‹ Thâeoráemes de politique chrâetienneChapitre 9 sur 21 · IM'K0DUCI · texte numérisé non relu

IM'K0DUCI

(le 1 humanité, il y a donné à entendre qoe certaines idées religieuses dont nous avions heureusement hérité de nos ancêtres, étaient contraires à la félicité publique, qu'on devait donc ou les modifier ou les condamner comme nuisibles et trompeuses. Il a donné encore à entendre que FEglise et ses ministres ne désiraient pas le bien public et ne conspiraient point avec l'autorité établie, pour en accélérer les progrès, mais que leurs maximes, leurs pratiques, leurs prétentions étaient réprouvées par la saine philosophie/qu'elles tendaient à bouleverser Tordre social, et faisaient gémir les peuples dans la barbarie et dans la misère. Ces doctrines une fois écrites et par malheur lues encore par des personnes superficiellement versées dans les sciences, et corrompues dans leurs mœurs, ont passé de bouche en bouche. On en est même venu au point que les femmes et les personnes du commun les débitent comme autant d'axiomes, cherchant à ruiner ainsi par peu de paroles l'édifice plus solide de la religion. C'est pourquoi il n'est que trop juste d'empêcher le venin de se répandre avec toute facilité et d'en préserver, autant que possible, ceux qui n'en sont pas encore infectés '.

Il est vrai que déjà des écrivains très-accrédités ont traité amplement de ces matières et ont démasqué les desseins pervers des méchants, mais il est vrai aussi que comme ceux-ci se reproduisent sous diverses formes, il faut employer également diverses formes pour les réfuter. Ce ne sera point sans utilité que l'on recueillera les saines doctrines répandues dans. beaucoup de livres, en un seul ouvrage dont le but suit la réfutation des erreurs, en faisant voir comment elles ont apparu dans leur pro[)re saison. Nos lecteurs ne trouveront pas mauvais que l'on répète les anciennes doctrines, quand on le jugera convenable, attendu que ceux qui les ont déjà lues et qui les retiennent conviendront bien que les sujets nécessaires à l'instruction ont besoin d'être souvent répétés, pour s'inculquer à l'avantage des personnes qui les ignoraient, et nîême de

' s. Aug. epist. CXCIII ad Mercatorem.

{) lNFKODUCTIO>.

relies qui en étaient déjà instruites, outre que celles-ci, à r.îison des difterentes manières de les traiter, les appren- (iî'ont mieux et pourront en raisonner avec plus de faci- Hté '• Nous avons profité des réflexions des autres, et nous les avons classées dans l'ordre qui nous a paru le plus convenable c, mais nous n'avons pas omis celles qui nous étaient propres, notamment celles qui résultaient de l'expérience des dernières calamités qui ont affligé l'Europe. D'un autre côté, il est utile que la vérité soit défendue, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Il ne faut pas oublier ce grand précepte de saint Augustin : Utile ost libros plurimos à pluribus fîeri diverso stylo ^ etiam de quœstionibus eisdeniy ut ad plurimos res ipsa pervcniat ad. alios sic, ad. alios sic ^

Ensuite l'idée d'intituler cet ouvrage Théorèmes de politique chrétienne , nous est venue non-seulement pour y avoir réuni des observations qui servent à démontrer les vérités dans lesquelles notre divine religion se trouve en point de contact avec la politique, mais encore pour nous être attaché à un passage du père de l'éloquence romaine (jui.pournepoint perdre son temps àde vaines disputessur les affaires publiques, et pour s'exercer sur les matières dont on s'occupait, entreprit d'écrire certaines thèses politiques qui étaient de son temps. Sumpsi miki, écrivait-il à Xiûcus^ quasdani tatnquam Gejsfç, quœ et politicœ sunt , id temporum horum; ut et abducam animuni ab qiœrelis, et adeo in eo ipso de quo acjitur exercear ^ Nous nous sommes aussi affligés dans les temps qui viennent de s'écouler, en voyant l'Eglise persécutée, parce qu'on la (Toyait contraire à la félicité des peuples : et nous aussi , grâce à la divine providence, nous avons été obligés de composer et d'enseigner des traités de politique , et c'est

' Si nécessitas rursus commemorare cocgerit, his qui jam legerunt, et tenent, onerosum esse non débet, quia ea quae inslructioni sunt neccssaria , sœpius oportet insinuare tardioribus, et cum eadem multipliciler \arieque versantur, ipsosquoque capacioreintelligentia prœdilos, et ad facilitatem sciendj, et ad copiam disserendi.De bapt. contra Donatistas. lib. 11. c. 1. n. 1.

2 DeTrin.L. le. 3.n.5.

3 Lib. IX. epist. 4.

iMRODl'CTU»'.

pour ceia que nous nous somaies déterminé à écrire de pareilles thèses quœ etpoliticœ sunt^ et tempoim^n. horiim. L'objet de l'ouvrage est de démontrer que les vérités chrétiennes, et proprement les vérités catholiques que Ton calomnie et que l'on taxe d'être contraires aux avantages des nations, sont même très-favorables au développement de leur prospérité.

Voici la méthode que nous avons conservée : chaque théorème commence par la citation des auteurs qui ont soutenu l'erreur que nous entreprenons de réfuter, afin que l'on comprenne que nous n'avons pas créé des ennemis imaginaires, mais que nous les avons réellement renconti'és, et qu'ils étaient déjà connus pour des hommes ou tout à fait dépourvus de religion, ou ennemis de la véritable religion, ou trompés inconsidérément par certains écrivains impies dont les ouvrages étaient tombés dans leurs mains. Viennent ensuite nos arguments tirés du consentement des nations, de la vénérable autorité, des raisons intrinsèques, de l'expérience , et des propres aveux des adversaires eux-mêmes, et ces arguments se trouvent dans chaque théorème, en tout ou en partie, selon que le comportait la matière. On répond encore aux objections qui ont paru les plus fortes et les plus ordinaires, en faisant aux autres une réponse indirecte, dans le développement même des raisons positives. Enfin on propose quelques corollaires qui, étant des conséquences du théorème, pourront peut-être devenir des principes d'une conduite vraiment et chrétiennement politique.

Que si quelques personnes trouvent trop de prolixité dans certains théorèmes, nous ne leur dissimulerons pas qu'après bien des efforts, nous n'avons pu réussir à leur donner plus de biièveté- attendu que nous avons eu sous les yeux une foule d'auteurs qui avaient amplement traité ces matières, et dont nous ne pouvions pas laisser de coté les obseivations lorsqu'elles venaient à propos; d'un autre coté, il est utile de se rappeler ce passage de Pline le Jeune : Prœvaricatio est etiani cursim et b7'evitcr af-

B IiyrRODUGTION.

tingere , quœ sunt inculcanda , inflyenda j, rcpetenda ; nam plerisquo longiore iractu. vis qiiœdam et pondus accediô; utque corpori ferrinn ^ sic oratio anima j non ictu magisj quàm mora impriniitur \

Les théorèmes qui sont au nombre de quarante, sont divisés en quatre parties. La première contient ceux qui re<}ardent la politique et ses prétendues oppositions avec la religion en général. Dans la seconde, nous traiterons des dogmes que Ton a faussement accusés d être contraires au bien-être de la société. La troisième partie renfermera la justification des préceptes et des conseils évangéliques auxquels on a fait le môme reproche. Enfin la quatrième fait voir à la société l'utihté du point de discipline contre lequel certains écrivains se sont déchaînés avec le plus de fureur^ que si Ton désire*dans cet ouvrage, les uns un enchaînement plus clair dans les théorèmes, d'autres un plus grand nombre de faits, d'autres plus d'éloquence et de pureté dans le style, nous pourrons nous excuser en faisant observer que tant d'erreurs isolées n'admettaient pas un ordre bien rigoureux : que tous les événements ne peuvent être rappelés sans danger, et que les ouvrages destinés à la démonstration ne parviennent pas toujours à briller par l'éloquence et par les grâces du style.

Ornari res ipsa negat , contenta doceri.

Manilius astronomie, lib. ÏIL 39.

' Lib. epist. 20.

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