MÉDITATION RELIGIEUSE. — SYMPHONIE
DEUXIÈME TABLEAU
AT«nt le jOBr. — Sur une place, devant la maison de Thaïs. — Sous le portique, au premier plan, une petite statuette d'Éros; devant l'image, une lamps allumée. La lurie éclaire encore la place. — Au bas des degrés du portique dorî .\thana.ël, couché sur le pavé, — Au fond, à droite, une maison dans laquelle sont réunis Nicias et ses amis de plaisir ; les baies sont éclairées Oa entend vaguement une musique de tète.
Après un temps, la pone de la maison de Thaïs s'ouvre. Thaïs paraît ; elle prend la lampe, qu'elle élève au-dessus de sa tète pour voir sur la place. Elle descend ^iusi les degrés ; elle aperçoit Athanadl, repose la lampe où elle l'a prise : revient vers lui.
THAÏS, se penchant vers Athanaël, mystérieusement, à voix basse.
Père, Dieu m'a parlé par ta voix 1 me voici I —
ATHANAËL, s« levant, i Th^, mystérieusement et à voix basse.
Thaïs, Dieu t'attendait!
thaïs, toajooni voix basse, avec bomilité.
Ta parole est restée — en mon cœur comme un baume divin. — j'ai prié, j'ai pleuré... — il s'est fait es moo
âme une grande lumière. — Ayant vu le néant de toute volupté, — vers toi je viens, ainsi que tu l'as commandé. —
ATHÂKAEL.
Va, courage, ô ma sœuri — l'aube du repos se lèvel...
thaïs, honbUmott.
— Que faut-il faire?...
ATHANAEL.
— Non loin d'ici, vers l'occident, — il est un monastère oii des femmes élues — vivent pareilles à des anges — dans un parfait recueHlement : — pauvres, pour que Jésus les aime, — modestes, poui qu'il les regarde, — et chastes pour qu'il les épouse i — C'est là que je te conduirai. — A leur pieuse mère, Albine, — je te consacrerai! —
Albine, fille des Césars I
ATHANAEL, simplement.
Et la servante — la plus pure du Christ 1 — (Avec mystère.) Là, je t'enfermerai dans l'étroite cellule — jusqu'au
jour où Jésus te viendra délivrer I — (Avec u» enthousiaam*
grandissant.) V^a 1 n'en doute pas! Il viendra lui-même — et quel tressaillement dans la chair de ton âme — quand tu sentiras sur tes yeux — se poser ses doigts de lumière — afin d'en essuyer les pleurs l —
THAÏS) avoc )ote.
Ah mène-moi, mon père, à la maison d'AIbine !
A.TBAHABL.
— Oui. Mais , d'abord, anéantis — ce qui fut Timpuro Thaïs : — ton palais, tes richesses, — tout ce qui prodame ta honte 1 — Brûle tout 1 anéantis tout 1 —
THÀI8, ré8ignè«.
Père, qu'il en soit ainsi. — (£ii« se dirige yen u smûoh, poU
s'acrète atcc an sonrire devAat U pttite image d'Eros.) Je ne YeUX ricO
garder de mon passé, — rien que cela... (Prenant et apportant
diuu ses bras l'image qu'elle présente i Athanaël.) Cette image d'iYOÎre,
— cet enfant, d'un travail antique et merveilleux, — c'est Eros ! c'est l'amour I (Tendre et chaste.) Considère, d mon père, — que nous ne le pouvons traiter cruellement. — L'amour est une vertu rare, — j'ai péché, non par lui, mais plutôt contre lui. — Ah 1 je ne pleure pas de l'avoir eu pour maître, — mais d'avoir méconnu sa volonté I — Il défend qu'une femme — se donne à qui ne vient point en son nom ; — et c'est pour cette loi qu'il convient qu'on l'honore. — Prends-le, pour le placer dans quelque monastère, — et ceux qui le verront se tourneront vers Dieu, — car l'amour nous élève aux célestes
pensées — (Après nn temps.)
Quand Nicias m'aimait, il m'offrit cette image. —
ATHANAËL) avec ans explosion de colère.
Nicias î ah 1 maudis la source empoisonnée — d'où te vient ce présent ! qu'il soit anéanti. — (n a stisi i» «ttuette qnu
— Josette violemicent sar le pavé où elle se brise ; il en chasse les débris do pied.)
Et tout le reste à la flamme, à l'abîme ! — Viens, Thaïs — que tout ce qui fut toi retourne à la poussière, — à l'éternel oubli ! —
thaïs, la tSte baissée, tremblante.
Que tout retourne à la poussière — à Téternel oubli ! — Viens I
àTHANâBL.
Viens I —
Qoand Tkaîs et Atbanaël sont sortis, paraissent Nicias et tons les personnages du second tableau. — Ils descendent joyeusement, en tumulte, de la maison da foprlU "— Nicias les mène, très animé, comme un pea étourdi par l'ivresse
NICIAS et LE CHŒUR.
— Suivez-moi tous, amis 1 — La nuit n'est p^s finie I — Le jeu m'a rendu trente fois le prix — dont je payai la beauté de Thaïs ! — Donc, réjouissons-nous, encore, encore, encore !
— Evohé !
— Appelez les danseuses d'Asie, — les psylles et les baladins I — Faisons durer jusqu'à l'aurore — les danses,
les jeux et les cris I
— Evohé I
— Frappons aux portes des tavernes. — Allumons des flambeaux. — Faisons honte au soleil ! — Qu'on serve des vins à la neige ! — Qu'on jette là d'épais tapis I — A mes côtés, Crobyle, et toi, Myrtale !
^ — Evohé I
— Rien n*est vrai que la vie I
— Rien n'est sage que la folie I
— Evohé
On â, dans an grand monvement, exécaté les indications de Nicias. — H totn'Sâ paressensemect parmi les coossins apponés par les serritsao. — Âatoar de lai, Crobyle, Myrtale, les femmes, les histrions !