‹ Thalysie; ou, La nouvelle existenceChapitre 25 sur 39 · LA NORWÉGE · texte numérisé non relu

LA NORWÉGE

Nous commencerons par prendre, en Europe, Fespace compris dans l'angle formé par le 40.« degré de longitude et le 45.® degré de latitude orientale , ce qui est le quart au moins de cette partie du monde. Tout cet espace est habité par des hommes attachés à la glèbe, et qui sont nourris par la main avare de leurs maîtres, à peu près comme Tétaient autrefois ou le sont encore les nègres en Amérique. Ils mœt de pain noir, d'oignous crus, de choux bâchés, et de concombres (24). Ils ont par surm)g^tion d'autres substances qui leur sont don-^ nées par une main plus amie et plus libérale, et qu'ils recherchent avec d'autant plus d'ardeur; ce sont des fi*uits agrestes, des champignons de tous les parfums et de toutes les couleurs, et la gomme qui vient sous Técorce bonrsouflQée des sapins et des mélèzes. *

Ces hommes sont très-robustes, malgré leurs travaux continuels, et quoique leurs mets soient privés de l'assaisonnement de la liberté. On ne peut point parler de leurs vertus , puisqu'ils appartiennent à d'autres qu'eux-mêmes; mais il parait que , quoique revêtu d'une enve-

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loppe exoessivement grossière ^ leur naturel est en général bon. Regnard , dans son yoyage de ^Laponîe, rapporte que les habitans des bords du golfe de Bothnie ne vivent absolument que de lait y et de Técorce des sommités des pins , et il s'extasie sur leur agilité, leur iotce^ et la longue durée de leur existence. Les Dalécarliens, ces braves compagnons de Gustave Wasa, les plus robustes des hommes , ne vivent que de pain d'avoine, et cette nourriture est aussi celle de leurs voisins, les habitans de la Nor* wége, qui les égalent en vigueur et en longévité. Lorsque la longueur ou l'âpreté des. hivers leur enlève cette ressource , ils j su[^léent par du pain fait avec T^rce seule des pins , et l'en ne s'est pqint aperçu que ce changement de nourriture ait altéré sensiblement une santé qui paraît être à toute épreuve. Llslande ^ qai' n'a ni avoine y ni froment, ou qui en a peu^ possède une mousse infiniment plus nourrissante que ces deux substances, et qui n'a rien à craindi^ des froids quelquefois excessifs de ces climats. Cest ce lichen , devenu si célèbre depuis quelques années , qui , transporté dans les contrées policées de l'Europe , redonne à leurs habitans énervés et affaiblis la force et la vigueur que les substances animales leur ont fait

perdre. Heureux si Faspect de cette plante leur rappelait une maxime venue du même pays , où die fut proférée , il y a deux mille ans , par un homme aussi cruel qu'efux^ mais mieux ayisé: Le gourmand mange sa propre mort ! (25)

Je ne parlerai point après ces peuples^ ou uen paiierai que pour les rendre plus odieux , de leurs malheureux voisins , de ces hommes sans demeures fixes qui forment y vers le pôle , la triste ceinture dé cette partie de la terre. Ne se nourri^pt absolument que de proie , ils ne semblent placés aux portes de la vie'^ aux sour-ces de Tordre , que pour le désordre et la mort Lors des migrations de^ animaux vers ces di* mats , où ils se rendent comme dans des asiles de paix , ils leur font trouver le trouble et la désolation; ils en détruisent un nombre immense pour le seul plaisir de les détruire , puisque, nouveaux Yitellias, ils ne prennent de leurs victimes que la plus petite partie^ leurs langues. Mais, par un juste retour, ces hommes éprouvent à d'autres époques une si grande £imine, qu'ils sont réduits à dévorer leurs propres enfans. Pourquoi ^ dira-t-on , n'ont-ils pas des magasins pour enfermer leurs provisions salées ou fumées , comme le rat en a dans les mêmes lieux pour enfermer son foin et ses

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racines? Sans doute parce que ragricullore, qui police les hommes^ leur donne aeule la prévoyance.

Ces barbares sont encore absolument tels que Virgile les a dépeints au 3«<^ livre de ses GéorgiqueS' Upe telle continuité de crimes, si l'on y pensait bien, accablerait l'imagination. On croit voir le gouffre dévorant de Maelstroom, dont ils entendent la voix, se prolonger sur leur terre maudite.

Tous «s pe«pl«, » y oomp«o>ai. le, Upons, que quelques relations se sont plu a flatter^ du moins sous le rapport moral (26) , sont sous l'influence de cette bande fsitale de terre qui s'étend du cap oriental au cap ooddentaL Us sont féroces pai* insensibilité, comme les peuples qui vivent sous l'Equateur le sont par excès de sensibilité ^ si Ton pept appeler de ce beau nom une excitation vicieuse. Toutefois^ les bras cruels des premiers , non plus que ceux des autres, ne peuvent atteindre tous Içs êtres qui sont à leur portée : il eu est qui leur échappent; car l'extrême froid a ses déserts inaccessibles aussi bien que la chaleur extrême. A l'époque des réfractions solaires qui annoncent à ces malheureux transis l'arrivée de l'astre vivifiant dix-neuf jours avant qu'il ne paraisse

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eo effet , lors^pieleSamoyède se dispose a appoT'terà son trisfee voisin y l'habitant de la Nouvelle- Zemble, le secours de sou arc et de ses. flèches , foors fait aussi ses réflexions; il gagne, à la heur de cette nouvelle aurore, la partie septentriouale de FUe, et là, quand le soleil, qall attendait , s'est montré à l^hoirizon , après FaToir salué, il s'embarque sur un quartier de glace flottante, et, hardi navigateur, il aborde au Spitzberg , éloigné de plus, de si;^ cents lieœs de son pointde départ; il descend à terre , s'épargnant le soin d'amarrer sa bar- ^, et après avoir étendu, de tout coté ses regards , il se dit , avec une }oie qui ne peut être sentie que par lui : Ici il riy a point dhommes! Il n'y en existe point, en effet; et si , par aventure, il en survient quelr qu'un, ce qui est infiniment rare, l'ours accourt vers lui , le foule aux pieds, et laisse son cadavre gisant sur le rivage, comme un monument de sa colère ou bien de sa justice.

Etablissons maintenant deux choses : premièrement, que le pays habité par ces races dliommes n'est Eût pour aucun des individus' appartaiant à l'espèce bumoine; secondement , que malgré une position si difficile^ ils y pemr-^ raient néanmoins subsister sans être obligés de

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recourir au meurtre. G)mmeDÇ0D8 par cette dernière proposition , comme la plus im.portante. Nous choisirons la situation la plus défavorable de ces contrées , celle où il ne croit pas une seule herbe, non pas même cette mousse de la renpe, que lliomme n*a point mise au rang de ses comestibles, mais qui ^ digérée par le premier animal, fournit à l'autre un lait si abondant et si doux ; je croirais pou- Toir affirmer que , malgré un obstacle si puissant, on pourrait exister dans de tels lieux sans être obligé de puiser sa vie dans celle du phoque ou de Tours, puisqu'on j trouverait une abondance v^étale ^ale à celle des contrées que la nature parait affectionner le plus. En effet, la mer jette r^ulièrement sur les bords de ces r^ons désolées plus d'herbes de ses vastes jardins que leurs habitans n'en recueilleraient sur leurs champs de neige, s'ils pouvaient les cultiver. Elle en donne mille fois plus , coipme si la nécessité était mille fois plus pressante, que le ciel ne verse de manne dans les déserts qui avoisinent l'Horeb et le Sinaï; et il n'est pas hors de propos de remarquer que ces substances ont le même caractère de douceur et d'onctuosité, Clément convenaUes au chaud et au froid extrêmes, sans prétendre

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attribuer ni à Fan ni à 1 autre phénomène rien de providentiel, puisque la terre est aujour- * d'hui si différente de ce qu'elle était au commencement; mais elle a conservé, die con-^ servera toujours le principe d'harmonie que la providence lui imprima en la formant, et c'est à ce principe que l'homme doit rester cons- . tamment attaché. Mais ainsi que ces plantes n'ont point leurs racines sur cette terre, que cette manne n'est point un fruit, ces substances , malgré leur abondance , semblent annoncer qu'elles ne conviennent point à un pen« pie fize^ mais seulement a des honunes errans et passagers , sans doute parce que, ainsi que j'en ai fait la remarque, quelques-unes des conditions essentielles de cet établissement manquent à ces. contrées *. Il faudrait donc, en

* Ceux qaï les habitent ont dépassé les bornes des stations hamaines , bornes que j'établis dans un discours subséquent, et de là résulte leur infériorité si remarquable. En effet, qu'estce qui pourrait faire penser que les Esquimaux, par exemple , sont des hommes (a) ? Pas autre chose, en vérité, que la dépravation de leur sens moral. Ainsi quand je vois dans Cool( des sauvages rire au nez d'une malheureuse mère dont l'enfant vient d'être écrasé sur une roche , j'en conclus que ce sont des hommes , ane telle déviation de l'instinct annonçant une puissance quelconque de yolonté.

(a) J*ai déjà remarqué qa*il existait quelques degrés de perversité de plus dans les parties de rhémispbère américain correspondantes, au iiAtre.

nous boi*naDt à ceUes dont il est ici question^ s'attacher à préparer par degrés la retraite des hommes qui les habitent^ plus infortunés qu'ils ne le croient ^ et on y parviendrait en relevant d'abord leur intelligence au moyen de ces plantes gélatineuses , présent d'un autre élément * ; ce qui serait d'autant plus faicile, que^ fidèles à leur origine , elles ressemUent à l^eaucoup d'égards au poisson , dont se compose priùcipalement leur nourriture , et je les croirais tellement suffisantes pour remplir cet objet, que je ne pense point qu'il fût nécessaire de leur adjoindre les œuh du pingouin j aussi conununs sur ces parages que le sont les pierres dans d'autres contrées; ce qui annonce, de la part de cet oiseau, une prise de possession qu'il faut se garder de lui disputer. Guidés alors par un nouvel instinct qui lejs remettrait dans la voie perdue, ils cesseraient peu. à peu d'avoir un attachement aussi invincible pour leurs solitudes de glace , parce qu'ils éprouveraient de plus nobles besoins. L'intelligence est cos-

* Taï déjà remarqué , en parlant de la renne, que rarrivagedeœs plantes, quoique régler, était quelquefob empêché par des vents contraires; ce qui réduisait cet animal à sortir de ses habitudes ; mais il n'en est point de même pour l'homme, que rien n'empêcherait d'avoir des silos pour ces plantes eommc il en a ailleurs pour le blé.

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mopolite, et partout où elle existe Thoatme est sâr de trouver une patrie Je dirai plus , il suffit qu'elle s'élève d'un seul degré^ il n'im* porte dans quel fieu, pour que ce mouvemlmt f ascension se communique de proche en proehe à toute la terre. Quelle gloire four les peuples qui donnent cette impulsion ! Quelle vaste carrière pour les honunes y dont la noble passion est le perfectionnement de leur espèce!

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