‹ Thâeoráemes de politique chrâetienneChapitre 16 sur 21 · I. II convient donc au gouvernement de désirer que le · texte numérisé non relu

I. II convient donc au gouvernement de désirer que le

Voyez l'ouvrage anonyme qui a pour titre : Vrais principes de lu itructton de V église catholique, opposés aux théories modernes des-

constructii

tructives de la hiérarchie et de la jurisprudence cationique. L'auteur de cet excellent opuscule était un membre distingué du clergé de Paris. La traduction italienne fut publiée à Fermo, en 1788, J'en citerai le passage suivant. « Le prince et le pontite doivent donc toujours marcher l'un à côté de l'autre, pour s'entraider h travailler de concert au bonheur des peuples, conformément aux vues de la Providence, chacun dans l'ordre où elle Ta placé. De leur mutuel accord résulte l'harmonie de leurs gouvernements respectifs, et le plus grand avantage de la société civile et religieuse. V. encore Scardoni, Des limites originaires de la puissance de l'empire et du sacerdoce, au commencement. 1788. — Foppoli, Delta natura de' sommi imperi. Faenza, 1788.

^ I. Ad Timoth. I. 9. — ^ S' August. Lib. de spiritu et littera Cap. X.

* Frichignono, Dclla giurisdizione délia chiesa. T. II. art. I. p. 5 et seqq. Torino, 1784. — ^ Mgr ïurchi, évêque de Parme, homilie pour le jour de l'Annonciation de la Vierge Marie, p. 25. Parme, imp. royale, 1790.

SEPTIÈME THÉORÈ-ME. 28o

Tiès-Haul répande sur les habitants de Jérusalem r esprit de grâce et de prière *. Il lui convient de protéger \qs gardiens des murs de Jéiusalem^ qui invoquent nuit et jour le nom du Seigneur ^. S'il faict toujours prier et ne jamais se lasser '^ si toutes les fois que l'on demande quelque chose au nom du Seigneur^ il l'accorde \ et si quand deux ou trois personnes se réunissent sur la terre ^ pour faire une demande quelconque , elle leur est accordée par le père céleste *, un bon prince ne doit pas regarder les prières publiques comme une affaire de peu d'importance. C'est principalement dans les temps de calamités et de dangers qu'il faut exciter le peuple à l'exercice de la prière ^, pour inspirer lu confiance dans la Providence, pour tranquilliser l'esprit public, et obtenir du Ciel les bénédictions après lesquelles on soupire. Ce sentiment si naturel dans les adversités se reconnut même chez les gentils \

La prédication et ses ministres ??iéritent aussi cette protection.

II. Et puisque c'est parce que la science de Dieu n'est pas sur la terrCy que le blasphème ^ le mensonge, l'homicide^ le vol et l'adultère l'inondent, et que pour cette raison précisément elle sera affligée de Dieu ^, c'est pour cela qu'il faut protéger la prédication de la parole divine, laquelle ne retourne! a jamais vide ^. D'où il résulte que les prêtres qui se fatiguent pour la parole et pour la prédication sont dignes d^un double honneur 'l De cette manière , le peuple instruit de ses devoirs, sera stimulé par le mobile de la religion à les remplir, et il n'arrivera point que toute la terre reste désolée, parce qu'il ny a personne qui rentre en soi-même ^'.

On doit faire respecter les censures ecclésiastiques,

III. Quant aux censures ecclésiastiques, si l'on désire qu'elles produisent les effets les plus salutaires, le gouvernement doit faire attention à deux choses; la première c'est que ces censures inspirent au peuple du respect et de la

• Zachar. XII. 10.— ^ isaï. LXII. 5. — ^ Luc. XVIII. 1. — ' Joanii. XIV. 13. — ^ Matth. XVIII. 19. — ' Osaeas. VI. 1.

'' Mandement de l'archev. de Paris pour les prières publiq. p- 20. 24 avril 1789. — « Osaeas. IV. 1 et scqq. — ' Isaï. LV. 11. — '« Ad Tiinoth. V. 17. — " Jcrem. XII. 11.

crainte, parce que Dieu veut qu'on obéisse à la voix du prêtre * et à l'oracle de l'Eglise ^; la seconde, c'est que le peuple les regarde comme des mesures dictées non par la politique, mais par la religion ; puisqu'autrement elles perdraient dans son esprit l'opinion qui les rend profitables, et il paraîtrait contre la vérité que nous avons démontrée cidessus, que la religion sert à la politique^,

Le célibat est l'honneur et le soutien de la société.

Cette thèse compte trois espèces d'adversaires.

I. Bien qu'au nombre des articles de notre croyance il s'en trouve un qui a été défini par le concile de Trente, et qui porte que le célibat est un état meilleur et plus heureux que le mariage *, on ne doit pas être surpris que les ennemis de l'Evangile, où cette vérité est enseignée par l'exemple, par les paroles et par les mystères de notre Sauveur, aient employé toute leur malice à l'attaquer. Ils se sont toutefois divisés en trois bandes, dont chacune a saisi les armes qu'elle savait manier le mieux et dont elle espérait plus facilement la victoire. Les plus formidables furent les hérétiques qui , abusant de certains passages de la Bible et , affectant le zèle le plus ardent pour ramener l'Eglise à son antique splendeur, ont soutenu que la virginité était interdite par Dieu , qu'elle était pour tout individu quelconque une source de tourments insupportables, qu'elle ne méritait aucune louange , et que les ministres du sanctuaire n'en devaient pas faire une profession permanente. Le catalogue de ces adversaires commence à Vigilance et à Jovinien et finit à quelques auteurs modernes^ Les joAy5^o/o^^^«e5 et les Me(/eceVz6 conspirèrent ensuite au même but ; ils ont prétendu déduire des doctrines de leur profession le besoin physique du mariage. Pour piquer l'homme au vif, c'est-à-dire, sur son désir bien naturel de se conserver en bonne santé, ils ont exagéré

• Deuter. XVIl. 12. — ^ Matth. XVllI. 17. 3 V. part I. Théor. VI. — " Sess. XXIV. de Matr. Can. 10. ^ Zaccaria. Storia polemica del celibato. p. Xll. Roma, 1774. et nuova giustificazione del celibato sacre, p. XI. et seqq. Fulig^no, 1785.

]es maladies d'esprit et de corps qui paraissent les conséquences du célibat; mais je me suis étendu déjà sur leurs chicanes dans un autre ouvrage où j'ai employé les lumières de la médecine même pour les réfuter \ Mais après avoir jusqu'ici traité d'autres matières qui concernent les prêtres, j'ai cru devoir montrer encore dans ce théorème que le célibat, qui est une obligation pour eux, est l'ornement et le soutien de la société, pour renverser ainsi les sophismes des politiques qui veulent obliger tous les hommes à procréer des enfants, et cherchent à porter ceux qui sont à la tète des affaires publiques à désirer l'abolition du même célibat, et à en décréditer Texcellence dans l'esprit du peuple.

On expose quelques notions préliminaires.

II. J'avance donc que toutes les doléances auxquelles se livrent les politiques, pour déplorer les dommages occasionnés à la société par le grand nombre de célibataires, se réduisent à un petit nombre de points , et que tous les répètent toujours et de diverses manières, comme si c'étaient des découvertes nouvelles et extraordinaires. Ils se plaignent sans cesse que les célibataires diminuent la population, attendu qu'ils refusent le tribut qu'ils doivent lui payer; que ce sont des personnes peu actives , parce que, n'ayant point de famille, ils n'ont point d'intérêt à travailler; que beaucoup d'entre eux seraient très-propres à la génération, étant robustes, cultivés et prudents; que les prêtres devraient prendre femmes , pour devenir meilleurs citoyens et plus attachés au gouvernement; que le célibat corrompt les mœurs publiques ^ en fournissant un motif irrésistible d'une scandaleuse incontinence^ J'avance en outre que toutes ces diatribes des anciens hérétiques n'ont point

' Cateclilsmo medlco. P. 11. Cap. XL

^ Le Marquis d'Argens, Lettres juives. Lettr. XLYII et LXI. — Saint- Pierre, Projet pour l'abolition du célibat. — Les inconvénients du célibat des prêtres. ïrattato teologico politico sul celibafo. — Examen de la r» ligion. Ch. X. p. 222. — Suite de la déCense de lEsprit des lois. p. 27. — Délia nécessita del matrimonio dcgli ecclesiastici. 1770. — Dict. de jurisï prudence, art. Célibat. — : Premurose rappresentanze ail' umanita, cd alla ragione per ottenere l'abolizione del celibato del clero cattolico. 1782. — Schalli, Fervens desiderium cleri sœcularis. Aug. 1783. — Syeyes. Projet a l'assemblée de Paris. — Corrispondenza fra due ecclesiastici sul celibato.

été dissimulées par ceux qui en entreprirent la réfutation,, de manière qu'il ne s'en trouve aucune dans les écrits des politiques modernes à laquelle n'avaient déjà victorieusement répondu les apologistes de notre religion, tels qu'Athanase ', Basile ^ Grégoire de Nysse ^, Ghrysostôme \ Jérôme * et Augustin ^ Lorsqu'ensuile les protestants se déchaînèrent de nouveau contre une vérité dont la possession avait pendant tant de siècles formé le joyau le plus précieux du christianisme"^ , ils insistèrent particulièrement sur des prétextes politiques, pour se frayer une roule vers les cours, dont ils ne convoitaient que trop la protection, qui d'ailleurs leur était nécessaire ^; mais on rétorqua contre eux les anciennes réponses d'écrivains du premier mérite ', et les élus ne restèrent pas ignorants dans l'erreur *^ Enfin les politiques modernes, ou qui n'ont aucune religion^ ou qui sont protestants de naissance, ou qui, nés parmi les catholiques, ressassent les écrits des hérétiques, vous étourdissent de nouveau de la même chanson , feignant effrontément d'ignorer toutes les réponses que l'on y a faites jusqu'à présent, de manière que pour les convaincre je n'aurai qu'à résumer en raccourci les doctrines des pères et à indiquer les auteurs où l'on peut les voir encore plus amplement dé-

• Lib. de virglnitate. T. II. p. 84. Palavli , 1777. — ^ Lib. de virginil. T. III. p. 589. Paris. — ^ Lib. de vera et incorrupta virginit. Oper. T. IL p. 543. Paris, I6I5. — ^ Lib. de virginit. Oper. T. L p. 268. Paris. — ^ Advers. Helvid. Jov. et Vigil. op. IL Ver. 1735. — ^ Lib. de sanct. Virginit. Oper. T. VI. p. 249. Antuerp. 170L

^ Capyclus, De statiium elect. p. IIL C. IL et seqq. Il a cité plusieurs autorités des pères qui font l'éloge de la cbasteté.

® Philippe Melanchtou spécialement a adressé au roi d'Angleterre un ouvrage intitidé -.Defensio conjugii sacerdotum, imprimé dans la seconde partie de ses œuvres, p. 168. Mais celui qui a réuni tout ce qu'on pouvait dire de plus mauvais sur cette matlère,c'est Calllste dans son tractatus de conjugio clericorum. Helmstadt, 1631, et Francofurt. 1653. Les protestants t'ont surtout le plus grand éloge de ce livre.

^ Bellarm. Controv. de cleric. L. L C. 18 et seqq. — Canlsius, Qusest. IV et V. — Lessius, De justltia et jure. L. IV. Cap. II et IV. — Bozius, De signis ecclesiœ. Sig. XLVIII. — Schedorfl", Epist L ad Pfaff. — Oristagni. Pro tuendo sacro cœllbatu axioma catbolicum. — Leib. De Cœllbatu et Castlmonla, 1547. — Delfînus, De matrim. et cœîib. contra haereticos. Camerinl, 1553. — Turrlanus, De caelibatu. Ven. 1553. — Lespencé, De contlnentia. L. VI. Paris), 1565. — Catarinus, De cœlib. adversus Erasmum. Senis , 1581. Villlers, Apologie du célibat chrétien. Paris, 1716, et autres, qu'on pourra voir dans l'ouvrage de Zaccaria. — '^ Matth. XXIV. 24.

veloppées. J'avance en dernier lieu que je n'entends pas ici qualifier d'ornement et de soutien de l'état les célibataires qui le sont par force y c'est-à-dire ceux qui ne peuvent point se marier, soit à cause d'une disposition de loi, soit par molit' d'économie, soit par des obstacles qui proviennent des parents , j'entends encore moins prendre la défense des célibataires par libertinage , qui , pour satisfaire plus librement leurs passions déréglées, rejettent le lien conjugal qui leur offrirait un remède efïicace à tant de désordres \ parce que personne n'ignore qu'ils ont coutume de former la classe ia plus corrompue des citoyens, toujours occupée à troubler l'ordre public et destinée à peupler les prisons ^ J'entends seulement défendre les célibataires par vertu y c'est-à-dire ceux qui, pour suivre les délicieuses impulsions de la gràr<; divine, s'abstiennent du mariage, pour un temps ou pour toujours.

Les païens ont cotmu le prix de la continence.

III. Bien que, chez les païens, le mariage fut considéré comme l'état naturel de l'homme, on vit néanmoins pénétrer constamment dans quelque coin de la terre un certain respect pour la virginité , à tel point que celui qui la conservait était considéré comme un être supérieur, et l'on aurait dit que l'homme se dégradait en la perdant même légitimement ^ Les anciens pensaient en effet que l'empire romain avait fleuri par le culte de Vesta , et était tombé avec lui\ et les vestales furent vénérables et saintes à raison de la virginité et des autres cérémonies ^ On respecta spécialement celle qui pendant une longue révolution d'années ne l'avait point violée ® et l'on ne regarda point leurs noces comme heureuses n'y agréables ^ Aux Indes ^, au Pérou ®,

' S. August. De coujugio. C. X. et alibi.

- Oeber die ehe, § 35 dans Frank. Traité complet de police médicale T. 1. Sect.I. §10. etsuiv.

^ C'est en vertu de cette opinion qu'en Grèce les femmes promises eu mariage devaient faire un sacrifice à Diane pour expier cette espèce de profanation. V. le Scoliaste de Théouite. Idyll. XI. Vers. 66.

* V. Naudal, dans un mém. de l'acad. des inscript, et bel. lett T V in-r2. — •' Tite-Live. L. I. n° 29. — « Tacit. Annal. L. XL C. 86.

^ Juste-Lipse. Syntagma de Vestalibus. Cap. VI. — ^ Hérodote. Edif Marcher. T. Vl. p. 133. — » Carli, Lett. Amer. T. 1. Lett. VIII.

IHÉOR. T. 1. 13

au Mexique ' la virginité fut toujours considérée comme un caractère sacré, qui élève l'homme et le rend cher à la Divinité. Voilà pourquoi les anciens voulurent que, dans l'exercice des fonctions sacrées, bien que remplies en l'honneur de divinités impures qui n'étaient que les vices divinisés ^ on apportât une âme chaste ^ et un corps éloigné y au moins pour quelque temps , du plaisir vénérien *. Et même pour initier un homme aux mystères les plus infâmes , on voulait qu'il s'y préparât par une continence rigoureuse *. Les peuples nouvellement découverts, bien que leurs mœurs soient tellement corrompues qu'ils considèrent le commerce des deux sexes comme l'usage de certains ragoûts *, ont cependant regardé comme un délit l'approche de l'autel sans s'y préparer par l'abstinence des plaisirs charnels ^ Par suite de celte opinion universelle, il n'y a point de législation au monde qui n'ait imposé des restrictions aux prêtres, sous certains rapports, sur ce point; par exemple, les prêtres égyptiens ne pouvaient pas avoir plus d'une femme ' : le Hiérophante, chez les Grecs, était assujéti à un perpétuel célibat^ : et chez les Éthiopiens, on ne trouvait pas un seul prêtre à qui il fût permis de se marier ^ Si donc, chez tant de nations si différentes, sous le rapport des mœurs, du caractère, de la langue, de la religion et du climat, on observe un aussi étonnant accord sur le respect et sur le mérite du célibat, comment ne dirions-nous pas que ce consentement est la voix de la nature^ et que ceux qui s'y conforment sont véritablement l'ornement de la société ? A coup sûr, Vhomme charnel qui ne sait pas se gouverner dans ce genre de vie, et qui regarde son incontinence comme l'effet de sa fragilité, doit avoir un profond respect pour la personne qui lui est si supérieure , qui sait se vaincre elle-même, et s'élever à une vertu dont la faiblesse humaine paraît incapable.

' De Guignes, voyag. Paris, 1784. T. IL p. 367 et suiv. Humbolt, Vues des Cordilières. T. L p. 237 et suiv. Paris. 1816.

2 Plutarch. Sympos L. IIL Quaest. 8. Tibull. Eleg. L. IL eleg. I.

^ Demosth. Contra Timocratem. p. 332. Venet. 154L — Ovid. Amor. L. m. eleg. X. Vers. 2. --" Tite-Live, Hist. Lib. XXXIX. G. 39 etseqq.

^ Pinkerton, Géographie. T. V. p. 5. trad. Franc. — ^ Cérémonies religieuses de tous les peuples. T. VII. p. 187. Paris, 1741. — ^ Phil. apud P. Cun£eum,de rep. heb. p,j90. Edit. Elzevir. — *" Dioscor. Hist. L. IV. C. 79. Plin. Hist. nat. L. XXXV. C. 13. — Origen. Contra Celsum. C. VIL n« 48. — 9 Porphyr. de Alstin. L. IV. p. 364.

Le respect qu'elle inspire s'est accru parmi les chrétiens.

IV. Mais si ce reste de droiture, qui s'est garanti de la corruption générale parmi les païens , a suffi pour rendre la chasteté respectable , à quel degré l'homme-Dieu ne l'élevat-il point, lui qui , né d'une mère vierge , mena la vie d'une vierge et donna aux vierges les signes les plus particuliers de sa prédilection, au point de les épouser même sur l'autel de la croix * ? II la proposa comme le meilleur moyen pour gagner le royaume des cieux ^ : il la déclara vertu qui rapproche les hommes des anges de Dieu dans le ciel ^; et par l'organe de son apôtre , il en exposa les avantages et anima les fidèles à en embrasser la résolution \ Voilà pourquoi les chrétiens en louant le mariage comme un grand sacrement ^ crurent toutefois que le célibat était autant au-dessus du mariage, que le ciel est au-dessus de la terre ^, que l'âme est au-dessus du corps "", de manière que les Justin *, les Athénagore ^, les Origène *" et les Minutius Félix " estimèrent que c était précisément une des plus illustres gloires du christianisme; tandis qu'une foule de personnes vivant dans son sein, pour se maintenir dans un état de perfection, renonçaient aux plaisirs des sens, et se conservaient pures de toute corruption charnelle : d'après cela , nous devons raisonner ainsi : Si le Christ a conseillé le célibat , et l'a rendu si honorable à son Eglise, pourrons-nous croire qu'il puisse procurer autre chose qu'honneur et avantage à la société ? Qui plus que l'éternelle Sagesse, qui tira du néant le p^enre humain, et qui dans les jours de sa chair, l'a racheté au prix de son sang, connaît et désire la véritable gloire et le véritable bien des peuples! Préférerons-nous peut-être à son jugement celui des politiques , et nous laisserons-nous bercer par leurs fanfaronades et leurs flatteries, après que, dans autant de révolutions, nous avons été à même de découvrir l'étendue de leur science et le caractère de leur philanthropie ?

• S. Hieron. Adversus. Jovin. Lib. L— 2 Mattli. XIX. II. — ' Idem. XXII. 30. — " I. Ad Corinth. VII. 25. — '^ Ad Eplies. V. 32. S. Aug-ust. de bono conjugli. Cap. I. et seqq.

*^ S. Joann. Chrysost. Du virginlt. Cap. XI. — ' S. Isidor. Pelus. Lib. III. Epist. CCCLI. — ** Apol. I.Niim. 14 et seqq. — ^ Apologet. Cap. XXVIII. et Tcrtul. ad uxor. Cap. VI. — "^ Lib. Vlll. Contra Ceisum. nuin. 47. InOctavio. p. 310. Lufjd. bat. 1672.

Avantages quun célibataire peut procurer mieux qu'un homme marié.

V. Et quant aux biens qui résultent pour les peuples de la propagation du célibat, nous rappellerons ce que nous avons démontré ci-dessus, (jue les armes spirituelles, spécialement la prière et la prédication sont très-utiles à la défense de l'état ; or, bien qu'un homme marié puisse et doive vaquer à la prière, cependant l'apôtre nous enseigne que, pour en faire une étude et une profession , pour se concentrer dans la méditation salutaire des choses célestes, on réussit beaucoup mieux au moyen de la continence , de manière qu'il approuve l'interruption des actes conjugaux , ut vacetis oralioni^, et en publiant le conseil du Seigneur, relativement au célibat, il proteste qu'il propose quod honestum est, et quod facultatem prœbeat sine impedimento Dominum obsecrandi"^. Quant à ces actes, saint Pierre les signale positivement comme étant par eux-mêmes un empêchement à la prière [impediantur orationes^). Quanta ce qui concerne la prédication, qui pourra jamais croire qu'un mari, au milieu des soins qu'exige sa famille, puisse commodément remplir parfaite tnent le ministère de la parole ^ qu'il a reçu du Seigneur^ pour rendre à VEvangile témoignage de sa grâce'*'} Et pourrait-il exalter la vertu de la chasteté et en conseiller la pratique, s'il s'en éloignait de toutes ses forces ^ ? Et le peuple aurait -il pour lui ce respect qui doit rendre plus agréables ses conseils, ses exhortations, ses sermons, si ce peuple voyait à ses côtés une femme , et tout autour de lui une bande d'enfants ? Le peuple comprend trop bien , comment Vâme tombe dans une sorte de faiblesse quand elle est attirée par les charmes de la femme ^ , et comment elle se soumet à des actions qui cher-

' I. Ad Corinth. Yll. 5. — ^ Ibid. 35.

^ I. Pétri. III. 7. Voir sur ce passage S. Jérôme, Lib. I. contra Jovin. Le même S^ Docteur écrit dans l'apologie ad Pammachium pro libris adversus Jovin. quid majus est orare , an corpus Christi accipere? utiqiie accipere corpus Chrish. Si per coitum,cjuod minus est impidifur, muKo maffis quod majus est. Et S' Pierre Damien, appliquant cette observation aux prêtres, conclut ainsi : dum ergo commercium ssecularibus toUit orare, qua ratione permittit clericos sacris altaribusministrarc? Lib. IV.epist. 111. ad Cunibnt.

* Act. XX. 24. — ^ S. Ambros. de oflic. Lib. I. Cap. X. ult.

6 S. August. Solil. Lib. ï C. X.

HUITIEME THEOREME.

chent les ténèbres , et offensent inévitablement la pudeur * ; et combien il est facile de se livrer à des désordres qui souillent la candeur de l'esprit ^ De telles raisons firent impression sur S* Épiphane, quand il jugea que la continence était nécessaire au prêtre pour l'honneur du sacerdoce '.

Spécialement un célibataire prêtre.

VI. Mais ce ne sont point là les seuls avantages que le public attend des prêtres; il veut encore voir en eux des hommes entièrement consacrés au service des âmes: il ne veut pas qu'ils dissipent pour leur utilité personnelle les biens de l'Église qui sont \q patrimoine des pauvres. Or peut-on attendre que, sous ce rapport, un prêtre marié satisfasse au désir (lu public ? Celui qui est sans femme , dirige ses soins vers les choses du Seigneur, pour plaire à Dieu; celui qui possède une femme dirige ses soins vers les affaires du monde, pour plaire à la femme, alors c'est un homme partagé \ Au contraire , le prêtre , comme soldat de Jésus-Christ, ne sait pas se mêler des affaires du siècle ®, c'est-à-dire qu'il ne doit pas se laisser engager dans les soucis et les lacets du siècle ; afin qu'il s'occupe des choses divines et spirituelles, et ne s'éloigne pas de l'Eglise'^. Quant aux revenus, c'est une chose certaine qu'un prêtre qui a des enfants selon la chair, doit thésauriser pour eux \ Comment donc pourra-t-il employer les revenus à l'avantage de l'Église et à l'assistance des pauvres ? Combien il restera peu de chose pour cet usage si important sur lequel, comme nous le savons , il existe des lois très-rigoureuses tant anciennes que modernes promulguées par les conciles ^ ? je ne veux pas ici omettre une réflexion qui, à mon avis, fera comprendre que si les prêtres se mariaient , on verrait leurs familles réduites à l'état le plus déplorable. Si un prêtre marié vit des secours de 1 Église, et qu'il ait une nombreuse famille , que lui laissera-t-il ? Pas les biens de l'Église, puisqu'ils ne lui appartiennent pas; il ne lui laissera pas davantage les siens, puisque les soins du

origin

• S. August. De civit. Dei. Lib. XIV. Cap. XVIII. — 2 Id. De peccat. ..igin. Cap. XXXI. — ^ Haeres. LIX. — " I. Ad Corintli. XII. 14. — ^ jj Ad Timoth. II. 4. — « S. Cypr. Testimon. ad Quirin. Lib. IL Cap. IL — ^ II. Ad Corinth. XII. 14. — * Canon, apost. Can. XXXVII. et concil. Trid. Sess. XXV Cap. I. de reformat.

saint ministère, et ceux de sa famille, ne lui auront pas permis d'en amasser; il n'aura donc point d'autre ressource (jue de manger un pain tiré des fonds de son église, et en donner, pendant sa vie, un morceau à ses enfants; mais à sa mort il devra les laisser en proie à l'indigence, privés peut-être d'une bonne éducation que les embarras de son ministère ne lui auront point permis de leur donner '.

En n'admettant point le célibat ^ on augmente le nombre des malheureux.

Vif. Non-seulement les enfants des prêtres se verraient malheureux, mais encore les auteurs de leurs jours participeraient à leur infortune , parce qu'ils devraient la prévoir et la calculer tout le temps de leur vie, sans probabilité de pouvoir l'empêcher. Que s'il est vrai, comme cela est effectivement de toute vérité, que l'homme est exposé à moins de maux , quand il suit sa propre inclination , et qu'au contraire , il se trouve extrêmement malheureux , quand il est dans un état forcé ^; à coup sûr, contraindre tous les hommes au mariage , ce serait la même chose que d'en contraindre beaucoup à se rendre infortunés. Par cette raison, si les politiques voulaient être vraiment les bienfaiteurs du genre humain , ils devraient donner des femmes à cette fameuse multitude qu'ils condamnent à vivre dans le célibat, sans goût et par force, mais non à ceux qui 04it embrassé le célibat par choix, et qui y trouvent les chastes délices dont Dieu récompense la continence'. Eh! quoi, regarderons-nous comme un homme heureux celui qui serait forcé de remplir les devoirs matrimoniaux contre son inclination et même contre la vocation de Dieu? Que deviendrait-il , alors qu'ils l'auraient réduit à déplorer les infirmités, les trahisons, l'indocilité, les querelles d'une femme, ou la désobéissance , l'humeur fougueuse , les dissensions , les malheurs et les besoins de ses enfants * ? Gomment souffrirait-il tranquillement les troubles de conscience auxquels

' Il faut lire là-dessus Zaccariae Storia polemica del celibato sacro. Lib. II. Cap. 4.

2 Tourtelle, Eléments d'Hygiène. Sect. VI. Ch. 4.

^ S. August. De bono viduitatis. Cap. XXI.

^ Tous les inconvénients du mariage sont exposés avec une singulière exagération par Biscardi dans sa réponse au problème, si l'état du célibat est plus heureux que celui du mariage. Venet. 1554.

HUITIEME THEOREME.

est sujet un père de famille qui se sent grevé d'obligations tellement rigoureuses et tellement multipliées qu'elles surpassent la rigueur des ordres religieux les plus austères '. Ils ne rencontrent point proprement leur infortune dans le mariage et ne sont point dans le cas de procréer une progéniture encore plus malheureuse qu'eux , ceux qui par complexion ne sont point dans le cas de lier leur existence au mariage, ni par conséquent de nuire à celle d'une épouse ni de surcharger la société de descendants inutiles ^. Il convient encore que les parents aient des moyens suffisants pour nourrir et élever leurs enfants , et ne pas les mettre dans le cas de déchoir de leur propre condition ; il ne faut pas que l'aversion , ou l'incapacité, ou la distraction qu'entraîne le soin d'autres affaires , les empêchent de se charger du poids d'une éducation décente et convenable ^y autrement le mariage multipliera le nombre des fainéants, et non celui des citoyens utiles, ce qui est contraire aux véritables intérêts de l'humanité et aux sages vues de la politique*. Or croirons-nous que tous les hommes soient sous le rapport de la vigueur ou de la capacité propres aux devoirs du mariage ? Que devra faire celui qui ne l'est point? Ne méritera-t-il point des éloges, si mettant un frein à ses passions, il vit en célibataire , et exerce un emploi utile à la république ? Et donnerons-nous le titre de sage législateur à celui qui ne lui accorde point un état honorable dans le rang des citoyens , et qui néanmoins approuve sa conduite ?

' Petr. Blesensis, Epist. LXXIX.ad R. Diaconum. Soto de jure. Lib. VII. Quaest. I. art. 1.

2 Frank, Traité complet de police médicale. T. I. Sect. 1 1 . art. 3.

^ Un grand nombre d'auteurs ont traité de la nécessité de l'éducation physique et morale, et c'est d'eux qu'on peut apprendre combien il est difficile de rencontrer beaucoup de pères de famille qui soient capables de bien élever leurs enfants; Platon dit à ce sujet : mihi quidem fdli procreatio omnium rerum facillima fuit : educatio autem ardua ac dilficllis mibl de illo (filio) semper metucnti fuit. Theag. in princip. p. 121. T. II. Edit. Steph. Plutarque a développé les mêmes sentiments. Lib. de educandis pueris. p. 2 et seqq. Francof. 1599.

* Ibid. p. 5 et seqq. On y expose les inconvénients particuliers et publics d'une mauvaise éducation. Platon observe aussi combien il est intéressant pour la république que l'éducation et l'instruction y existent, de rep. L. IV. p. 423. T. II. cit. edit., et il en donne exactement les régies dans le livre VIL de legibus. p. 289 et seqq.

Au contraire y c'est par le célibat qu'on pourvoit aux fins (te la société.

VIII. Il y a plus, un sage législateur doit savoir encore que la fin de la société n'est pas d'exister^ mais d'exister en bon état\ Ainsi la société exige une population tempérée par de justes mesures ^ Par cette raison , un homme qui consacre ses soins au bien-être de ses semblables , répond mieux aux vœux de la société que celui qui la surcharge d'une multitude toujours croissante. C'est à cette fin que Dieu appelle particulièrement ceux qui ne se plongent point dans le j'^ouflFre des passions, ni dans les embarras du mariage. En effet qui mieux qu'eux , peut se livrer à l'étude et à la méditaîion*?Quipeul plus facilement s'occuper à instruire, à élever, à diriger les enfants des autres, particulièrement ceux qui ne trouvent point de secours dans leurs propres parents* ? Les œuvres de bienfaisance si mal administrées par quiconque veille aux intérêts de sa propre famille, ne sont-elles pas ordinairement confiées à des célibataires'^? Et qui pourra exercer une surveillance plus active sur l'honnêteté publique, et soutenir plus facilement les charges de la religion ^ ? Et qui pourra finalement, d'un cœur plus détaché des affections terrestres , et avec des mains plus pures , implorer les bénédictions du Ciel, même sur les hommes abandonnés et coupables^? C'est pourquoi d'excellents écrivains ont observé que les cités pourvues de vertueux célibataires, sont ordinairement plus florissantes, mieux morigénées et plus tranquilles que toute autre , en vertu des bénédictions que Dieu accorde en faveur de la vertu de virginité , qui lui est si chère ^

' Arist. aeconom. Lib. I. Cap. I. — ^ Idem, polit. Lib. VIL Cap. 4.

* Capycius, De statuiim electione. p. I. Cap. 1 et seqq.

* Anon, Apologie de la loi ecclésiastique sur le célibat des prêtres et des religieux, p. 10 et suiv. Paris.

^ Voltaire même confesse cette vérité dans son essai sur l'bistoire générale. L. IV^. Cap. CXXXV. et dans ses questions sur TEncyciop. Art. biens de l'Eglise.

^ Filangieri n'a pas osé le nier. Scienza delta leglslaz. Lib. I. C. V. p. 64. Nap. 1784. Bien que sa doctrine sur le célibat ne puisse être approuvée par un chrétien. V. notre catechismo medico. P. 11. Cap. XI. p. 226. Nap. 1821.

^ Bellarm. Controv. de cleric. Lib. I. C. XVIIl et seqq. et de Monachis. L. II. C. XXII et seqq.

^ Quant à l'état des villes protestantes où le célibat est aboli, on trouve

HUITlÉaiE THÉORÈME. 297

Le célibat j loin de diminuer la population ne fait que l'augmenter^

IX. On ne doit certainement pas regarder comme la dernière des bénédictions celle d'augmenter la population des cités mêmes, où il se trouve un grand nombre de personnes qui font profession de chasteté. Avant d'arriver à la démonstration de ce fait, il convient de prévenir que l'objection tant rebattue aujourd'hui par les arislarques des législateurs, et qui est tirée de la diminution de la population, qu'ils rejjardent comme une conséquence du célibat, étant triviale t*t très-ancienne, a été réfutée de toutes sortes de manières par les saints pères. S* Augustin répondait à ceux qui craignaient que le monde ne finît si tous les hommes s'attaciiaient à cette résolution : 'plût à Dieu qu'ils s'y détermi^ nassent tous, avec un cœur pur j une conscience droite , et avec foi; le terme du siècle s'accomplirait plus vite et s'abrégerait \ D'un autre côté, ne craignez pas j, disait S' Jérôme, que tous veuillent vivre dans le célibat ^ et qu'ils aient de l'aversion pour le mariage : si tout le monde s'adoniiait à l'étude des lettres, c'en serait fait aussi de l'agriculture , et si tout le monde exerçait l'agriculture, il n'y aurait plus ni philosophes, ni orateurs, ni jurisconsultes. C'est pourquoi la Providence a pourvu chacun d'inclinations qui lui sont propres, et n'a pas appelé tous les hommes à un état de perfection tel que le célibat ^. La réponse de 8* Ambroise fut plus originale encore : il disait que jamais femme n'a manqué, depuis la promulgation de l'Evangile à quiconque désirait de se marier, et que les guerres qui ont détruit les populations, ont été occasionnées par les femmes adultères, jamais par les vierges sacrées \ Mais venons à d'autres réponses puisées dans des auteurs qui sont plus du goût de nos ennemis. Si le célibat a été supprimé chez les prolestants, il a été aussi le but des plus terribles persécutions; quel avantage la population en a-t-elle retiré ? D'à-' près les calculs de Sussmilch , il résulte que , dans des cir-

(les renseignements positifs dans les lettres sur les Anglais, Lettr. III. I». 80 et suiv. Les lettres pastorales de Tévéqne de Londres. Let. I. p. m. r> et m. 33. On peut voir dans le livre intitulé : Londres. Tom. II. p. 41. (|nelle triste figure font dans ces pays les ministres mariés.

' De bono coniug. Cap. X. — ' Contra Jovin. Lib. 1. — ^ De Virgin. ( ap. Yll. n« 35.

constances égales y il n'y a pas beaucoup de différence entre les mariages qui se contractent dans les pays protestants , où le célibat n'est pas de rigueur, et ceux qui se contractent en pays catholiques^. En outre « la Suède, ayant embrassé la réforme^ changea entièrement son gouvernement, mais celui qui l'a considérée, depuis les règnes rigoureux et absolus de Charles XI et de Charles XII, est resté bien surpris, en voyant si peu de moines , et tant de décroissement dans la population et tant de misère. Ce ne fut point le rétablissement du monachisme qui, depuis le commencement de ce siècle, a diminué de moitié le commerce et les richesses de la Hollande ; mais le luxe s'y est enraciné. La consommation y a doublé, et par conséquent il y a eu diminution dans le commerce. Les célibataires Danois qui firent une fois trembler toute l'Europe, sont morts; mais depuis deux cents ans, c'est-à-dire, depuis qu'ils ont chassé les moines de leurs étals, il serait bientôt temps de voir cet antique réservoir de héros repeuplé. Henri IV et ensuite Louis XIV trouvèrent le moyen de rélablir leur royaume, sans avoir changé la religion qui y était établie. Je vois que le judicieux sire David Hume et beaucoup d'autres anglais se plaignent de ce que leur pays se dépeuple ^ » Les calculs de M. de Real confirment cette vérité ^, comme ceux de Linguet démontrent que V Allemagne était plus peuplée quand elle était toute catholique'' ; et d'autres ont fait encore observer la même chose en France ^ La population, au contraire, s'est accrue dans les pays où les prêtres, les moines et les religieuses abondent le plus ^, et s'il y a exception dans quelque royaume, cela lient à des raisons particulières et bien différentes de celle du célibat \ Mais à quoi bon m'enfoncer dans ces observations, après un ouvrage clair et très-célèbre , où ces matières sont traitées ex professo, l'auleur, à l'aide des faits et de la

' Anon, l'Eglise et la république dans leurs limites, p. 95. Il faut observer que l'auteur de ce livre n'est pas un ami des catholiques.

^ Mirabeau, lAinl des hommes. Tom. II.

^ Science du gouvernement. T. II. Gh. VII. n" 79. Cet écrivain d ailleurs n'est point partisan du célibat.

* Annal, poht. T. III. n° 19. p. 167.

^ L'auteur anonyme des essais sur la religion chrétienne, cité dans la dissertation sur les vœux. Ch. X. p. 135. Paris. 1771.

\ Anon. (Ghastellux) De la féhcité publique. ï. II. Ch. V. p. 161.

^ Mirabeau , l'Ami des hommes. T. II. p. 22.

plus profonde philosophie , démontre que ceux qui vivent dans le célibat^ ne diminuent points par cette conduite , la population du pays, mais ils diminuent seulement le nombre de ceux qui meurent prématurément , et qui, si tous s'étaient mariés y se multiplieraient outre mesure ^ Il ajoute ailleurs que , bien loin que tout homme soit né pour se înarier et se reproduire j il faut au contraire dans un état quelconque , qu'il y ait une loi, un principe, une force qui empêche la multiplication des mariages ^.

Raisons de ce paradoxe.

X. Mais quelle sera la raison de ce fait qui offre les apparences d'un paradoxe ? Phisieurs écrivains en allèguent un assez grand nombre, je vais les rappeler ici fidèlement. l^Ze célibat par vertu réprime, en toute cité, le célibat jjar libertinage , parce que plus on voit s'accroître le nombre des hommes vertueux qui donnent de bons exemples, inspirent des sentiments de piété et surveillent les mœurs publiques, plus on voit diminuer le nombre de ceux qui, soit pour se livrer à des amours désordonnés, soit pour contrarier Tordre de la nature par des plaisirs qui offensent ses lois, dédaignent de se lier par les nœuds du mariage. Or ces derniers n'occasionnent-ils point la destruction d'une innombrable quantité d'individus ? Les hommes abandonnés à la volupté , deviennent bien vite débiles et impuissants : les femmes qui se prostituent meurent presque toujours jeunes, et sans laisser de progéniture, et la syphilis qui en punit souvent le délit, ou envoyé le coupable au tombeau, ou ne fait mettre au monde que des malheureux^. 2° En répandant, par l'exemple des estimables célibataires, l'esprit de modération, d'humilité et de charité , on met un frein au luxe, et alors le mariage devient plus facile à ceux qui trouvent précisément, à cet égard, un obstacle dans le luxe. Dans Paris seulement on trouvera , par centaines de mille, des jeunes domestiques pleins de nerf et tous célibataires *. II y en a aussi beaucoup qui renoncent au mariage, en voyant la dépense

• Maltlîus, Essai sur le principe de population. L. II. C. 7. T. 11. p. 107. Paris, 1809.

2 Ibid. L. III. Ch. 1 et suiv.

^ (Pey) Délia autorita délie due potestà. ï. III. p. 368. Trad. ital.

" Nonnotte» Les erreurs de Voltaire. 2. T. II. ch. 2.

SOO DEUXIEME PARTIE.

qu'exige l'entretien d'une épouse à la mode. 3« On a moins besoin de célibataires par force , je veux dire de soldats quand, au moyen des célibataires vertueux, le nombre des perturbateurs de la tranquilhté publique diminue. « On nourrit, disait Filangieri dans son temps, un million et deux cent mille célibataires toujours existants , qui ne se reproduisent pas , et qu'il faut renouveler continuellement par d'autres célibataires qu'on enlève à la propagation , n'estce point là une anthropophagie monstrueuse qui dévore à chaque géttération une portion de l'espèce humaine^ On déclame tant contre le célibat des prêtres , et toutefois j)armi les prêtres , on doit tenir compte des impotents et des vieillards. Et l'on souffre avec indifférence le célibat de tant d'individus qui sont à la fleur de la jeunesse et dans toute la vigueur de l'âge '. Il y a certaines familles qui ne sont point en état de donner à cbacun des individus qui les composent, un fonds suffisant pour soutenir les charges du mariage d'une manière convenable à sa condition; par cette raison, si l'un d'eux se consacre à Dieu, un autre pourra prendre sa place , et devenir décemment père de famille ^ 5" Tous les enfants ne peuvent pas être élevés par leurs parents, ou parce qu'ils sont morts, ou parce qu'ils sont en quelque sorte dans l'impuissance de remplir leur devoir à cet égard, ou du moins, parce qu'ils n'en ont pas la volonté. Si donc l'on ne veut pas rétablir ^infanticide qui était, chez les païens, la conséquence de la rareté du célibat, on devra regarder comme autant de pères trèsféconds, ces célibataires qui, adoptant les enfants des autres les arrachent à la mort et les mettent à même de se reproduire ^ 6° Enfin , chacun sait que Dieu est l'arbitre de la vie et de la mort *, et qu'il établit les temps précis et les termes de l'habitation des hommes^ ^ que tantôt aussi il ouvre , et tantôt il ferme, selon son bon plaisr, les causes inconnues de la fécondité % et qu'il fait habiter la femme stérile dans la maison , pour réjouir la mère de plusieurs enfants ^; et que celle-ci ne sait pas comment ils ont ap-

' Scienza délia legfislazione. Lib. II. Cap. 7.

2 Malthus. Princ. de pop. T. I. p. 2 et sulv. Paris, 1809. — ^ Du Clôt, La sainte Bible vengée not. XXXY. Sur le chap. 19 de saint Matth. Vors. 12. — * Ecclesiastic. XI. 14. — ^ Act. XVII. 26. — « I. Reg. I. 5.

^ Psalm. CXII. 9.

paru dans son sein y et confesse qu'elle ne leur a point donné l'esprit et l'âme ^ et qu'elle na point formé leurs membres y mais que tout cela a été l'ouvrage du créateur du monde , qui forma la naissance des hommes et leur donna le commencement à tous '. Ce Dieu donc sait compenser dans les cités catholiques, par la fécondité des femmes mariées, le faible vide que laissent les personnes qui lui sont consacrées, dans les espaces de la génération. J'aime à terminer ce paragraphe par ces paroles de S* Ambroise : Si quis putat consecratione virginum immimn genus humanum , consideret y quia ubi paucœ virgines , ibi etiam pauciores homines ; ubi virginitatis studia crebriora, ibi etiam numerum quoque hominum esse majorem ^.

Les célibataires ne sont point des piQTsonnes peu actives.

XI. Qu'on ne dise pas non plus que le célibat dont nous parlons porte l'homme à la paresse, en lui ôtant tout intérêt à travailler. Le célibat inspiré par la vertu ^ n'étant point nuisible, puisque la vertu ne peut nuire, par la même raison , il ne peut porter à la paresse, parce qu'elle est ennemie de la vertu. Au contraire le célibat par libertinage exige essentiellement l'oisiveté, comme aliment du vice; parce que dans cet état , les deux sexes se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une union qui les rendrait meilleurs, pour vivre dans celle qui les rend toujours pires '. C'est donc contre ces célibataires qu'il convient au politique de se déchaîner, et de se souvenir que les principes des libertins, s'ils ne tuent pas les hommes y les empêchent de naître , en détruisant les mœurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce, et en réduisant tous leurs effets à un secret égo'isme y non moins funeste à la population qu'à la vertu *. Un bon célibataire n'a que trop à faire, devant se fatiguer e7i toutes choses \ et étant obligé de bien

» II. Macchab. VII. 22 et se(|. — 2 De virginit. Cap. VIL n" 36. — ' Montesquieu, Esprit des lois. Liv. XXUI. Ch. 21.

* Rousseau, Emile. T. lïl. p. 248 et suiv. dans la note. Dans les paroles citées ci-dessus le Genevois a écrit, sans le vouloir, sa propre satyre. Puisqu'en parfait égoïste, il vécut célibataire sans en être plus pudique. Pour cela, il ne voulut jamais reconnaître ses propres enfants , mais il les laissa à l'abandon. V. Siècles littéraires de la France. Tom. V. et suppl. T. Vilart. Rousseau. — * IL Ad ïimoth. IV. 5.

employer son temps ', ce qui fait qu'il regarde Y oisiveté comme un vice , et même comme la maîtresse des vices ^. Que s'il n'avait pas autre chose à faire, il réprimerait au moins par la prière, par ses exemples et par ses discours, la licence des mœurs, et il maintiendrait la paix dans les familles % et de cette manière il aurait suffisamment contribué tout à la fois à la félicité et à la multiplication du genre humain *.

Un se mariant ils ne deviendraient pas de meilleurs pères de famille.

XII. Si en ne devenant point pères de famille ils peuvent plus commodément et avec plus de succès enseigner aux pères de famille et à leurs enfants leurs devoirs et veiller à l'exécution de ces saints préceptes, tout homme de bon sens ne doit-il pas être satisfait de les voir renoncer à la première charge et à leurs plaisirs pour remplir parfaitement la seconde? Et la majeure partie des célibataires vertueux ne s'aquitte-t-elle pas bien de celle-ci ? D'un autre côté, il n'esl pas vraisemblable qu'en épousant une femme , ils deviendraient d'excellents maris et d'excellents pères de famille , comme le présument naïvement nos adversaires , parce que pour qu'un homme réussisse parfaitement dans une charge quelconque, et surtout dans la plus importante et la plus permanente, qui est précisément celle dont nous traitons , il faut qu'elle lîc lui inspire aucune aversion, m.ais il faut au contraire qu'il s'y porte de son propre choix et de sa pleine volonté , parce que 7iiale respondent coacta ingenia y dit un philosophe moral. Or, en supposant , comme nous l'avons affirmé daus le principe, que le célibat ait été choisi par des hommes vertueux après un long examen et seulement parce qu'elles veulent l'emhrassey^^ , que pourronsnous espérer d'eux, si se sentant portés par inclination à prendre ce parti , et éprouvant encore les influences de la vocation divine, ils sont ensuite forcés de faire la cour aux femmes et d'élever des enfants ? On ne peut dire que tous les

' Ecclesiastlc. IV. 23. — ^ ji^jj. XXXllI. 29. Piov. XII. 11. XXVIII. 19. ^ Duguet, Conférences cccles. diss. XL.

'* Mirabeau , quoique impie le confessa de bonne foi dans son ouvrage intitulé : TAmi des hommes. T. I. p. 37 et 38.

^ Malizia. Riilessioni suU' Emiiio del Rousseau, p. 7. Napoli, 1822.

hommes soient obligés de se marier comme certain individu l'a rêvé; comme si tout homme pourvu des organes destinés à la génération , était obligé d'engendrer \ et que ces organes ne servissent point simplement à l'intégrité et à la vigueur de l'individu ^, mais que chacun dût s'assujétir aux devoirs d'époux et de père, et ne put s'en exempter dans aucun cas. Il n'y a en effet rien de plus clair par soi-même, que la nature, en nous donnant un sexe , a entendu former dans chacun de nous le pouvoir^ et non nous imposer le devoir de nous reproduire; on comprend assez d'ailleurs combien ces deux choses sont différentes et quel désordre on verrait régner dans le monde, si nous devions en tout sens faire tout ce que nous pouvons. Nous devrions tous alors nous appliquer à tous les arts , et peut-être même à toutes les sciences ; et j'oserai même encore ajouter, que nous serions tous tenus de travailler à la propagation de l'espèce, toutes les fois que la nature nous en aurait rendus capables, et alors les viols, les adultères et les fornications se comoieltraient pour accomplir un devoir^ et il n'y aurait rien de plus véritable que les infâmes principes des Epicuriens les plus dissolus. C'est donc avec raison que l'ange de l'école a dit que, quand une opération dirigée au bien de l'espèce peut se faire par tous, elle ne doit pas nécessairement être l'ouvrage de chaque individu, spécialement de celui qui, pour la faire, abandonnerait des services d'une bien plus haute importance ; de même que touLv les soldats ne doivent point combattre; mais il suffit aux uns de garder les champs de bataille , et aux autres de porter l'étendard l

Ils ne deviendront pas plus citoyens ni plus attachés au gouvernement,

XIII. Mais au moins, répondra-l-on, les prêtres, au moyen du mariage , deviendraient plus citoyens * et plus attachés au gouvernement^. Quant à moi, je trouve les raisons du

^ On lit CCS sottises non-seulement dans Galiste, mais encore dans l'auteur anonyme des recherches philosophiques sur le célibat, et dans le compilateur du dictionnaire de jurisprudence, art. Célibat.

2 Zacchias. Quast. med. leg. Lib.II. T. 111. guaest. Vil. § 44. p. 161. Yen. 1753. — ^ Summ. Theol. 11. 2. Q. 152. art. 2. et suppl. (). 41. art. 2. et distinct. lY. art. 2. contra gent. L. 111. C. 130.

* Bcntham, Trattato di legislczione. T. 111. G. 18. p. 151. Napoli, 1818.

^ Yattel, Droit des gens. L. 1. Chap. Xll. § 149. p. 183. Lyon, 1802.

contraire parfaitement évidentes , et en voici une : Celui qui a plus d'intérêts personnels est moins citoyen et moins attaché au gouvernement , parce qu'il est moins capable de faire du bien aux autres et de se sacrifier à l'utilité publique; ainsi, en chargeant les prélres d'une famille , nous diminuerons plutôt que nous n'augmenterons la bienfaisante influence que la cité attend d'eux. Outre cela, le prêtre doit, par principe de religion et par l'obligation de son ministère, ainsi que nous l'avons démontré^ se consacrer au service de l'Église; et il est tenu, tant par ses exemples que par ses discours , de maintenir la soumission au gouvernement * ; et si quelquefois l'on pêche de ce côté , il ne faut s'en prendre qu'au vice de la personne et non au défaut du caractère, ni à l'absence des rapports matrimoniaux qui, comme nous l'avons souvent remarqué, ne garantissent point de Tesprit de vertige et de sédition. Je conclurai ce paragraphe en rapportant les paroles de mon excellent précepteur, dont je ne cesse de déplorer la perte; « les 'prêtres , dit-il , vHont d'autre intérêt que celui de conduire les hommes au moyen de l'exercice des vertus, dont la principale consiste à s'aimer et à s'assister réciproquement ; et parmi ces vertus y on range en première ligne l' obéissance , la soumission , la fidélité aux souverains et aux lois de l'état , dont ils font un devoir et un principe de conscience , de conduire , dis-je, les hommes au bonheur de la vie éternelle, en les éloignant des vices et des crimes , ou nombre desquels on compte Vinsubordination , la sédition, les soulèvements, dont les prêtres interdissent même la pensée et le désir ^ J'aurais pu déduire une preuve de fait tirée de l'histoire des dernières révolutions de l'Europe, si une plume justement célèbre n'eût déjà parfaitement traité un pareil sujet '.

C'est à tort qu'on traite les célibataires de corrupteurs des mœurs publiques,

XIV. Mais comment répondrons-nous aux reproches que l'on fait aux célibataires de corrompre les mœurs publiques

• V. ci-dessus, p. 1 1. Théor. V. Ou'on lise la savante dissertation du père Herman Dominique Christianopoli , de ecclesiasticse vltœ instituto cominunis vitœ, ac societatis ofliciis minime alieno. Romae, 1778.

2 Mallzia, Riflessioni sul contratto sociale, p. 165. Napoli, 1822.

^ Barruel; hist. du clergé, p. 14 et suiv. Londres. 1793.

par leur incontinence ? Nous répondrons que si ces reproches s'appliquent aux célibataires par force ou par libertinage, nous ne ferons aucune difficulté de convenir qu'ils sont fondés; mais si l'on parle des célibataires par vertu, nous ferons remarquer, comme un de nos adversaires Fa reconnu de bonne foi , que la plupart des célibataires tV observent que trop bien le vœu de continence ^ Nous rappellerons d'un autre côté que Bayle, bien que dans plusieurs endroits de son dictionnaire il se soit assez durement exprimé sur les inconvénients du célibat^ n'a pu toutefois disconvenir que les impostures contre les célibataires , dont les romans, les lettres, les nouvelles et d'autres infâmes pamphlets étaient farcis , n'étaient que trop manifestes *. Du reste il est certain que dans toute profession il se trouve des bons et des méchants , et cela s'applique également aux ecclésiastiques % parmi lesquels il y a certains ravisseurs et voleurs qui ne sont point entrés par la porte, c'est-à-dire qui sont entrés sans la vocation divine *. Cependant il est certain qu'il ne manque point d'adultères parmi les gens mariés, il est même à croire qu'ils sont incomparablement plus nombreux, jo^rce qu'il est plus facile , dit S* Augustin, de ne pas allumer le feu de Vimpudicité , comme les personnes chastes cherchent à s'en garder, que d'en fixer les devoirs, les règles et les limites, une fois qu'il est allumé , comme les époux prétendent y parvenir ^. Que si les politiques ne veulent pas ajouter foi à un aussi grand docteur de l'Eglise, qu'ils acceptent du moins la même doctrine répétée par la bouche de deux de leurs coryphées et maîtres, dont l'un enseigna qu'il est plus facile d'arracher et d'extirper entièrement la lubricité , que de la modérer ^. L'autre s'exprimait en ces termes : « Si jamais objet lascif ne frappait nos regards, si jamais pensée déshonnête n'entrait dans notre esprit, jamais ce prétendu besoin ne se ferait sentir en nous, et nous serions chastes sans tentations et sans efforts '. Enfin

' Anon, Suite de la défense de l'esprit des lois. p. 40.

^ Dict. art. le Vayer.

' S.Au{rust.Serm.LXXVII.opcr.T.V.P.II.p. 140. Paris, 1785.

* Concil. Trid. Sess. XXIII. C. 4.

^ S' Augustin, De bono viduit. Cap. XXUl. Op. T. VI. p. 280.

« Montesquieu, Espris des lois. Liv. XVI. Cli. 4. Liv. XXIV. Ch. 3.

^ Rousseau, Emile. T. III. p. 207.

il ne faut point perdre de vue deux vérités qui nous serviront à conclure ce ihéorème; l'une est que Salomon, bien qu'il eût un aussi grand nombre de femmes \ confessait iiéajimoins gu'il ne pouvait se contenir, sans en avoir reçu le don de Dieu, et que pour cela il avait pris le parti de recourir à lui et de le supplier ^. L'autre est que les célibataires ne peuvent garder la chasteté sans une assistance particulière ^ Le Très-Haut fie la refuse point à celui qui la lui demande avec confiance *, et l'expérience de tant d'illustres personnes restées pures, en sera toujours une preuve irréfragable l

COROLLAIRES

Que le gouvernement protège le célibat sacré.

I. Que le gouvernement voie donc de bon œil ceux qui vivent dans le célibat pour crucifier leur chair avec ses vices et ses passions ^ Qu'il ne prête pas l'oreille à ces philosophes qui voudraient considérer l'homme comme fait seulement pour la société présente : «Ils voudraient, de cette manière, en faire un citoyen terrestre, ne le diriger que sur le cours de quelques jours qui s'écoulent rapidement; déterminer les lois et leur esprit d'après le progrès temporel de la vie humaine, et non d'après la religion; projet digne d'une république païenne et non d'une nation chrétienne, encore moins d'une nation éclairée par une saine raison. Si Dieu destine certaines personnes à perpétuer le monde , il en peut destiner encore d'autres à un état différent '.

, « m. Reg. XI. 3. — 2 Sap. VllI. 21.

^ S. August. De contin. Cap. I. in princip. et de bono viduit Cap. XVIII.

* Concil. Trid. Sess. XXIV. Can. IX. — ^ S. Justin. Apolog. I. Cap. 2. S. August. De Morib. eccl. cath. Lib. I. n° 65.— « Ad Galatas. V. 24.

" Gauchat Gli apolog. délia relig. T. IL p. 2. Lett. XVII. p. 169 et seq. Roma, 1783. Je n'ai pas cru devoir réfuter ceux qui de l'ardeur des hébreux a se propager tirent un argument pour obliger les chrétiens à en faire autant. Dans mon catéchisme médical. I. e. p. 234 et suiv. j'ai dit quelque chose sur la différence des deux Testaments , relativement h ce point. Et d'ailleurs il appartient plutôt aux théologiens qu'aux politiques de faire voir plus en détail que les Israélites, par le mariage, recouraient a l'attente et à la vérité du Messie promis, comme les chrétiens, par la chasteté, se rapprochent d'avantage du Messie déjà venu, qui est le mystique époux des âmes, et qui se les unit par l'esprit d'un chaste amour.

HUITIÈME THÉORÈME. â07

Qu'on rûmter dise pas le vœu de chasteté à quiconque veut le faire.

IL Les libertins, mesurant tous les autres à leur aune, ont coutume de faire mille plaintes au gouvernement contre le vœu de chasteté. Nous n'y opposerons que la réponse suivante, en laissant de côté mille autres observations : Ce vœu sert à fixer l'inconstance naturelle, et à donner plus de mérite aux actions... L'homme serait-il né par hasard avec une liberté ilHmilée ? Toute loi quelconque est-elle un attentat contre ce don naturel ? D'un autre côté, si la liberté est un don si précieux, qu'on laisse donc à chacun la liberté de choisir tel état, et d'embrasser tel genre de vie qui lui sera agréable... Que si telle personne se repent de son vœu, il s'ensuivra seulement qu'il y a des hommes naturellement inconstants , et qu'ils n'auraient pas été plus heureux dans toute autre condition. Quant à ceux qui ont choisi l'état du mariage , ne sont-ils pas aussi sujets à s'en repentir également ? Du reste une preuve très-certaine de la liberté avec laquelle le sexe faible même se consacre au célibat, et ne s'en repent point, c'est que dans les communautés, où l'on ne fait que des vœux simples et passagers il est très-rare d'en voir sortir une persoime pour retourner au siècle \

Qu'on observe les lois de l'Eglise pour l'heureux succès de ces vœux,

IIL L'Eglise a pourvu par des lois très-sages aux désordres qui peuvent provenir de ces vœux , quand ils sont faits inconsidérément ; il faut donc que le gouvernement en protège l'exécution. Qu'on observe spécialement les lois du concile de Trente pour l'admission aux ordres sacrés et à la profession religieuse, de ceux qui ont obtenu une bonne âme^ei qui sont appelés au partage du Seigneur ^ Ceux-ci doivent ensuite se tenir à l'écart des scandales de la lubricité, qui est ceiie poix qui , dès qu'elle est touchée ^ souille la candeur de l'esprit *; et ils iie peuvent sans un très-grand danger montrer de l'insouciance à l'égard d'un moyen proposé par le Saint-Esprit pour ne point /?(?67«er éternellement ^

' Du Clôt, La sainte Bible vengée. Not. XXXV sur le Chap. XIX de S. Mattli. Vers. 12.

2 Sap. VIU. 16. — ^ Act. I. 17. — * Ecclesiastic. XIII. 1. — ^^ Ibid VII. 40. V. Zaccaria, Nuova giustificazione del celibato sacro. diss. IV. Cap. 6.

Plus Tadministration du mariage est confiée aux ministres de la religion, plus elle garantit les intérêts de l'état.

Erreurs politiques sur ce point.

I. Les hérétiques des derniers temps, après avoir calomnié l'Eglise comme amie et protectrice du célibat, se mettant en contradiction avec leurs propres principes, l'accusèrent également d'avoir trop ennobli le mariage, en l'élevant à la dignité de sacrement * ; d'y avoir, sans aucun droit, apporté des empêchements divers % d'avoir réclamé les causes matrimoniales, par usurpation sur les magistrats civils ', et d'y introduire des rites sacrés auxquels ils en ont substitué d'autres tout à fait différents \ Certains politiques, également en contradiction avec leurs propres systèmes, après avoir jeté les hauts cris contre le célibat, se plaignent souvent et avec non moins d'éclat, de ce que le mariage est considéré par les catholiques comme une chose sacrée, et de ce que, par cette raison, l'Eglise y fait intervenir son autorité. Le chef de ces politiques fut Rousseau qui naquit parmi les protestants, mais qui ensuite devenu déiste, ne sut renoncer dans celte partie à son ancienne secte, ce qui fit qu'il regarda comme contraire à la politique la religion catholique dans laquelle le clergé s'est rendu le despote des mariages , et par conséquent de rétat\ Il fut suivi par plusieurs écrivains politiques qui tentèrent de démontrer qu'il appartient à la puissance civile de régler les mariages, d'y apporter des empêchements, et ils eurent enfin l'audace d'assurer que leurs propositions étaient avantageuses au sacerdoce ^ L'on a ensuite

' ï>uther, De captivit. Babyl. Cap. de Matrim. Calvinus, Inst. Christ. Lib. IV. C. IX. § 34. Chemnitius, Examen concil. Trid. part. II. p. 1204 et seqq.

^ Philipp. Loc. cit. de conjngio. — ^ Brentins, Apolog. pro confess. Wittemberg. — * Calvin, Libell. formula sacram. administrandorum. ^

"> Contrat social. Liv. IV. Ch. 8.

^ Launoii tract, de regia in matrim. potestate. p. I. art. IV. Cap. I. Luillier, curé de S' Louis a écrit contre Launoy un ouvrage intitulé : In librum magistri Launoii tlieologi parisiensis qui inscribitur régla in matrimonium potestas, observationes, auctore theologo parisiens!. Lovanii seu Parisils, 1678. Il démontre que les passages cités par Launoy sont eftrontément altérés, et que son opinion est contraire non-seulement aux dogmes définis par le concile de Trente, mais encore a toutes les lois de la politi-

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enseigné publiquement, que le sacrement de mariage, les affaires matrimoniales , les degrés prohibés étaient toutes nouvelles inventions de Rome, pour tirer de l'argent de toutes les parties '. On a assuré d'un autre côté que les auteurs qui soutiennent le sentiment contraire, voudraient concentrer dans le pape toute puissance , tant spirituelle que temporelle ^ L'erreur qui dirige toujours ses progrès vers la ruine des peuples, tandis que la vérité réduite eu pratique, accélère la marche de la félicité publique, parvint enfin, aux jours malheureux de la révolution, à enlever au mariage toute apparence de sainteté, et le réduisit au point de ne pouvoir plus être distingué de la prostitution, si ce n'est que celle-ci, n'osant point offenser la pudeur publique, s'exerce en secret, tandis que l'autre, se trouvant protège par la constitution politique était enfin parvenu à étouffer la voix de la retenue naturelle l A celte déplorable époque succéda la législation qui, arrachant des mains du sacerdoce les affaires matrimoniales , les confia totalement aux laïcs *, de manière que les citoyens, bien que nés catholiques, et qu'ils ne professassent point d'autre religion, restèrent libres de se présenter ou non à leur propre pasteur, pour recevoir la bénédiction nuptiale. Un aussi horrible système ayant été aboli par la piété des souverains légitimes, il ne manque point de personnes irréligieuses qui voudraient le voir rétabli en Europe, en tout ou en partie. Et nous croyons donner du prix à notre travail en démontrant que plus rad?ninistratiofi du mariage est confiée aux ministres de la religion, plus elle garantit les intérêts de l'état.

que et du bon sens. Le système de I.aunoy a encore été défendu par Tanjburini et par d'autres, il a depuis été récemment réfuté par Deodato dans un ouvrage intitulé : Defenslo canonum de ecclesiœ potestate in dirimentia matrimonium impedimenta. Accedit anonymi dissertatio qua contra quosdani theologos propugnalur pontificia auctoritas in cadem impedimenta. Romœ. — On trouve aussi beaucoup d'erreurs importantes dans Sérieux, Traité des contrats de mariage. ïom. I. Sect. IV. p. 26 et suiv. Paris, 1761. et dans un anonyme: Histoire politique sur le mariage, p. 47 — 92, et 94.

' Bielfeld, Instit. polit. Tom. ïll. p. 343. Leide, 1772.

^ Pothier, Traité du contrat de mariage p. I. Ch. III. art. 1. p. 24. Nap. 1821. ^

Le Moniteur univ. 12 mars 1796. n» 172. — Barruel, Histoire du clergé pendant la révolution française, p. 198 et suiv. Londres, 1793.

' Cod. civil. lit. Y. Ch. 2.

La raison de sacrement défère le mariage aux minisires de la religion.

II. D'abord il n'est point nécessaire, pour la présente discussion , de démontrer que le mariage est véritablement et proprement un des sept sacrements^ ; je me contente de rappeler que ce dogme fut défini par l'Église ; qu'il a été défendu par mille apologistes, et que l'Apôlre des nations l'a appelé un grand sacrement ^ Je ne m'attacherai point à faire connaître que l'administration des sacrements appartient proprement aux prêtres; parce que c'est une chose très-connue que, bien que les prêtres ne soient point proprement ministres de cbaque sacrement ', toutefois aucun théologien ni canonisle n'a jamais enseigné qu'ils ne dussent point prendre part à l'administration de tous les sacrements*, l'administration des choses sacrées leur ayant été confiée par Jésus- Christ*. Que si, d'après le principe plusieurs fois répété, les institutions ordonnées par Dieu dans la religion, ne peuvent être contraires aux principes de la saine politique, et qu'au contraire, observées fidèlement, elles conduisent l'homme au bonheur, il s'en suivra par une conséquence nécessaire qu'en confiant aux prêtres l'administration du mariage, on devra en obtenir un résultat heureux pour la société. Ceci ne doit pas seulement valoir pour les catholiques qui croient que le mariage est un sacrement, mais encore, pour les protestants même qui, bien qu'ils ne pensent pas que la grâce justifiante y soit attachée , y reconnaissent néanmoins la promesse d^une certaine grâce , et conviennent qu'on peut improprement l'appeler sacrement ^ Voilà pourquoi ils en confient le soin à ceux qu'ils appellent leurs ministres et petits ministres ^.

Consentement des nations.

III. Mais en remontant un peu aux antiquités païennes, nous trouvons tant de choses établies par les lois grecques au

* Concil. Trid. Sess. XXIV. Cap. 1.

2 Ad Ephcs. V. 32. Bellaimln. De Sacram. matrim. L. II. G. U et seqq. ^ Idem. De Sacram. in gen. L. I. C. 34.

* S. Joann. Chrysost. l)e Sacerdotio. Lib. III. et homil. LXXXV ia Joaunem, prope fmcm. — ■' Ad Ephes. IV. 11. — ^ Philipp, Melanc. tlt. de conjug. Gliemnit. Exam. concH Trid. p. 11. 1. p. 1004 usque ad finam,

' Bull. Benedicti XIV. ann. 146. Redditse siiiit in suppl. Tom. III.

NEUVIÈME THÉORÈaiE. 311

sujet du mariage *, cependant on n'y rencontre aucune disposition qui oblige les contractants à se présenter devant le magistrat civil; au contraire, le mariage était environné d'une multitude de rites sacrés qui exigeaient l'intervention des prêtres, on voulut de cette manière attirer sur les noces la sanctification, et le présage d'un heureux succès l 11 est bie-n remarquable qu'Aristote, bien qu'il eût proposé plusieurs vues relativement aux mariages, n'ait jamais eu le projet d'attirer sur eux l'attention du magistrat, avant qu'ils ne fussent contractés, et d'y faire sentir le poids de son autorité ^ Platon exigeait expressément dans sa république, que les prêtres offrissent un sacrifice solennel en présence des époux, et que tout le peuple y assistât, en l'accompagnant de vœux ardents \ En outre, chez les Romains on observait diverses formalités pour la célébration des noces, mais leur exécution n'était confiée qu'aux parents des époux , aux augures et aux prêtres ^ C'est en vertu de ces principes, lorsqu'il fut question du divorce de Livie, qu'Auguste n'en voulut remettre la décision qu'aux pontifes ^

Consentement de la Synagogue et de l'Eglise,

IV. Si nous quittons le paganisme , et si nous nous transportons au milieu des adorateurs du vrai Dieu, nous trouverons d'abord les enfants d'Abraham où l'on avait coutume qu'un prêtre tînt compte des degrés de parenté, pour pouvoir former opposition au mariage, lorsque le cas s'en présentait '. Nous trouverons encore une bénédiction solennelle que l'on donnait aux époux % puis une autre, appelée bénédiction des noces y où l'on implorait les faveurs célestes sur les époux, en les porlant au lit ^ Passant ensuite aux chrétiens, nous trouvons dans tous les eucologes, les sacramentaires el les rituels des églises qui ont adopté différentes liturgies, que des fonctions sacrées sont toujours prescrites dans la célébration du mariage; on n'y fait jamais

' Petili, Leges atticœ. Lib. lY. de Coiinubiis. tit, 1. et seqq. p. 35. Varisiis. 1635. — ^ Potteri, Archicologia Gwca. T. II. Lib. IV. Cap. XI. p. 225 et seq. Ven. 1734. — ^ Polit, l.ib. VII. Cap. IG. — " De rep. Lib. V. p. 461. — ^ Rosiiii, Antlquit. rom. Lib. 1. Cap. 37. — « 'J acit. Hist. L — ''Seldenus, Uxor hebraica. L. 1. C. VIL p. 31 et seqq. Wjirtcmberg. 1712. — « Id. ibid. L. II. C. VIL p. I H et sc.jq. — ^ Id. ibid. Cap. \\\. p. 129 et seq.

mention d'aucun magistrat séculier qui y prit part, on ne regardait point comme un mariage chrétien celui où l'Église n'avait pas interposé sa divine autorité '. Sans doule un tel système n'est et ne peut être d'une date récente dans l'Église, puisqu'il est une conséquence immédiate de ses dogmes ; et quiconque pense autrement ne rougit point de souiller par un aussi indigne soupçon la sainteté des mœurs chrétiennes dans les temps les plus purs ^. Et pour en donner ici une preuve, je l'emprunterai de S* Ignace, évéque d'Anlioche, disciple immédiat de S^ Pierre , et qui avait été longtemps instruit par S* Jean ; il veut que les époux et les épouses contractent le mariage de l'avis de V évéque ^ Terlullien enseigne en propres termes que la demande de mariage devait se faire à r évéque* \ et S* Augustin déclare que les évéques ne pouvaient donner une jeune fille en mariage à un autre qu'à un chrétien^ ^ et que l' évéque souscrivait aux fiançailles mêmes ^. Outre Tertullien ', il est encore fait mention de la bénédiction nuptiale ^ chez les Grecs, par S* Basile', S* Épiphane % S* Cyrille d'Alexandrie '°, S^ Jean Chrysotôme ", Clément d'Alexandrie *^, et chez les Latins, par S' Ambroise '% Sirice pape'*, les pères du troisième concile de Calhage *% S* Isidore, évéque de Séville *^ D'après cela les princes chrétiens se firent un devoir de regarder comme nuls, les mariages auxquels aurait manqué la bénédiction sacerdotale^ et ils déclarèrent qu'ils avaient appris ce point de doctrine, de leurs ancêtres , des saints apôtres et de leurs successeurs *^.

Aveu favorable des politiques.

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