IV. Puisque la puissance temporelle doit présider à
' S. Cvprian. Lib. IV. ep. 9. — ^ I. Pétri. \. 2. — ^ Maltli. XXVIll. 18 ,t seqq. — ' Joann. IL 21. — '^ Luc. X. 16. — « Mattli. XVIII. 18. — - Joann. XX. 23. — ^ Act. XX. 28. — ^ Psalm. IL 2. S. August. Ep. L. — '^ Joann. IV. 46 et seqq. — '^ Act. XIII. 7 et seqq. — '^Euseb. Hist. eccles. Lib. VI. Cap. 25. — '5 Ad Hebr. XL 17. — '* IL ad Corinth. X. 6.
QLA.TRIÈ3IE THÉORÈME. ^2è
l'ordre civil, elle comprend toutes les autorités qui sont essentielles à l'ordre public '. Les droits qui concernent les pouvoirs des principautés, et qu'on peut proprement appeler actes de la souveraineté, sont au nombre de cinq; ils consistent à faire des lois, à créer des officiers, à décider de la paix et de la guerre, à prononcer en dernier ressort en matière de justice, et à battre monnaie : ces cinq droits sont absolument inséparables de la personne du souverain ^ Le droit de décerner des peines et des récompenses est une conséquence du pouvoir législatif, parce que tous les hommes ne se prêtent pas à l'accomplissement de leurs devoirs, et que beaucoup au contraire se portent à des injustices. Il a donc été nécessaire, pour maintenir l'ordre de leur société, (jue les injustices et toutes les entreprises contre l'ordre fussent réprimées, ce qui ne pouvait se faire sans un acte d'autorité émané de quelqu'un qui fût supérieur aux autres; et cela rendait nécessaire l'usage du gouvernement l îi entre également dans l'ordre général de la justice et de la bonne politique d'un étal, que les services et les autres belles actions qui peuvent contribuer au bien public soient récompensés , ou par des titres d'honneur, ou par d'autres faveurs qui, venant de la main du souverain, ont plus de distinction, par la raison qu'il a seul le droit de dispenser ces sortes de grâces * ; le droit d'établir des impositions et de disposer des deniers publics est une conséquence des antécédents, puisque sans ce moyen on ne peut ni faire la guerre, ni maintenir les officiers, ni battre monnaie, ni dispenser les récompenses, ni soutenir la dignité de l'autorité suprême ^ C'est pourquoi Locke s'est trompé en assurant que, sans le consentement des peuples, on ne peut établir d'imposition sous quelque forme de gouvernement que ce soit ^; tandis qu'il est démontré que le tribut est tme dette de la part de tous les citoyens , et qu'en conséquence le prince a le droit de ri?jiposerj d'en déterminer la quantité et d'en faire le recouvrement \ D'autres ont déjà amplement exposé quelles sont
' Anonym. L'autorita délie due potesth. Trad. Ital. P. II. C. I. p. 21G. Fuliguo, 1788. — ^ Loyseau, Des Seign. III. Cliap. 3. — "^ Domat, Droit public. Liv. I. ïit. 2. sect. 1. n" 4. — '• Idem. Sect. II. n" 5. — ^ Wolf par Wattel, Principes du droit naturel, Liv. YlII. Cli. IV. § 54. — ^ Du gouvernement civil. Ch. XII. n° 7. — ^ Puffendori'j De inr. nat. ctgent. L. Vil. Cap. 5. § 4.
ensuite les obligations du prinne, comment son autorité est subordonnée à la raison, et comment son pouvoir ne doit pas être purement arbitraire '.
Fonctions de la puissance spirituelle.
V. La puissance spirituelle étant immédiatement émanée de Dieu, comme la puissance civile, doit se régler sur les mêmes principes qui constituent les droits de la souveraineté. L'Église a une puissance spirituelle dans l'ordre de la religion, une puissance distiîicte et indépendante de la puissance temporelle. On 7i' entend parler ici que d'une puissance de juridiction y et de juridiction extérieure , distincte de celle que le pontife exerce dans le tribunal de la pénitence ^ Ainsi , premièrement la doctrine appartient à la puissance spiiituelle, puiscju'il a été dit aux apôtres : Ce que vous avez entendu dans les ténèbres ^ dites-le en plein jour, et ce qui vous a été dit à l'oreille, publiez-le sur les toits ^ Eu qualité (X ambassadeurs de Jésus-Christ, ils exerceront le ministère de la prédication*, et les empereurs ne pourront en empêcher l'exercice ^ Et pour enseigner les vérités appartenant à la vie éternelle, il leur a suffi de dire : visum est Spiritui Sancto etnobis ^ Les catholiques doivent également regarder la discipline de l'Eglise comme l'héritage de la puissance spirituelle, parce qu'il n'est pas permis à l'empe^ reur de s'attribuer aucun pouvoir sur les choses saintes ,.... les princes ne se sont jamais ingérés dans les affaires de l'Eglise ^. Mais il appartient à l'évêque d'établir les matières qui regardent la foi et l' ordre ecclésiastique ^ L'administra-
' Bossuet. Politique tirée de rÉcriture. Liv. V. art, 1. et Liv. VIII. art. 2.
^ Anonyme (Pey), Autorité délie due potesth.T. I. p. 50 et suiv.Trad.ital. Fulijjno , 1788. J'ai voulu suivre ici un auteur français et trop attaché aux doctrines gallicanes, afin que son autorité ne fût point suspecte aux politiques. Tout ce que j'indique dans ce paragraphe est démontré par lui jusqu'à l'évidence, et toutes les preuves convenables forment proprement la matière de la troisième partie de l'ouvrage. J'aurais pu employer les plus clairs arguments pour prouver que la juridiction ecclésiastique est plus étendue qu'il ne le semble a cet auteur; je me contente de recommander aux lecteurs Bellarmin, Ballerin, Braschi, Frichignono, et d'autres théologiens et canonistes italiens.
^ Matth. X. 27. — ' II. ad Corinth. V . 20. — ^ Act. \ I. 4. — « Ibid. XV. 28. — ^ S. Athanas. epist. ad soHtariam vitam agentes. — * S. Ambros. ad Valentin. epist. XXI. n« 2. edit. nov. Lib. II. Ep. XIII. alias XXXL
QUATRIÈME THKOREME. ^25
lion des sacrements est encore confiée aux minisires du sanctuaire, puisqu'il leur a été dit : Allez et baptisez \ Ils ont reçu la faculté de remettre les péchés % celle d'administrer l'Eucharistie % celle de conférer le sacrement de la confirmation*, enfin la faculté de dispenser les choses saintes % parmi lesquelles on compte l'extrême-onction ^, le sacrement de l'ordre ^ et celui du mariage, qui est aussi une chose sainte ^, et même un (jrand sacrement ^ Viennent ensuite les matières mixtes qui exigent le concours des deux autorités, afin que l'intérêt éternel de l'homme ne soit en jiucune manière troublé par l'intérêt d'une vie passagère et fugitive '^ Suivent encore de même les obligations des pasleurs, d'où dérivent les droits qui leur appartiennent et qui servent non à la destruction , mais à V édification du corps mystique de Jésus-Christ ".Cependant un traité trop détaillé de ces matières m'écarterait trop de mon plan; je l'abandonne donc à celui qui pourrait s'en acquitter avec plus de «uccés.
On déduit V essentielle distinction des deux puissances.
VI. Ayant donc établi une si grande distance entre les fonctions que Dieu a départies à l'autorité séculière et celles qu'il a confiées à son Eglise, il est facile d'en discerner la diversité essentielle, telle que les catholiques la reconnaissent indubitablement '^: ils admettent dans l'Église une puissance instituée par Jésus-Christ, laquelle a pour objet une chose spirituelle et se rapporte à une chose surnatuielle **. C'est ce qui faisait dire à un grand jurisconsulte que tous les états où l'on professe la vraie religion sont gouvernés par deux sortes de puissances, la puissance spirituelle et la puissance temporelle, que Dieu a établies pour régler l'ordre
' Mattli. XXVIII. 19. — 2 Joann. XX. 23. — ^ Luc. XXII. 19. '• Act. VllI. 17. — ^ Matth. VII. 6. — « Jacob. V. 14 et seqq.
• Ad Titum. I. 5.
• Ad Hebiae. XIII. 4.
» Ad Ephes. V. 32.
'" M. de Beaumont, archevêque de Pans, dans sa lettre pastorale sur rautoritc de l'Eglise, de l'an 1756.
" II. Ad Corintli. XIII. 19.
'2 Schmidt, Inst. juris eccles. Germ. T. I. p. II. C. 2. sect. 1. § 23G.
'^ Cette sentence de Gerson se trouve dans les mémoires du clergé Lib. m. Col. 314.
public '. Et les attributions des deux puissances sont séparées au point de réduire les adversaires au silence \ Il faut pourtant avertir ici, que ce n'est point parce que les objets sont intérieurs ou extérieurs, ni à raison de l'influence indireclc qu'ils peuvent avoir sur l'un ou l'autre gouvernement, qu'on doit déterminer la nature des matières temporelles et spirituelles et fixer la compétence des deux puissances; parce que tout le culte public de la religion est extérieur, toutes les fonctions du sacerdoce, tous les objets qui sont le plus incontestablement dans l'ordre des choses spirituelles, comme l'enseignement de la doctrine et les sacrements, sont extérieurs. De plus toute la religion, et particulièrement la confession auriculaire y la prédication de l'Evangile, l'ordination des pontifes, intéressent la société civile. Tout donc, à ces deux litres, se rapporterait à l'ordre des choses temporelles, tout serait soumis à la juridiction des tribunaux séculiers. D'un autre côté, toute la puissance civile tomberait dans les mains des poulifes, parce que, comme le bon ordre de l'administration temporelle influe sur les mœurs des peuples et sur le gouvernement ecclésiastique, et comme l'obéissance et la justice regardent la conscience, l'Église aurait aussi à ces deux litres l'administration temporelle, et alors les deux puissances se trouveraient confondues l En réduisant encore les droits de la puissance civile à la seule matérialité extérieure, elle n'aurait aucun domaine sur les consciences, et ses ordres, bien que Irès-jusîes, pourraient être transgressés, sans qu'on se rendit coupable, quand on pourrait le faire impunément; ce qui est absolument contraire à la doctrine de l'Apôtre , qui ordonne qu'o?? obéisse, tion-seuleitient pour éviter les châtiments, mais encore pour ne pas rendre la conscience coupable '*.
Cette distinction est admise du consentement des nations.
VII. Ensuite on ne doit point faire à cette distinction le }'eproche de nouveauté , puisque la majeure partie des na-
' Domat, Droit public. Liv. I. tit. XIII. sect. III. n" I et 2.
- Mgr. rarchevéque de Bourges, dans un discours prononcé au nom du clergé, lors de la clôture de l'assemblée de 1765.
^ Anon. (Pey), l'autorlth délie due potestà. T. I. part. II. Cap. III. p. 56 et seqq. Trad. ital. Fuligno, 1788.
• Ad Rom. XIII. 5.
lions s'est accordée à la reconnaître : les Egyptiens faisaient un très-grand cas de leurs prêtres, et en reconnaissaient respectueusement le pouvoir. Chez les Juifs, il y avait une tribu affectée aux fonctions sacerdotales, avec un souverain pontife et un Sanhédrin , revêtus de l'autorité la plus relevée. On vit chez les Romains la puissance sacerdotale tomber dans des mains laïques, lorsqu'Auguste, qui aspirait au despotisme , réunit le premier dans sa personne la qualité même de souverain pontife \ Lorsqu'ensuite le christianisme fut établi , ne vit-on point avec horreur la témérité des Césars qui s'immiscèrent dans les matières de la foi ? Lorsque Constance favorisa les progrès de l'arianisme, avec quelle liberté véritablement évangélique Osius, évêque de Cordoue, ne lui écrivit-il point " ? Qui ne sait que le fameux énotique de Zenon fut promptement rejeté par l'Eglise qui, d'un autre côté , engagea l'empereur à rentrer en lui-même et à ♦ne point provoquer la justice divine ^? Comment l'Eglise traita-t-elle Vecthèse d'Héraclius, et comment celui-ci se retracta-l-il en donnant un noble exemple de sage modération " ? Le type de Constant ne fut-il point condamné dans un concile, et le décret de condamnation ne fut-il point notifié à toutes les églises du monde ^ ? Avec quel courage Léon risaurien ne fut-il pas repris par plusieurs évêques pour avoir osé décider la célèbre question du culte des images ^? Que ne firent point au contraire les bons empereurs pour reconnaître cette distinction ? On connaît assez les mesures prises à cet égard par Constantin \ Gratien,
' Tassoni, La religione dimostrata e difesa. T. III. Cap. XI. p. 421. Pisa, 1817.
^ Ne te misceas rébus ecelesiasticis, neque nobis in hoc génère praecipe, sed potius a nobis disce. Tibi Deus imperium commisit, nobis quœ siint ecclesiae concredidit; et qucmadmodum quituum imperium malignis coulis carpitjContradicit ordinationi divinae,ita et tu cave ne quœ sunt ecclcsiae nd te trahens, magno crimini obnoxius fias. S. Athanas. liist. Arian. p. 293 Pat. 1777.
" Certum esthoc rébus vestris esse salutare ut, cum de causis Dei agittir. juxta ipsius constitutum regiam voluntatem sacerdotibus Christi studeatis subdere. non prseferre, et sacrosancta per corum prœsules discere potins quam docere, ecclesiae formam sequi, non huic humanitus sequenda jura prsefigere. Félix papa Epist. IV. ad Zenonem. Labbe, Concil. T. IV. Cau. Certum est. 3. dist. 10.
* Fleury, Hist. écoles. Liv. XXXVIII. n° 4. — ^ Concil. Lateran. sub Martine I. Labbe, Concil. T. VI. p. 230. — *^ Baron, ann. écoles, ann. 8l4. n° 10. — ^ Sozom. hist. Lib. I. Cap. 9. Niccph. Lib. VII. Cap. 26.
Théodose ', Honorius ^, Théodose le Jeune ', Valeiilinien III* et Juslinien '. Que dirons-nous de Gharlemagne et de tant d'autres glorieux monarques *^? Qu'il nous suffise dédire qu'un auteur qui n'est certainement pas suspect aux royalistes, assure que si la question devait être décidée par des exemples et par des faits, la distinction des deux puissances serait irréfrag^able, puisque le nombre des souverains qui l'ont reconnue est si grand en comparaison de ceux qui l'ont niée, ([u' on formerait un beaucoup plus gros volume en faveur du sacerdoce qu'en faveur de l'empire ^.
Elle consolide la jouissance séculière.
VIII. Et afin qu'on ne croie pas aux vaines diatribes des politiques sans religion, qui représentent le trône comme vacillant, lorsqu'on admet une pareille distinction, il faut observer comment elle sert merveilleusement à en soutenir la stabilité et la gloire. Quoi qu'il en soit , nous avons vu et nous voyons toujours plusieurs royaumes très-florissants, où cette distinction est un principe inviolablement admis dans l'état, et où c'est précisément à elle qu'on attribue la sûreté €t la félicité publique ^ Et à la vérité, la puissance de l'Église étant émanée de Dieu, comme nous l'avons démontré, elle ne peut produire que du bien à qui la reconnaît et s'y soumet, parce qu'alors on mérite aussi les bénédictions de Dieu, dont on exécute la volonté. En outre, nous avons
' Cod. Theodos. Llb. Vil leg. ultim. Tit. Ne clerici ad judicia sœciilaria protrahantur.
2 Si qnid de causa relijrionis inter antistitcs ajjei ctur, episcopaie oporhierit esse judicium : ad illos enim divinarum rerum iiiterpretatio, ad nos religionis spectat obsequium. Epist. Honorii ad Arcadium. Labbe,Concil. Tom. II. Col. 1311.
•^ Nefas enim est, qui sanctissimorum episcoporum catalogo ascriptns non est, illum ecclesiastlcis negotiis et consnUationibus sese immiscere. Epist. Theod. ad synod. Ephesin. Cap. 35. Labbe, Concil. T. III. p. 441.
* Cod. ïheod. Lib. VII. leg. ult. ïit. Ne clerici ad judicia ssecularla protrahantur,
^ Leg. Sancimus. 29, § Has autem. Cod. de episc. aud. Leg^. Inter claras. 8. ^Reddentes. Cod. de summaTrinit.
« Anon. (Pey), Autorità dclle due potestà. T. IL p. 167 et seqq. T. IV. p. 109. Trad. ital. Fu%no, 1/88.
' Anon. De l'autorité des rois touchant l'administralion de lEglisc. part. I. Diss. 5. p. 127.
^ De Marca, Concordantia sacerdotiiet imperii. in princip.
QUATRIÈME THEOREME. 229
également fait voir que si le prince veut éprouver les avantages de la religion, il doit y croire le premier et ITionorer, puisque si le peuple s'aperçoit qu'il ne la respecte point comme une institution divine, il suivra son exemple, et ne fera plus aucun cas des doctrines de cette religion qui lui font un devoir de se respecter lui-même '. Le peuple comprend bien d'ailleurs que, si l'on croyait qu'il y a dans la religion une autorité divine, cette autorité ne serait point subordonnée à la puissance humaine. Il comprend bien aussi que personne ne pouvant donner à autrui ce qu'il n'a point, un séculier, ([uel qu'il soit, ne peut donner les facultés de délier et de lier qu'il n'a pas reçues de Dieu. 11 comprend bien que, celui qui ne peut faire le moins ne pouvant faire le plns,rexercice du culte ne peut être réglé par celui qui ne peut personnellement l'exercer. Il comprend bien que la foi étant invariable et l'Evangile éternel, on ne peut les assujélir à la versatilité des princes et aux intrigues des cours. Il comprend bien enfin que l'homme étant né homme avant de devenir citoyen, ne peut subordonner ses rapports avec Dieu, qui constituent la religion, à la volonté sociale, ni dépendre en cela de la volonté de celui qui gouverne la société ^ D'après cela , quand il s'aperçoit que le gouvernement ne se règle pas sur ces principes, il se persuade aisément que le gouvernement n'a pas de religion, et alors l'état se trouve exposé aux graves dangers qui , comme nous l'avons fait voir, sont une conséquence légitime d'une pareille persuasion. Et comme du temps de Philippe , roi de Macédoine , lorsqu'il eut corrompu les oracles, on n'en tint plus aucun compte, parce qu'ils philippis aient, et qu'en général on méprisa les oracles, quand on vit qu'ils étaient corrompus par les souverains ', de même aussi on ne respectera plus les enseignements de la religion, lorsqu'on y reconnaîtra l'organe du gouvernement: par cette raison les souverains mêmes perdront le plus ferme appui de leur trône, pour n'avoir pas voulu agir selon les principes de la raison *.
' V. Ci-dessus, Théor. m. § 10.
^ ïassoni, La religione dimostrata e difesa. T. 111. Cap. XL. p. 415 et seq.Pisa,1817.
^ Van Dale,DeOracuHs. Lib. LCap. XVI. p. 351 etseqq. et Cap. XVIL p. 380 et scqq. Amst. 1700.
* Dodwel, Discours sur le dernier schisme d'Angleterre. Traduit du latin, p. 4 et suiv. Londres, 1704.
JElle procure encore de l'avantage aux peuples,
IX. Que si nous voulons ensuite jeter un coup d'œil suîle peuple d'un état quelconque où l'on admet la distinclion prémentionnée, on verra qu'il est incomparablement plus heureux que celui où un séculier réunit tous les pouvoirs en sa personne. C'est pourquoi, quand le souverain, en présence de la religion, se rappelle qu'il est homme, quand il se voit dans beaucoup d'occasions égal à ses sujets , quand il doit pleurer et confesser ses fautes au tribunal de la pénitence, et satisfaire aux peines salutaires qui lui sont imposées, il aura de très-fortes raisons pour être humble , juste, prudent, affable et débonnaire, et il n'y aura nullement à craindre qu'il opprime le peuple et marche au despotisme. Mais quoi ? voyez comment les libéraux se démènent aujourd'hui pour introduire dans la monarchie la distinction des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire y et ils répètent à haute voix qu'en divisant ces pouvoirs dans différentes mains, on aura moins à craindre l'oppression *, et pourtant ces pouvoirs entrent tous dans l'ordre politique, ils émanent même l'un de Tautre, et qui ne les possède pas tous à la fois n'en possède complètement aucun ^ Comment donc ne croira-t-on pas beaucoup plus convenable au bien public que le pouvoir civil soit distingué du pouvoir religieux , pendant que ce sont deux dons distincts de la bonté divine , qu'ils appartiennent à deux ordres différents, et que l'un sert à soutenir l'autre dans ses propres limites '? Cette vérité a été publiquement reconnue par un philosophe qui d'ailleurs ne se montrait pas trop favorable à notre cause. « Selon les principes d'une séance politique , disait-il , la réunion des deux pouvoirs spirituel et temporel dans les mêmes mains ne serait pas sans péril pour la liberté '. » Deux observations tirées de l'histoire viendront à l'appui de notre doctrine. L'une est de Montesquieu , qui en parcou-
• Fritot, Science du publiciste. T. IV. Ch. I. § 1 . et 2. et Ch. 2. Tit. 2. n° 3. Paris, 1820.
2 Haller, Sur la constitution d'Espagne. Tit. III et suiv.
^ S. Gelase pape, Epist. VIII. ad Anast. imper. Labbe , Concil. T. IV. p. 1182. et Justin, constit. ad Epiphan. patriarch. Nov. VJ. tit. Quomodo oporteat episcopos. in pr. Collât. 1.
* Portalis, Discours prononcé à la séance du corps législatif, imprimé après le concordat avec le S' Siège, p. 48.
(^)UATrilÈ31E THÉORÈME. 231
rant dans la pensée les malheureux événements du despotisme féodaJ , s'exprime en ces termes \ La juridiction ecclésiastique énerva la juridiction des Seigneurs , et contribua, en cela à donner de la force à l'autorité royaV. L'autre est du docteur Burnet , apologiste de la réforme anglicane , lequel n'osa nier que Henri VIIÏ , de prince modéré et clément qu'il avait été pendant vingt-cinq années, devint un tyran et ne connut plus de mesure dans ses caprices, aussitôt qu'il se fut arrogé la suprématie ecclésiastique et se fut érigé en chef suprême delà religion l De manière que les protestants mêmes, forcés non moins par l'évidence de la vérité que par l'intérêt de leur propre félicité , écrivirent contre l'absurdité d'un pareil système ^
DÉMONSTRATION DE LA SECONDE PARTIE
Les deux puissances concourent à un seul but par V unité cfe leur principe,
X. Pour dissiper cependant toute crainte de l'esprit des politiques qui voient dans la distinction des deux puissances un levain de discorde il faut les considérer comme elles sont dans leur principe , et comme elles ne devraient jamais cesser d'être , selon leur divine institution. Dieu est un, et par conséquent ses œuvres, bien que distinctes, tendent toutefois à l'unité; il a créé tout pour lui "" , ses œuvres sont parfaites^ et ordonnées'^. Ainsi les deux puissances ne peuvent avoir d'autre but que Dieu ; et quand il les a instituées comme nous l'avons démontré, il dut leur donner assez de perfection et assez d'ordre pour qu'elles ne s'offensassent point réciproquement , mais pour que plutôt l'une servît à la solidité , à la splendeur et à l'influence salutaire de l'autre. Comme auteur de la grâce et puis encore du sacerdoce, il ne pouvait pas opérer dans le dessein de détruire la nature , ni par conséquent le pouvoir civil qui est dans la nature de l'homme social. Cette pensée ne m'appar-
' Esprit des lois. L. XXVIII. eh. 4J ,
2 Hist de la réform. en Angl. L. III. et Bossuet, Hist. des Variât. L. VII.
^ Basnaffc . Ann. ecct. T. II. diss. 4. de eccl. tribunal!, p. 491. Rotterd .
' Proverb. XVI. 4. — ' Deuter. XXXIl. 4. — «^ Ad Rom. XIII. 1.
îiâ'2 DEUXIÈME PARTIE.
lient pas , mais elle se trouve dans divers écrivains que je me crois d'autant plus obligé de citer qu'ils ne sont point suspects à nos adversaires. « Les deux puissances, dit le premier, procédant d'un même principe, qui est Dieu, d'où dérive toute puissance \tt tendant à la même fin, qui est la béatitude, doivent avoir une correspondance réciproque *. » Les deux puissances, dit un autre, immédiatement émanées de Dieu , trouvent chacune en elle-même le pouvoir qui convient à leur institution et à leur fin ^ C'est Dieu , écrit un autre, qui dans l'ordre spirituel de la religion a établi le ministère de la puissance ecclésiastique ; c'est lui qui dans l'ordre temporel de la police fait régner les rois, et donne aux souverains tout ce qu'ils ont de puissance et d'autorité; d'où il résulte que la religion et la police n'ayant que ce principe commun de l'ordre divin , doivent s'accorder et se soutenir mutuellement.... Les mêmes puissances, ({ui sont distinctes dans leur ministère, sont unies dans leur fin commune de maintenir l'ordre, et elles s'assistent réciproquement *. Si l'on veut quelque chose de plus, on pourra lire encore ce qui suit : « Les mêmes puissances, c'est-à-dire les puissances spirituelle et temporelle , qui sont distinctes dans leur ministère , sont unies dans leur fin commune de maintenir l'ordre et s'assistent réciproquement ^ » En définitive, je terminerai cet article par les paroles de Bouchel qui semblent bien appropriées à notre sujet: Ces deux puissances y dit-il , la spirituelle et la temporelle , si elles reconnaissent un même principe qui est Dieu , ne peuvent avoir qu'une même correspondance ^.
Les intérêts communs obligent les deux puissances à opérer d'accord.
XL En outre , il est indubitable que la religion est le soutien de l'étal; en conséquence, quand elle fleurit, la prospérité nationale est également florissante ^ D'un autre <^ôté, il est très-certain que lorsque l'état est régi par de sages lois, qu'il n'est point troublé par des délits, que
' Ad Rom. XIII. I . — 2 Loyseau, Des Seigii. ch. XV. n^ 3. — ^ Plaidoyer de Gilbert de Voisins, transcrit dans l'arrêt du parlement de Paris contre L\T. de Laon.20 février 1731. — *Domat, Lois civiles. Prélim. Chap. X. n° l.et 5.
^ Id. Lois civiles, part. II. Du droit public. Liv. I. Tit. 19. Sect. 10. n" 5.
« Blondeau, Bibl. can. T. I. p. 353. — ^ V. Ci-dessus, Tliéor. 111. et V.
QUATRIEME THEOREME.
le bon ordre y régne , et qu'il jouit d'une tranquillité stable, la religion alors a coutume d'être très-florissante, attendu qu'elle ne peut certainement prospérer au milieu des troubles et des séditions \ 11 résulte donc de celte vérité un intérêt réciproque pour les deux pouvoirs de concourir d'un commun accord au bien éternel et temporel des sujets; outre que ces pouvoirs « sont fondés également sur une loi primitive qui ,nous commande d'être soumis à ceux que Dieu établit sur nous ; que si l'on méprise celte loi, il n'y aura plus d'autre garant de la subordination des sujets que la crainte... La loi de Dieu n'étant pas plus sacrée lorsqu'elle nous ordonne d'obéir aux princes que lorsqu'elle nous ordonne d'obéir aux pasteurs, si on la foule aux pieds lorsqu'elle soumet les agneaux aux pasteurs , comment s'assurer qu'elle sera plus respectée quand elle voudra faire ployer la volonté des sujets sous celle du prince ^ ? » C'est pour cela que Bossuet observait que les sectes qui secouèrent l'autorité de l'Eglise se révoltèrent encore contre celle de l'élal; et il disait à ce sujet :«I1 ne faut pas s'étonner si les peuples perdirent le respect de la majesté et des lois, ni s'ils devinrent factieux , rebelles et obstinés... Tout se tourne en rebellions et eh pensées séditieuses, quand l'autorité de la religion est anéantie l » Si les souvenirs des Vaudois, des Albigeois , des Luthériens et des Calvinistes ne suffisaient point % nous pourrions ajouter que tous les incrédules modernes, en secouant de la main droite l'autel du Dieu vivant, ont tenté avec la gauche de renverser le trône, et qu'en général ils ont attribué à Vig?iorance de la nature humaine les autorités sous lesquelles le genre humain a si longtemps tremblé \ Au contraire c'est une vérité aussi ancienne qu'incontestable^ gu^il ne peut y avoir de bonne administration , sinon quand Vempire et le sacerdoce concourent à la même fin^. Qui donc ne voit que la communauté des intérêts oblige les deux puissances à la concorde ?
' Arnuph. epist. ad Alexandr. IIL
2 Anon. (Pey), Autorità délie due potestà. T. VL P. IV. Cap. H. p. 141. Trad. Ital. Fuli{rno, 1788.
^ Orazione funèbre délia rerjina d'In(jlillterra. p. 11. et seqq. Trad. Ital. Venez, 1748 — ** V. Ci-dessus, Thcor. VllI. § 9. — ^^ Anonym^^bach), Système de la nature, ch. \. p. 6 et suiv. Londres, ( Amst.) 1770.
^ Ivo, Epistola LI.
La loi de Dieu leur impose une j)roteclion réciproque.
XÏI. Ces doctrines étant très-véritables, il ne doit pas élre surprenant que Dieu ait commandé expressément aux deux puissances de protéger réciproquement leurs droits. En efï'et David racontait comme une injonction de Dieu qu'on ne devait pas toucher à ses oints ^^ parce qu'if n'ignorait pas les châtiments encourus par Saûl pour avoir mis des mains sacrilèges sur les prêtres ^. Nous lisons d'ailleurs clairement dans l'Ecriture sainte qu'en vertu de la volonté divine , les deux puissances ne devaient pas se confondre, mais se respecter entre elles ^, parce qu'il fut ordonné <\\\ç, \q jirince civil portât la gloire , siégeât et dominât sur son trône pendant que le prêtre serait assis sur le sien, et qu'il y eût entre eux un cofiseil de paix , c'est-à-dire une parfaite concorde et ime protection réciproque*. C'est pourquoi le pontife S' Léon écrivait à un Empereur : Tu dois attentivement réfléchir que la puissance royale fa été donnée par Dieu , 7ion-seulement pour gouverner le monde y mais principalement pour défendre l'Eglise l Et S* Grégoire pape ^, S* Isidore ', le pape S* Céleslin % le sixième concile généraP, Loup de Ferrières *^ et d'autres en très-grand nombre, tiennent le même langage. Tous ont fait voir aux princes qu'ils peuvent bien mériter de FEglise, en protégeant l'exécution des saints canons, en conciliant le respect du peuple aux ministres du sanctuaire^ en les maintenant en possession du patrimoine et des privilèges qui leur sont dus, en employant à cet effet le bras vigoureux qui seul peut tenir les méchants en bride ^*. Toutefois la puissance ecclésiastique devra également protéger la puissance séculière, en enseignant aux fidèles à craindre Dieu et à honorer le roi '^^ en empêchant encore qu'on par/e contre lui "^ et en obligeant les consciences de tous à obéir aux supérieurs , bien qu'ils soient diffi-
> Psalm. CIV. 15. — 2 I. Reg. XXII. 16 et seq.
3 II. Paralip. XIX. II. XXVI. 16 et seqq. — '* Zachai. VI. 13.— ^ Epist. ad Léon, aiig. epist. LXXIV. édition de 1661. — '' Lib. IL epist. 65. ad Maurit. imp. — ' C. Principes. II. G. 23. q. 5. — ^ Ad Tlieod. inipcr. Labbe. Tom. III. Concd. col. 619. — ^ Concil. Constantin. Labbe, T. VI. col. IÔ48. — '"^ Epist. XXL dans De Marca, Concortl. sacerd. et imperiJ. Lib. IL Cap. IL n° 10. — " V. l'opuscule intitulé : Du tolérantisme suivant les lois de l'église et de l'état, p. 40 et suiv. Bruxelles, 1789.
•2 I. Pétri. IL 17. — '^ Eccl. X. 20.
QUATR1È31E THÊORÈME. 23o
ciles \ On ne peut disconvenir que le trône n'ait retiré en tout temps d'immenses avantages clés insinuations de cette puissance , ainsi que de sa force et de sa juridiction l II n'y eut jamais de moyen plus efficace que l'autorité de l'Église , pour appaiser les troubles et les prévenir ^; voilà pourquoi Morus, danssa république imaginaire, parla des prêtres qui en qualité de juges procuraient d'incroyables avantages aux mœurs publiques et privées , et par suite au bon ordre de tout l'état *.
Réponse aux objections.
XÏII. II est donc facile; d'après ces principes, de trouver la réponse aux objections de nos adversaires. Si l'on dit avec Grolius que, dans la loi de nature, les pères de famille étaient prêtres, et qu'ils ont aussi transféré la puissance spirituelle au souverain, qui est comme le père de toute la nation®; on répondra que, de quebjue manière que la cbose se soit passée dans la loi de nature, il n'en fut pas disposé de même dans la loi écrite, où Dieu choisit par lui-même la tribu de Lé,vi et voulut rendre le sacerdoce héréditaire dans la race d'Aaron ®; ni dans la loi de grâce, où tous Je s prêtres sont selon V ordre de Melchisedech, et choisis ^ selon leur vocation , parmi toutes les nations \ et munis par lui , de la plus haute autorité. Si on oppose qu'au moyen des deux puissances on voit deux têtes monstrueusement unies à un seul corps social, nous répondrons que des milliers de monarchies, d'aristocraties et de démocraties ont fleuri pendant bien des siècles, bien qu'elles reconnussent le chef de la religion en dehors de l'étal; et si cela ne suffisait pas, nous ajouterions que, comme il y a deux sociétés, savoir la société religieuse et la société civile, ce n'est pas une chose étrange que chacune ait son chef, et que le contraire serait insoutenable l Si l'on objecte qu'un empire dans l'empire présente de graves inconvénients, on pourra facilement se rappeler que cela n'existe pas et n'existera jamais dans le monde
' I. Petri. II. 18. — - Friclii^nono, Délia potestà délia Chiesa.T. I. diss, prelim. C III. Torino, 1784.
^ Salornoni, Dell' autorità délia Chiesa, discorso. IV. p. Ifi3 et seqq Roma, 1776. — * Utopie, Liv. II. p. 268 et suiv. Trad. iranç. Paris, I78i). — '•' Ànon, Du pouvoir du magistrat politique. — ^ Num. III. 1 et seqq.
" Isai. LXVl. 21. — ** Bossuet, Defensio cleri gallicani. p. II. Lib. 5.
2î>6 DEUXIÈME PARTIE.
chrétien, au sens où les politiques l'entendent, c'est-à-dire (ju'un empire temporef surgisse d'un autre dont il soit indépendant, puisque ni la raison de l'Eglise ne dérive de la raison de l'état ni celle-ci de la première, et que l'une et l'autre tirent de Dieu leur origine; de manière que, si les pasteurs doivent être les sujets du prince relativement au lemporel, les princes chrétiens doivent quant au spirituel se soumettre aux pasteurs \ Au reste je voudrais qu'on dît plutôt empire pour empire^ pour exprimer que Dieu a établi ces deux ])uissances pour se prêter réciproquement assistance et faveur, et qu'alors elles seront heureuses quand la protection mutuelle sera énergique et éclairée comme nous l'avons démontré ci-dessus. Si l'on réplique que la religion chrétienne fut établie dans l'empire, et que par conséquent elle doit lui être soumise, comme étant postérieure en date, on répondra qu'avant tous les empires, et non pas seulement avant l'empire romain , la religion existait comme premier devoir de l'homme et comme premier appui de toute communauté; et dès lors la religion chrétienne faisant disparaître les fausses religions avec tout ce qu^elles avaient de méprisable, entra dans ses droits primitifs et occupa parmi les hommes le rôle qui correspondait à son autorité et à sa majesté infinie ^ Que si finalement on met en évidence les désordres qui ont eu lieu à raison de la distinction des pouvoirs; je répondrai qu'ils ne seraient jamais arrivés, si la protection ne s'était pas quelquefois changée en persécution , et qu'on n'eût pas totalement bouleversé l'ordre trèssage de leur institution divine; d'où il faut conclure que la distinction des deux parties doit rester inviolable, et qu'elles doivent se respecter mutuellement. D'ailleurs la concorde est très-facile et presqu'universelle dans l'Église; puisque les princes et les prélats ^ pendant tant de siècles ^ n'ont point eu de contestation de juridiction et ont toujours dirigé les hommes vers la pratique des doctrines évangéliques ^ ; et bien que quelquefois leurs dissensions aient donné lieu à
' Anon. (Pey), Autorità délie due potestà. P. III. T. II. p. 190 et seqq. Fuligno, 1788. On y trouve encore les autres diflicultés amplement et lieiireusement éclaircies.
2 Bacchin. De ceci. hier. p. I. — Recco, Giur. eccl. § 33 et seqq.
^ Frictiignono, Délia jurisdizlone délia Chiesa. Tom. II. art. 1. p. 5 et seqq. ïorino, 1784.
QUATfilEiME THEOREME. Î2 5 i
des scandales el à des dommages, cependant ils sont incomparablement moindres que les biens dont leur distinction fut une source pour l'humanité. Et comme rien n'est plus véritable que l'axiome de Cicéron, qu'eîi toute chose celui qui compte les maux sans calculer les biens est un homme inique et l'épréhetisible '\, quel cas ferons -nous de ces hommes qui vont fureter dans les histoires pour y Irouver (pielque absurdité de la part de la puissance ecclésiastique, et ne veulent pas faire attention aux biens qu'elle a produits? Mais quoi qu'il en soit de tout cela, rendons grâces au Très- Haut de ce qu'ils sont passés les temps où, le sacerdoce et l'empire étaient en querelle entre eux ; désormais tous deux se donneront la main pour étouffer les funestes doctrines qui ont menacé l'Europe d'une subversion totale ^
COROLLAIRES
Les auteurs des discussions entre les deux puissances sont de véritables enneniis de l'état.
I. Le prince doil donc regarder comme de véritables enr.emis de l'état ces artisans de discordes , ces médisants et odieux àDieu"^ ^ qui déchirent les liens qui unissent les deux piiissances. De même que lorsque le bois manquera, le feu s'éteindra, de même aussi les discordes cesseront , lorsque les médisants s'éloigneront. Leurs paroles paraissent simples , mais elles parviennent à frapper le cœur du prince'' .
Leur caractère malicieux,
II. Ils feignent de soutenir les intérêts du trône avec le })lus grand zèle et de désirer la splendeur de la souveraineté, et à cet effet ils tentent de renverser l'autorité de l'Eglise: mais ils veulent finalement abaisser les deux puissances et faire tomber l'une sur les ruines de l'autre , connne l'expérience des derniers temps l'a prouvé. C'est par cette raison cju'un conseiller politique qui tente de persuader au souverain de violer les saints canons, est proprement l'homme qui
• De legibus. Lib. III. Cap. X. n" 23.
^ Paroles de Fontanes, dans le récit historique du voyajje fait à Paris, par S. S. le souverain pontife Pie VII. T. III. p. 22. 3 Ad Rom. I. 29.
'^ Proverb. XXXVI. 20 et 22.
par des flatteries et de feints discours parle à son ami , pendant qu'il déploie le filet à ses pieds ^ Hé même qu'en étant la rouille de l'argent, le vase en sort très-pur^ de même aussi , en faisant disparaître de la face du roi ces hommes imjnes , son trône s'établira sur la justice et sera ferme ^
Leur conduite dans les dernières révolutions de l'Europe.
m. Si tel est donc leur caractère , on ne doit pas être surpris qu'il se soit décelé dans les dernières révolutions de l'Europe. Tous ces soi-disant royalistes , c'esf-à-dire ces canonistes par intérêt , qui feignaient de défendre la cause des rois, pour cacher sous ce masque leur haine contre l'Eglise et le désir de s'agrandir à force d'adulations, lorsqu'arriva le temps de la tentation, lorsque les rois se virent renversés de leur trône, se Irouvèreni devenus de fiers républicains, et la justice des rois mêmes dut les condamner aux supplices qu'ils avaient mérités. Au contraire, dans ces temps malheureux, on ne vit jamais vaciller aucune des personnes attachées à l'Eglise et qui respectaient son autorité, mais elles restèrent toutes el toujours très-fidèles au souverain. O71 ne connaîtra pas V ami dans la prospérité , et l'ennemi ne saura se cacher dans le temps de l'adversité. Si donc il est connu qu'un homme de cette sorte n'était pas fidèle y., ne le place point près de toi, et ne le fais point asseoir à ta droite... Il a des paroles douces sur les lèvres y mais au fond de son cœur , il te tend des pièges jyour te ruiner l
cmçuiÈMs: théorèwie.
Le sacerdoce de la nouvelle loi et le grand nombre de ceux qui l'embrassent sont avantageux à la féicité des peuples.
Calomnies débitées par les politiques contre le sacerdoce.
I. Ayant reconnu dans le théorème ])récédent la puissance Ciw sacerdoce (pie Jésus-Christ a institué dans le nouveau Testament, il convient de réfuler les calomnies dél)itées sur ce sujet , non-seulement par les incrédules et les hérétiques, mais encore par des écrivains qui , pour cacher aux catholiques la turpitude de leur incrédulité el de leur hérésie, se
' Provcrb. XXIX. 5.— ^ Ibld. XXV. 5. — =^ Ecclesiastic. VII. 9 et seqip
sont présentés sur Iq théâtre littéraire sous le masque de politiques. Déjà Machiavel avait écrit que la perversité des ecclésiastiques était si grande, que c'en serait fait de la religion catholique, si elle n'eût été soutenue par deux fondateurs d'ordres religieux \ Bodin, malgré qu'il se soit exprimé avec réserve et circonspection, s'est montré néanmoins peu content du grand nombre et des grandes richesses des ecclésiastiques ^. PuflFendorfF marcha aussi sur ses traces, en se permettant quelques attaques contre le sanctuaire % il fut suivi par Mably, qui se plaignit de toute autorité temporelle qu'on accordait aux ministres de la religion *. Bielfeld appelle tantôt les prêtres catholiques superstitieux et coryphées du fanatisme % tantôt il leur reproche Icuvsinwienses richesses % tantôt il les peint comme s' attachant à affaiblir la souveraineté et à s' approprier les biens des laïcs \ Watîel représente le clergé catholique comme formidable , attendu quHl forme un corps à part ^; il en exagère l'or- (jiteil % et le signale comme perturbateur de la justice 7;^/Z?/^9'^^(?'^ Bcntham eut aussi pour but de décrier les prêtres el de les mettre au-dessous des protestants ". Un autre les dépeint comme sanguinaires , oppresseurs et dangereux à la société *^ Un autre encore les considère comme Yar?}iée du pape^ et en conséquence, trop redoutable aux souverains^'. Certains catholiques, affectant le zèle le plus ardent pour ramener les prêtres à leur pureté primitive, déclament contre leur nombre, leur décadence et leur inutilité , les regardant d'un autre côté comme la source des malheurs de l'état '". Il y en a qui désirent que le fils de Vhomme vienne de nouveau sur la terre , pour renverser les temples où taiit dejjrétres orgueilleux et arrogants^ hypocrites et menteurs , auteurs de cérémonies extravagantes et superstitieuses ^ non
' Uiscorsi suite décadi di Tito Livio. L. III, C. 1. — ^ De rcp. L. V. l». 830 et seqq. Francof. 1609. — ^ Tract, de liominc et cive. Lil). II. Cap. 7. '. De la législation. Tom. IX. Liv. IV. p. 450. — ^ Instit. polit. T. 111. p 545. Leide. 1772. — «^ Ibid. p. 500 et 639. — ^bid. p. 344.
^ Droit des jrens. Liv. I. Ch. XII. p. 172. Lyon, 1802. —'-^ Ibid. p. 186. — "' Ibid. p. 196. — " Trattato dl le|.isl. T. ïll. C. XVIII. p. I5l. Trad. ital. i\ap. 1818. — '^ Voltaire, Dict. pbil. art. Prêtres. — '' Smitb, Kicliesses des nations. Liv. V. Cli. I. T. IV. p. 26 et suiv. Taris, 1801.
'* Genovese, Lezioni dl commercio. p. I. C. 4. p. 84 et seqq. et p. I. C. 22. p. 528 et scq. Napoll. 1768. — Filanoieri. La scicnza délia legislazione. L. I. C. 17. p. 265 et seq.' Napoli, 1784.
moins que de dogmes bizarres et de ridicules préjugés , exercent leurs fonctions *. Si donc, dans la cour politique ^ ces sénateurs si graves ont prononcé leur sentence, il n'est pas étonnant qu'un grand nombre de ceux qui n'opinent que du bonnet , les ait suivis, et qu'ils fassent relentij- de leurs clameurs toutes les places des doctes cités, pour mettre le clergé en discrédit, même aux yeux de la plus vile populace, et pour le faire mépriser de quiconque est placé à la tète de l'administration des affaires. C'est pour cela que j'ai attaché de l'importance à proposer le présent théorème, dans lequel je me charge de démontrer d'après des principes généraux l'utilité des prêtres et de leur nombre, me réservant de traiter ])arliculièremenl, dans un autre endroit, de leurs richesses, de leurs privilèges et d'autres objets dont les politiques font \\y\ç^ censure si amère.
Le but que Dieu s'est proposé dans l'institution du sacerdoce du nouveau Testament en fait voir l'utilité.
II. Dieu était mécontent des pasteurs d'Israël qui se paissaient eux-mêmes et non le troupeau , qui ne rétablissaieîit pas le faible, ne guérissaient point l'infirme, ne bandaient pas les membres fracturés , ne reconduisaient point les brebis abandonnées et ne cherchaient point ceux qui avaient péri. Voilà pourquoi il promit à son peuple un seul pasteur qui les ferait paître l Lorsque les temps furent accomplis, ce bon pasteur vint et donna sa vie pour ses brebis ^, et comme il fut envoyé par son Père pour les faire paître, il envoya ses disciples dans le monde". Ils furent donc, ainsi que leurs successeurs, chargés de faire paître le troupeau de Dieu, pourvoyant à ses avantages ^ 7ion de force , mais de bonne volonté ^ comme Dieu le commande ; ni par amour d'un gain sordide, mais par l'impulsion d'une volonté droite ; non pour dominer dans le clergé, mais pour devenir sincèrement des modèles du troupeau ; afin que , lorsque le prince des pasteurs apparaîtra, ils i^eçoivent la couronne incorruptible de gloire ^ Or pouvait-on attendre une fin plus précieuse que celle-là de l'institution du sacerdoce? Peut-on
• Fritot, Science du publlciste. T. I. Cti. IL Tlt. 2. p. 229 et suiv. Paris, 1820. — ^ Ezecli. XXXIV. 2 et seqq. — ^ Joann. XI. 10 et seqq. — ' Ibid. XVII. 18. — " I. Pétri. V. 1 et seqq.
ClîiQUiÈME THÉORÈME. 241
trouver une personne plus utile que celle qui s'acquitte dignement d'un aussi auguste ministère? Si l'image de pasteurs ne suffit point, reconnaissons les prêtres dans celle de pêcheurs qui vont mettre les hommes dans le filet du salut, pour les attirer au rivage de la terre des vivants * ; reconnaissons-les dans celle d'un grand nombre de chasseurs qui recueillent de toute montagne et de toute colline , les bêtes féroces y qu'ils changent en agneaux % reconnaissons-les dans les ouvriers qui cultivent la vigne du Seigneur '; reconnaissons-les dans les înédecins qui guérissent les infirmités spirituelles du peuple de Dieu * ; reconnaissons-les dans les sentinelles qui gardent la cité ® et qui sont ])lacées pour garder ses murs % reconnaissons-les enfin dans les anges des églises, qui leur annoncent la volonté divine et les défendent contre les ennemis ^, et nous verrons que, dans ces figures, comme dans toutes les autres sous lesquelles Dieu nous les représente, on aperçoit à l'évidence le but charitable que Dieu s'est proposé en les instituant, et leur utililé pour l'exécution de ses desseins.
Dieu a donné aux prêtres les moyens de remplir les fonctions de leur ministère.
lïl. Qu'on ne dise pas non plus que Dieu , en chargeant les prêtres d'un ministère aussi difficile, les ait abandonnés à eux-mêmes, sans leur fournir les moyens convenables pour réussir dans leur mission, puisque, quand il appelle une personne à quelque emploi, il lui prépare aussi tous les secours nécessaires pour le remplir parfaitement ^ Les prêtres avaient besoin d'instructions pour connaître la sublimité de leur caractère , l'étendue de leurs devoirs et les vertus par lesquelles ils devaient justifier ce caractère et remplir ces devoirs; c'est pour cela que Dieu les instruisit par le moyen des prophètes, en divers temps et de plusieurs manières y mais enfin il leur parla par le moyen de son Fils ^\ et non-seulement ce fils les tint pendant trois années à son école, mais il leur enseigna encore publique-
» Matth. IV. 19. -- 2 Jerem. XVI. 16 et seqq. — ^ Mattb. XX. 1 et seq. — ' Jerem. VIII. 22. — ^ Cant. III. 3. — ' Isaï. LXII. 6. — ' Apocal. II. 1 et seq. — ^ S. Thoni. Summ. Theol. p. 111. q. 27. art. 4. — ^ Ad Hebr. I. i:
THÉOR. T. I. 11
meut les plus utiles doctrines, dont il transmit le souvenir à leurs successeurs, par l'organe des évangélistes. Il voulut aussi que l'Apôtre des nations employât trois de ses lettres à faire connaître aux ecclésiastiques les obligations de leur état , de manière que quiconque a reçu la charge de pasteur de l'Église , doit les avoir sous les yeux *. Et parce qu'il ne suffit pas à l'homme qu'on lui montre le bien pour le lui faire pratiquer, mais qu'il est nécessaire encore de lui donner la grâce qui affermisse sa volonté pour en venir à l'œuvre, Dieu a, par cette raison, institué le sacrement de l'ordre qui, en premier lieu , confère la puissance spirituelle perpétuelle , en signe de laquelle s'imprime le caractère ; et en second lieu^ donne la grâce qui rend agréable à Dieu , afin que le prêtre puisse bien accomplir son devoir^. L'Apôtre même recommandait en effet à l'un des premiers évêques de l'Eglise de ne point négliger la grâce qui lui avait été donnée par rimposition des mains *, et de la faire revivre encore ". Il se glorifiait aussi de ce que Dieu nous a fait des ministres capables du nouveau Testament ^ Enfin l'effet a démontré que les prêtres exécutèrent fidèlement les desseins charitables que la Providence leur avait confiés, puisque leurs sons parvinrent dans toute la terre , et que leurs paroles se répandirent jusqu' aux extrémités de V univers ^ On vit aussi l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe, c'est-à-dire que la terre changea de face, les peuples changèrent de mœurs, et le christianisme s'établit sur les ruines de l'idolâtrie ^ Les effets de la grâce sacerdotale ne se terminèrent point dans la personne des apôtres, mais les portes de l enfer ne prévalurent jamais contre l'Eglise ^ : ni les persécutions, ni les hérésies, ni les schismes, ni les incursions des barbares, ni la corruption des mœurs ne détruisirent la religion. Toujours les soixante forts qui environnent le lit mystique de Salomon (qui signifient les prêtres assistés de la grâce divine), sont des très-forts d Israël, tous expérimentés dans les guerres , chacun tient l'épée ceinte au coté ^ pour les terreurs nocturnes ^ D'un autre côté le Saint-Esprit nous assure que le
' S. August. De doctrina Ctirist. Lib. IV. Cap. 16. — ^ Bellarm. De Sacram. ordinis. Lib. L Cap. 10. p. 614. Yenet. 1721. — ^ I. Ad Timoth. IV. 14. — '^ II. Ad Timoth. I. 6. — ^ IL Ad Corinth. III. 6. — « Psalm. XVIII. 5. — ^ XL 6 et seqq. LXV. 17. — » Matth. VI. 18. — » Cant. IL 7 et seq.
CINQUIEME THEOREME. 2-\S
sacrement de Tordre n'est conféré que pour l'utilité publique *.
En quoi consiste leur utilité.
IV. Pour convaincre en outre les politiques de Fimmense utilité qui résulte pour le public de l'élat sacerdotal, il suffira de leur proposer le très-simple raisonnement suivant. Ou a déjà démontré l'avantage que la religion chrétienne procure à la société ^ Mais cette religion ne pourrait subsister si elle n'avait point de prêtres, parce que la religion et le sacerdoce sont des idées corrélatives et inséparables ^ Donc les prêtres, eu qualilé d'instruments nécessaires d'un bien public, doivent être reconnus pour des personnes très-utiles. Mais laissant de côté les arguments abstraits, recherchons la vérité dans les faits. Quels individus, autres que les ministres des autels, sont tenus par les devoirs de leur état , dji soin d'instruire les ignorants , de ramener les personnes égarées, de soulager les affligés, de diminuer le nombre des crimes et par là de borner les vengeances divines ? A quels autres, si ce n'est aux ecclésiastiques, recourt-on dans les circonstances difficiles, dans les dangers imminents, lorsque l'on ne trouve point de secours ailleurs ? A qui s'adresse-t-on pour étouffer les inimitiés les plus invétérées, et pour mettre un terme aux longues contestations qui désolent les familles ? Le soldat dans les armées, l'homme de mer dans les navires, le malade, le pestiféré même dans les hôpitaux, le délinquant au fond des prisons, le condamné au dernier supplice, sur l'échafaud, ne trouvent-ils point un asile et du soulagement chez les ecclésiastiques? Quelle autre classe de citoyens se montre plus affable et prête plus facilement l'oreille au dernier même des hommes de la terre? Elle se croit obligée de répandre ses bienfaits sur tous les hommes depuis le berceau jusqu'à la tombe ? Qui mieux qu'un curé peut se dire un homme destiné au bien j)ublic? On en a vu tant et plus (dit à ce sujet un excellent écrivain) qui ressemblaient moins à des hommes qu'à des esprits bienfaisants descendus sur la terre pour le soulagement des misérables. Plus d'une fois ils se privèrent de pain pour nourrir les nécessiteux, plus d'une fois ils se dépouil-
' 1. Ad Corinth. XII. 7. — ^ y. ci-dessus, part. I. Théor. \I. ^ S. Joann. Ctirys. De Sacerdotio. L. III. § V.
lèrent de leurs propres habits pour en revêtir les indigents... Le citoyen sans religion est une bête féroce ^ il n'a aucun frein d'éducation ni de respect humain ; une vie pénible a aigri son caractère j la propriété est venue lui ravir l'innocence du sauvage; il est peureux ^ grossier, défiant , avare et surtout ingrat. Mais par un miracle bien signalé , cet homme naturelle ment pervers devient excellent dans les mains de la religion \ Que si nous voulons ensuite jeler un coup d'œil sur l'histoire de tous les peuples chrétiens, et rapporter sincèrement ce que nous y avons observé, nous serons obligés de convenir des services immenses que le clergé a rendus en tout temps à la société. Le clergé a'toujours pris la cause du genre humain , il a lonjours été l'appui et l'asile des opprimés. Au temps de la féodalité, les ecclésiastiques arrêtaient et neutralisaient les vexations des barons. Les ecclésiastiques empêchèrent bien des cruautés, lors de la découverte de l'Amérique, et se rendirent les vengeurs et les défenseurs des pauvres Indiens. Les ecclésiastiques s'exposèrent souvent aux plus grands dangers par le courage qu'ils montrèrent à reprendre les princes qui abusaient de leur pouvoir. Les ecclésiastiques enfin ont mille fois comprimé la fureur du peuple, soutenu le trône, et préservé l'état des trop funestes effets de l'anarchie ^ » En définitive, n'est-ce pas ordijiairement aux prêtres qu'est encore confiée l'instruction littéraire et scientifique de la jeunesse ? Qui mieux qu'eux, qui n'ont point d'enfants, veille à l'éducation de ceux des autres, et spécialement à celle des orphelins et des pupilles?
Témoignages des incrédules.
V. Et puisqu'un poëte tragique a sagement dit que la louange d'un ennemi est fidèle y voyons combien sont favorables les témoignages que les ennemis du clergé lui rendent. L'auteur des Lettres juives n'hésita point à enseigner que les curés sont ordinairement charitables envers les pauvres, attentifs à porter du soulagement aux familles, qu'ils assistent les orphelins j^ protègent les veuves, maintiennent l'union
' Chateaubriand, Genio del Cliristianesimo. P. IV. Lib. III. Cap. II. p. IS.Trad.ital. Nap. 1822.
^ Tassoni, La reljaione dimostrata e difesa. T. III. C. XXXI. p. 298. Pisa, 1817.
CINQUIÈME THÉORÊaiE. 245
entre parents j arrangent les différends ; qu'ils sont enfin réellement les pères des peuples confiés à leurs soins *. Mandeville qui d'abord diffamait le clergé, dut depuis confesser ingénument qu'un ecclésiastique qui remplit bien son devoir, a un droit incontestable à l'estime et à l'amour de toute la nation, et nul autre ne peut y prétendre à plus juste titre, puisqu'il n'y a pas d'emploi généralement plus utile ^ Voltaire, ce furieux ennemi de l'Eglise et de ses ministres, n'a pu s'empêcher de les louer dans plusieurs endroits de ses ouvrages, et de prononcer une fois à leur égard le jugement suivant : La vie séculière a toujours été plu% vicieuse que celle des prêtres, mais les désordres de ceux-ci ont toujours été l'objet d'une censure plus amère , à raison du contraste qu'ils formaient avec la règle ^ A ces témoignages on pourra en ajouter d'autres en assez grand nombre que Demaistre a recueillis dans les écrits des protestants, proprement à la louange du clergé catholique *.
Origine, fausseté et contradictions des calomnies débitées contre le clergé.
VI. Mais que sont, dira-l-on, ces incrédules en si petit nombre qui conviennent de l'utilité de l'état ecclésiastique, en comparaison de tant d'écrivains qui se prononcent de toutes leurs forces pour le sentiment opposé ? Je ne l'ignort* pas, répondrai-je; ils ne sont qu'au nombre des soldats de Léonidas comparé à celui des soldats de Xerxès. Mais qu'estce que cela signifie ? Si le clergé est institué pour combattre le vice et l'incrédulité , et c'est de là précisément que résulte l'avantage qu'il procure à l'ordre public, pourra-t-il jamais prétendre à l'amitié, à la protection et aux éloges des hommes vicieux et des incrédules ? Aussi leur déplaire est positivement le principal mérite du clergé et la preuve la plus évidente de son utilité, maxima laus est, ut placuisse bonis , displicuisse malis. Il a déjà été démontré qu'on doit regarder la haine contre le clergé comme l'effet et l'indice le plus sûr de la haine contre la religion qui est soutenue par
* Lettr. LXXXVIII.
^ Pensées libres sur la religion. Ch. X.
* Essai sur les mœurs. T. 111. V. L'ouvrage anonyme der triumph der l*hllosophie der XVIII. iahrhunderts. T. II. p. 103.
* Del papa. L. III. C. 3. § 2. p. 59 et seqq. Trad. ital. Imolas, 1822
2i6 DEUXIÈME PARTIE.
le clergé *. Mais si l'on pouvait élever des doutes à cet égard , il suffira de rappeler que les incrédules eux-mêmes ont confessé que les mauvais propos débités par les libertins contre les ecclésiastiques, étaient faux en grande partie^. Il sera bon également de ne point perdre de vue que la saine logique ne permet point d'attribuer à l'état les défauts de quelques individus, et que c'est par une très-fausse induction qu'on fait dépendre du caractère sacerdotal (juelque vice qui est plutôt l'effet de la fragilité humaine'. On peut ajouter, si cela ne suffisait point, que la corruption du clergé est précisément la conséquence de l'impie philosophie qui a infecté quelques ministres du sanctuaire *. Et c'est là le plus grand châtiment dont Dieu punit les populations déjà corrompues ^ Enfin qu'on observe attentivement la manière insidieuse dont les libertins traitent les prêtres, et l'on se convaincra des contradictions dont abondent leurs calomnies. « Si les prêtres se bornent aux fonctions du sacerdoce, ils sont inutiles à la société; s'ils s'intéressent au bien de l'état, ce sont des intrigants; s'ils s'opposent aux injustes volontés des souverains, on les attaque comme séditieux et comme rebelles; s'ils prêchent l'obéissance, et qu'ils exhortent à la soumission, on les accusera de favoriser le despotisme et de s'entendre avec les gouvernants pour réduire les ])euples en esclavage; s'ils se taisent et restent tranquilles, ce sont des êtres méprisables, ineptes, lâches, qui n'ont pas le courage de dire la vérité, ni de prendre le parti de la justice. » Mais comment, messieurs, parviendrons-nou=^ à
' Cela se découvre h Tévidence dans les lettres et correspondances de Frédéric 11. roi de Prusse, œuvres posthumes. T. IX. p. 49. XIII. p. 70 et suiv.
- Baylc, D*ict. art. Vayer.
^ On pourra trouver de très-belles pensées sur ce sujet dans S' Cypricu, de Singul. cleric. — dans S^ Jérôme, epist. ad Nepotian. — dans S' Bernard, de Consid. et dans d'autres.
* Le dessein d'introduire dans le clergé et spécialement dans cette partic du clergé qui instruit la jeunesse, et entre dans les cours et dans les familles, le venin de l'incrédulité, est suffisamment indiqué dans les œuvres posthumes de Rousseau, T. V. Dial. II. p. 71 et suiv.
^ Si Sacerdos qui unctus est pcccaverit, delinquere faciet popuhini. Levit. IV. 3. Pour faire voir que cela amène ensuite la ruine du peuple, et que c'est le châtiment de ses précédents désordres, il faut lire S' Grégoire. Reg. Lib. XIV. Epist. 48 et 64.
VOUS satisfaire ? Comment voulez-vous qu'on agisse ? expliquez-vous *.
Ces calomnies prédites dans les Ecritures forment V apologie du clergé.
YII. Quant à moi pourtant, s'il m'est permis d'émettre franchement mon avis, je dirai qu'il serait trop désavantageux pour la religion chrétienne, que son clergé fût totalement à l'abri des calomnies et des persécutions, parce qu'on ne remarquerait point en cela l'accomplissement des prophéties que nous lisons dans les livres des deux Testaments, et l'on pourrait soupçonner que les prêtres modernes, n'héritant pas des mauvais traitements des anciens, n'en seraient pas les légitimes successeurs. Au contraire, les impies accomplissent aujourd'hui, malgré eux et sans s'en apercevoir, les prédictions les plus terribles pour eux , et reconnaissent dans le sacerdoce les mêmes glorieux motifs qui, dans tous les siècles, excitèrent la haine des persécuteurs. En effet le Saint-Esprit enseigne clairement que les impies ont en abomination ceux qui înarchent par le droit sentier % et font des justes un objet de dérision et d'outrage ^ Il enseigne également que les méchants qui ne veulent ni religion, qui les contienne, ni vertu qui les guide, se portent à circonvenir le juste j parce qu'il est inutile pour eux et contraire à leurs œuvres y qu'il leur reproche les trangressions de la loi ^ et fait connaître au public leur conduite déréglée \ Mais le fils de Dieu, en qui ces desseins pervers reçurent le plus parfait accomplissement, assura que tous les prophètes de Dieu envoyés à son peuple avaient été les victimes des hommes injustes, précisément parce qu'ils s'étaient acquittés de leur ministère ^\ et non content de cela, il dit à ses disciples : « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï a\ant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui, mais parce que vous n'êtes par du monde , et que je vous ai choisis hors du monde, voilà pourquoi le monde vous hait : souvenez-vous des paroles que je vous ai adresvsées : le serviteur n'est pas plus grand que son maître; s'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ^ » Or nous
' Tassoni, La rel. dimost. e dif. T. III. C. 31. p. 300. Pisa, 1817. 2 Provcrb. XXIX. 27. — ' Sapient. V. 3. -> * Ibid. II. 12. — ^ Matth. XXIII. 29 et seqq. — « Joann. XV. 17.
savons fort bien comment tout ceci s'est vérifié dans les Apôtres, quelles ont été les persécutions qu'ils ont souffertes *, et à combien de périls ils furent exposés , non-seulement de la part des juifs et des gentils ^ mais encore de la part des faux chrétiens ^ Sans doute c'est une vérité incontestable que tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ^ souffriront la persécution '. Pour conclure cet article, je proposerai une réflexion, c'est que si un bon prêtre veut justifier cette qualité par sa conduite, il doit braver les pénibles difficultés d'une guerre perpétuelle avec l'irréligion et l'immoralité *. Il rencontrera donc autant d'ennemis qu'il se rencontrera d'hommes irréligieux et immoraux qui seront précisément ses ennemis, parce qu'il s'acquitte de son devoir, et parce que leur nombre est infni % il aura des ennemis à l'infini; mais toutes leurs médisances, bien loin de le décréditer, ne serviront qu'à mettre dans un plus grand jour l'éminence de sa vertu.
Utilité des prêtres , comme ministres des sacrements , du S. sacrifice et de la prière.
VIII. Mais si les politiques nous permettent de nous étendre dans cet article sur les lumières que la religion catholique nous présente, nous trouverons, à coup sûr, que les avantages que le sacerdoce procure à l'Église occupent un champs très-vaste. C'est par lui en effet que les hommes instruits dans les mystères de la foi vont au lavoir de la régénération ^^participent à l' Esprit- Saint '^ , sont restaurés par le pain vivant descendu du ciel ^^ se réconcilient avec Dieu par la rémission de leurs péchés^ ^ sont oints de l'huile, au nom de Dieu, dans les maladies dangereuses'"^ sont pourvus des ministres du Christ et des dispensateurs des mystères divins "^ et célèbrent un mariage saint et honorable en toutes choses **. Enfin , aux yeux d'un vrai catholique , les prêtres sont l'honneur de l'Eglise ^ et ses colonnes les plus fermes , les portes de l'éternelle cité ^ par le moyen desquelles tous arrivent au Christ; ils sont les portiers auxquels
• I. Ad Corinth. IV. 9.
2 II. Ad Corinth. XL 26. — ' II. AdTimoth. III. 12.
'' S. Joann. Chr\s. De Sacerdotio. Lib. II. § 4. — ^ Ecclesiastic. I. 15. — « Ad Tit. III. 5. — ^ Ad Hebrae. VI. 4. — « Joann. VI. 51 . — » Idem. XX. 23. — •» Jacob, V. 14. — «' I. Ad. Corinth. IV. ï.— "^ Ad Hebr. XIII. 4.
Gl»QUlÉinE THÉORÈME. 249
furent confiées les clefs du royaume des deux; ils sont les économes de la maison royale y attendu que c'est d'après leur jugement que les divers grades sont distribués aux fidèles *. Si cela ne suffit point, nous rappellerons encore qu'ils sont les ministres publics de la prière, puisque le prêtre se pré^ sente à Dieu en qualité d'ambassadeur y au nom de l'univers terrestre ^, tandis qu'il sert de médiateur entre Dieu et la nature humaine , puisqu'il nous apporte les bienfaits de Dieu y et qu'il lui présente nos supplications ^ réconcilie avec nous le Seigneur irrité, et nous délivre de ses vengeances '. Tout cela s'opère par le prêtre pendant qu'il récite l'office divin , obligation à laquelle il ne peut se soustraire sans se rendre coupable, mais plus encore , dans la célébration du sacrifice non-sanglant de l'autel , parce qu'il n'y a point d' œuvre plus sainte ni plus divine *. Quant au grand avantage que cette seule action d'un prêtre procure à tout le corps mystique de Jésus-Christ , c'est une chose étrangère à mon sujet et qui exigerait de trop longs détails. On peut d'ailleurs trouver cette matière parfaitement traitée par les maîtres en théologie^; il me suffira de conchare, en disant que quiconque ne reconnaît pas l'immense utilité du sacerdoce, fait voir qu'il ignore ou qu'il ne croit pas les vérités les plus évidentes de notre auguste religion.
DÉMONSTRATION DE LA SECONDE PARTIE
Le grand nombre des ecclésiastiques est utile à la société.
IX. Si nous n'avions pas à lutter contre des hommes imbus de préjugés et peu dociles à la voix de la raison, nous pourrions considérer cette seconde partie du Théorème comme une conséquence simple , légitime et très-palpable de la première, parce qu'ayant démontré que les prêtres sont des personnes très-utilement appliquées au bien public, peut-il alors rester le moindre doute que leur multiplication n'accroisse , ne consolide et ne perfectionne la société ?
— ' S. Prosper, De vita contempl. Lii). II. C. 3. — ^ g joann. Chrysost. De Sacerdotio. Lib. IV. Cap. 4. — ^ Ici. Homll. V. in Joann. et Homil. VI. II. ad Timoth. II. — " Concil. Trid. sess. XXII. Décret, de Observ. in celeb. mis. — ^ Bellarmin. de missa. p. 371 et seqq. Ven. 1721.
âoO DEUXIÈME PARTIE.
De même que les impies et les malfaiteurs étant des personnes très-pernicieuses à la société, elle se trouve mieux à proportion que leur nombre diminue ; par la même raison, les prêtres étant des personnes utiles à la même société, et même positivement destinées à réprimer et à éclairer, à convertir les ennemis du bon ordre, on ne peut attendre qu'une utilité j^énérale de l'augmentation de leur nombre. En effet la vigne du Seigneur, qui est l'Eglise \ ayant plus d'ouvriers, sera mieux cultivée ; les évêques qui en dirigent la culture choisiront plus facilement et plus librement les personnes les plus propres à remplir les fonctions d'un pareil ministère , et Ton ne verra plus un seul individu chargé de tant et de si divers devoirs ecclésiastiques qui sont au-dessus de ses forces ou excèdent sa capacité, et lorsque les uns viendront à vieillir, à s'affaiblir ou à mourir, il s'en trouvera aussitôt d'autres pour les remplacer, et le service de l'Eglise ne viendra point à languir : Eh! quoi! En tant que j'ai feuilleté les livres des anciens , je n'y trouve pas qu'on ait été jamais tenté de limiter le nombre des Gymnosophisles,dans la suite des Mages , dans la Perse , des prêtres dans la Chaldée;, des Hiérophantes dans l'Egypte, des Druides dans les Gaules et dans la Bretagne ; et aucun politique n'a censuré cette liberté qu'on laissait pour le choix d'un élat, toute la rigueur du (calcul va tomber sur les prêtres catholiques , et même de la part de ceux qui reconnaissent cette religion comme la seule vraie et la seule digne de la société humaine. Et tandis que les politiques ne refusent à personne le droit d'embrasser telle profession qui lui est agréable ^, qu'ils reconnaissent même que l'homme se rend heureux en même temps qu'utile aux autres, lorsqu'il est parfaitement libre dans le choix de son état^, ils font peser exclusivement la plus rigoureuse exception sur l'état ecclésiastique qui est pourtant le plus utile, le plus saint et le plus auguste de tous*.
' Isaï. V. 7. — Mattb. XX. 1 et seqq.
* Smitli. Riclicsse des nations. L. V.C. I. part. 3. art. 3. — Id. Principes de la léfjislation. Llv. V. Ch, 7. — Burlamaqui, Principe du droit des gens. T. VIL part. III. Ch.l.
3 Smitli, Princ. L. X. Ch. 3. — Fritot, L. II. Ch. 2. § 7. Vattel, Droit des gens, prélim. ^ 16 et siiiv.
* S. Ambres. De dignitate Sacerdotii. C. III. — S. Cyrilli A Lexund. de ador. L. XIII.
GIITQUIÈME THÉORÈME. 251
Doctrines de r Ecriture sainte qui viennent à l'appui de notre thèse.
X. Mais que nous enseigne ensuite l'Ecriture sainte, maîtresse infaillible de la vérité, sur le nombre des prêtres ? Dans l'ancien Testament , bien qu'il n'y eût qu'un seul temple , néanmoins une tribu entière , c'est-à-dire à peu près la douzième partie de la nation hébraïque, était destinée au culte divin, et la nation même devait nourrir à ses dépens, non-seulement les prêtres et les lévites, mais encore toute la suite de leurs familles \ Ni les Hébreux ne se plaignirent jamais d'un nombre aussi considérable , ni Dieu qui en dirigeait souverainement le gouvernement, ne le jugea superflu ou nuisible à la prospérité nationale, bien que les seuls lévites au bout de trente ans se trouvèrent former un nombre de quatre-vingt mille , sans y comprendre les prêtres descendants d'Aaron, partagés en vingtquatre familles ^ Comment donc les catholiques qui demandent le service d'innombrables églises, la très-prompte administration des sacrements , l'assistance continuelle auprès de tous les moribonds, l'instruction universelle dans la religion , la défense de la foi, l'éducation de la jeunesse et surtout la prière à Dieu pour le peuple , le S. sacrifice pour les vivants et pour les morts, et mille autres choses, comment, disons-nous, trouveront-ils excessif le nombre des ecclésiastiques qui certainement n'arrive pas à cette proportion ? comment pourront-ils justement se plaindre des aliments qu'ils fournissent aux prêtres, si ceux-ci , comme célibataires , n'ont point de familles , et vivent en grande partie de leur patrimoine ? Passant ensuite au nouveau Testament, nous y trouvons deux vérités qui confirment notre proposition ; la première c'est que les évêques ont reçu de Dieu le pouvoir de choisir les ministres des autels , selon le besoin '', et qu'ils sont obligés de faire subir un long examen à ceux auxquels ils seraient dans le cas de confier un ministère aussi sublime ^ La seconde vérité, qui pourtant se rattache à la première, c'est que Dieu s'est positivement réservé le droit d'appeler les fidèles au sacerdoce : de manière que, quiconque n'est point appelé
' Numer. I. 48 et seqq. — ^ j. Paralip. XXII. 3 et seqq. — » Ad lit. I. 5. — * I. Ad Timoth. V. 22.
par Dieu, ne peut usurper cet honneur^ par conséquent ce serait l'œuvre d'une témérité sacrilège et d^une âme perdue que de croire que, sans une vocation divine, il serait permis de monter au sacerdoce ^, voilà pourquoi le concile de Trente décrète que ceux qui ont la témérité de s'arroger les sacrés ministères , ne doivent point se réputer ministres de V Eglise , mais bien des voleurs et des assassins qui ne sont pas entrés par la porte ^. Cela supposé, croirons- nous que Dieu ne sache point connaître la qualité et le nombre des ministres nécessaires à son peuple, ou qu'il aime le bien-être de la société créée et conservée par lui, moins que les philosophes qui font tout pour la renverser ? Au reste, que celui qui veut entendre de la bouche du chef et du précepteur des nations * un oracle, qui nous inspire les vrais sentiments que nous devons avoir par rapport au nombre des prêtres , et indique à un gouvernement chrétien la manière de se comporter en pareilles circonstances, écoule les paroles suivantes : La moisson est considérable, mais les ouvriers sont en petit nombre, priez donc le maître de la moisson d'y envoyer des ouvriers ^
Frivolité d'un prétexte des politiques pour restreindre le nombre des prêtres.
XI. Mais j'entends ce que l'on va m'opposer : vous parlez ici, me direz-vous, des prêtres, tels qu'ils devraient être, mais non des prêtres, tels qu'ils sont , c'est-à-dire qtie vous les représentez tous conune des ouvriers dans la moisson du Seigneur, et en conséquence utiles à la société; vous faites voir que vous ignorez combien il y en a parmi eux qui croupissent dans l'oisiveté, et combien il y en a encore qui, par rapport à la moisson , ressemblent aux renards incendiaires àQ^dixa^on^. Non, leur répondrai-je, mais c'est parce que je sais bien qu'il y a plusieurs prêtres indignes de leur caractère , que je ne veux point qu'on mette des bornes à l'ordination sacrée. Je sais bien que lorsque le peuple devint comme un troupeau dispersé ^ ce furent les prêtres qui les séduisirent ^, et que quelques-uns d'entre eux, au lieu de se sacrifier au bien-être de la société , tendent le filet et le lacet
' Ad. Hcb. X. 4. — 2 S. Cypr. enist. LX. ad Cornel. — '' Sess. XXV. G. 4. — " Isai. X. 2. — =5 Luc. XL 2. — « Judlc. X. 14. — ' Jerem. L. 6.
CIINQUIËME THÉORÈME. S^S
pour les perdre^ ;]q n'ai pas entrepris la défense de ces hommes infiniment pernicieux, et je ne désire certainement pas qu'ils se multiplient, vu que le Sauveur nous enseigne qu'il vaudrait mieux pour eux qu'ils se suspendissent au cou une meule de moulin, et qu'ils se submergeassent au fond de la mer \ Je dis cependant qu'en diminuant le nombre des prêtres, on n'évitera pas les mauvais, mais qu'ils deviendront plus nuisibles au peuple chrétien. Qu'on n'évite point par ce moyen les mauvais prêtres, il est évident que, si parmi les prêtres il s'en trouve de mauvais , ce n'est point parce qu'ils sont prêtres , attendu que la très-sainte institution du sacerdoce ne peut certainement pas les pervertir, mais c'est parce qu'ils sont hommes, parce que, parmi les hommes, quelque soit leur nombre, il doit s'en trouver de bons et de mauvais ' ; et comme un politique se rendrait ridicule, si pour diminuer les vices d'un peuple, il proposait de diminuer indistinctement le peuple même, par la même raison on doit trouver ridicules ceux qui pour établir la réforme du clergé, inventeraient le sublime expédient de le diminuer. Si , dans une matière aussi grave et aussi importante, je voulais rire ou faire rire les autres, je dirais que leur découverte ressemble parfaitement à celle de frère Stoppin *. Mais parlons sérieusement ; si l'on diminue le nombre des prêtres, non-seulement celui des mauvais ne diminuera point, mais ils deviendront encore plus nuisibles ; et en conséquence, on verra s'évanouir l'agréable espoir dont pouvaient se flatter ceux qui tiennent en mains le timon des affaires. Quoi qu'il en soit , quand les évêques auront à leur disposition beaucoup d'ecclésiastiques de tous grades dans le clergé qui est sous leur dépendance , ils pourront facilement employer les bons dans le ministère, et laisser de côté les mauvais , ou les châtier conformément aux canons de l'Église, d'où il arrivera que ceux-ci se corrigeront, en se voyant humiliés et punis, ou qu'au moins ils seront plus prudents et plus circonspects à commettre
' Ose3D. X. I. — 2 Matth. XVIII. 6. — ^ S. Greg. reg-. L. XIV. episf. 64. et pastor, p. I. C. 2.
* Frère Stoppin qui, ayant entendu dire h un curé que dans son pays le nombre des morts avait coutume de sélever annuellement à environ 60. lui proposa un bon moyen pour le diminuer, c'était de bannir au moins les trois quarts de la population.
le mal, ou enfin qu'ils auront un champ moins vaste pour nuire, se trouvant exclus des plus importants emplois, et connus du public comme le rebut de leur état. Au contraire, s'il y a peu de prêtres, on sera forcé de se servir des mauvais prêtres, qui seront d'autant plus nuisibles, que l'impunité les rendra plus hautains , et que leurs emplois leurs donneront plus d'influence sur le public \ Ceci est prouvé par l'expérience journalière, et justifie l'empressement de tous les bons évêques à ordonner beaucoup de prêtres, pour exciter entre eux une louable émulation, et retrouver aisément le nombre de bons qui est nécessaire au service de l'Église ^
Frivolité d'un autre j^ré texte.
XII. Mais les politques (ceux spécialement qui traitent à^ économie politique) se récrient de nouveau et me disent: Ne voyez-vous pas qu'en multipliant les prêtres, on accroît le nombre des personnes qui vivent sans exercer d'industrie particulière, c'est-à-dire aux dépens de celui qui travaille et de celui qui possède ? Vous paraîl-il qu'il y a peu d'inconvénients à détruire l'équilibre de la balance statistique^ On a fait mille réponses à ces puériles objections; je me contenterai d'en indiquer trois qui sont les plus courtes et les plus claires : premièrement il va, et il doit y avoir dans la société différentes professions qui font vivre celui qui les cultive, aux dépens des travailleurs et des personnes qui possèdent. Telles sont les professions d'avocat, de médecin, d'architecte, de musicien et autres. Cependant les politiques ne s'en plaignent pas, et ils recommandent à leurs adeptes de les exercer pour vivre. El pourquoi en veulent-ils tant au sacerdoce qui est incomparablement plus sublime et plus utile que ces professions ? Qu'ils qualifient au moins les prêtres, comme avocats des hommes auprès de Dieu ^, comme médecins des âmes *, comme architectes de la maison spirituelle de Dieu ^ qui est VEglise^^ et comme destinés à chanter les louanges du Seigneur^ : et si la poli-
' S. Gregor. refj. L. Vil. enist. 32. et S. Bernard, de XII. pornit. imped. Serm. XIX. — 2 S. Léo. pap. enist. LXXXVII. ad episc. Afric— ' V. cidessus. § VIII. — '* V. ci-dessus. § II- -- ' II- ad Corinth. XIII. 10. I. Pétri. II. 5. — ^ Sur les effets salutaires du chant ecclésiastique. V. S' Augustin, Confess. Lib. X. C. 33.
CiXJUiÈME THKORÈJIE. Mo
lique ne veut point s'élever jusqu'à ces questions ibcoîogiques 5 qu'elle considère au moins combien de procès ont été étouffés par les soins des prêtres, qui ramenèrent la paix entre les familles, et en conséquence combien on a épargné d'argent que le barreau aurait englouti : combien de maladies on évite en se conformant à leurs exhortations tant publiques que particulières, et par là combien moins on dépense en frais de médecins et de médecines : combien il y a de diminution dans le luxe, quand on écoute les leçons évangéliques qui le défendent, et combien moins d'argent absorbent les architectes pour de vaines magnificences , et enfin , à combien de personnes la docilité aux enseignements de l'Eglise i:e fait-elle pas éviter les danses, les concerts, les veillées, les spectacles, ce qui fait qu'elles ne dissipent point leur patrimoine en vaines parties de musique. Je réponds en second lieu , que si l'on tolère généralement une immense multitude de gens adonnés à la profession des armes, qui croupissent des années dans l'oisiveté et dans le libertinage, mangeant le pain de l'état , sans parlei- des honneurs et des distinctions de tout genre qu'on leur prodigue, seulement parce qu'( n attend d'eux la splendeur de l'autorité publique, et la défense de l'état, en cas de danger, pourquoi ne tolérera-t-ou pas au moins avec une égale indifférence, un bon nombre de prêtres, qui sont la milice de Dieu ', et servent à la splendeur de la religion ^, ainsi qu'à la tranquillité des fidèles ^? Ils ne sont pas non plus très-certainement autant à charge au trésor public, tant parce qu'ils sont tous célibataires que parce que quelques-uns vivent de leur patrimoine, (iwq d'autres recueillent des offrandes volontaires du peuple, et qu'enfin il y en a beaucoup qui sont attachés à des emplois qui leur donnent du pain, comme sont toutes les fonctions littéraires. En dernier lieu , consultons l'expérience des temps actuels, en observant avec attention les royaumes où l'on a pris tous les moyens d'afi^aiblir le clergé, et nous verrons qu'ils sont dans un état Irès-malbeureux , non moins
' I. Ad Timotlî. I. 18. V. les interprètes sur ce passfigc. Venare S. Pet. Damiaso. de dignit. Sacerd. où il appelle le prêtre, dux exercitus Domini.
^ Levit. X. 3. V. a Lapide. Sur ce verset, et S. Joann. Chrysost. Homil. X. in epist. I. ad Timoth.
^ S' Bernard appelle les prêtres. Sponsœ Christi Custodes. Sermo ad Clericum.
â56 DEUXIÈME PARTIE.
à raison du peu de considération où s'y trouve la religion , qu'à raison de la détresse qui accable les familles les plus distinguées. Ecoutons, sur cet article, un témoin oculaire et très-digne de foi. « Une telle vérité, dit-il, est particulièrement sensible dans ce moment où, de toutes parts, les hommes se jettent en foule dans les bras du gouvernement, qui ne sait que faire d'eux. Une jeunesse innombrable , impétueuse, libre pour son malheur, avide de distinctions et de richesses , se précipite par bandes , dans la carrière des emplois , toutes les professions imaginables ont quatre ou cinq fois plus de candidats qu'elles n'en ont besoin. Vous ne trouvez pas un seul office, en Europe où depuis cinquante ans, le nombre des employés ne soit point le double ou le quadruple de ce qu'il était auparavant. On dit que les affaires augmentent, mais ce sont les hommes qui créent les affaires, et il n'y a que trop d'hommes qui s'en occupent. Tous s'élancent à la fois vers le pouvoir et les fonctions publiques ; ils forcent toutes les portes et rendent nécessaire la création de nouveaux emplois. Il y a trop de mouvement, trop de liberté, trop de volontés déchaînées sur la terre \n On pourrait, d'après ces mêmes principes, répondre à l'objection que tirent les politiques des prétendus inconvénients du célibat des prêtres, si je ne m'étais disposé à traiter expressément ce point dans un autre théorème, et si ce que j'ai dit jusqu'ici ne me paraissait pas suffisant pour compléter la démonstration que je m'étais engagé à donner.
COROLLAIRES
Que le prince défende la dignité du sacerdoce.
I. On ne peut déduire une conséquence plus naturelle des vérités développées jusqu'à présent que celle qu'il n'y a rien déplus honorable que les prêtres y puisque c'est sur eux que repose l'espoir do notre salut ^ D'où il résulte que c'est le propre d'un bon prince de les honorer ^ Qu'il le fasse donc voir par des exemples publics, qu'il oblige ses ministres eî les magistrats à en faire autant, qu'il promulgue sur ce point des lois sages, et qu'il veille à leur exécution. Si le principe
' De Maistre, Del papa. L. III. C. 2. p. 35. Trad. ital. Imola, 1822. ^ S. Flavian. Eplst. VII. ad Leonem papam. — ^ C. Boni principis. distinct. 96.
de la religion ne suffisait pas, il y a encore le principe de politique que nous avons exposé ci-dessus , et qui fut précisément le motif qui fit écrire Irés-sagement à un très-mauvais empereur, sur Vhonneur dû au sacerdoce *.
Que quiconque donne des signes de la vocation divine soit promu aux ordres.
II. Qu'on laisse aux évêques la liberté d'ordonner ceux qui offrent les signes de la vocation divine , parce que Dieu sait combien il doit en choisir pour le besoin de son Eglise *. Et il ne convient pas à l'homme d'apporter des obstacles aux desseins charitables par lesquels notre père suprême pourvoit aux intérêts de sa famille. De cette manière , les peuples puiseront avec une heureuse facilité les eaux de la grâce aux sources du Sauveur, qui sont les sacrements '. La confession sera, ainsi qu'il a été promis, une source toujours ouverte à la maison de Jacob , pour la rémission des péchés *, et il n'arrivera point que les enfants cherchent le pain de la parole divine, tandis qu'il n'y a personne pour le leur rompre '. Cependant les évêques auront sous les yeux les canons promulgués par l'Eglise sur le nombre et sur les qualités des ecclésiastiques ^
Qu'on facilite et qu'on perfectionne l'éducation des jeunes ecclésiastiques.
III. El comme la jeunesse, à défaut d'une bonne instruction, se trouve inclinée à s'abandonner aux plaisirs du monde, et si dès les plus tendres années on ne se forme point à la piété et à la religion, avant que les habitudes des vices n'aient pris possession de l'homme tout entier, on ne pourra jamais persévérer complètement dans la discipline ecclésiastique sans une très-grande, et j'oserais dire, une toute particulière assistance de la toute-puissance divine '. Que la puissance civile
' Julian. imper. fra{jm. Epist. rationi valde consentaneum est, ut sacerdotes honorentur tamquam Dei ministri et famult qui, quse ad deos pertinent, nobis administrant, et ad illorum in nos derivanda bénéficia momenti plurimum adferunt. Pro omnibus enim sacrificia célébrant el precantur, quare non minus ipsis, immo amplius quam civilibus magistratibus aequum est bonoris adbiberi, etc.
2 Joann. XIII. 18. — ^ Isaï. XII. 3. — ' Zacbar. XIII. I. — ^ Thren. I. V. 4. — ^ Beyer de Hierarcbia eccl. quœst. XI. C. I. p. 501 et seqq. Ant. 1666. — ' Concil. Trident. Sess. XXIII. C. 18.
258 DEUXIÈME PA.RTIE.
n'apporte donc aucun empêchement à celle affaire qui est d'une Irès-haule importance, mais qu'elle fournisse plutôt les moyens qui peuvent en faciliter le succès. Qu'on dote les séminaires, pour les approprier à l'éducation même des jeunes gens pouvu qu'ils aspirent au sacerdoce, et qu'ils donnent l'espoir fondé d'une heureuse réussite '. Qu'on y observe les très-sages dispositions de l'Eglise ^ Que les évêques aient plein pouvoir d'en régler l'enseignement et la discipline, et qu'on y veille à ce que la jeunesse qu'on y recueille n'ait ajicun point de contact avec la jeunesse du siècle, attendu que celui qui fait route avec les sages deviendra sage, que de même F ami des fous deviendra semblable à
SIXiEME THEOREME.
La primauté du pontife romain relevée encore par sa souveraineté temporelle, a beaucoup contribué au bonheur des peuples.
Multitude et variétés des adversaires,
I. Lorsque le Sauveur dit à Simon-Pierre que sur cette pierre il bâtirait son Eglise , et que les portes de l'enfer ne pré vaudraient point contre elle \ il voulut dire par ces paroles, que l'édifice de l'Église serait fondé sur lui, que des chocs violents de la part du conseil infernal seraient dirigés contre cette maison spirituelle et contre %di pierre fondamentale % mais que la toute-puissance divine les avait tous neutralisés ^ Qu'on ne soit donc pas surpris si , comme les ennemis de l'Eglise ont été innombrables, les ennemis de Pierre et de ses successeurs n'aient pas été en moindre nombre, et s'il sont employé des armes de toute espèce pour obtenir une victoire, à laquelle toutes les passions les plus déréglées les faisaient aspirer. Mais l'arme la plus terrible dont on se soit servi avec la plus grande énergie depuis les temps de la réforme jusqu'aux nôtres, a été de faire intervenir l'intérêt des princes et des sujets, de les fasciner les uns elles autres par l'illusion des plu*^ fausses doctrines politiques, parce que les ennemis du nom
' Concil. Trid. sess. XXlll. C. 18. — ^ Thomassin. vêtus et nova eccl. disciplina. — ^ Proverb. XIII. 3. — '\ Matth. XV. 18. — ^ V. les pères cités par Maldonat sur ce point — ^ Origen. Tract. V. in Matth. et S. Jean, Chrysost. homil. L. V.
catholique avaient parfailemeiil compris que l'es reu r n'aurait jamais fait une brillante figure , ni obtenu beaucoup de succès, si elle n'eût trouvé protection dans l'autorité publique \ Toutefois ces doctrines politiques peuvent aisément se réduire à trois points. 1" Qu'il est dangereux pour un état quelconque d'avoir hors de ses confins le chef de sa propre religion. 2° Que le pouvoir temporel du pape ne convient pas plus à son caractère qu'à l'avantage des autres royaumes. 3° Que l'argent envoyé à Rome par le monde catholique, est contraire aux bons principes de l'économie publique ^ Pour réfuter ces maximes, en donnante mes raisonnements leur brièveté d'habitude, et profitant des lumières de tant d'écrivains qui ont traité ce sujet dans le plus grand détail, je démontrerai une simple vérité, c'est que la primauté du pontife romain (et j'entends la considérer ici dans cette dignité qui unit la souveraineté temporelle à la puissance spituelle) a beaucoup contribué ati bonheur des peuples.
Le pape conserve parmi les catholiques leur plus grand bien , qui est la religion.
II. Rappelons avant tout les principes que nous avons déjà plusieurs fois établis, savoir que la religion est du plus grand intérêt pour les peuples, que sans elle ni la félicité publique, ni la société même ne peuvent subsister^, et qu'il n'y a que la religion chrétienne qui soit digne de l'homme *. Or la seule religion catholique contenant la plénitude de la vérité, renferme par conséquent la plénitude de tous les biens. Et d'ailleurs les raisons qui la font reconnaître
' Gauchat. Gli apoWiste tlella re%. T. XIV. P. I. p. 19 et seqq. Lettera CXXXVIII. adCXLlX. Roma, 1783.
^ Je m'abstiendrai de citer les écrivains hérétiques et pseudo-catholiques qui, en traitant de matières politiques, ont fait mention du pape, et n'ont employé que des injures, des sarcasmes et des paralogismes manifestes pour soutenir les propositions ci-dessus énoncées, il serait impossible de les signaler tous, silinguœ centum, oraque centum, en citer quelques-uns dans un si grand nombre ce serait une puérilité, et ce serait d'ailleurs parfaitement inutile dans un siècle où on les voit répandus partout, qu'il suffise de dire que leur catalogue formerait un très-gros volume, mais qu'ils ne sont tous que de malheureux et superficiels copistes du livre impie de Mornay, intitulé; mysterium iniquitatif y et d'un autre d Eybel , ayant pou r titre , quid est papa ?
^ V. ci-dessus, part. I. Théor. 11.
• V. ci-dessus, part. I. Tliéor. VI.
pour la plus sure de toutes sont si évideiUes , que ses ennemis mêmes n'ont pas osé lui contester cet avantage '. Toutes les communions chrétiennes, grecques et protestantes portent dans leur sein un principe de division, de désordre et de destruction ; la seule religion catholique forme une société, parce qu'en elle seule se trouve le vrai pouvoir, le droit de commander, le devoir d'obéir : une société Une parce que son pouvoir est un; une société générale, parce que son pouvoir purement spirituel s'étend à tous les temps, à tous les lieux, et qu'il est partout indépendant du pouvoir politique; une société immuable, parce qu'elle n'est soumise ni à la volonté, ni aux pensées de l'homme, et que dans ses dogmes et dans ses préceptes réside l'éternelle loi des intelligences; pour peu qu'on en sorte, tout s'altère, tout passe*. » Cependant le bien incompréhensible de celte religion dépend essentiellement de l'union du corps des fidèles avec son chef visible ; et cette union est précisément le caractère invariable de cette même religion. « C'est à elle effectivement que tient la primauté de »Ia chaire apostolique, la primauté principale, la source de «l'unité, et à la place de S* Pierre, l'éminent degré de la » chaire sacerdotale, l'Église mère qui tient en mains la di- «rection de toutes les autres églises; c'est le chef de l'épisco- » pat d'où dérive la raison du gouvernement, la chaire princi- ))pale, la chaire unique dans laquelle seule tous aperçoivent » l'unité. Vous voyez les mêmes expressions employées par »S* Oclat, S* Augustin, S* Cyprien, S'Irénée,S* Prosper, »S* Avilus,Theodoret, le Concile de Chalcédoine et les autres, «l'Afrique, la Gaule, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident*. Le »pape est le premier qui d'ailleurs est connu de tous, ayant «l'autorité d'influer sur tout le corps, puisqu'il occupe le trône «principal qui répand partout son influence *. Il est le chef «visible d'une Église universelle, vicaire de Dieu en terre, «évêque desévêques et des patriarches, en un mot successeur
' L'auteur de la discussion amicale en a recueilli les témoig^nages , Lib. IL p. 46 et suiv. Londres, 1817.
^ La Mennais, La réunion des différentes communions chrétiennes, p. 458. Paris, 1821.
^ Bossuet, Sermon sur l'unité de l'Eglise, p. I. Ici nous avons pris le
λarti de citer des écrivains français, et non suspects a nos adversaires pour eur fermer la bouche, en leur inspirant du respect au moins pour ces autorités.
' Pascal, Pensées. IV. L p. IL art. 17. p. 228. Paris, 1803.
«de S* Pierre en qui l'apostolat etl'épiscopat ont eu leurcom- «mencemenl, et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Église, «en lui donnant les clefs du ciel avec l'infaillibilité de la foi, »ce qu'on a vu se perpétuer invariablement dans ses succes- ))seurs jusqu'à nos jours *. La chose étant ainsi, qui ne voit «que le monde catholique reconnaît dans le pontife son unité, «comme dans son unité il reconnaît son droit au salut qui ne i^peut avoir lieu hors de rUgiise^?»Q\n ne voit qu'il prend sur lui le soin du peuple, comme un père fidèle agit à l'égard de toute sa famille , et un pasteur à l'égard de son troupeau "? Et quelle personne au monde peut être considérée comme plus utile sous ces rapports?
La souveraineté temporelle du pape contribue beaucoup à ce bien.
III. Mais le pape ne pourrait-il donc point réussir à procurer un bien aussi important et aussi universel, s'il n'avait point de souveraineté temporelle? je sais bien que Dieu qui appelle les choses qui ne sont pas comme celles qui sont *, et choisit les créatures méprisées du inonde pour confondre les forts % a fait d'innombrables miracles dans les premiers siècles du christianisme, et manifesta aux nations la toutepuissance de son bras, mais la nécessité des prodiges étant parvenue à son terme, et voulant cacher sous l'ombre de la nature l'opération de la grâce, pour augmenter le mérite de la foi, il désira que son Eglise suivît un certain ordre naturel pour se maintenir. Quoique les pontifes romains n'aient eu dans le principe aucune souveraineté temporelle, et qu'ils aient été même en butte aux plus atroces persécutions; toutefois il entra dans les desseins delà divine Providence qu'ils réunissent plus tard une pareille souveraineté à la puissance spirituelle, et certainement Dieu n'eût point inspiré à la piété des souverains la résolution de donner des états à l'Eglise, et ne les eût pas conservés à celli-ci, pendant tant de siècles, malgré toutes les adversités qui l'accablèrent , s'il n'eût connu l'immense avanlage qui en résultait non-seulement pour la splendeur, mais encore pour la conservation de sa religion. Qui peut nier en effet que
' Remarques sur le système gallican, etc. p. 173 et suiv. Mons, 1803. ^ Concil. Lateran, IV". Cl. — ^ Concll. Florent, extrem. sentent. * Ad Rom. IV. 17. — M. Ad Corinth. I. 18.
celte prérog^alive ne fasse doublement respecter le Sié(je aposloli(}ue ? Qui peut nier que celte prérogative ne soit un frein puissant qui arrête tel évêque qui pencherait vers le schisme ou vers l'hérésie ? Qui peut nier que l'indépendance de l'état ren'd libre l'élection des pontifes, ouvre un recours et uji asile aux pré 1res injustement persécutés, et place le pape dans une position plus favorable pour traiter avec les autres princes les affaires ecclésiastiques, sans crainte et sans partialité ? Qu'arriva-t-il à Libère, pour avoir condamné l'Arianisme, à Silverius, pour n'avoir pas réintégré l'impie Antime dans son siège, et à Martin I, pour avoir fulminé l'anathème contre les Monolliélites ? Les oj^pressions qu'ils éprouvèrent ne seraienl certainement pas arrivées, si alors les pontifes avaient elé déjà en possession de la souvenainelé temporelle de leurs successeurs. Ecoulons quelques auteurs dont les noms ont coutume de faiie plaisir à nos adversaires. Bossuet a écrit dans un de ses ouvrages: « Dieu voulut que l'Eglise, mère commune de tous les royaumes, ne dépendît d'aucun dans le domaine temporel, el que le siège dans lequel tous les -fidèles devaient conserver l'unilé fût mis audessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'état pourraient produire \ » El dans un autre ouvrage, il ajoute « si nous nous félicitons avec le siège apostolique de ce que le domaine de Rome et d'autres terres lui a été accordé, afin qu'il pût exercer avec plus de liberté et plus de sécurité la puissance apostolique dans toute l'Église, et nous souhaitons avec la plus vive ardeur qu'une telle principauté soit de toutes les manières conservée saine et sauve ^ » L'Europe étant partagée entre plusieurs princes indépendants les uns des autres, si le pape, disait Fieury , avait été soumis à l'un d'eux, on aurait pu craindre que les autres n'eussent été peu disposés à le reconnaître pour père commun, ce qui aurait donné occasion à plusieurs schismes fréquents, on peut donc croire que c'est par un eff^et de la divine Providence que le pape se soit trouvé indépendant et maître d'un éSal, pour ne point se laisser aussi facilement opprimer par les autres souverains^. Ce sont encore là les sentiments non-
• Sermon prêclié à l'ouverture de rassemblée générale du clergé, le 9 nov. 1681. Paris. 1681. p. 47 et suiv.
2 Defens. de clar. cleri gallic. T. I. p. 1. L. 1. p. 125. Lugd. 1766. ^ Disc. IV. Sur riiist. eccl. n" 10.
SIXIEME THEOREME,
seulement de Muratori % mais encore de Henault, de Ferrand % de Linguet % de Porlalis % et d'autres que je me contente d'indiquer, sans en rapporter les paroles , pour ne pas trop alonger mon argumentation.
Le ])ape soutient V utilité 'publique du pouvoir spiritueL
IV. Mais rappelons ici la vérité antérieurement démontrée, que le pouvoir ecclésiastique, dans sa distinction essentielle du pouvoir civil, fait éprouver à la société des influences salutaires, et qu'il convient aux souverains et aux peuples de le maintenir dans sa pleine vigueur ®; or tout ce pouvoir, tel qu'il est, repose sur la pierre fondamentale qui est le Siège apostolique, et c'est par conséquent à ce Siège que nous sommes redevables de la conservation et de la splendeur d'un si grand bien, tandis que les ennemis de l'Église et de l'humanité conspirent à nous l'enlever; qu'il en soit ainsi c'est ce qu'on peut apprendre de plusieurs écrivains d'une très-grande autorité, nos lecteurs ne trouveront pas mauvais que j'en rapporte ici quelques pensées, dans leur idiome natif, pour en mieux faire sentir la force. S. Pierre Damien disait positivement au sujet de la chaire romaine : hac stante y reliquœ stant; sin autem hœc quœ omnium fundamentum est et hasis , ohruitur , cœterarum. quoque status necesse est collahatur^ . Avant lui S. Grégoire de Nysse avait déclaré que J^a nexpou, per Petrum episcopis dédit Christus claves cœlestium bonorum \ S. Cyprien avait écrit : Inde episcoporum ordinatio , et ecclesiamm ratio decurrit ^. Si l'on demande la nomenclature de tous les titres que le pape a reçus des saints pères, aux siècles passés, pour exprimer positivement sa suprématie dans laquelle résident la plénitude et la source de la puissance ecclésiastique, qu'on lise S^ François de Sales qui les disposa ingénieusement dans un tableau pour produire la plus salutaire impression sur les adversaires ^ Que si ces doctrines ne portent pas coup dans
' Annal, dltal. ann. 1312.
^ Esprit de rhistolrc. T. I. p. 221. not. et p. 406. Paris, 1805.
^ Annal, polit, litt. p. 246. — * Discours publié après le concordat avec le S' Siège, p. 48. — ^ V. ci-dessus, part. 11. ïliéor. IV^. — ^ Opusc. T. II. p. 22. Paris, 1664. Il faut lire Touvrage de tlyau intitulé : Bienfaits du Christianisme. — ^ Oper. ï. lll. p. 314. Paris. — *^ Epist. XXXllI. Eflit. Paris, Pamel. oper. et C. Cyp- p. 216. — ^ Coutrovers. dise. XL. p. 247
l'espiil des politiques, que ceux-ci ne soient pas du moins insensibles à celles des hommes irréligieux qui jouissent de toute leur confiance. Qu'ils écoutent , dis-je , Linguet qui en parlant de l'autorité pontificale, assure qu'il ri y en a pas de plus respectable y de plus pure ^ de plus utile ^ étant fondée sur la religion et sur la confiance universelle \ Qu'ils écoutent Gasaubon qui confesse que Dieu s'est servi pendant plusieurs siècles du ministère des papes, pour conserver la doctrine de la foi ^ Qu'ils écoutent Puffendorff qui enseigne que, sans un tel moyen il est absolument impossible de maintenir Tordre au milieu des agitations des esprits et de la fureur des partis '. Qu'ils écoutent enfin les chefs mêmes de la réforme *, dont les témoignages certifient que la vérité dont il s'agit, s'est frayé une route à travers tous les obstacles, et qu'on ne peut trop insister sur sa démonstration.
// défend la religion au milieu des infidèles et des hérétiques.
V. Que dirai-je ensuite des avantages que l'humanité relire des missions apostoliques? Pour présenter ces avantages sous leur juste point de vue, je devrais faire le tableau de l'infortune de ces peuples qui ne reconnaissent point pour leur loi l'Evangile de Jésus-Christ, ou sont rebelles à sa trèsfidèle épouse, qui est l'Eglise % colonne et appui de la vérité ^ Mais d'autres écrivains ont déjà démontré la misérable condition des Indiens ', des Chinois % des Mahométans l Et nous nous réservons de parler ailleurs de la pénible condition des protestants. Quel bien donc ne procurèrent point les missions apostoliques à ces hommes qui sont assis dans les ténèbres et dans Nombre de la mort '", s'ils viennent à apercevoir une grande lumière ", qui ç,%\\ admirable lumière de la foi '^, et heureusement ces hommes ne sont pas
' Annal, polit, litt. p. 246.
^ Exercit. in annal Baronl. Exerc. XV. — ^ de Monarch. pontlf. rom.
'• V. leurs confessions dans Bossuet, Hist. des variations. L. I. § 21. et ailleurs. — ^ Apoc. XXL 19. — M. Ad Timoth. III. 15. — ^ Annal, litt. et moral. T. II. p. 145. Holwel, rel. Cap. VU. p. 183.
^ On peut consulter les lettres édifiantes. T. XXIX. — Les recherches philos, sur les Egyptiens et sur les Chinois. ï. I. et II. — Havaret, relation de l'empire de la Chine et autres.
^ Montesquieu, Esprit des lois. L. XXIV. ch. 12. •— '« Luc. I. 79.
" Isaï. IX. 2. — '2 i^ Pétri. II. 9.
en petit nombre ; il serait difficile d'en établir le calcul^ et on a recueilli à cet égard les renseignements les plus positifs et les plus consolants*. Mais à qui doit-on attribuer un si grand bien, sinon au pontife de qui vient la mission ainsi que les moyens de l'exercer dans des pays aussi inbospitalierset aussi lointains ? De qui, si ce n'est de lui, s'est servie la bonté divine pour préparer la table et fournir l'eau dans le désert (c'est-à-dire dans les terres des bérétiques, des scbismatiques et des infidèles) au peuple élu ^ ? Toutes les églises séparées tournent quelquefois leurs vues vers les missions, mais leur pouvoir est absolument nul pour la propagation du cbristianisme, attendu qu'elles sont devenues justement stériles depuis l'ancien divorce , et qu'elles ne recouvreront leur première fécondité qu'en se réunissant à l'époux. Les missionnaires protestants ont eux-mêmes confessé l'inutilile de leurs eflForls % et l'un d'eux qui a décrit l'état des Indes s'est moqué de leur prosélytisme *. Ils ont eux-mêmes attribué ce déplorable résultat à la discorde en matière de religion , qui est la conséquence de la réforme \ Or le pape pourrait-il soutenir avec énergie, splendeur et fermeté, les missions dans l'univers entier, sans l'appui de la souveraineté temporelle ? je ne nie point, je le répète, que Dieu pourrait renouveler les prodiges qu'il a jadis opérés dans la propagation de l'Evangile, et dans des temps postérieurs, lorsque les pontifes étaient dépourvus des moyens qu'ils possèdent aujourd'hui, mais Dieu est-il obligé de faire des miracles sans nécessité, et pour satisfaire aux caprices des politiques ?
La liberté civile des peuples a été soutenue par le pape.
VI. Mais Dieu voulant rendre l'autorité pontificale toujours plus chère et plus précieuse au genre humain, s'en est précisément servi pour le remettre en possession de l'incomparable don de la liberté civile , que la corruption du paganisme lui avait enlevé. Chez les idolâtres le nombre
' Tassoni, La relig-. dimostrata e difesa. T. III. C. 43.
^ Psalm. LXXVIL 19. — ^ Letters an missions addressed to the protestants of the Biitish chnrches. Bristol, 1794. — * Buchanan , Christiari. researches in Asia. p. 80, 88. 90, 95, etc. London, 1812. — ^ Leibnitz, dans une de ses lettres citée par Feller, dans le journal historique, politique ci littéraire, août 1774, pag. 209.
TBÉOR. T. I. ' 12
des hommes libres fut infiniment inférieur à celui des esclaves. Athènes comptait 20,000 citoyens contre le double d'esclaves \ Rome qui, au commencement de l'ère vulgaire, possédait 1,200,000 habitants, avait à peine 2,000 propriétaires , d'où l'on peut conclure que le nombre des esclaves y était immense ^; un seul maître en avait souvent plusieurs milliers^, et on en fit périr jusqu'à 4000 pour venger la mort d'un citoyen *, de manière que le sénat refusa de leur accorder un costume particulier, afin qu'Us ne pussent parvenir à connaître leur grand nombre ^ Un si grand mal ne se borna point aux siècles anciens : « car où domine ume re- » ligion différente du christianisme, Tesclavage est de droit. » « Notre religion donc eut à lutter continuellement contre l'es- «clavage, agissant tantôt dans un endroit, tantôt dans un «autre, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, mais sans «jamais se déconcerter! et les souverains sentant, bien qu'ils » ne pussent pas encore s'en rendre raison , que le sacerdoce » les soulageait d'une partie de leurs peines et de leurs crain- » tes,lui cédèrent insensiblement et secondèrent ses vues bien- » faisantes S). Qu'on doive reconnaître qu'un si grand bien soit parvenu à sa perfection par le moyen d'un pontife qui eut l'avantage de compléter l'œuvre habilement commencée par ses prédécesseurs, c'est ce que nous prouverons, en laissant de côté tout témoignage historique, et en n'employant à cet égard que le nom d'un écrivain trop cher aux incrédules. /?«W5- Vannée 1167, dit-il, \e pape Alexandie III , déclara, au nom du concile ^ que tous les chrétiens devaient être affranchis de la servitude : cette loi seule doit rendre sa mémoire chère à tous les peuples , de même que ses efforts pour soutenir la liberté de l'Italie doivent rendre son nom précieux aux Italiens'^, Non-seulement ce ponlife soutint la liberté de r Italie y mais, grâces aux efforts de ses successeurs, l'Europe entière cessa de gémir sous le joug des Musulmans. Cette vérité est affirmée par deux témoins très-sincères, qui en leur qualité de protestants ont encore des titres au respect de nos adversaires, (^ue serions-nous devenus , dit l'un
' Larcher sur Hérodote. L. I. not. 258.
2 Cicer. De officlis. L. II. n° 21. — ^ Juvonal, Sat. III. V. 140. — * Tacit. Annal. L. XIV. C. 43. — '^ Adam. Roman, antiquit. p. 35 et seqq. London. '' De Malstre, Du pape. L. III. C. 2. ^ Essai sur les mœurs. Gh. LXXXIII.
d'eux, sans le pape^ ce que sont deve?ius les Turcs ^ qui, n'ayant point adopté la religion Byzantine , ni assujéti leur sultan aux successeurs de Chrysostôme , sont restés dans leur barbarie. Je puis, dit Taulre , vous assurer encore que votre manière de figurer l'empire papal est précisément celle que f adoptais dans mon plan ; je la représentais comme un grand arbre, à l' ombre duquel la vérité se conservait \
Les arts, les lettres et les sciences furent toujours également protégés par les papes.
VII. Ce ne fut pas seulement la vérité religieuse qui se conserva à l'ombre de cet arbre, mais les vérités qui constituent l'ensemble du savoir furent encore protégées et propagées par les papes, au sein de la barbarie la plus universelle et la plus déplorable. Si nous ne nous étions pas fait un devoir d'exposer dans un autre endroit de cet ouvrage les services que la religion chrétienne a rendus aux arts , aux lettres et aux sciences , nous pourrions en faire mention ici et trouver l'origine de tous ces services dans l'influence des pontifes. Egalement si nous ne nous proposions pas de nous étendre expressément ailleurs sur l'utilité des ordres religieux pour les progrès des connaissances humaines , ce serait ici l'occasion favorable de la signaler, et d'en attribuer les heureux résultats au saint Siège , auquel ces ordres rapportent leur origine, leur accroissement et leur stabilité : en laissant de côlé toutes ces observations, nous nous contenterons de rappeler que souvent les souverains demandèrent au pape des maîtres pour leurs enfants, des fondateurs d'universités, des instituteurs pour la jeunesse. Si cela ne suffit point, nous rappellerons que les artistes et les littérateurs du monde entier virent dans Rome leur asile et le principe le plus sacré de leurs admirables productions. « Rome chrétienne, dit l'immortel Chateaubriand, était comme un grand port qui recueillait tous les débris du naufrage des arts. Constantinople tombe sous le joug des Turcs, bientôt l'Eglise ouvre mille honorables retraites aux respectables fugitifs de Byzance et d'Athènes. L'imprimerie prohibée en France
' Les premières paroles sont de Millier écrivant a Bonnet, le 3 avril 1782. Les secondes se trouvent dans la réponse du nneme Bonnet. Y, Miillcr. Samtliche Werche. 15. Theil. p. 336. 342. Tubingen, 1812.
trouve un refuge en Italie : les cardinaux épuisent leurs trésors pour déterrer les ruines de la Grèce et à faire l'acquisition de manuscrits. Le siècle de Léon X sembla si beau au savant abbé Barthélémy que dans le principe il l'avait préféré à celui de Périclés : pour sujet de son grand ouvrage il prétendait faire voyager un moderne Anacbarsis dans l'Italie chrétienne \ «Il y a plus, cet illustre abbé, qui a lant de fois et si amplement décrit la beauté de Kome, et la culture du genre humain qui de là s'est répandue dans l'univers, n'hésita point à s'exprimer dans les termes suivants: « Le siècle de Léon X fut l'aurore de ceux qui le suivirent, et plusieurs génies qui brillèrent dans les XVII'' et XVIIP chez les différentes nations doivent une grande partie de leur gloire à ceux que l'Italie produisit dans les siècles précédents ^
Les papes ont protégé les princes en empêchant Vinfidé^ lité des peuples,
VIII. Quand même nos politiques peu jaloux de la culture de l'esprit, se montreraient peu respectueux envers celui qui l'a favorisée, et voudraient diriger toutes leurs vues vers la tranquillité de l'état et vers les moyens de l'obtenir, qu'ils sachent que personne plus que les papes n'a fait servir toute son influence à rendre celte tranquillité imperturbable et permanente. A coup sur, c'est une des plus importantes obligations de leur ministère que le précepte de l'obéissance imposé par le premier vicaire de Jésus-Christ, quand il enjoignit aux premiers fidèles ai être soumis, pour le Seigneur, à toute créature humaine ^, et ^honorer le roi *. Que la série des pontifes se soit distinguée par les services qu'ils rendirent à la souveraineté , c'est ce qui a été victorieusement démontré par un écrivain qui m'épargne la peine de m'élendre d'avantage sur ce point ^ Seulement je citerai les témoignages de deux auteurs qui ne peuvent être désagréables ni suspects aux politiques. L'un se trouve dans le testament de Golbert, où on lit que î Eglise ne permet point que les sujets manquent à l'obéissance qu'ils doivent à leur prince ,
» Génie du Christianisme. P. IV. L. VI. Ch. 6. p. 303. Lyon, 1809. 2 Voyage en Italie. n»XI. p. 408. Paris, 1802. — ^ L Pétri. II. 13. * Ibicl. 17. — ' (Mamachi) Del «lirltto libero délia chiesa. L. III. P. II C 3. T. V. p. 4 et seqq. Roma. 1770.
SIXIEME THEOREME.
pour quelque cause que ce puisse être ^ L'autre est de Montesquieu , qui n*osa pas nier que la juridiction ecclésiastique contribue à V accroissement de la juridiction royale"^. Mais si l'on désire connaître plus de faits qui donnent à qui que ce soit la certitude de cette vérité, et qu'on ne se laisse point convaincre ni par les bulles pontificales qui la prêchent , ni par la condamnation des livres qui l'attaquent, que l'on consulte, de grâce, Mamacbi, qui a cité assez de faits pour la rendre incontestable '.
Les ennemis des papes n'agissent pas de même.
IX. Au contraire les ennemis de la chaire apostolique, qui ont coutume d'être encore plus ennemis de la monarchie que de la religion, n'ont jamais agi et n'agiront jamais de même. Le premier qui leva l'étendard de la rébellion contre le pontife, et dont l'esprit de vertige a gagné jusqu'à notre siècle, tandis qu'il flattait les princes pour obtenir leur protection, et soulevait les peuples pour faire des prosélytes, ne cessait d'enseigner publiquement que les princes étaient communément les plus grands et les plus adroits vauriens de la terre y qu'ils ne sont dans le monde que les bourreaux de Dieu y qui se sert d'eux pour nous châtier'' \ il avait adopté pour proverbe qu'iV est impossible d'être prince sans être assassin ^ Que les prétendus rotjalistes aient postérieurement suivi ses traces, et qu'ils aient rempli leurs ouvrages de maximes impies et démagogiques, je n'ai pas l'intention de m'appesantir ici sur ce point, parce que c'est un champ aussi vaste qu'odieux dqnt se sont déjà emparés des auteurs d'un grand mérite qui m'ont précédé ^ Je veux seulement citer un passage qui contient la plus précieuse observation sur la différence de Ie^ conduite tenue par les papes et par leurs ennemis, à l'égard de la souveraineté. On peut remarquer que les philosophes modernes ont suivi , à l'égard des souverains^ une route diamétralement opposée à celle
' Testam. polit. Ch. YlII. p. 434. La Hâve, 1693. — ^ Esprit des lois. L. XXVIII. C. 14. — 3 Pisti Alethini (Mamachi) Epist. ad auct. Anon. opiisculi inscripti : Qiiid est papa? T. 11. append. p. 211. Romœ, 1787.
* Luther, Oper. in-fol. Tom. II. p. 182.
'' Voyez le livre très-connu, qui a pour titre : Der Triumph dcr Pliilosophie in achtzetitcn Jahrhiindcrt. in-S". T. l. p. 52.
^ (Mamaclii) Del diritto iibero délia chiesa. L. 111. C. 3. De Maistre,Du pape. L. II. ch. 5.
des papes. Ceux-ci avaient consacré le caractère des souverains ^ en rappelant la personne au devoir; ceux-là ont souvent flatté et avec une bassesse infinie la personne qui dispense les emplois et les pensions , mais ils ont , autant qu'il était en eux, détruit le caractère y en rendant la souveraineté odieuse et ridicule, en la faisant émaner du peuple , et en cherchant toujours à la restreindre par son moyen *.
Toutes les nations ont droit de participer aux richesses de Rome.
X. Et puisque les richesses qui se recueillent à Rome, de toute l'Eglise universelle, sont ce qui fait jeter les plus hauts cris aux politiques , que l'on réfléchisse sans passion au trèssaint usage auquel on les emploie, et toutes ces déclamations viendront à cesser, je l'espère. On entretient à Rome tant de collèges et tant de saintes réunions de différentes nations , la plupart d'outre-mer et d'au-delà des monts ^ De plus tant de fils de barons et de princes y accourent de tous les royaumes, pour s'y consacrer au sacerdoce, comme assistants du souverain pontife , et ils augmentent la splendeur et la noblesse des familles. Il serait bon de lire sur ce sujet le superbe discours du cardinal Aléandre à la diète générale d'Allemagne. Le lecteur ne sera pas fâché d'en avoir ici sous les yeux une esquisse qui me semble s'approprier fort bien à notre sujet : « Ce n'est point là un moyen d'égorger la chrétienté pour engraisser Rome, comme le crient nos adversaires. Soit que nous considérions les bénéfices ecclésiastiques, qui sont d'ordinaire possédés en tout lieu par des gens du pays, et où cela n'arrive point, il y a compensation , les uns jouissant réciproquement des bénéfices dans le pays des autres; soit que nous considérions les deniers que le pape retire de l'expédition des bulles et des autres grâces, en en faisant un calcul exact; on trouvera que les ressources ne suffiraient point pour maintenir un prince médiocre. On voit que des princes qui ne sont pas d'un très-haut rang font plus de dépenses que n'en fait le jjape pour l'entretien de sa cour, et ces receltes ne forment
» Idem,ibid. et T. I. p. 238. Lyon, 1801.
^ Fontanini, Istoria del dominio délia S. Sede. etc.
qu'une seule partie de ce que le pape dépense à cet égard; une autr^ partie assez considérable est tirée de son domaine temporel. Or ces recettes si médiocres proviennent de tous les royaumes de la chrétienté; calculez alors la chétive partie pour laquelle chacun de ces royaumes contribue; en outre, qui est-ce qui jouit même de cette chétive partie ? Rome n'est pas une cour de Romains qui y habitent de génération en génération, c'est une cour d'ecclésiastiques rassemblés par élection des diverses provinces de la chrétienté. Et qui, s'il n'est pas un homme stupide ou mal intentionné, niera qu'il ne soit utile, pour exciter à la vertu , qu'il y ait une cour universelle ouverte à tous les chrétiens, où chacun puisse selon son mérite, aspirer aux sommets les plus élevés de dignité, d'opulence et d'empire '? »
On conclut par une réponse à une objection.
XI. L'Achille des arguments par lesquels nos adversaires se déchaînent contre notre thèse , consiste dans l'exagération des désordres que l'autorité des papes a quelquefois produits dans les royaumes. Ils puisent leur récit dans des historiens ordinairement de mauvaise foi et prévenus contre l'Eglise. Il serait donc nécessaire, pour répondre complètement à cette objection , d'examiner les faits ou de donner un démenti aux imposteurs, parce qu'alors ce qu'on ajustement reproché aux pontifes se réduirait à bien peu de chose. On ne devait point d'ailleurs les supposer tous ni également bons, ni également prudents, ni incapables de faire des fautes même dans leur conduite politique, mais sans entrer dans de si épineuses et de si longues discussions, je dirai avec Chateaubriand , que le mal passager que certains méchants papes ont fait y a disparu avec eux; mais que nous ressentons encore tous les jours l'influence des biens immenses et inestimables dont le monde entier est redevable à la cour de Rome ^. Mais combien il est dangereux pour un état catholique de répandre dans le peuple l'exagération des maux causés par quelque pontifes ! oh combien se montre irréligieux celui qui
^ Le cardinal Pallavicini , Histoire du concile de Trente. L. I. C. XXV. n*21. et suiv.
2 Génie du Christianisme. P. IV. L. VI. C. 6. p. 311. Lyon, 1809.
la répand ! certainement il ne les regarde pas et il ne les fait ])as regarder comme pères de l'Eglise, tels que doit le croire fout catholique, parce qu'il n'aimerait point à dire du mal d'un individu, s'il le croyait son ancêtre et qu'il eut fait déshonneur à sa famille, et il ne saurait le faire sans une nécessité absolue, et sans une prudente réserve ^ Au contraire, les fidèles bien intentionnés connaissent les funestes conséquences du schisme, et redoutent le danger de l'occasionner, comme les princes vraiment chrétiens , pour se tenir à l'écart d'un pareil malheur, ont toujours montré du respect pour le vicaire du Christ , et en ont laissé des documents mémorables à la postérité ^
COROLLAIRES
Il n'est point dangereux d'avoir hors de ses états le chef de la religion.
L Qu'on ne fasse donc point attention aux discours de ceux qui prétendent qu'il est très-dangereux à l'état d'avoir îjors de son sein le chef de la religion. L'expérience de tant de siècles nous à fait voir très-florissants les royaumes catholiques qui accordent l'influence religieuse au pontife romain. Constantin voulut quelquefois s'immiscer dans les affaires de l'Eglise, dont il était le premier empereur; il ne le fit point par ambition, mais par zèle, mais comme ce n'était point sa moisson, au lieu de semer et de récolter, il foulait tout aux pieds et dissipait tout, mais ayant ensuite reconnu son erreur, il mérita que Dieu le comblât de bénédiction et de prospérité l D'un autre côté, jamais pape n'envoya un roi à l'échafaud, comme l'ont fait ceux qui criaient contre le pape et qui l'avaient rendu suspect au roi ; au contraire, les princes lui furent souvent i edevables de leur tranquillité et de la soumission du peuple. II a mis un terme à des troubles, à des discordes, à des guerres sans nombre. C'est de lui enfin que l'Europe tint la
' Anon. Il primate del romano pontefice difeso contro il P. Pereira. Disc. IL et 111. p. 102 et seqq. Ravenna, 1769.
^ Bellarm. De olFicio princ. christ. L. l.^c. 4. p. 25 et seqq. Lugd. 1619.
^ Gard. Pallavicini, Difesa del pontificato romano. L. Vil. C. 6. p. 3H et seqq. Roma, 1687.
SIXIÈME THEOBÈME. 278
sage législation qui a tant contribué à l'état florissant des populations *.
Le royaume temporel n'est pas incompatible avec le caractère du pape, ni avec les intérêts des autres royaumes,
II. Jésus-Christ n'a jamais dit que celui qui tient les clefs du royaume des deux ne pouvait pas avoir de souverai-neté sur la terre ^, il a dit plutôt que tout pouvoir lui avait été donné dans le ciel et sur la terre '. On lit aussi dans l'Apocalypse que Jésus-Christ est le j) rince des rois de la terre *. L'union de la puissance temporelle à la puissance spirituelle n'a donc rien de contradictoire dans la personne de Jésus-Christ ni dans celle de son vicaire. Melchisédech ( selon l'ordre duquel est le sacerdoce de la nouvelle loi), ue fut-il point en même temps prêtre et souverain dans la loi de nature '? Les Machabées ne furent-ils point des descendants de la race d'Aaron, et cependant appelés à gouverner le peuple de Juda ^ ? Dieu qui est le maître du ciel et de la terre \ et qui dispense les royaumes à sa volonté ^j n'a-t-il
' Anon. Quis est Petrus, seu qualis Pétri prlmatiis? P. IIL C. I. p. 182 etscqq. Ratisbonse, 1790. Zaccaria, Dissert, sulla potestà regol. délia disciplina, p. 85 et seqq. Faenza, 1788.
' Le grand passage dont abusent nos adversaires, c'est la réponse de Jéstis-Christ à Pilate : regnum meum non est de hoc mundo Joann. XVIII. 36. Premièrement dans le texte grec on lit : ex. tou 3c6o(ji.ov toutou. Ex hoc mundo. Il exprimait par ces paroles, que son règne ne venait pas du monde, c'est-à-dire qu il venait de son divin père qui l'avait envoyé dans le monde. Dans ce sens le texte ne se rapporte plus h la question. S. Augustin en donne une autre explication pour réfuter les misérables sophismes des adversaires. Tract. CXV, in Joann. n" 2. Mais quoiqu'il en soit, aucun de nous n'a nié que Jésus-Cbrist n'ait apparu et n'ait été traité comme souverain de la terre: aussi quand on voulut le proclamer roi, il s'eniuit et se cacha. Joann. VI. 15. Mais qu'est-ce h dire? La discipline et l'état de l'Egiisc doivent-ils être comme ils étaient aux temps de Jésus-Christ? Dans le changement nécessaire de toutes les choses de ce genre, qui peut nous reprocher le changement survenu dans l'alTaire de la souveraineté? Enfin (jui douta jamais qtie le royaume de Jésus-Christ fût le royaume céleste .Hiquel nous devons tous aspirer? SI ce texte prouvait que les sectateurs de .lésus-Christ ne doivent avou- d'autre royaume que le royaume céleste, il le prouverait aussi pour les laïcs, et alors il en serait fait de toute souveraineté. S il ne le prouve pas pour los laïcs, pourquoi donc alors le faire unltjucment retomber sur les ecclésiastiques et particulièrement sur le souverain pontife?
'•' Matth. XXVIII. 18. — * Apoc. I. 5. — ^ Gènes. XIV. 18. Ad Heb. Vil. l. — 6 1. Macchab. IL — ^ Act. XVII. 24. — » Dan. IL 21.
donc pu en donner un au prêtre suprême ? Du reste il ne s'agit pas maintenant de savoir si l'on doit ou non pour la première fois accorder une souveraineté au pape, mais si, la possédant, comme il la possède en effet depuis plus de dix siècles , on doit la lui enlever. Trouve-t-on dans l'Evangile un texte qui défende à un individu de conserver pour lui et pour ses successeurs des droits légitimes , et qui permette à un autre de les violer ? et pourtant, dit Bonnet , les poliliques contestent au souverain le plus légitime du monde la légitimité de sa couronne \
On fie doit point déclamer contre l'argent que les autres états envoient à Rofue.
IIÏ. Finalement il est honteux à un chrétien de crier si fort conte l'argent que les autres états envoient dans la capitale du monde chrétien , pour l'expédition des bulles, pour les dispenses et pour autres choses semblables. Nous avons répété plusieurs fois que la politique ne doit pas tellement s'attacher aux causes naturelles et secondaires, qu'elle perde de vue la cause surnaturelle et primaire, dans les mains de laquelle est la pauvreté et la richesse % et qui honore quiconque Vhonore ^ Elle combla même de richesses la nation hébraïque, lorsqu'elle employa ses trésors à la magnificence du temple *. C'est avec la même confiance que, dès les premiers temps de l'Eglise, les fidèles envoyaient de toutes les parties du monde des sommes immenses au pontife ^; et il reste encore aujourd'hui de magnifiques monuments dcN' offrandes qui lui furent faites par différents princes, même avant Pépin et Charlemagne ^ Les annales et les autres perceptions du saint siège sont très-anciennes dans l'Eglise', et elles sont évidemment à l'abri de tout reproche de simonie ** et d'injustice l
' Essai sur fart de rendre les révolutions utiles. T. II. Sect. III. C. 9. p. 175. — 2Eccl. XL 14. — M. Reg. IL 3. — MIL Reg. X. 1 et seqq.
^ Zaccaria, Anti-t'cbron. vindic. T. IV. dissert. IX. C. 3. p. 33.
^ Voir la dissertation de l'abbé Cenni h la fin du livre du cardinal Orsi. intitulé : Délia origine del dominio e délia Sovranità de' romani pontefici. Roma, 1754.
' Zaccaria, Anti-febron. part. IL L. v. C. 3. p. 268. Ccsena, 1770.
* Id. ibid. p. 85 et seqq.
^ Id. ibid. p. 88 et seqq.
Les armes spirituelles de l'Église sont la plus solide défense de l'état.
Tableau des erreurs relatives à cet article.
I. Puisque le Très-Haut voulut que son Eglise fût terrible comme une armée de combattants rangée en ordre de bataille *, il dut la munir d'armes spirituelles pour triompher facilement des embûches secrètes et de la force ouverte de ses ennemis ^ Ces armes bien que proprement dirigées vers la conquête non des royaumes de la terre, mais du royaume du ciel, parurent toutefois aux politiques des choses de leur compétence ; prenant donc le soin de ces armes pour une usurpation, ils cherchent à travestir la véritable idée qu'on doit s'en faire, à en empêcher l'usage et à en diminuer le triomphe. Si , dans le fait , on les considère selon leur premier sens , qui est V exercice des vertus chrétiennes % les politiques ont dénaturé le vrai caractère des vertus et en ont réprouvé la pratique , comme nous le verrons dans la troisième partie de cet ouvrage. S'ils entendent, selon l'autre signification qu'ils leur donnent, que c'est la prière dont le chrétien doit s'armer, ils en ont parlé avec mépris, et n'en ont vouhi tenir aucun compte pour la prospérité de l'état * ; ils ont plutôt tourné en ridicule Vimbécillité des peuples qui s'en laissent imposer par les ecclésiastiques ,])ouv cette considération^Eu exprimant en outre par ces armes la prédication évangélique, ils ont tenté de la décrier de mille manières, non-seulemeni en se plaignant de ce que les souverains reinettent les grandes affaires de la morale aux prédicateurs % mais encore en leur reconnaissant la mission de ce ministère^, et en
' Cant. VI. 3. — 2 n. Ad Corinth. X. 4. Ad Ephes. YI. 11 et 13. — 3 II. Ad Corinth. VI. 7.
* Machiavel méprise l'influence de la vertu pour le bien-être de l'état, et parle encore des prières comme de choses vaines. Il principe. Cap. XV. Bayle s'efl'orce de faire voirVinelficacité de la prière. Dict. art. Sommonacodom. Rem. A. Besozzi pense de même. Dell' autorita del principe riguardo a' voti de' proprj sndditi p. 27. Milano, 1786. V. la réfutation dans le journal ecclésiastique de Rome, T. II. n* 20. p. 79.
^ Bietfeld,Instlt. polit. T. III. §22. p. 362. Leide, 1772.
^ Correspondance universelle, an 1783, 1784. p. 370.
^ Vattel, Droit des gens. L. I. C. XII. § 140 et suiv.
exagérant les dommages qu'il a causés à Télal*. Biais l'arme principale contre laquelle ils se sont révoltés, c'est celle des censures ecclésiastiques, puisqu'ils ont blâmé tantôt la réserve des cas^, tantôt l'interdit, tantôt l'excommunication. L'un d'eux a dit : Les ecclésiastiques entreprirent de souînettre le monde à leur domination ; à la vérité ils avaient droit de mépriser les hommes stupides qui les laissaient faire. L'excommunication était une arme terrible chez d'ignorants superstitieux '. Depuis le neuvième siècle , reprend un autre, les ecclésiastiques employèrent les armes spirituelles, on en vint à des rigueurs inconnues dans l'antiquité, on excommunia des familles , des provinces et des nations entières. Les excommunications de plein droit sont en si grand nombre qu'il est bien di^cile de le fixer ". Elles sont, s'écrie un troisième, pour ne point parler du reste, un épouvantait terrible à la grossièreté des peuples '. Un pareil langage qui, répandu aujourd'hui dans le vulgaire des lecteurs car il y a aussi parmi eux une classe qu'on peut appeler le vulgaire), sert à décrier ce que l'Eglise a de plus formidable et de plus sacré, m'a déterminé à proposer le présent théorème, où l'on démontre que, dans tous les sens, les armes spirituelles de l'Eglise sont la plus solide défense de l'état.
Indication des avantages politiques de la prière.
IL L'Ecriture saintenouspréseiitesouventlaprièrecomme une arme dont le chrétien doit faire usage pour vaincre ses ennemis spirituels® : mais elle est encore destinée à rendre les armées victorieuses contre les ennemis visibles ; et Dieu voulut en faire voir l'efficacité dans les victoires de Josué, qui furent obtenues par les prières de Moïse \ dans celles de David, qu'il attribue lui-même à ses prières**, dans celles de Josaphat,dont
• Amelot,Not. aux lettres du cardinal dOssat. T. IV. Lett. GCLXXIL p. 364. Âmst. Question curieuse, si M. Arnauld est hérétique, p. 197. Coioj^ne, 1690. et Bayle, Dict. art. Bossu.
2 Bietfeld, Instit. polif. T. III. C. VI. § lO. p. 343. Leide, 1772. Febron'uis. De stat. eccl. C. V.
3 Vattel, Droit des gens. Liv. L Cli. Xîl. § 153 et suiv. — '• De Réal, Science du gouvernement. Tom. VIL Ch. II. sect. VIII. § 49 et suiv.
^ Lamourette, Instruction pastorale et doctrinale, p. 22. Paris. 1791. s AdEphes.VI. I7etl8. — ^Exod.XVlï. lletseqq— «Psalm. XVll. 18, 38, 41, 48 et ailleurs.
le Saint-Esprit nous laissa par écrit la prière qu'il adressa au Dieu des armées \ et dans celles des Macbabées, qui se préparaient par des vœux et des sacrifices aux plus sanglantes batailles ^ Nous avons, dans le nouveau Testament, un grand nombre de rois et de capitaines , à commencer par l'empereur Consianim % qui éprouvèrent la protection du Seigneur, parce que leur prière avait été exaucée *. II commande lui-même par l'organe de ses apôtres que l'on fasse des supplications ^ des oraisons et des prières., pour les rois, et pour tous ceux qui sont dans des postes élevés, afin que nous menions une vie paisible et tranquille^ en toute piété et chasteté j parce qtie c'est une chose excellente et agréable aux yeux du Sauveur, notre Dieu ^ Il a mis ces prières dans la bouche de son Eglise, en promettant encore une abondante prospérité^. Voilà pourquoi les Pères ont fait de très-belles réflexions sur les avantages que le trône el les sujets ont obtenus au moyen delà prière '. Mais si l'on me reproche de raisonner en mystique, lorsque je loue la prière en face des politiques, je répondrai que je m'adresse à des politiques chrétiens, qui certainement ne peuvent nier les vérités enseignées par leur religion. J'ajouterai que j'ai suivi l'exemple de saint Grégoire le Grand qui , écrivant à l'empereur Maurice % et à son mé-
' IL Parai. XX. 10 et seqq. — ^ IL Macchab. L 23. et alibi.
' Afin d'imposer silence h ceux qui soutenaient que les monarques qui ffouvernaient les peuples par la piété chrétienne n'avaient pas été tort heureux soit en paix, soit en grnerre, S' Auf^ustin, en parlant de l'empereur Constantin, dans le 5" livre de la Cité de Dieu, nous a laissé le trait suivant que nos lecteurs aimeront sans doute a avoir sous les yeux : Constantmum imperatorem non suppiicaiitem dœmonibiis , scd ipsum Dcum vcrum colenfem, tantts terrenis [J)eus) implevit muneribiis quanta opfare nulîus auderet; cui etiam condere civitatem. romano imperio sociam , relut ipsius Romœ filîam^ sed sine aliquo dœmonnm templo, simulacroque concessit. Dïu imperavit, universum orhem ronumuniunus Augustus Icnuit pt défendit : in administrandis et gcrendis bellis vicforiosissimnft fuit : in ttjrannis opprimendis j^er omnia prospteratns est; grandœvus, œgritudine et senectute defunctus est ; ûlios imperanies reliquit.
* Scribani, Volit. Christ. L. IL C. 19. p. G20. Lugd. 1625. — MI Ad Timoth. IL 1 et seqq. — ^ Psalm. CXXI. 6 et seqq.
' Tertull. De oratione- — S. Joann. Chrysost. Homil. LXXl et LXXIX, ad pop. Ant. et Homil. V. de orat. — S. Aujjust. Serm. de orat. et jejun. et Serni. LXVIII de diversis. S. Cses. Arelat. homil. XXIX. S. Petr. Chrysol. Serm. XXXIX et XLVII.
^ Rejjest. Lib. III. Epist. LXV, où on lit ces paroles : tune magis domiiiorum exercitus contra hostes crescit, qnanto Dei exercitus ad orationem creverit.
decin Théodore \ pour une affaire qui regardait tout à la fois la religion et le gouvernement, ne crut point blesser la politique , en proposant des sentiments de celte nature.
Utilité publique de la prédication.
III. Qu'ensuite la prédication puisse être envisagée comme une arme sacrée, et qu'elle ait été positivement confiée à l'Église par son divin époux, ce sont là des vérités manifestes pour quiconque tient en mains les saintes Ecritures, et en comprend la divine philosophie. En eflPet, la prédication était l'épée à deux tranchants ^ très-aiguë , qui sortait delà bouche du Sauveur^ ^ parce quelle est efficace et qu'elle pénètre plus avant que toute épée très-aiguë , parvenant à se frayer une route jusqu'aux réduits les plus internes de Vhomme ' ; et les paroles divines sont autant de flèches acérées ^ pour pénétrer dans le cœur des ennemis du roi , et pour soumettre les populations à son empire ^. C'est précisément de celte arme qu'il a pourvu ses prêtres, quand il leur a dit : Annoncez l'Evangile à toute créature^ ^ et quand il a fait écrire à l'un d'eux : Prêche la parole, insiste à tort et à travers, persuade, conjure, réprimande en toute patience et doctrine ^ Et quel fut le succès de cette arme maniée sans relâche? Elle changea en peu de temps la face de l'univers, et fit succéder la seule religion qui soit digne de la société humaine ^ à une religion contraire même aux principes de la politique mondaine. On a aussi observé, dans la révolution des siècles, que les peuples qui avaient profilé du ministère de la parole divine, déposaient leur antique férocité, acceptaient les lois de la civilisation, et posaient les bases solides de leur prospérité nationale ^ Mais pourquoi arrêter le lecteur à la démonstration d'un article sur lequel il peut lire plusieurs bons ouvrages, en supposant qu'il ne fût pas encore pleinement convaincu ? On y prouve contre les extravagantes prétentions des politiques, l'utilité de la prédication, et on en tire un puissant argument de ce que Dieu, qui ne fait rien d'inutile, l'a expressément et souvent re-
' Regest. Lib. III. Epist. LXVL— Upoc. XIX. 15.— ^ AdHebr. IV. 12. ' Psalm.XLIV. 6. — ^ Marc. XVI. 15. — «II. AdTiraoth. IV. 2. ^ V. ci-dessus, part. I. Théor. VI.
^ Euseb. Prœparat. evangel. L. I. C. 4. — Arnob. cont. gent. L. II. p. 44. Paris, I65I.
SEPTIÈM.E THÉOBÈME. 279
commandée, et a menacé des peines les plus rigoureuses quiconque négligerait de l'entendre, ou d'en profiter : on y ajoute les promesses divines, qui s'assurent que les mœurs publiques , au moyen des prédicateurs de l'Evangile , et par l'effet de la grâce dont ils sont les organes, passeront du mal au bien et du bien au mieux, et enfin on y expose les traits les plus éclatants qui sont inscrits tant dans l'ancien que dans le nouveau Testament et dans les annales ecclésiastiques, pour rendre toujours de plus en plus incontestable la vérité proposée *.
Résultats utiles des censures ecclésiastiques,
IV. Passant maintenant au point le plus controversé, surtout dans nos temps, c'est-à-dire au soin de convaincre les politiques du parti qu'ils pourront tirer des censures ecclésiastiques pour le bon gouvernement des peuples, il me semble convenable de citer certains principes qu'ils auront déjà respectueusement recueillis de la bouche de leur oracle infaillible et maître en législation. Plus un délit est grave plus il doit être puni sévèrement ^. L'objet des peines est d'éloigner les homines du délit, par la frayeur du mal auquel ils s^ exposeraient en le commettant ^ L'objet des lois j dons la punition des délits, ne peut être que d'empêcher le délinquaîit de causer d'autres dommages à la société , et de détourner les autres d'imiter son exemple^ par l'impression que la peine qu'il souffre doit faire sur leurs esprits. Si l'oti peut parvenir à ce but par des peines plus douces , les lois ne doivent pas en employer de plus sévères. On doit donc toujours préférer les peines qui, en conservant toujours la, proportion qui s'accorde avec le moindre tourment du coupable, produisent la plus grande horreur pour les délits ^ et la plus grande frayeur dans ceux qui seraient tentés de les commettre ". Les principes qui doivent diriger le légiski' teur sont ceux d'un père et d'une mère, et non ceux d'un maître et d'un tyran ^ Or ces principes ne s'accordent-ils point avec les doctrines que suit l'Église, en fulminant les censures ? L'excommunication (puisque cette peine est plus
' Journal ecclésiastique de Rome. T. I. n" 2. 4. 5. p. 7 et seqq. — - Filangieri, La scienza délia legislazione, Lib. IIL P. 11. Cap. XXV. P- 0. Napoli, 1789. — ^ Ibid. — * Ibid. Cap. XXYII. p. 13.
^ Ibid. p. 14. — Plato, De legibus. dial. IX.
280 DEUXIÈSIE PARTIE.
que toutes les autres l'objet du mécoulentement des politiques), est prononcée contre les péchés graves '; on n'en fait usage que pour le salut du peuple chrétien *. C'est Texpédienl le plus commode tant pour retrancher de l'Eglise un membre contagieux qui corromperait tout le corps ', que pour épouvanter les autres individus qui pourraient imiter son exemple *. D'un autre côté, c'est une loi paternelle ', puisqu'elle tend à porter le pécheur au repentir et au salut^^ tellement que les Pères l'ont appelée peine médicinale^ . Que peut désirer de plus un bon législateur qui demande sincèrement à la puissance ecclésiastique son assistance pour diminuer le nombre des délits , et former les mœurs publiques sur les principes de la droiture ? Ce fut avec raison que le politique vraiment chrétien qui honora en Angleterre la charge de chancelier, écrivit que le peuple de sa fameuse utopie avait une très-grande peur de l'excommunication, que cela contribuait à l'éloigner des vices, et que le sénat concourait à soutenir la sentence des prêtres ^
Les armes de l'Eglise maintiennent la tranquillité publique,
IV. Outre cela , c'est une chose très-connue que les armes sont tenues dans l'état pour résister aux ennemis, comme
' S. Léon , Epist. LXXXÏX. Cap. VI. S. Thom. Snmm. theol. Suppl. ad 111. part, quaest. XXI. art. 111,
2 Concil. Trid. Sess. XXV. C. III.de reformatione.
^ S. Angustinî Epist. I. et tract. I, in Joann. — S. Clément. Constit. apost. L. II. C. IV et C. XXXVIII. — Tertullian. Apoloff. cap. XXXIX.
' S. Cyprian . Epist. LXXII. — S. Aiignst. qna»st. XXXIX ad Deuter. ((Hoc enim, dit-il, nunc agit in ecclesia excomnnunicatio, qnod agebat tune interfectio. » II ajoute, contra adversariumlegis et prophet. lib. I. Cap. XVII. tdllud enim, quod ait, si nec ecclesiam audierit, sit tibi tamquam ethnicus et publicanus, gravins est qiiam si gladio feriretur, si flammis absumeretur, si fciis snbjiceretiir.»
^ S. Gregor. Nyss. adversus eos qui castigationes aegre ferunt.
'^ S. Hieronym. Comment XV. in I. ad Corinth. Cap. V.
^ Eveillon, Traité des excommunications. T. 1. cbap. VII. ait. 1. p. 115 et suiv. Paris, 1712.
* Thom. Mori Utopia. Lib. II. p. 21L Mediol, 1620. « Saccrdotes sacris interdicunt, quos improbe malos comperiunt, nec ulUim fere supplicinm est quod horreant magis; nam et summa percelluntur infamia , et occulto religionis metu lacerantur, ne corporibus quidem futuris in tuto. Quippe ni properam pœnitentiam sacerdotibus approbent, comprehensi impietatis pœnam senatui pcrsolvunt. »
pour une fin extraordinaire et momentanée, mais qu'elles ont pour objet ordinaire et permanent de contenir les sujets dans leur devoir, et d'empêcher les séditions des hommes pervers. Dans la condition actuelle de presque toutes les principautés, « il suffit à un prince de ne point outrepasser les règlements de ses ancêtres, et puis de temporiser avec les accidents, de sorte qu'avec une habileté ordinaire, un pareil prince se maintiendra toujours dans ses états, à moins qu'il n'en soit dépossédé par une force extraordinaire et impérieuse , et tout dépossédé qu'il en est, il les recouvre aussitôt que celui qui les a envahis éprouve des revers \ » Or, qu'y a-t-il de plus avantageux que les armes ecclésiastiques pour maintenir l'ordre public et préserver le peuple des violences et des massacres ? Les gens occupés à la prière demeurent tranquilles à raison de celte occupation même , ne donnent de mauvais exemples à personne, et demandent précisément à l'auteur de la paix la plus longue durée de ce don ^. Ensuite le prédicateur qui s'adresse au peuple chrétien doit certainement l'entretenir sans cesse des maximes de soumission qui se trouvent dans mille passages de l'Ecriture sainte, que nous avons indiqués cidessus ; et ces maximes ont positivement porté les chrétiens à la fidélité la plus exemplaire même à l'égard des empereurs idolâtres '. Enfin les censures de l'Eglise condamnent comme hérétique et scandaleuse la proposition qu'il est permis de Hier le tyran *; et dans plusieurs diocèses l'excommunication réservée est fulminée contre le crime de félonie ^ El ceci se trouve encore parmi les services réciproques que
' Machiavel, 11 principe. Cap. II.
^ Tertullien, dans son apologétique, cbap. XXX. s'exprime en ces termes : «Nous demandons pour les empereurs une longue vie, un règne tranauille, la sûreté dans leurs palais, la valeur dans leurs troupes, la fidélité ans le sénat, la vertu dans le peuple, la paix dans tout le monde, enfin tout ce qu'un homme, tout ce qu'un empereur peut désirer.»
^ Julien fut un empereur infidèle, il fut de plus apostat, injuste, idolâtre, et cependant les soldats chrétiens servirent cet empereur infidèle: mais quand il s'agissait de la cause du Christ, ils ne reconnaissaient que le roi du ciel. Ainsi s'exprime S' Augustin in Psalm. CXXIV. n** 7.
* Constit. Paul, V. n" 241. in bull. rom. T. V. P. IV. p. 170.
^ Je n'ai pas voulu m'étendre ici stir les cas réservés, attendu que leur utilité a été démontrée par une foule d'écrivains, notamment par le P. Cristianopoli, dans l'ouvrage intitulé : Nullita délie assoluzioni su' casi riservati. Roma, 1785.
VEglise rend à Fe^npirey quand elle en est soutenue, pour maintenir la tranquillité publique \
Elles sont très-efficaces pour apaiser les troubles populaires.
VI. Que s'il arrive ensuite quelque sédition, et que le gouvernement qui n'a pu la prévenir, cherche les moyens de rendre au peuple la tranquillité perdue, il n'en trouvera certainement point de plus efficace et de plus innocent que les armes religieuses. Virgile a décrit avec beaucoup de vérité l'efiFet que produit dans une multitude agitée l'apparition d'une personne vénérable par sa piété et par ses mérites *, et Tite-Live raconte que l'apparition d'un homme qui ne jouissait pas d'une pareille réputation, ne put ramener le peuple romain au bon ordre sans que la noblesse ne lui fit un grand sacrifice ^ Cependant les annales du christianisme offrent des milliers de traits qui prouvent qu'un homme apostolique qui aurait mérité l'estime générale, après avoir montré une sainte image pour laquelle on avait une dévotion particulière, ordonné de ferventes prières et des processions de pénitence, après avoir fait entendre ses douces et charitables exhortations, après avoir annoncé les paroles de l'Église, ses promesses et ses menaces, de même qu'une goutte d'eau arrête la fermentation, de même aussi il arrêta la fureur de la multitude, qui resta désarmée, repentante et tranquille. Ce n'est pas ici le moment d'entasser les exemples et les autorités, puisqu'elles se trouvent dans les histoires de tous les royaumes. On ne peut nier que dans les émeutes populaires dix missionnaires font plus que dix mille soldais. Il suffira de rappeler qu'à Aix, le cardinal de Boisgelin , qui en était alors archevêque, chargeant les curés de ramener au devoir la populace qui, au commencement de la révolution, avait pillé les magasins publics au grand risque d'affamer la ville , leur adressa ces mémorables paroles : // n'appartient qu'à la religion de faire un tel miracle , et il vous appartient de faire parler la religion. En effet le miracle requis reçut son entier accomplissement, alors qu'au moyen des
' Voir l'ouvrage de Cuccagni, de mutuis ecclesiœ et imperii officiis erga religionem et puhlicam tranquillitatem. Romœ, 1785.
2 jEneid. Lib. I. V. 152 et seqq.
3 Hist. Lib. II. Cap. 32.
SEPTIEME THEOREME.
armes de la religion , on \it rentrer dans l'ordre cette populace contre laquelle on avait vainement employé la force \ Ne pouvant contester ces vérités, Rousseau n'hésita point à confesser que nos gouvernements doivent indubitablement au christianisme leur plus solide autorité, et leurs révolutions moins fréquentes. Il les a rendus moins sanguinaires ^ et cela se prouve par la comparaison qu'on enfuit avec les gouvernements anciens ^.
Vaines frayeurs des politiques.
VIIT. Ces choses étant incontestables, je ne comprends pas avec quelle bonne foi les politiques répandent dans l'esprit de ceux qui sont à la tête des 'gouvernements de vaines /rayeurs sur les dommages que l'emploi des armes spirituelles peut causer à l'état. Je sais bien qu'ils vont , à cet effet, rechercher dans les histoires des faits qui peuvent rendre suspectes les prières, les prédications et les censures ecclésiastiques; ils en font le sujet de leurs déclamations, et y mettent toute l'importance qu'il faudrait pour éteindre une mine prêle à éclater sous le trône. Mais, bon Dieu! pourquoi imputer à la chose l'abus qu'en ont fait quelques personnes ? Pourquoi exagérer le mal de l'abus, en cachant ou en négligeant le bien de l'usage? Pourquoi ne point appliquer à ce cas ce principe très-connu, que V exception, loin de détruire la règle ^ ne fait que la confirmer'^ Pourquoi ne pas convenir que l'avantage est certain, permanent, universel , tandis qu'au contraire le dommage est ordinairement imaginaire , ou au moins momentané et particulier ? Quant à moi, je voudrais premièrement examiner les faits allégués par les politiques à l'appui de leur système, attendu que la plupart, présentés sous leu r vrai point de vue, sont tout autres qu'on ne le croit '. Et de cette manière on saurait combien répugnent au bon sens les théories qu'ils en dé-
' Notice historique sur S. E. Mgr. le Cardinal de Boisgeïiuj archevêque de Tours. Paris . 1804.
^ Rousseau, Emile. T. III. p. 150. dans la note. Amst 1769.
^ Le marquis d'Argens était dominé par cette mauvaise foi, lorsque, dans une lettre du 14 octobre 1764, insérée dans les œuvres posthumes de Frédéric II a qui elle était adressée, T. XllI. p. 290^ il se glorifiait d'avoir composé quelques dissertations pour prouver que l'Eglise fomente les révolutions, et enseigne encore qu'on peut tuer les souverains.
duisent pour détruire la constitution de l'Eglise catholique V Mais je me conlenle de faire observer que, de même que la loi n'est pas imposée aujuste^^ c'esl-à-dire , (|u'elle ne lui cause ni dégoût, ni mécontentement ^ ni frayeur ', de même aussi les bons princes, non plus que les ministres bien intentionnés , n'ont jamais considéré les armes de l'Église comme des choses pénibles et dangereuses pour l'étal \ Et pour ce qui concerne VEglise catholique, je conclus par ces paroles d'un des plus éloquents évêques des derniers temps: Les princes ne régnèrent sur les hommes que par des motifs humains ; V Eglise seule les fait régner sur les cCeurs, par des motifs de religion, La sûreté de leurs personnes est devenue pour nous un article de foi; Vohéissance à leurs commandements est, dans l'Eglise catholique y un devoir de religion. C'est l'Eglise qui étouffe dans le cœur des fidèles, non-seulement les premières pensées de révolte et de sédition, mais même encore les chagrins , les murmures et les plaintes contre les souverains du siècle. — Ainsi les plus sages monarques , en protégeant l'Eglise , consolidèrent en même temps leurs trônes , et possédèrent un grand nombre de meilleurs chrétiens '.
COROLLAIRES
Les prières publiques et les personnes qui y assistent méritent la protection du goîiverne?nent.