‹ ThaïsChapitre 8 sur 14 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

Chez ThiT«. — La lumière ne parvient dans cène retraite qn'i txaven de miocac nappes d'eta qui l'adoucissent et l'irisent. Une figure de Vénus est au premier plan sur une stèle. — D y a, devant la stèle, un brùle-parfums. Le sol est couvert de tapis de Bjzance, d'oreillers brodés et de peaux de lions lybiques. Grands vues d'onyx d'où s'élancent des perséas en fleurs.

Thilt p*rt!t^ accompagnée de quelques histrions et d'un petit groupe de comédiennes. — Bientôt, elle les éloigne tous d'un geste.

THAlS, seule, avec lassitude et amertume.

Ahl je suis fatiguée à mourir'.... Tous ces hommes ne sont qu'indifférence et que brutalité. — Les femmes sont méchantes — et les heures pesantes ! — J*ai l'âme vide... Où trouver le repos?... — Et commenl fixer k

bonheur! — (R&vesse, elle prend un miroir.) O mon miroif

fidèle, — rassure-moi; dis-moi que je sois toujours belle, — que je serai belle éternellement ; — que rien ne flétrira les roses de mes lèvres, — que rien ne ternira i'or pur de mes cheveux ; — dis-moi que je suis belle et que je serai belle — éternellement! éternellement! ---

^Se dressant, prêtant l'oreille, comme si ane voix lai parlait dans l'ombre.)

Ah ! tais-toi, voix impitoyable, — voix qui me dis : Thaïs, tu vieilliras! — Un jour, ainsi, Thaïs ne serait plus Thaïs!... — Non! non! -je n*y puis croire; — et s'il n'esï point pour garder la beauté — de secrets souverains, de pratiques magiques, — toi, Vénus, répondsmoi de son éternité! (S'adressant à l'image de Vénns, comcs na

amrmnre et avec déyotion.) Vénus, invisible et présente!... — Vénus, enchantement de l'ombre! — réponds-moi!... — Dis-moi que je suis belle et que je serai belle — éternellement! — que rien ne flétrira les roses de mes lèvres, — que rien ne ternira l'or pur de mes cheveux ; — dis-moi que je suis belle et que je serai belle — éternellement ! — éternellement ! — éternellement ! —

Elle aperçoit Athanaël qai est entré silencieusement et s'e«t arrêté rax le ataiL thaïs, avec charme.

Étranger, te voilà comme tu l'avais dit... I —

âTHANAEL, marmarant ane prière da fond d« ccear.

Seigneur, fais que son radieux visage — soit comme voilé devant moi ! — fais que la force de ses charme» — îe triomphe pas de ma volonté I —

thaïs, avec tu soQrirt

Allons, parie, à présent ! —

ATHANAEL.

On dit qu'aucune femme ne t'égale ! — Et c*est pour :^^uoi j'ai voulu te connaître, — it j*3St pourquoi, te voyant, j'ai compris — combien il me serait glorieux de te vaincre ! —

thaïs, en soanânt.

Tes hommages sont hauts ; ton orgueil les dépasse. — Présomptueux, prends garde de m'aimer I —

ATHANAEL, tvec chalenr.

Ah ! je t'aime, Thaïs, et j'aime à te le dire, — mais je t'aime, non comme tu l'entends ! — moi , je ♦'aime en esprit, je t'aime en vérité, — je te promets mieux qu'ivresse tieuiie — et songes d'une brève nuit ; — cette félicité qu'aujourd'hui je t'apporte — ne finira jamais !... —

thaïs, ironique.

Montre-moi donc ce merveilleux amour I — Un amour vrai n'a qu'un langage : les baisers. —

ATHANABL.

Thaïs, ne raille pas I L'amour que je te prêche — c'est î'amour inconD»i î

thaïs, iégèremem.

Ami, tu viens bien tard ; — je connais toutes les ivresses. —

ATHANâEL.

L*amour que tu connais n*enfante que la honte. ~- Celui que je t'apporte est le seul glorieux ! —

THMS.

Je te trouve hardi d'offenser ton hôtesse. —

ÂTHAMABL.

T'offenserl...

je ne songe — qu'à te conquérir à la vérité ! — (Avec m enthoQsia«me croissant.) Ah ! quî m'inspirera des discours embrasés — pour qu'à mon souffie, ô courtisane, — ton cœur fonde comme une cire ! — Qui pourra te livrer à moi — et qui changera ma parole ™- en un Jourdain dont les flots répandus — prépareront ton âme à la vie éternelle. —

T H A 1 8 y troublée, eUs le regarde i la dérobée ayec on Ttgae sentiment d«

crainte.

A la vie éternelle!... —

ATHANAEL

A la vie éternelle!...

thaïs, prenant «ne résolution, mais d'abord tout en tremblant

Eh bien, fais-moi connaître -— tout cet amour mystérieux, — je t'obéis... je suis à toi !... —

Thaïs, ûTC« nne spatale d'or, puise dans nxx'i coupe quelques grains d'ecceez qu'elle jetfe Uns le brûle-parfums.

àTHAN AEL, i part, tytc fièrre.

Un tumulte effrayant s'élève en ma pensée!... — Seigneur, fais que son radieux visage — soit comme voilé devant moi!... —

U«e fumée légère enTclopp* Thaïs en même tenp» qne U D逻sa, et tandis qn'Atbanaêl troublé, la regarde, elle marmarc ea eoarÙBt et comae instiactivemtct oac aorte d'iac«aution mystéhetuc.

Vénus, invisible et présente! — Vénus, enchantement de l'ombre ! —

ATHANAIL, à part, priant tj9c udnx.

Fais que la force de ses charmes — ne triomphe pas de ma volonté. —

thaJis.

Vénus, descends et règne ! — Vénus, éclat du ciel et blancheur de la neige ! — Splendeur, Volupté, Douceur !...

ATHAI^AEL, reprenant violemment possession de loi-même, déchire, arrache sa robe d'emprunt sons laquelle il a gardé son cilice.

Je suis Athanaël, moine d'Antinoé ! — Je viens du saint désert et je maudis la chair — et je maudis la mort qui te possède ! — et me voici devant toi, femme — comme devant un vombeau; — et je te dis : Thaïs, lève-toi, lève-toi! —

thaïs, pJLle d'époa^^ate, les mains 'jointes, pleuraat et géaissast, se jette

aux pieds d' Athanaël.

Ne ne fais pas de mal. Parle, que me veux-tu? — Je MUS que les saints du déser* détestent celles qui s'asser-

fissent aux hommes ! — pourtant ne me méprise pas ; — je n'ai pas plus choisi mon sort que ma nature ; — et cc n'est pas ma faute enfin si je suis belle 1... — Ne ne fais pas mourir ! Ah î je crains tant la mort 1 —

ÂTHANAEL, arec enthoasiasrai;.

Non, tu vivras de la vie éternelle ; — sois a jamais la bien-aimée — et l'épouse du Christ dont tu fus l'ennemie. —

THAÏS) avec ardear et joie.

Je sens une fraîcheur en mon âme ravie ! — Je frissonne et demeure charmée !... — Quel pouvoir est le sien ?

LA VOIX DE NICIAS se fait entendre aa loin et se rapproche gra-

daelleœent.

O Thaïs, idole fragile, — je veux une dernière fois — l'amour de ta lèvre fleurie!... —

THAÏS, éconunt avec tin sentiment de répalsion. Ah ! NiciaS ! . . . enCOr ! . . . (comme à elle-même, avec agitation.

Mon âme n'est plus mienne. — M'aimerl... (Avec dédain « brusquerie.) Il n'a jamais aimé personne... — il n'aime que l'amour I...

ATHANAEL.

— Tu l'entends ?

i^'HAÎS à Atbanail, avec énergiec

Eh bien, va! — Dis-lui que je déteste — tous les riches, tous les heureux!... — qu'il m'oublie, entends-tu! Dis-lui que je le haisl... —

— «7 — 4THANAEL, avec utorité.

A ton seuil, jusqu'au jour, j'attendrai ta venue!... —

THAÏS, se reprenant, avec on dernier mouvement de révolte.

Non!... je reste Thaïs, Thaïs la courtisane. — Je ne crois plus à rien et je ne veux plus rien. — Ni lui, ni toi, ni toL Dieu !

Elle est prise d'an rire nerveax, qui s'achève en des sanglots, et se jette le viîsgç dans ses coussins, tandis que lai s'éloigne, l'ayant regardée une dernière fois avec une religieuse confiance.

Les rideaux se ferment lentement. La musique continue jusqu'au ubleau suivact

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