‹ Thalysie; ou, La nouvelle existenceChapitre 33 sur 39 · DU QUATEIÉMB DISC0UB · texte numérisé non relu

DU QUATEIÉMB DISC0UB

de l'esprit , date de cette époque , et toutes les littératures du monde reconnaissent une origine semblable , je veux dire la sobriété , jointe i la liberté. La dernière partie de cette assertion contredit un peu les idées communes qui attribuent au pouvoir absolu la perfection de la* littérature. En effet, la disjonction des diverses parties de la société amène le despo* tisme qui les rejoint à sa manière , et les beaux arts se montrent bientôt après , comme s'ils étaient recréés , non par l'effet du despotisme , la contradiction serait trop manifeste , mais parce qu'ils ont été semés dans le même champ que lui» celui des guerres civiles. Tout ce qui est capable de produire produit alors selon son penchant , parce que le loisir ne manque pas , et que l'artiste n'est point troublé dans ses opérations ( on . voit que je parle du despotisme en repbs); et le beau est d'autant plus recherché dans cette occurrence , que le bon , dont il est l'image , n'existe plus. C'est par là , au reste , que la société se recompose de nouveau j et les beaux arts finissent par tuer le despotisme, auquel, bien certainement, ils ne doivent aucune reconnaissance.

Note 16 , page 287. — La corruption des Romains est censée dater d'un peu plus loin , de la défiiite d'Antiochus par un autre Scipion , cent quatre-vingtdouze ans avant l'ère chrétienne. La ruine de Carthage n'eut lieu que quarante-six ans après ; mais il ne^ut en accuser ni l'un ni l'autre de ces évén^mens. Ainsi , ce ne furent point les trésors enlevés à Athènes

par Lysandre qui corrompireol LacëdémoDe ; le mai était fait. La philosophie de l'histoire est à recommencer; ni Montesquieu I ni Gibbon , ni ancon autre publiciste n'ayant aperçu la véritable canse de la décadence des empires.

Noté 17 9 page 238. — Caton avait déjà appris la tempérance à l'école de Manius Curins , dont il était voisin de campagne , et il ne voulait vMr que des hommes sobres , ne se souciant point , disait-U , de converser avec ceux dont la langue et le palais étaient plus sensibles que le cœur. Ce voisinage des maisons de campagne de Gnrius et de Caton me rappelle queMalIfesherioes est près de Vigny ; et, quoique plus de deux siècles aient séparé L'Hdpital do dernier Lamoignon, il me semble qu'ils ont pu se dire , qu'ils se sont dit en effet quelque chose. Sans cela , comment ce vif amour de l'humanité et d^ la justice se serait-il trouvé à un point si parfidtement égal dans ces deux hommes ?

^ùiêiSjpaje S40. — On a découvert à Calahorra , dans le siècle dernier , une inscription tumuhiire d'un de ces hommes, qui avait accompli son vœu , après la mort de Sertorius. La voici ; elle est remarquable :

Diiê nuinibug Quinii Sefiorii, nu Brilneiuê » Calaguiiranusj devavi, arbiiratui reUgion^m êsm , eu êublato qui omnia eutn dite immoriuUtuê ean^ mmnia hahêhat, m« ineohimem rêtinêre aniimam.

NûU 19^ page 2&i. — César aurait dû être tué après le passage du Rubicon , puisqu'en franchissant ^

de sa propre autorité , les limites de soo goaverneittent j eu yiolaot 'ouTertement les lois , il se eonsti* taait tyran. Cependant Thistoire ne fait pas mention de la moindre tentative à ce sujet. C*est que la Repu- Uique était déjà bien malade; ses parties se dislocfnaient et tombaient en poudre , comme le disait Gicéron , cBgros et lak^mUê. César était le fruit préparé de longue main ^ qui s'élevait plein de vigueur du sein de ces ruines. D y a toute apparence qu'il n'aurait point été mis à mort s*il n'eût manifesté te dessein de prendre le titre de roi y nom si odieux aux Romains, qu'on peut avancer qu'il n'aurait point eu un seul partisan hors de son armée j si l'on eût cru i la v^té de cette accusation. César usa d'abord de ruse y comme tous les tyrans ; il commença par flatter le grand nombroi il déclara qu'il n'avait pris les armes que pour rappeler les tribuns et rendre la liberté au peuple. Certes , il y avait des vices dans le gouvernement de Kome \ son aristocratie n'était pas suffisamment tempérée; on n'avait pas tenu assez de compte de l'influence des richesses après l'élargissement de TEmpire ; mais ces vices n'approchaient point de ceux de l'exécrable gouvernement établi par Césâr, et continué par ses successeurs, l'autorité d'un seul appuyée sur la multitude. N'importe de quelle manière , il Esdlait que tout f&t pressé et écrasé entre ces deux points extrêmes. Quand même Néron n'aurait point tué par plaisir ces hommes puissans que César prétendait vouloir baisser, il y aurait été cou- .

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iraint pour b&tir , avec lear fortune , sa maison dorée ^ payer ces énormes repas qai commençaient de ion bonne hearCi et se prolongeaient régulièrement jusqu'à minuit , donner des spectacles et faire des distributions de vivres. Aussi ^ pour ces derniers objets , fut^il amèrement regretté de la populace , qui voyait en lui un père. Ainsi feraient les aiglons. Voici une règle générale : Le gouvernement d'un peuple est si pénible et si dii&cile , qu'il ne peut être considéré que comme une grande charge. Celui qui le demandé , et , à plus forte raison , qui se l'alloue , ne peut avoir que de mauvais desseins; c'est un traître, il mérite h mort. Je ne sais conunent il arrive que ce soient précisément ceux dont l'histoire conserve le mieur le souvenir.

D'après ces réflexions , César n'était donc point rhomme du peuple , comme on a osé l'imprimer de nos Jours, mais celui de la populace; Brutus et Cassius n'étaient point les fiiuteurs de l'aristocratie, mais les soutiens d'un gouvernement qui , après avoir conquis le monde , en avait amélioré la face. Il n'y t point de doute que s'ils eussent été législateurs , ik en auraient ôté les vices qui amenèrent rapidement sa chute. Ils ne pouvaient être que ce qu'ils étaient; et , lorsque Thraseas et Helvilius , la tête couronnée de fleurs , célébraient la naissance de ces deux illustres Romains, ils rendaient certainement anhooH mage à la véritable liberté.

Note 20 , page 2&2. — Le lei^demain de la mort

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de Néron , les mêmes tentatives se renouvelèrent j les Romains prirent le bonnet des affranchis ; il fallut le quitter. C'est une grande leçon pour les peuples épris de la libertér II ne su£Bt pas de la vouloir , il faut la mériter.

^oiê 21 y page 247. — Plutarque en donne une autre raison , qui n'est pas là vraie , mais qui prouve le haut prix que les anciens attachaient à la philosophie... 4. « Comme Ton dit que Sextius ayant abandonné les honneurs , les offices , et les magistrats de ia ville de Rome pour l'amour de la philosophie , et puis se trouvant en l'étude d'icelle tourmenté , et ne pouvant mordre en ses discours et raisons du' commencement y il fut près de se jeter d'une fuste dans la mer • . ( Commeni on pourra apercevoir si ton profiie en t exercice de la vertu. — Page 255..)

Noie 22 y page 255. — Cet ouvrage ^ écrit avec un talent et surtout une bonne foi remarquables , donne une raison suffisante du vif intérêt que son auteur avait inspiré à Plotin , lequel , afin de rejoindre son élève chéri , qui venait de lui échapper , quitta Rome et la demeure des maîtres du monde, pour courir après lui sur les mers. On sait qu'il le retrouva sur le promontoire de Lylibée , couché sur le sable, livré à cette mélancolie profonde qu'avait éprouvée Sextius , et qui , dans ce«éjour de violence et de meurtre , doit être le partage de' tout ce qui porte une &me élevée et un cœur sensible. Ce né fat point sans beaucoup de peine que Plotin parvint k le ramener dans la société des hommes*

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Porphyre a divisé soa ouvrage en quatre livres. Le premier renferme les objections avec les réponses ; on ne peut l'accuser d'avoir afiaibli les objections. Le second livre traite des sacrifices ; le troisième a pour but de prouver que les animaux ont une âme raisonnable ; dans le quatrième il fait mendon des peuples qui , en tout ou en partie , ont suivi le régime des herbes. Ces peuples sont les Athéniens, les Lacédémoniens , les Syriens , les Cretois ; en Egypte y les prêtres ; les mages chez les Perses * • dans rinde , les gymnosophistes , que Porphyre divise en Brachmanes et Samanéens. Il ignorait, sans doute , qu'alors comme aujourd'hui tout le peuple de la presqu'île était soumis au même régime.

Porphyre n'a point fait son ouvrage de dessein formé ; il Ta composé à l'occasion d'un certain Ftrmus j indigne de son nom , qui , après avoir suivi la diète pythagorique , l'avait abandonnée. Il lui adresse son premier livre. On pourrait se démander maintenant s'il est vraisemblable que les argumens

* n ne peut être question éet mages de la première Coquet paisqu'Us présidaient aux sacrifices sanglans. Du reste, les Perses étaient sobres. ^Hérodote rapporte qulls ne vivadent géuéralement que de fhiits ; c'est presque encore leur manière de vivre ; ils ont un grand respect pour la nature végétale. Séoa Ghardln^ les vieux arbres soi|t pour eux Fobjet d'un calte partleuUePé Us kur attribuent les plus salutaires influences; ils passent la nuit à leurs pieds et y q^rouveut de célestes visions.

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de Porphyre aient raBnené le fagilif. Je ne le pense point ; car , il fait le dire , Porphyre , malgré Texeellence de son travail j fi*a servi qn'à demi la cause qu'il soutient. Quoiqu'il ait donné de très-bonnes raisons pour la suppression des sacrifices sanglans, qull ait fait voir que la pureté du cœur était ce qu'on pouvait offrir de plus i^réable aux immortels ^ ce que Zalencus avait dit avant lui , et qu'il ait cité plusieurs oracles qui ont parlé dans ce sens , il ne peut infirmer ce qu'il a déjà avancé , savoir , que les dieux ont demandé eux-mêmes ces sacrifices , et qu'ils ne peuvent se tromper. On voit d'âUeurs qu'il tient moins à la suppression de ces sacrifices, sans doute parce qu'il la jugeait impossiUe, qu'à ce qu'on ne se repaisse point de la victime ) ce qui impliquerait contradiction. Enfin, quoiqu'il ait pu dire de juste et de rationnel en faveur de l'abstinence des viandes , il paraît bien évident qu'il ne considârait point cette abstinence comme obligatoire y qu'il ne la voulait que pour les philosophes seuls , et encore dans ce nombre ne l'exigeait-il'que de ceux qui, par la nature de leurs méditations > cherchent à se rapprocher le |4ns possible de la divinité. Son unique objet, en un mot , en conseillant eè régime , était, d'épurer l'àme , el de la fortifier de tout ce qu'il enlève au corps. * Les privations que s'imposent les trap-

* Quantb quiiquê tîbi ptura negoperit < A iis pïura ftrtt, ( Hor. , Od. zt, lib. 3. ) '

pistes sembleraient calquées sur le livre de forçhyre. Or f n*esl-il pas bien singulier que le résamé da christianisme se trouve précisément dans les ouvrages de deoiL hommes , savoir , Epictète et Porphyre , qui ont été ses plus grands ennemis ?

Note 29 y page 255. — C'est avec quelque regret que je place Julien dans cette liste. Quoiqu'il port&t si loin la sobriété que , même lorsquHl était dans les Gaules , on disait qu'il ne vivait que d'air , comme les cigales j sa robe blanche n'en a pas moins été souillée de sang. C'était celui des sacrifices , mais l'attentat n'en était pas mcnns grand ; insensé , qui ne craignait point d'oSrir auii dieux ce qu'il aurait jugé impur pour lui-même! On sait qu'en encourageant ces sacrifices son bot était d'anéantir la religion chrétienne, et de fiiire refleurir le paganisme y que la première avait détruit ; et telle fut la cause de l'aveuglement d'un homme si éclairé pour tQut le reste , un des pljos grands qui aient existé! C'est ainsi que Brutus, tout occupé de la liberté <ie Rome , promet à son armée le pillage de deux villes , bien résolu , sans doute , de ne point tenir sa promese, c'est-à-dire, de la remplacer par an équivalent d'une autre espèce, s'il était vainqueur ; ce que Plutarque aurait dû voir. Il faut plaindre ceux qui , remplis de la volonté du bien , ou de ce qu'ils croient tel , n'ont pour Texécuter que les élémens du mal. Ce devrait être pour eux un ayer^ssemeot d'y renoncer.

Cette manière d'être de Julien amène natarellemenl la réflexion suivante , savoir, que ce que Ton fait par esprit de secte , et tel était , en général , le caractère des anciens , quoique pouvant être bon «n soi-même , est extrêmement circonscrit de sa nature; mais que ce que l'humanité inspire est étendu comme elle-même. L'esprit de secte s'est dissipé à mesure que les lumières se sont accrues , et avec lui ont disparu ces fractions du beau universel qu'il faisait nattre ; une plus grande extension de ces lumières produira ce beau iout entier dont rhumanité , fille de ces lumières , l'humanité , qu'on peut appeler la grande secte , est , je le répète , la source vive et féconde.

Au reste , l'empereur Julien n'est point connu , et sa vie est à re&ire. Sa mort explique cette vie, c'est-à-dire qu'elle est le garant de sa bonne foi, même au milieu de ses erreurs. Quoiqu'il eût de grands projets à exécuter j il n'en mourut pas moins , à trente-quatre ans , avec la joie philosophique , joie la plus douce qu'il ait été accordé aux hommes de goûter ; c'est qu'il avait une haute idée des biens dont il allait jouir , et qu'auprès d'eux lempire même du monde lui semblait peu de chose,

NoU 24, page 268. — Lorsque les envoyés des rois de Perse ou de Macédoine tâchaient de cor- . compre les chefs populaires de la Grèce par des ofires plus on moins déguisées d'argent, dont la quantité pouvait bien s'élever à quelques miUions

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de notre monnaie , ces derniers dëconvraieDt , pour toute réponse , leur pot de lentilles. Après la dë&Ue de Darios, Alexandre, à qui Pbooion avaii conseillé de toomer ses armes contre les Perses , an lien de les porter contre les Grecs, envoya à cet illostre Athénien, en signe d'amiiié et de reconnaissance, cent talens , c*est-è-dire , pins de eent mUie écus de notre monnaie. Phocion les refina en disant qa*il ne faisait pas payer si cher ses conseils ; et , dans^ ce même instant , sa femme fiûsait te paio, et loÎHDiéme était occupé i pniser de l'eaa pour le service de la maison.

Pour revenir aux lentilles, Xéiiocraies, disciple et ami de Platon, et, comme Phocion , pythagoriden dans la pratique, usût du tempérament reconn mandé par son nuilire. An lieu de découvrir son pot de lentilles devant les ambassadeurs d'Alexandre, il les invita à souper avec ce légiuM ; et i pour ne point, refuser trop crûment les dons de ce prince , il prit la valeur de 15 fir. de notre monnaie sur celle de 150,000 qu'il lui f<|isi|it oCTrir.

Au reste , Phocion se contentait souvent de niel pour toute uourriture; nous le tenons d'Athénée, . dont je citerai , pour cause , tout le passage : « Pffihagoraê. . . sœpiui nulU solo contenêuê erai. Eadem narranittr fo Arùiide, Epaminanda, Phûoions , Pkormiùne , otarie imperaêoriiui ^ ( ^ift. Deif, , lib. X. ) Cest-à-dire que tous ces homnie0 , vivant d'alimens si doux , avaient ce-

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penâaiit ^ commandé en eh^f des armées : je le répète , la douceur est le froit du vrai courage.

Noté 95 , page 258, — C'est à Zoroastre que- Von doit cette belle maxime : « Dans le, doute , si une action est juste ou injuste ^ abstiens^toi »>•

Nofê 36 , page 358. — Darius écrivit à Héradite pour le prier de venir lui expliquer son livre de la Naiure, qu'il n'avait pas bien compris : Me» Dmriue^ ffieioepii fiUuê,, audiiar eue Iwtia evpii. , . . Heraclite ne fut point touché de cette démarche , il répondit par un refus. ; non qu'il ne vonlùt. point donner à Darius la lumière que celn^Hsi lui demandait , mais parce qu'il r^pardait ce voyage conime inutile , d'abord pour la roi , ainsi qu'il le lui fidt entendre ansez crûment ^ et ensuite pour luinnéme j c^ qu'il exprime par ces mots : paueù eauienim * > mots que Be^ cartes. , et surtout Voltaire , n'ont point lu avec assex d'attmtion, mais que Diogène oomprenait fort bien lorsque, voyant Platon à un grand repas se contenter d'olives y il témoigna son étonnement de ce qu'il avait fait le voyage de Syracuse , disant que l'Attique fi>uiv nissait plus d'olives que le philosophe n'en pouvait eonsonuner. Il est vrai qu'il fiit répondu à Diogène que FhiUm n'allait pas en Sicile pour diner avec le-

* Ces mots dflidcQX oot M ptésentés, sous la forme d'une apophtq;me, par on homme auquel j'aurais consacré une notice s'il n'avait couvert sa philosophie du voile de sa rdîgion.

Le sage vii content de peu, (Clament d'Al., Stromatcs. )

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