délia religlone. T. II. P. I. p. 38 et seqq Voir aussi le Tom. XIII. p. 17 et seqq. Roma, 1783.
COROLLAIRES
Le prince hérétique doit tolérer les catholiques.
I. Ce n'est pas ici le moment de tirer des inductions pour donner des règles de conduite aux princes idolâtres et musulmans, parce qu'à coup sûr ils n'écouteraient pas nos conseils, de même qu'ils ne se laisseraient point persuader par les ridicules diatribes de Voltaire, de Rousseau, de Mirabeau, qui ont proposé à leurs cabinets le projet de la tolérance. Il convient de rappeler aux gouvernements hérétiques que, selon les principes mêmes de leurs sectaires, ils ne peuvimt persécuter, expulser, empêcher le culte catholique, parce qu'ils ont toujours confessé qu'en mourant dans le sein de l'Eglise romaine, comme avaient fait leurs ancêtres jusqu'à la malheureuse époque de la séparation, on peut obtenir le salut éternel; et leur tolérance théologique envers nous est précisément ce qui nous donne le droit irréfragable de prétendre encore à la tolérance politique. En outre, étant eux-mêmes obligés de connaître la véritable religion , à peine ouvriront-ils les yeux à la démonstration lumineuse que présente d'elle-même la foi catholique, qu'ils reconnaîtront, grâce à Dieu, qu'elle est la plus favorable à la société, et qu'ils répéteront plutôt : Il faut une malice diabolique pour persécuter une religion aussi belle : quelle religion veut-on que Von observe y si l'on défend de suivre celle-ci 'f
Que les princes catholiques n'introduisent point d'autres religions dans leurs états.
II. Que le prince catholique qui a l'avantage de ne point avoir d'autres religions dans ses domaines, veille à ne pas y en introduire, et conserve soigneusement une aussi précieuse position. S'il était négligent ou faible dans cette affaire, il manquerait à ses devoirs envers Dieu, en ne soutenant point l'unique culte qui lui soit agréable ; envers luimême , en approchant de son trône des torches pour le réduire en cendres, et envers le peuple, en attirant sur lui tous
' Ce sont les paroles d'un païen instruit par nos missionnaires au Ton-
Iuiu; on les lit dans la lettre du 6 juillet de l'année 1799, qui se trouve ans le recueil imprimé à Rome en 1806. T. II. p. 42.
les malheurs dont nous avons déjà parlé. Au contraire, s'il éloigne du peuple le scandale, il en évitera les châtiments*, et en montrant du zèle pour les lois et pour la doctrine de l'Eglise, il affermira son règne ^ et la justice y et l'abondance de la paix domineront pendant la durée de ses jours '.
Qu'ils les souffrent sans les protéger ^ quand ils les trouvent déjà établies.
III. Mais comment fera-l-on, quand l'erreur se trouvera déjà répandue dans l'étal et établie chez un grand nombre de sectateurs ? Bien que le prince ne puisse jamais l'approuver, la prudence veut toutefois et exige qu'il le tolère et qu'il dissimule, si les sectaires sont tranquilles, pacifiques et soumis aux lois, un zèle indiscret et intempestif pouvant être plutôt préjudiciable. De plus l'influence des opinions religieuses dans la société civile, est sujette, comme tout le reste du monde, aux vicissitudes du temps. Les esprits échauffés dans le principe, se refroidissent peu à peu.... C'est donc aux circonstances à décider quels moyens le prince dans sa sagesse devra mettre en usage, sans jamais perdre de vue le grand avantage de la religion catholique dominante *. Quant aux expédients favorables pour ramener à cette unique bergerie du Christ les pauvres brebis égarées, nous nous proposons de les examiner dans le théorème suivant.
Le gouvernement ne doit point tolérer les ennemis publics de la véritable
religion.
Connexité de cette thèse avec la précédente. — Quels sont ceux qui l'attaquent ?
I. Papin, prêtre de l'église anglicane, et qui depuis, touché par la grâce céleste, retourna dans le sein de l'Eglise catholique, faisait cette sage réflexion, que les raisons pour lesquelles les tolérants veulent exclure de leur tolérance les ennemis du christianisme ^ rendent tous ceux à qui ils voudraient qu'elle fut accordée y indignes d'être supportés ^ Son
' Matth. XVIII. 7. — 2 I. Paralip. XVII. 12 et seqq. — ^ Psalm. LXXI. 7.
* Tassoni, La religione dimostrata e difesa, T. III. p. 288. Pisa. 1817. ^ Les deux voies opposées en matière de religion. P. II. Sect. 1. n° 13.
raisonnement suppose le principe universellement soutenu par les protestants, que le gouvernement ne doit pas tolérer ceux qui font profession d'athéisme ; il suppose d'un autre côté que le gouvernement veut souffrir au milieu du peuple ceux qui professent publiquement l'hérésie; et il démontre qu'une telle conduite se contredit elle-même et qu'elle est pernicieuse à l'état. Pour éviter une pareille absurdité, on peut suivre deux roules diamétralement opposées, et les politiques les suivent effectivement. La première étend la tolérance à tous ceux qui répandent les maximes les plus impies contre la religion, et qui vont jusqu'à nier, tant dans leurs discours que dans leurs écrits, l'existence de Dieu, la liberté de l'homme, l'immortalité de l'âme, enfin toutes les vérités qui sont le fondement de la religion, de la morale et de la société. C'est celte route que suivit malheureusement Bayle, qui, dans un ouvrage expressément composé sur ce sujet, à fourni aux tolérants toutes les armes dont ils se sont servis pour défendre leur système ^ Rousseau , non content de l'apologie qu'il avait faite de la tolérance, dans plusieurs lettres^, voulait brûler quiconque oserait en accuser un aU" tre d'athéisme ^ Voltaire , non-seulement à l'occasion de la mort de Jean Galas , déclama contre l'intolérance*, mais il enseigna partout que quoi qu'on croie, on 'parle et on écrive sur la religion^ tout est parfaitement indifférent à la republique ^ Zimmermann , en proposant la question de savoir si les impies^ qui professent l'impiété, non-seulement dans quelque secrète réunion d'amis, mais encore publiquement et librement, et la défendent tant de vive voix que par des écrits, doivent être punis de peines civiles et même du dernier supplice, s'efforce de la résoudre négativement, et cite pour sa justification de longs passages de Feischer et de Sack qui soutiennent la même erreur ^ L'auteur du livre intitulé : Ves-
' Commentaire philosophique sur ces paroles de J.-C. Contrains-les d'entrer, ou traité sur la tolérance universelle. Rotterdam, 1713.
^ Lettre à M. de Beaumont. — Lettres de la Montagne. — Lettre a M. de Voltaire, an 1756.
^ Nouvelle Héloïse. part. 5. 1.5.
• Traité sur la tolérance. Paris, 1764.
^ Epitaphe de M'"" Lecouvreur, discours VI sur l'homme , et mélanges. Ch. XXVII. — Anon. (Naigeon), Philos, mil. C. 111. P. IlL N°. 7.
•^ Meditationes part. Xll. Num. 7. Num athei pœna civili, vel etiam supplicio capitis aflici possint. Tiguri.
prit de Jésus-Christ ^ se propose de démontrer que Jésus- Christ n'a pu commander ou 'permettre l'intolérance des autres religions contraires à la sienne \ L'auteur des lettres juives, avance que, si l'on veut foriner des philosophes ^ il faut laisser aux hommes la liberté de penser et de faire usage de leurs réflexions même en matière de religion ^ Le livre intitulé : Essai sur la liberté de produire ses sentiments , exalte la nation où, cette liberté n^est limitée ni par la cour, ni par les prêtres y mais s'étend même jusqu'au sanctuaire et à l'autel ^ Gérard Tizius \ Gaétan Filangieri ® et une foule d'autres politiques, tous unis pour déclamer contre l'inquisition *^, en accordant que \ athéisme est une chose détestable, ou nient qu'on doive le punir, ou proposent des punitions tellement inexécutables et si légères, qu'elles ne font qu'assurer au délit une plus glorieuse impunité ; nous suivrons pourtant la route opposée, c'est-à-dire qu'après avoir démontré que la tolérance des différentes religions est trèspernicieuse à l'état, nous établirons que, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, on ne doit point tolérer les ennemis de la véritable religion.
Les déclamations des impies sont la première preuve de notre thèse.
IL Pour démontrer une pareille vérité, il ne faut aux hommes sensés que connaître ceux qui l'attaquent. Quel est en effet leur caractère ? Quel est le but où ils tendent ? Quelles maximes veulent-ils répandre impunément ? Si nous ignorions tout cela, et si nous n'eussions pas été les témoins des malheurs que leur impiété attira sur l'Europe, nous pourrions peut-être les excuser comme se trompant de bonne foi, mais comme nous avons leurs ouvrages dans les mains,
' L'Esprit de Jésus-Christ sur la tolérance, 1759. On croit que cet ouvrage a été imprimé en Hollande et que De la Broue eu est l'auteur.
2 Lettr. CLIX.
^ Essai sur la liberté de produire ses sentiments, dédié à la nation anglaise; au pays, livre pour le bien public, 1749.
* Observât, in Puffendorfium', observ. XCV. in § 2. Cap. 4. L. I. de ofT. faom. et civ.
^ Scienza délia legislazione. L. I. C. 17.
^ Limborch, Historia inquisitionis. Amst. 1692. — Sarpi, Discorso sull' inquisizione. oper. VI. Venetiis, 1677. — Anonyme, Histoire de l'inquisition, el son origine.