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pris i la gorge par celai quHI a mangé la veUle , ei qui lui fiûl pousser d'horribles hurieoiens. Le Tolcas s'allume , la lare coule. « C'étaient , dit-il lai-même t » des torrens de coUe ardente ; je me sentais au mo-
• ment d*expirer ». D en meurt plus tard, après des avertissemens réitérés ; sê$ ver$ trempée de fleun lui échappent avant le temps.
Et cependant, qui était mieux disposé que lai?
Ecoutons-le : • Me voilà, mon cher ami , au dernier jour de carême , et je me troupe à m^rveUle. Ah ! que le eohrii eetote de saint Paul dit de choses , et renferme d'applications sérieuses ! »
Il dit ailleurs : • Mon cher ami , je lis la Fie dee Pires du Diêert. J'habite avec saint Pacôme , fondateur du monastère de Tabennel En vérité , c'est on charme que de se transporter sur cette terre des anges } on ne voudrait plus en sçrtir. O yuaiiliMi in rehu inane! •
Et plus loin : « Je me vois dans votre Eunilie , ^ j'y embrasse en bon ermite , et portant mes dattes dans mon sac , le père , la mère et les enbns •.
( Correepondanee de Bernardin de Saint^Pierre. ) Si Dncis ne se fût point trompé d'escalier , il serait
arrivé bien haut Dans le temple de mànoire? Eh !
oui i ou bien dans quelque chose qui lui ressemble. Noie 63 , page d&O. — Mirabeau n'a vécu aussi,
pendant long-temps , que de lait. Voici ce qu'on lit
dans ses Lettrée à Sophie , lettre i.^ : « Tu sais
• à présent que je me suis mis aulait ^ et j[e ne le
^ quitterai pas ». Mais , bien que je reconnaisse Tin^ flnence de cette noarritnre sur le génie de ce grand orateur , je n*en parle que par occasion , parce qu*il n'avait embrassé ce régime par aucun motif emprunté à la philosophie. D éprouvait, sans doute » comme Aureng-Zeb et Sha Nadir, le besoin de calpier des passions d'une nature funeste.
NoU 6kj page SftO. — Voici ce que M.""^ du Def&kid, son amie particulière, dit du temps qui avait précédé cet état de déchéance : « Vous savez qu'il était devenu dévot, ou plutôt qu'il en avait embrassé l'état. Son esprit n'était pas convaincu, ni son cœur n'était pas touché; mais il remplaçait les plaisirs et les amusemens auxquels son âge le forçait de renoncer , par de certaines pratiquas , la messe , le bréviaire , etc. ; toutes ces choses étaient pour lui comme la question , elles lui faisaient passer une heure ou deux ».
Quoi , un si habile homme n'avait point d'antres provisions dans son magasin ? Ah ! déplorons que de si beaux commencemens aient une telle fin! Il vaudrait mieux mille fois mal commencer et bien finir. Du reste^ c'est là l'histoire de chacun.
Note-^&j page 3^1. —Règle générale : plus on est éloigné des animaux par les qualités intérieures (je parle de ce qu'on entend communément paresprit , talent , génie ) , plus l'usage de leur chair est nuisible. C'est pour cela que Canning a succombé si rapidement. Au reste, je ne fais qu'an^
!Vont
Boncer an bU sans prétendre donner par là des espérances anx amis de rhoome de gnrre i|m M a succédé. Il auraient d'amant pins de tort de sV fier, qne , par la même raison qni fins qne la tie indÎTiduelle est pins longne rehtiremeni, b m politique doit être plus courte.
Not9 66 , page 341. —On dit qne Lij«faa> éant sobre ; ce qn'it y a de sûr, c*est qu'il ne le fbc point ce jour-là, et qu'il lui en coAta cher. Peut- être aTatt-il de la sobriété comiÉe il avait dn courage. Une nuit, tandis c|u*il était ptfofondément occupé dans son cabinet , il Tît toot-4«onp le diable devant lui , et , sans s'émouYOïr , il lui jeta , faute de mieux , son écrire au visage. La tache d'encre est restée long-temps sur le nmr ^ peut-être y est-elle eneoie. Ainsi Luther était sobre et courageux ; il me seadile néanmoins que ce n'écak pas à nn pareil houflme qu'il devait être donné , même dans le scixfènie aièck, de changei^ la face de l'Europe.
Notes que aa réforme , qiii , an fond, p^rt^ sir peu de chose , n'aurait point été faite s'il n'eût été un barbare. Il crut voir dans les églises d'Italie des temples payetis , et il ne voulut pobt prêcher les indulgences dont Léon X voulait employer le revenantrbon à édifier l'église de SaintrPierre.
Autre singularité : ces- deuK hommes, savoir, Léon X et Luther , entièrônent opposés , ont donné l'un et l'autre leur nom à» teor siècle ;• mais , comme si les arts devaient , en dernier résultat, ftûre pencher It
DtJ QUATRIÈME DISCOURS. 405
balaoce , le nom de Léoa X a pfévala et prévaut «ir ooloi de son adversaire.
N^ 67 , fmge lk%, — Le célèbre médecin Aselé* piades, cpii guérissait lous^aes mabdes en les met* tant à l'usage des herbes, pratiquant IttiHOnéifie rab&* linence de la viande, considàraît à tel point ce moyea comme présertatif , qu'il paria qu'il n'auftait jamais de maladie ; et on peal conjecturer , en effet , qu'il serait mort de vieillesse, sans un accident qui mit fin il ses jonrs dans on âge heureusement fort ^vanoé.
Note 68, page 342.-^ Les exceptions paoïri les médecins sont si rares, malgré la note qui précède , qu'on doit a'empvesser .de les aocneillir aussi tât qu'elles se présentent, Jors même qu'elles n'auraient poipt itoat le caraoïèite ex.cq[>tioniiel que Ton pourrait désirer. £a voioi une de ce dernier genre qui nous /est fournie par un ides phis célèbres pcaticiens de cette époque. ».
M. Broossais., dans une pn^essioa de loi publiée après sa mort , résfime ainsi sa doctrine : « Entre^tenir et accroître, autant qu'il est en soi , les jouissances physiques .fit intellectueUea des mètres, en oomprenant dans cette catégorie les animaux, voisins d& jKNis ». Or , si M. Broussais entcaidait par ces derniers mots tous Jes aifimwx qui nous aiq[>rociient ,. qui ont oui le son de notre voix et rencontré nos regards , on sent combien leur inunoiation serait restreinte. Et ce qui pi^oçivecaît qi'il JEaut entendre ainsi, ses paroles , c'est xpi'îl avait une amitié particulière
pour les poules ; il se dérobait chaque jour à ses occopalions pour leur aller faire une visite, qu'il proloDgeait le plus possible ; assorémeot , il eoteodait de lea exeepter du massacre. Peu importe d'ailleurs f puisque , aux yeux de tout bon logicien , il suffirait d*uQ seul animal excepté par le droit pour que tous les autres, quels qu'ils fusseat, à moins d'être d'une classe hostile, pussent réclamer le même bénéfice.
Nùie 69 f page Zk$. — Il arrive cependant à notre voyageur de montrer un mouvement de pitié. Cest à propos de cpwlques oiseaux que rextréme besoin de se désaltérer faisait approcher d'une mare , où il s'était mis en emboscade , comme ont oontrane de le fiiire les lîgres et les lions. « Ils trempaient , dit-O , leur bec à la hâte dans cette eau , avec un gaioaiUement fort *«t continu. U m^ semMait entendre dans cette voix je ne sais quoi de lamentable qui me reprochait ma. cruauté. Ce spectacle , si touchant par luimême , le devenait encore pins par les circonstances qui nous étaient communes; je sentais, comme ces petits animaux , la chaleur étouffiuite de l'air , etc. Cependant , dis-je en moi-même , qu'est-ce que deui ou trois petits oiseaux? une bagatelle, en comparaison d'npe ville bien populeuse et bien fortifiée , que gens bien supérieurs à moi , poussés par le seal désir de dominer , ne se font pas scrupule de toormonter par le faim et par la soifv ...»
Yoilà le c^eur humain : le mal ne loi est pas nsto-
BU QUATKIÉME DISCOURS. 407
rel , il se le reproche ; mais il est dans ses habitude^ , el il chercha à le justifier par des exemples.
Note 70, page 347. — J'avais inscrit ici Franklin d'après l'opinion commune qui le met au premier rang dans la classe des modernes pythagoriciens ; mais une nouvelle lecture de ses Mémoiree me force d'en rabattre quelque chose. 'Quoique Franklin ait suivi ce régime, on pourrait dire toute sa vie, il suffirait qu'il l'eût délaissé par intervalles , quelques courts qu'ils eussent été; il suffirait de la seule histoire de la morue , pour qu'on dût en inférer qu'il était absolument étranger à son véritable esprit- Franklin était l'homme du bon sens ; quand ce bon sens est porté aussi loin qu'il l'a faif , il ressemble au génie , mais n'est pas lui. Sans doute qu'il n*a pas été accordé d'avantage pour L^ moment à la constitution morale des. Amëricaios , non plus qu'à celle des Anglais, et en général, des peuples du nord. Susceptible d'un ordre parfait , elle ne va pas au-delà. La trempe capable d'aller, au-dçlà,' et qui n'était pas rare chez les anciens , n'existe peut-être aujourd'hui que dans notre France ; ce qui n'empêche poiîwt que la France ne p&t , relativement à cet objet , rester en arrière des autres peuples , car le proverbe : qui peui le plus peui le moine, n'est pas toujours vrai dans la pratique ; l'on place quelquefois un objet si haut , que le désespoir de l'atteindre Eût qu'on en néglige tous les moyens. Au reste , l'exemple tiré de Monlhyon rend psgrÊiiiement
408 NOIES BU QUAntlâMB DMGpV&S.
m ficDsëe , qu'il noie 4}iftpeBfie d*ex|>li4{uer : c'est le bon sens géoifié ; c'est Franklin avec des ailes.
JMeu On ne sera peat-être ^is £khé de trouver ici nn portrait de Franklin / fait de main de maître, et qai doit être ressemblant. Le peintre, quoique habile, ne poavait tOQt voir ; mais il paraît qnll a bien peint ce qui! a to : ir Won Dies , le beau vieillard 1 qn'il était Tétiâabl# et su- » peibe SYOC sa chevelure argontée y ondoyant ncMonent sur a ses épaules larges ! Ses grands jenx biens comme l'aznr de a oe dd dont il était une des émanations les plus briUao- 9 tes , ses traits réguliers , sa boudie au sourire fin , anx » expres^ons «nblimes on gradenses, et puis sa ridie taille, » sa force physique , si Uen en harmonie avec ses pensées > si pares, s^ hienvcillanles , A tmdres pour Thumanité! t Quand je smige à Franklin, je me figure avoir yn Sck » crate, moins sa laideur ».
Ajoutons ces mots de Tardievêque de Paris : « Je ne loi » connads qu'une vertu qnl lui manque, celle du cathofi-^ a dame. Oh'! je ne pUls à crdire que Diett ne repoossen » pas une si bdle âme! eUe honorerait trop r^nfer ».
iÇT On a omis d'ajouter à la note de la page 246 ces mots : F oyez leê dus notables des LaeédémonienSy ( Plut. 2 Œuv. mor. )
Bofibo y roi ihi)sreiiipu*6rd0ff lelltw ^a àéxAàé eetie -grande question avec les foniies de stylé qui anaoûoent J^i puiMaiice,el;aeoon)pagneiitle0 actes de raotorité. Quelques moU lui suffise»! pour BMltiver sod jfiigetiieaL Je dois être y. ^ob la rnspîi opposée > plus ilou^ dfins ma répUquei
Dans an de ses discours généraux sur Itiis*-loire naturdle, il affînne que l'homme, réduit au pain^el aux légumes pour toule nourriture > tra1nei»it à peine, ao moins dans >no« clioiaia^ une We (bible et languissanJte^ Il ajoute que fhomrne a noo'^teuleineht besoin d%tre nourri^ mais encore d'êtiie lestée. et cette observation est juste en général ^ur les peuples de l'Europe; e^ il est des tpays tSNii loe oonira-poids est e^té-
410 TUALTSIB.
rieur (1); mais il se trompe dans son application j puisqu'il est de fait que la viande leste le loup , mais ne leste point l'homme , c*est-àdire que l'homme ne.peut point en recevoir une assez grande quantité pour en être leste. U cite comme preuve de Finsuffisanoe des nourritures purement végétales, la faible existence d'une certaine classe de cénobites, de ces hommes houes et languissons enfermés dans des murs sacrés contre lesqueb se brise la nature.^ Â ces derniers mots )e crois entendre les a^^Jaudissemens qui retentirent dans toute l'Europe lorsqu'ils y furent prononcés pour la première fois, La phrase est belle sans doute; mab Fauteur ne songeait pas qu'en comparant l'horri - Ue nature dont il parle , à l'Océan avec ses tempêtes, il n'en donnait point une idée bien attrayante, et qu'on ne pouvait laine, trop, d'efforts pour en être à )amais séparé.
Ajoutons que rien n'est moins juste que les expressions dont se sert ici Buffon pour caractériser les moines de la Trappe. Ils sont pales comme tout ce qui vit a l'ombre du dottre ; ils ont quelque chose d'étiolé , comme les plantesqui partagent leur solitude; mais ils ne sont point hâves et encore moins languissons; leur esprit surtout ne l'est pas, il a toute la vigueur
<)ont les apparences sont quelquefois refusées à leurs corps; mais lors même que ces pieux cénobites seraient dans l'état d'infîmiité où BufFon les représente, ce ne serait point une raison pour en accuser le régiv^e ; ils sont soumis à d'autres influences Ken plus puissantes , et qu'un observateur tel que cet habile naturaliste aurait dû distinguer. Ce sont , outre cette privation de la lumière dont je viens de parler, les jeûnes excessifs, les macérations de toute espèce, les fréquentes interruptions, du sommeil , et , pardessus tout, là fixité des pensées qui, bien plus que leurs mains, creuse leur tombeau. £t cependant si, malgré de tels obstacles, la vie de ces solitaires avait été aussi longue ou même plus longue que celle des autres hommes, le régime ne devrait-il pas être afi&ancbi à leur ^ard de tout reproche? ne pourraiton pas même admettre qu'il a été utile plutôt que nuisible, à moins qu'on ne voulût établir que les jeûnes, les macérations , etc., sont propres à prolonger la vie? Pour éclaircir le fait qui est ici le plus essentiel, celui de la longévité, prenons pour exemple ou pour mesure l'existence des deux pi^emiers chefs de l'ordre, depuis sa réfonne (Rancé*etGervaise); je vois que l'un a vécu soixante-douze ans et Fautif quatre-vingt-
tmiei UmflMe JDoyao, ^putne-Tingb-iiii ans tiàoû; on ne YÎt pas «lUant dam ie monde ( 2).£t rnnrqaoiM»qiiekiv fina été déterminée par aoe Gu^ bien étraiDgèreau terroir delà Trappe; toosdaix 0oot morts de chagrio. Par une autre single larilëy nous «devons au premier une tradoctîoii ^Jnmcré^n, fruit, à la Terité de sa première jeanesse, et au seo3nd la pteonère puUk»fcion qiH ait été faite des Lettres dHéldUe ti iAhaXlard.
. Bulfon a dédaigné de d ter d'autres exemples; mais je dois aller (dus loin que lui* Au reste , , le si^et que je vais traiter est «i connu , que c'est avec une véritaUe peine que j'entre dans cette partie de la discussion. Je tâdierai de n ea dtne que œ qu'il fisiudra pour achever de cou- «aincre le lectair.
Il n'est povint d'ami des lettres qui n'ait entendu parler de ces hommes célèbres de Port* Royal-des-Cham^ps , qui ne vivaient point, sans doute , avec autant d austérité que les moines de la Trappe, mais dont la sobripté était la première vertu, et qui d'ailleurs, ce qui importe id, ne mangeaient point de viande. On connaît la vieillesse vigoureuse d'Arnaud d'Andilly , qui , de la même main dont il écrivait la Vie des Pères du Désert^ cultivait ces fruits que Ton savourait
CINQUIÈME DISCOURS. 4f 3
à la table des rois, oomme s'ils étotent vcnns des jardÎDS d'en haut Le grand Arnaud, son frère, Lanceiot , Nicole , Sacy , ont vécu de kngws aiijsées avec ce régime, maigre des perséculions sans nombre , et au milieu d'us air r^uté très* malsain. Pascal, leur illustre ami, est mert, jeune ; mais on sait le malheureux événement qui fut cause de la fin prématurée de ce grand hoiiimeL
Il me suffira de rappeler l'extrême longévité des pèred de la vie évémitique, puisque leur histoire n'est ignorée de personne, Quelcjues dattes dmis les lieux les plus< fertiles, et dans les autres cette manne ou ce sucre qm découle naturellement des noeuds d'une espèee de voseau, filmaient toute leur subsistanca Cest ain» qu'au rapport d'Athénée, plusieurs àiisciples de Py tbagore ne vivaient qu^ de miel , el ne s'en portaient pas moins bien \
Tous ceux qui ont quelque connaissance des premiers siècles du dirîstiapismô savent qu'il
♦ Pythagoricorum niitrimentum panem cum melle fuisse Aristoxerms soribU ; addUque , morkum numquant sensuras gui pransuri eo cibo quotidiè vescantur (Mh* Deip^, lib« ii.)
On a Ta dans le quatrième discours unedtatioii analogue du même auteur.
414 TfiALTSiE.
existait autrefois, soit dans TEgypte, soit dans les déserts qui FayoisîneQt, plus de cent milJe cénobites vivant de cette vie que Buffbn a[^ielle une mort anticipée (3). Ceux qui se nourrissaient le {Jus somptueusement n'avaient que douze onces de pain par jour; les autres étaient beaucoup plus^ austères, et portaient, en général, le nom de l'aliment qui les substantaic; ceux-ci étaient appelés paissons , parce qu'ils ne vivaient que d'herbes crues, comme le chameau * ; oenx-là critophages, parce qu'ils ne se nourrissaientque d'orge; xérophages^ parce qu'ils ne vivaient que de fruits secs; et cette faible quantité de nourritui'e ne les empêchait point de se livrer à des travaux très-pénibles, dont l'excédant du prix qui leur en revenait servait à nourrir la population indigente des villes voisines. Rien n'était d'ailleurs plus conunun que de voir des centenaires parmi eux. Ces cénobites étaient les plus joyeux. des hommes, et peut-^tre aussi les plus sensuels à leur maoière. Cassien rapporte, dans ses Institutions monastiques > que c'était pour
* Ce même esprit conduisit depub les rdigieoses de Sainte- Thérèse, qnl portèrent même plus loin raostérilé de ces pratiques , car elles semblaient dédaigner de chercher sur la terre leur nourriture, et elles ne vivaient que de fruits, comme plus près du del.
CINQUIÉHE DISCOUES. 41 S
eux un suprême r^l de joindre à leurs mets accoutumés une plante qu'il appelle lapsanum , et qu'on a cru être lliyssope % comme Épicure, que j^ai déjà cité, joignait une ou deux tbis l'an^ à son pain bis, un peu de fromage cythéridien. Si, à propos d'Épicure, nous remontons aux temps qui ont précédé immédiatement l'époque où la terre semblait devoir être affranchie du meurtre, où les épées devaient être cons^erties en hoyaux, nous remarquerons les thérapeutes et les esséniens, dont la longue existence surpassait cdle du chameau, et ^lait pour la durée celle de l'éléphant, animaux dont la longévité parait être la mesure de celle de l'homme dans les climats qu'ils habitent ensemble, je veux dire de l'homme qui ne s'est point écarté des voies de la nature. ( Le chameau, lorsqu'il n'est point excédé, vit cent ans; l'éléphant le double*^.) Estce à dire , ol^ectera-t-on , que les hanians qui
^ Je ôrcrfrate platôt que le lapsanum de Cassien n'est antre chose que le lapsana de Pline , qui , d'après la âescription qb'eo donne ce naturaliste, était une espèce de chounavet. Ce qui a pu donner lieu à cette erreur, d'aillear» d'une petite conséquence, c'est cette poudre d'origan, ou d'h3rssope , dont on use encore dans la plupart des monastères derOrient, pour relever la fadeur des mets hahituek.
** Bacon , dans son Historia Fitœ et Mortis, assure qu*il n'arrive point à cet âge : /Etat autem ducentesimum an-'
ki€ niALTStS.
Kabitent le même pays que l'âéphant paavent Ttvre jusqu'à deux cents ans ? Eh ! pourquoi pas? semît-il si difficile d'adoiettre que la nature leur
a donné la prëfét«na sur un animal qui , malgré SCS qualités remarquables, est encore si loin de FliomBK! Je me contenterai de citer i cette oc^ casion une simple. remarque que Ton trouve au lome4y ^pÊi^Â58,da Recueil des f^ojrages qui ont servi à tétaUissemeat de la compagnie hollandaise de tlade. L'auteur de Tarûde, Taaden^Broa^ y raconte qu'il a repu la visite ^un faaniân, accompagne de son âs| dont fon était figé de cent quotre^vingla ans, et Fautre de cent soiKante. Il faot retrandier ssukment de ces nombres la dîfîérence des années sohures aux lonaires, d'après la uMuiière de compter des Indiens. Or, en eoosidéranty d'après Tobsenratioa qu'en fait l'auteur, que le vieillard était encore très-verd, on admettra, sans trop de peine, qu'il a pu accomplir les deux siècles. Je pourrais, en outre, m'étayer id de l'opinion des anciens, depuis que l'on a vérifié que leurs historiens, que Ton
num nunquam eompiesnt f ee qii vent dln oopoidiiit qall en approche. M sb pooi^fvoi Féut de serviUidf n'aginitil psiot nr râ^ibua cQmne aar lliswae ?
CINQUIÉIIB DISCOURS. 417
croyait si menteurs, sont beaucoup plus Tert* diques que les nôtres. Les anciens donc étaient dans la ferme croyance que les peuples frugi- Tores de la Sérique, conU^ située vers rimatts, au-delà du pays des Bt*aeh mânes , dont la Chine d'aujourd'hui comprend une petite partie , poussaient leur carrière jusqu'à trois cents ans. On objectera peut-être y dans des vues d'exception , que presque tous les hommes que je viens de nommer habitaient des climats tempérés ou chauds; mais je répondrai que des austérités ^;ales à celles dont j'ai ùit mention ont été pratiquées avec le même succès dans les froides montagnes de l'Arménie , et que de nos jours même, l'étroite règle de saint Basile est suivie avec autant d'exactitude et de bonheur dans les glaces de la Russie que dans les sables arides et brûlans de l'Arabie. Il ne faut point s'en étonner^ la vertu n'a point de climat et ne pouvait en avoir ; la nature y avait pourvu. Le climat produit les variétés, le régime les dissonnances.
Il n'est personne qui, ayant fait quelque étude des mœurs des anciens^ ne sadie que le mont Athos , célèbre montagne de la Macédoine, était, pour les philosophes de la Grèce, ce que furent, pour les voluptueux de Rome,
418 THÀLTSIE.
les cotes de la Gimpauie ; là , ils méditaient en silence y aussi olevés au^essus des hommes par leur position topographique qu'ils Féiaient par leurs pensées. A cette population eu a succédé une autre que je me garderai bien de lai comparer, quoiqu'dles aient un point commun de ^semblance ;. ce sont des moines du rit grec , dont les nombreux monastères occupeot les sites les plus pittoresques de cette montagne, à la ]ilace de ses anciennes villes, de ses maisons de plaisance, de ses jardins. Je laisserai parler, sur ce sujet, la nouvelle et landeane Encyclopédie; voici ce qu'elles disent à fartide du mont Alhos : .... « Il y a un marché » public, qui se tient tous les samedis, dans )) un endroit de la montagne nommé Karès; » c'est là que les moines font échange entre )) eux de pain , de fruits , de tournes...* Toute » viande leur est sésHirement interdite...* (h n prétend que tous parviennent à une extrême » vieillesse ».
Je remarquerai que c'est ici surtout que Ton peut apprécier à sa juste valeur Tinfluence du climat, puisqu'il en existe nécessairement de diamétralement opposés sur une montagne dont la mer baigne le pied, qui a quarante lieues de ciit^uit, et dont le sommet est si
GINQUIÂMB DISCOURS. 419
éle?é, que sa projection, à. une certaine heure du jour y a été évaluée à peu près à la moitié du premier nombre; c'est-à-dire que l'ombre 4e c^tte monta^ie s^étend jusqu'à l'ile de I^sbos.
On trouve çà et là , à quelque distance dés couvens, des ermites qui sont comme leurs gardes avancés dans le chemin de l'éternité. Leur façon de vivre est beaucoup plus austère que celle des moines, ainsi que le rapporte Toumefort, dans son Voyage du Lestant, page 41 : (( La vie des ascétiques ou ermites, » dit ce célèbre naturaliste, est la plus dure » de toutes. Ce sont des caloyers reclus qui se » retirent volontairement dans les rochera les » plus affreux. Us ne mangent qu'une fois le » jour.... Les moines leur fournissent de temps » en temps un peu' de biscuit , lequel , joint à » quelcpies herbes champêtres , fait tout le » soutien de leur vie. Les Pacôme, lés Ma- » caii^, n'ont pas vécu plus austèrement ».
Leur longévité, malgré un si extrême dénuement , est attestée par ce passage de Pococke, tome 6, page 59 : u Je vis de loin, » dit ce voyageur ,- un ermite qui se prome- » nait dans un bois. Sa cellule était presque » inaccessible, à cause des ronces et des buisr
420 TBALTSIE.
A 90DS dont elle était environnée. On me dit » qu^ y était dqpuis quamnle ans, et qall en j) airait cent (4) ».
Quoique les grottes de l'Égjrpte aient ce» d'être peuplées, ce pays renferme enocMre un nombre assez considérable de cénobites. On y trouve, comme en Arabie et en Syrie, quantité de eouvens où Ton smt la même rè^ qu'au mont Atfaos. Yoici comment le père Sicard termine la description qu'il fiiit de celui de Notre-Dame-des^uriens^ le plus eonsidéraUe de tous : « Ce qui est admirable, dît-il » {Lettres éd^iantes , tome 5 , page 50 , après » avoir raconté la manière de vivre des moi- » nés), c'est que, malgi^ de si grandes austé- » rites, ces bons religieux sont /arts et robus- » tes, gros et gras , et pleins de santé (5) »•
Des témoignages si conoordans dans des personnes toutes dignes de ficM , réduisent a bien peu de chose l'assertion si légèrement avancée par BulTon. Quant à ce qu'il ajoute sur la faculté reproductive , qu'il croit très-af&iblie dans les bommes vivant de légumes, on ne peut lai rien opposer dans la plupart des exemples que j'ai cités , puisque ceux qui les fournissent se sont voués à la continence; mais on croira aisément que, doués d'une vie si pleine et si
GiNQui&iiB mscouiis. 421
entière, ils auraient été en etiit de la transmettre. Ne sait-on point d-ailleurs qae k prèsqulle de l'Inde est excessivement peuplée, malgré txSùs les fléaux qui la désolent ? Les papas grecs , quoiqu'ils ne puissent se marier qu'une fois, sont pères ausâ, comme les baniaos et les brames , d'une postérité saine et nombreuse^ Eh I oùy a-t-il plus d'enfans que dan& lescampagnes? Je pourrais ajouter que je cQnnMs^ e» Fmnce ]^lusieurs localités considérables 6ù Von ne vit absolument que de châtaignes- et de pain de seigle aigri, mélange tellement suave au goât des hommes qui en useml, qu'il lenr serait impossible de vivre dans d'autres contrées ; eh bien ! on n'a vu nulle part une population plus belle, plus fraîche, plus ankuée,.e6 surtout plus nombreuse *.
^ QtODS on exemple particulier , cdoi de Métrodore , qui , bien qu'il ne yecût qu'avec douze onces de pain , ainsi qu'il l'a été dit dans le discours précédent, à Vartide de Montaigne , inspira la plus vive, passion à la célèbre Leontium , qull rendit mère, après avoir oublié auprès d'elle Paustérité philosophie que, mais sans rien changer toutefois à son r%ime, et dont il eut Fart de fixer Tinconstanoe , ce que n'ont pu , quelque mille ans plus tard , ai^rès d'une autre Leontium , des hommes éminens sortant des tables les plus splendides. (Expresr sion singulièrement détournée de son vâitable sens , mais qui n'en peint que mieux les hommes et les choses; non que je
422 THALTSO.
Jaurais pu me dispenser^ rdativemenl aux autres parlies de la proposition y d'aller prendre ^mes exemples si loin , puisque notre ooddent a eu aussi ses Thébaîdes , bien plus étendues que œlles de l'orient , et peuplées par des hommes aussi sains et aussi vigoureux^ sans quils fussent moins sobres. On oonnidt lenn travaux f Ces vastes forêts qui ooiivraient la majeure partie de FEÀirope barbare, et qœ n'avait pu entamer la bâche romaine, soiU tombées sous leurs cernées et ont fait place a d'abondantes moissons. Avec la lumière du soleil, s'est introduite, par leurs soins, une autre lumière; et si nous jouissons aujourd'hui des œuvres du célèbre historien de la nature, ce n'est que parce que des hommes
veuille dire par là que là mort n*à point sa splendeur; peutêtre ai-je voulu dire précisément le contraire. )
On connaît la vertu calorifique de plo^eors herbes potagères; on sait combien Veruca et Yapitun étaient renonmiâ pour cet objet chez les anciens. On sait aussi que la force génératrice de la nature était représentée par le dieu des jardins. SU n'était toujours mieux de se resserrer que de s'étendre sur un tel sujet, je ferais voir combien était grande , à cet %ard^ Terreur de BufTôn.
'Au reste , ce n'est ni la roquette , ni le céleri , c'est la fifenle, qu'une main divine a répandue sur la terre avec une si immense profusion, qui est la source par exoellenoe du principe ^nérateur de l'homme.
cmQciÊiiE "Discours. 423
vivant de pain et d'eau (6) ont fait fleurir dans les Gaules et dans la Germanie les sciences et les lettres^ qui avaient été primitivement inventées par des hommes vivant de pain et d'eau sur les bords du Gange ; car eux seuls ont le privilège d'inventer. Ce n'est point à des êtres que la nature repousse qu'elle ira confier ses secrets. L'homme est au milieu de la nature , comme la sibylle de Cumesi au milieu de son antre; si une seule^des œnt ouvertures^ centum aditus^ par lesquelles ils communiquent ensemble est fermée y son laur gag^ n'est plus entendu.
( Cest ce que je prouverais avee la dernière
évidence^ s'il m'était loisible de m'étendre sur
ce sujet ; je ferais voir que des hooounes vivant
de la chair des animaus:^ont pu avcMr, à l'aide
de quelques circonstances fortuites, des por-
lions de raison et de génie , mais qu'ils n'ont
point eu et n'ont pu avoir la raison et^ le
génie abscons ;.ou> en d'aut^ termes, que les
peuples carnivores, quelles que soient leur
application et leur persévérance dans les letr
très, dans les sciences et dans les arts, ne
produisent et ne peuvent produire que des
ouvrages incomplets , qu'il leur manque touT
jours la dernière pensée (7). En effet , l'esprit
424 THALY$1B.
de oes hommes doil êice nëûessairemeni £uiz, non-aenlanent m cause du vice même qui Téffite, mais put» que, n'ayant point toute son ëlendoe^ il ne peut avoir tooa ses rapports. Cest conune s^ils avaient un sens de moins (8); et Toilà d'où vient que des gens, tràs-iudbiles d'aiHenrSy sont gouvernes par les plus misérables anléeédens.
Qdvétius, dans un ouvrage qui n'aurait point été lu s'il avait été composé de nos jours, prétendit^ bien Êuissement, que les animaux féroces étaient ceux qui avaient le plus d'intelligence , et tout le monde alors , sur la parole de cet écrivain , voulut être animal de proie. Ce fut le régime des sauvages; l'angle* manie date de cette époque. Quoique arrivé long- temps après , j'ai été encore témoin de cette foreur; j'ai entendu a Paris un oâèbie professeur, ennemi déclaré de la bonne déesse, proposer sérieusement de convertir tous nos champs de Ué en prairies ; en un mot , de transformer tout notre pain en bœo& Le malheureux ne voyait que de la chair sanglante dans l'herbe et dans les fleurs! et c'était sur l'exemple de la riche Angleterre qu'il appuyait son raisonnen^ent S'il m'était permis, je le ré[)ète, de m'étendre sut* cette
ClNQUliMB TOSGOURS. 428
matière, je ferais mr qae les Anglais n'ont fait quelques progrès dans les arts, dans les sciences et dans les lettres, que lorsque leur r^ime féroce a reçu qudque adonossement. I^es Anglais n'ont rien invente. Ils étaient dans un état complet de stqpeur lorsque Edouard III appda dans les Iles-Britanniques des ouvriers flamands, qui y apportèrent, avec leur industrie , Tesprit manufacturier et mercantile qui distingue aujourd'hui l'Angleterre, et qui fui long-temps k s'y acdimaten Les Anglais n'ont été réellement quelque chose par eux-mêmes qu'à l'époque de leur grande révolution. La commotion qui en est résultée , en leur Ciisant secouer le joug de l'habitude , a introduit ches eux une nouvelle série de sensatipns qui les a un peu rapprochés de la nature, qu'ils méconnaissaient entièrement, et ce fut alors qulls en reçurent les pràniers élémens d'une intelligttice dont ils ont crudlement abusé.
En effet, il a été calculé que, dans l'espace d'un siècle, depuis cette révolution, toutes choses ^ales d'ailleurs, la consommation des herbes potagères était devenue en Angleterre six, fois plus forte qu'auparavant; celle des substances animales a dû y diminuer dans la même proportion. Voilà le secret de leur per-
426 THALTSIE.
fectionnement , sut la cause duquel on s'était , cooune on voit, étrangement mépris \
Je paife ici de la nation en général Quant aux individus qui s*en scmt détachés par des vertus ou des talens supérieurs^ j'ai déjà &it voir qu'ils n'avaient obtenu ce nre avantage qu'en faisant un pas de plus, un g;rand pas vers le perfectionnement &i question. Tds furent Locke, Newton, Milton, Pope, etc., dont il a été parlé dans le précédent discours. Bacon , qui est le génie de l'Angleterre^ conune Leibnitz est celui de TAUemagne , dut i cette vie de mansuétude à laquelle il fat ramené par ses études particulières de l'homme, dans les cinq dernières années de sa vie , ces idées vastes, profondes et lucides qui, pour mûrir dans d'autres cerveaux, eurent besoin de l'espace de deux siècles..
J'ai refusé aux hommes qui se nourrissent de la chair des animaux le génie , et en général l'inteUigenoe; on ne sera pas étonné que je leur refuse aussi les qualités de l'âme dans les mêmes proportions, moins à cause de ce
"^ Un an après la reFolatioa de 1686, Locke fit paraître sa Direction sur Ventendement , et seize ans plus Urd il pnblia son Livre sur P Éducation , dont le fondement est rabsUncncc de la chair.
CINQUIÉIIE DISGOimS. 427
qui leur Bmoqcie / ainsi qae je l'ai rdnarqaé pour le reste > qu'à cause de la nature de ce qu^ls possi^dent, parce qu'il est de toute impossibilité que le sens moral soit sain lorsque le sens phjsique est dépravé. On pourra bien avoir l'apparence de qudques vertus , et cette apparence pourra durer même autant que la xie, mais ce seront des vertus sur lesquelles il serait téméraire de compter, parce qu'elles ne sont point natives , qu'elles ne coulebt point de source, qu'elles ne tiennent qu'à des motifs ou des ébranlemens d'une espèce passagère, et trop faibles pour suppléer , dans tous les cas , à cet ordre puissant et admirable de la nature , qui retient l'homme nourri dans son sein par des liens que non-seulement il lui serait impossible de rompre, mais qu'il se plait luimême à fortifier tous les jours.
J^rai plus loin, et je dirai que ces vertus d'emprunt, lorsqu'elles existent, en les supposant même au plus haut degré qu'dles puissent atteindre, sont constamment balancées par des défauts diamétralement opposés, tant il est vrai que l'esprit du mal ne veut rien perdre !
Hommes qui me lisez, en vous disant que vous êtes corrompus, je ne vous dis point autre chose que ce que vous disent vos mo-
428 TUALTSiS.
ralistes; mais ce que je vous apprends de plus qu'eux, c'est la cause de oette corruption , et c'est ainsi que sexplique leur doctrine mystérieuse sur le péché originel y sur celte peole vicieuse qui vous entraine presque an sortir du berceau \ Oui y je le crois^ tous avez été bannis du paradis de la terre, vous n'habites que ses r^ons désolées, lugentes ccuapos; mais yos enfans peuvent y rentrer : saurei donc , sauvez vos enfans ! et pour vous , quand il ne vous resterait qu'un seul jour pour être justes y ce seul jour de lumière ne vaudrait-il pas la plus longue vie passée dans les ténèbres ? Il vous lierait, il pourrait vous lier à cet avenir vers lequel vous portez souvent votre pensée , mais qui , j'en àtt^te le ciel , n'a encore existé, tel que vous l'entendez, pour aocuii d'entre vous!)
J'aurais pu citer des austérités plus fortes que celles dont je viens de présenter le tableau succint; il ne paraît point qu'elles aient abr^ la vie de eeux qui les mettaient ou qui les mettent encore en pratique (9), et sous oe point de vue elles deviennent pour le phjsio-
'^ Le p^hé originel n^eiïM pc^ntchez les ladoox; toates leurs ÎDclinations les portent au bien, Ccd doit foirnir matière à réflexbo.
CINQDIÉHB DISCOURS. 429
logiste un objet Jétude pour le moins aussi intéressant que les postures des fakirs de l'Inde^ ou les pitouettes des derviches de Constantin nople. Je suis loin de les a][yprouver; mais il est bon de les rappeler pour faire voir que si rhomme peut vivre avec une quantité, même trèâ-bomée , d'une des plus minces productions de la terre, il vivra, à [dus forte raison , lors« qu'il voudra être le convive de la nature, et s'asseoir a sa table si riche , si variée, si abondante^ oii tous ses sens sont invités; douce renaissance de tous les jours , que les hommes Diligent parce qu'elle est à leur portée, et qu'ils invoqueraient ardemment s'ils avaient le malheur d'en être privés. Eh quoi , le spectacle seul d'une telle existence, si elle n'était que Fapanag^ de qudqnes-uns , suffirait pour faille mourir les autres de douleur!
Nous allons passer maintenant aux faits physiques €ur lesquels Buffon appuie sa proposition; on verra qu'ils sont aussi faux que les conséquences qu'il en tire. Il dit que les animaux qui n'ont qu'un estomac, et les intestins courts, sont forcés de se nourir de chair, et que l'homme ^ ayant cette même conformation^ doit être rangé dans cette classe. Cette proposition a été combattue par un savant bien
430 ' THALT8IE.
plus exact que ne 1 était Bofifon, par Spamaan . que j'ai déjà cité, tome 2, page 249 de soo Voyage autour du Monde.
(( Il est difficile de concevoir, dit œ/roja- » geur, quelle raison à porté un naturaliste » célèbre à assurer que les aniamux qui ri ont n qu^un ^tomac et des intestins courts » sont ïi forcés , comme Fhomme , à se nourrir de » chcdr. {HisL noLy tome 8, page 36. )
» Il s'ensuivrait que le rhinocéios et le » cheval , qui n'ont aussi qu'un estomac et des » intestins proportionnellement fort courts , » devraient être , comme l'homme y forcés à }) se nourrir de chair.
» La comparaison du volume relatif du » canal intestiaal dans les animaux camas- » siers , et dans ceux qui ne vivent que dler- » bes y loin de favoriser cette opinicm , la » détruit II ne faut, pour s'en convaincre, » que comparer les intestins de l'homme, du i> singe, du rhinocéros, du cheval, ou même, » entre les singes frugivores d'une - plus pe- » lite espèce que le habouin, du saïmiri,avec » ceux de ces animaux carnivores, le oou- I) guard , le lynx et le loup La prétendue » nécessité indispensable imposée aux hom* » mes , de pt^endre des alimens du règne am-
GINQUIÉHE DISCOURS. 43 1
» maly nest pas mieux proiwée y eta » Suivent quelques pages qui combattent con moins viçlorieusement cette seconde partie de la proposition.
PressaTin , moins fort sans doute que Sparrman , en anatomie comparée , adopte ^ dans son Traité d'Hygiène^ publié en 1786, c'està-clire , deux ans avant la mort de Buffon , ce que celui-ci pose en fait dans la première partie de son assertion , savoir , que les animaux carnivores ont le canal intestinal plus court que les herbivores, et c'est précisément à ce signe, selon lui caractéristique , qu'il reconnaît que l'homme doit être rangé dans cette dernière classe.
(c On remarque , dit ^ Pressavin , dans les » animaux herbivores , un intestin particu- » lier qu'on ne rencontre dans aucun car- » nivoi^ Cet intestin, qu'on nomme cœcum, » est une espèce de cul-de-sac à la suite du » colon , qui parait &it pour retenir plus long- » temps les alimens dans le canal intestinal, )) dont il fait partie. Ce séjour des alimens dans » les organes de la digestion est nécessaire aux » animaux herbivores , parce que la nourriture , )> toute végétale, dont ils font usage , pour être )) convertie en sucs nourriciers , a besoin d'une
432 THALTSIfe.
» plus longue élaboration que la diair dpQt se » nomrissenl les camiTores, qai renferme des » sucs nourriciers en plus grande abondance, » et déjà presque tout préparés.
» Cette conformation du canal inlestinal , » qui distingue essentidlement les animaux » herbivores d'avec les carnivores , se iix>aTe » évidemment dans Thomm^ ; il a l'intestin » colon très-long , au bout duquel se trouve » cette espèce de poche que les anatomistes n ont nommée cœcum; si dans les adultes il » paraît moins ample, proportion gardée , que » dans les enfims, ne serait-ce point parce que, }) h mesure que nous wms éloignons du ré- » gime qui nous est naturel, en nous habi- » tuant a lusage de la viande, cet intestin se » rétrécit, par la raison que les alimens y » séjournent moins long-temps? etc. »
Cette dernière observation du docteur Prèssavin est très-précieuse , en ce qu'dle fait voir comikient il est possible qu'un frugivore devienne Carnivore, et réciproquement
Voila donc Bufifon complètement battu dans les deux suppositions^ Cependant un anatomiste de nos jours a tâché d'afGniblir la preuve tirée du cœcum.
M« Richerand , dans ses Elémens de Phj-
CINQUIÈME BISGOUBS. 433
siologiCy après avoir reconnu dans lliomme
cet appendice qui le distingue des carnivores y
mais qui est, selon lui> faiblement exprimé >
ajoute , tome 1 , page 219 : a Son existence
» indique seulement un point d'analogie avec
» les animaux chez lesquels elle est vraiment
» utile, et concourt à établir la preuve que
» la nature se contente d'ébaucher , dans quel-
» qiies espèces , certains organes qu'elle achève
» dans d'autres^ comme pour marquer qu'il
» existe des points de contact entre tous les
» êtres auxquels elle a départi le mouvement
» et la vie ».
Yoilà p certes , un raisonnement peu physiologique, et contre lequel la nature se récrie de toutes ses forces. Elle essaie quelquefois de ces ébauches, relativement à quelques organes extérieurs de peu d'importance , du moins dans les objets de ces essais ; c'est ainsi qu'elle a donné au tapir un oomncicncement de trompe; mais elle n'a jamais dérogé à sa sagesse accoutumée relativement aux organes intérieurs auxquels est attaché, je ne dirai point l'existence^ mais le caractère propre de l'individu. Il est vraisemblable que M. Richerand n'a point eu connaissance de l'observation de Pressavin ; et ^'ouvant la poche du cœcum retrécic dans l'homme , il
434 THALTSIE.
aura jugé que cëtail ainsi que TaTiiit £ùlc la Balure. II se sera arrêté alors a des aperças Yagues comme à un fait aréré^ par la fûsoo qu'ils flattaient ses penchans ou ses habîtodes , et on peut. supposer aussi, par défér^ice poor les opinions de Buffon , pour lequel il montre un respect outré *. Mais peu importerait dans le fait œtle manière de voir de M. Jlicherand , s'il arrivait aux mêmes résultats , quoique par une autre voie que cdle du cœcnm; c'est ce que nous expliquera le passage suivant, extrait . du même volume , page 4f 3.
« La diète purement v^étale porte dans le » sang y selon Pythagore , des principes doux » et tempérés ; ce fluide excite modérément » les organes y et celte mesure , dans l'exci- \ tation physique de l'individu , rend pour lui » plus facile l'observation des lois de la fem* » pérance , source première de toutes les ver- » tus. Ces observations de l'ancienne philoso- » phie sur l'influence du n^me ont, sans » doute, conduit leurs auteurs à des résultats
^ U ne l'appelle qne M. de BnfTon , comme s'il corc dans son château de Montbard, en habit de cÀémooie. M. Richerand est trop modeste; il voit les choses d'aossi haot que ce naturaliste : ils sont donc êg»ux pnisqn*iJs sont sur 1^ même plan.
CINQUIÉUE DISCOURS. 436
» .exagérés^ mais oa ne doit point non plus les
» i^arder comme tout-A-£ait dépourvues de
» fondemens solides. Les espèces carnivores se
» distinguent par lexxt forccy leur courage ,
» leur turbulence, leur férocité; les peuples
» sauvages et chasseurs , qui se nourrissent de
^> chairs crues, sanglantes et palpitantes, sont
n les plus féroces des hommes ; et parmi
» nous , au milieu de ces scènes dlibrreur dont
» nous avons été long-temps témoins et vie-*
» times, on a remarqué que les bouchers fi-
» guraient comme principaux acteurs dans les
» massacres et dans tous les actes de barbarie
» et d'atrocité ».
On voit, d'après ce passage, que M. Richerand fait des concessions auxquelles on n'avait pas tout-à-fait lieu de s'attendre d'après les ^ premières citations (10); elles sont cependant de nature à provoquer quelques réflexions , et ce sera là matière des paragraphes qui suivent. D'abord une image me frappe douloureusement , c'est celle des boucj|;iers promenant des têtes au-dessus des piques dans les rues de Paris. Mais bêlas! à qui appartei^aient ces têtes? M'était-ce point à des hommes qui avaient mis le couteau dans la main de cg% mêmes bouchers, pour leur service ou celui de leur mai*
436 • THALTSIE.
son , aux plus grands consommateurs , en on mot y des animaux qu'on égorge ? Cétait dcxic la corruption qui se vengeait dle-même sar ses auteurs , sans.s'en douter. Le crime est aYeogle y mais la providence ne Test pas.
Je rentrerai à présent dans la discussion ;
M. Richerand, dans le morceau que je viens
de citer y semble n accuser positivement de
férocité que les peuples qui vivent de chairs
crues et palpitantes (1 1 ) ; il sera vraisemblable*
ment ti*ès-étonné lorsqu'il me verra soutenir
que les hommes qui vivent de chairs crues et
palpitantes sont loin d'être aussi féroces qu'il
le dit y et que les plus féroces des hommes sont
cetix dont il ferait volontiers le panégyrique
Quels sont d'abord ces peuples dont veut parier
M. Richerand? Ce tableau ne convient point
aux habiians de la Mer du Sud y quoiqu'on y
ait découvert plusieurs lies où le feu n'était
point connu ^. Il ne convient pas non plus aux
* Quekfiies-uns de ces peuples présentent un fait bien extraordinaire; ib sont anthropophages sans être zbophagcs. Ccsi par esprit de vengeance qolk se repaissent de la chair •]•' lf>nrs ennemis. Au moyen de cet éclaircissement on ne trouvera plus de contradiction entre la relation de Mendâna , qui les dit anthropophages, et celle de Boogainville, qui les dit frugivores. ( Yojez, pour un fait semblable, Ju vénal, sat xy. )
CINQUIÈME ))ISCOURS. 437
habitans de la Nouvelle - Hollande , quoique extrêmement abrutis , ou ne pourrait oonTenir qu'à un bien petit nombre. Ce qu'on raconte a ce sujet de quelques peuplades noires de rkitàîeur de l'Afrique, non -seulement n'est point constaté, mais encore a été contredit par les derniers voyageurs \ M. Richerand veut parler, sans doute, des peuples du Labrador et de la Nouvellè-Z^emble. Eh bien! ces peuples sont abrutis , inertes , mais ne présentent aucun des caractères de la férocité. Les peuples réellement féroces sont ces peuples de l'Amérique qui , avec l'homme et le chien rôtis , mangent la sagamite, et se délectent, ou plutôt s'enivrent de ce breuvage semi-v^étal que leurs vieilles femmes préparent en le d^orgéant , comme les abeilles d^i^nt leur miel ; ce sont tous, les habitans policés de la vieille Europe, quel que soit le manque dont ils se
*'J'ai dxé, dans le troiâèine discours, l'exemple des hommes de la Terre de Feu qui se nourrissent de chair crue et sanglante; ce n'est point la« férocité , ce sent la ruse et la perfidie qui forment leur principal caractère. Ils trompent les étrangers par leur feinte douceur. Mais d'ailleurs , peu importe que la chair soit crue ou cuite ; j'ai voulu simplement établir ce fait physiologique , savoir , que la viande seule ne produisait que l'hébètemeat dans Fhomme j et que c'étaient, les liqueurs fermentées qui faisaient le reste.
438 THALYSIB.
couvrent Jai eu Foocasion de rencontrer dans le monde des hommes qui ne vivaient que de chair à demi-cuite, et ne buvaient que de Veau; ils étaient , comme les peuples que faî nommes plus haut, stupides plutôt que mechans , et 'td est , en général , le caractère de la nation anglaise (1 2). Ceux qui y dans cette nation, sont décidément féroces, doivent cette férocité au mélange plus vivement prononcé de qudques liqueurs fortes, telles que Teau^le-vie, la bière, le porter, qui sont les ailes de cette férocité; effets que Ton distingue aussi parmi nous dans certaines classes du peuple soumises au même r^me.
«Tai souligné dans ce paragraphe les deux mots force et courage, parce qu'il n'est point vrai qu'ils distinguent les animaux dont parle l'auteur. Le courage surtout est un être moral qui n'aurait pas dû trouver place dans ce liai. Il est bien reconnu aujourd'hui que le tigre, le lion et l'aigle , malgré la grande vigueur de leurs muscles ^ sont d'un jiaturel extrêmement lâche ^ , et que cruauté et lâcheté sont syno-
'*' Tous les habltans des montagiics où vit l'aigle ont reconnu ce caractère de lâcheté porté au plus haut degré dans cet animal; ce qui est d'autant pins extraordinaire, que son apparente vigueur devrait lui inspirer de la confiance en lui-
CINQUIJBME MSGOPB^, 439
naines dans les animaux comme dans l'homme , tandis que les deux premières épithètes con- ^ieBnent éminemment au cheval y au taureau , à l'éléphant ; et c'est , sans doute y ce qu'a voulu exprimer Homère ^ qui se connaissait en courage , lorsque sur le bouclier d'Achille il a placé deux lions pour venir à bout d'un seul taureau *; mais l'auteur avait besoin surtout du premier trait pour l'opposer à \^ faiblesse ^ qu'il suppose être le résultat de la diète végétale, la considérant de la même manière que paraissent l'avoir considérée les fondateurs d'ordres religieux, c'est-^-dire , comme propre à opérer la réduction de l'homme , à tempérer l'ardeur de
même. Serait-ce qu'ajraot le secret de la doalenr il craint pour lai ce qull fait souffrir anx autres? Nous avons tu quelque chose d'analogue dans les hommes , chez qui les plus cruels sont constamment les plus lâches. Tous les voyageurs modernes dépeignent aussi k tigre et le lion comme. extrêmement lâches : ils nWt de courage que quand ils sont sûrs de leur fait.
* La question de la force vient d'être décidée en faveur des espèces herbivores. Une lionne irritée, ayant rompn les harréaux de sa loge, fond sur son gardien, qui c'a que le temps de se réfugier entre les jambes d'un él^hant Celui-ci , sans s'émouvoir, saisit avec sa trompe la bête féroce, au moment où elle allait atteindre l'homme, c^ la lance sur un mur, où elle se brise.... Vous verres , d'après ce trait, que l'éléphant sera en' honnetir chez le peuple de P<ins , comme il 1 était chez celui de Rome.
440 THALTSIE.
ses passions , ou de ses appétits, en un mot, à le rendre moins hotiome ; mais il sera prouvé dans vingt endroits de cet ouvrage que le r^îme Y^étal , bien loin d'être la d^adation , laffidblissement d'un autre principe , en a un qui lui est ptx>pre et inhérent , et qu'en lui résident Tesprit de la nature y et la source unique de la véritable force, du courage "^ et de Fintelligence. Jappuiecai ce que j'avance ici par quelques réflexions.
Les criminels renouv^és par le r^ime végétal dans les prisons de Philadelphie , montrent pour le bien plus d'intensité qu'ils n'en avaient montré précédemment pour le maL II serait difficile d'attribuer cet effet à un af&iblissement, à une diminution d'eux-mânes, d'après la pensée présumée des fondateurs d'ordres religieux, et cdle du physiologiste que \e été y quoiqu'il ait fallu d'abord les réduire
* Pu. déjà parlé du courage des Indiens ; fai fait voir qall n'avait besoin que d'être éveillé. Je suis forcé , par une raison contraire , de mettre en doute cdai des Européens. Si Ton y regardait de près. Ton verrait en effet qull ne tient qu'à des circonstances qui lui sont étrangères. Si nos années, réputées si vaillantes, étaient. mues par le vrai courage , seraient-elles, comme il leur arrive si souvent, le jouet des terreurs paniques ? Il est impossible d'avoir le vrai courage lorsqu'on n'a pas la conscience parfaitement tranquille.
GINQUIÈBIE DISCOURS. 441
pour les renouveler; mais lors même que je l'accorderais, que de distinctions n'y aurait-il point à faire sur ce'^ mot afi&iblissement, puisqu'on sait, par Texpérience de^ tous les temps et de tous les pays, que Télévation de l'âme, et en général les grandes passions, logent communément dans des corps que l'on appelle faibles, et qu'il faudrait appeler flexibles. La prii^tion même d'une portion nécessaire de la nourriture ne produit point la faiblesse dans les cellules des cénobites austères ; elle y produit, lorsqu'elle est portée trop loin, b démence, cette nuance, ou plutôt cette fausse image du génie, comme l'abondance d'une nourriture criminelle produit dans le monde , ainsi que )e viens d'en faire l'observation, la stupidité , qui répond à la démence dans l'état opposé. Mais l'bomme de la nature et de la vérité &it route entre ces deux extrêmes, qu'un moraliste toutefois ne pourrait confon* dre. Il ressemble à l'ApoUon-Py thien , qui , par ses formes comme par son intelligence, est à une égale distance de l'Hercule et de la Sibylle. Quant à ce. que l'auteur appelle les résultats exagérés de T ancienne philosophie , relativement à l'influence du r^ime, comme il ne se présente a mon esprit aucune disser-
^42 THALTSIE.
lation sur ce sujet, \e ne pais savoir en qaoi consiste au juste cettei prétendue exagération; mais il sera facile de concevoir combien peut être grande llnfluence d'un ade qui agit â chaque instant de la vie, en se rappelant cdle qu'exerçait sur l'âme d'Alexandre les sons diversement modulés d'une Ijre^
Revenons à Buffon roe savant, chez qui Fanatomie, scjence sèche et triste, était, sans doate, la partie faible^ ignorait-il donc Texistence de cet appendice du cœcum ? Il n'est point permis de le croire, et il est ficheux quil faille encore ici suspecter sa bonne foi plutôt que sa science. A l'artide de TOrang-Outang , il die une longue comparaison, faite pièce à pièce, des différentes parties de ce singe, avec les parties correspondantes de l'homme, par les anatomîstes anglais Tyson et Gov^per, dans laquelle ces savans remarquent que ces deax êtres ont en commun l'appendice du cœcum; d où Buffon devait naturellement conclure que l'orang-outang étant frugivore, il fallait aussi que l'homme le fût (1 3). On me dira que le travail de Tyson et Cowper est venu trop tard, et que Buffon avait composé son article comme rhistorien que l'on sait avait terminé sou siêff- Je croîs, en effet, que dans tous les ouvrage»
aNQUIÉME BISÊOURS. 443
de longue haleine^ écrits dans un tout autre esprit que celui qui devrait toujours les dicter, il est bien difficile de sauver la contradiction.
niais quoi! un si grand scrutateur de la nature ne reconnaît absolument que ce signe pour déterminer les mœurs et les divers' pen* chans des animaux I On voit bien que le sort de ces êtres n'était rien pour lui ^ et il aurait £alt bien d'autres recherches, si, au lieu de leur existence, je ne dis point sa place ou sa fortune , mais le plus léger de ses titres académiques se fût trouvé en péril. D'où vient cependant que le babouin , qui , d'après les savans que je viens de citer, au^i bien qu'au îvigemeiit de quelques autres, et notamment de Yicq-d'Azyr, dans son Système^ anatomique des animaux^ a les intestins plus courts y proportionnellement, que l'homme-des-bois , et na point même cet appendice du coecum^ est^ comme lui, ou plus que lui frugivore? (14) Enfin y je le demande encore à Buffon , est-ce parce que les dimensions des intestins sont proportionnellement les mêmes dans le lion et dans l'hyène, que le premier ne veut manger que de la chair vivante, tandis qu'il la faut à l'autre, non-seulement morte, mais entièrement corrompue? Est-ce à ces dimensions»
444 THALTSIE.
que Bii£fon altnboe ces antipathies si fortes entre certains animaux? Il cite lui-même Texemple de je ne sais quel quadrupède à qui Ton en présenta un autre qui sert de proie a son espèce ; quoiqu'il ne l'eut janmis vu , et que cet animal fût privé de la vie^ il se jeta sur lui avec une extrême fureur. G>mment n'a-t-il point profité de ses propres documens 7
Achevons de prouver , par quelques exemples pris dans l'ouvrage même de BufFon, qui! n'était point de bonne foi dans ce qu'il a avancé au détriment des animaux y ou qu'il s'est &it illusion à lui-même pour justifier une habitude qui lui était chère.
Il commence par établir que l'homme a dû , de tous les temps y se nourrir de la chair des animaux *. Mais^ comme il n'en donne au-
* Répétons DG6 preuves : rbomme est né frugivore ; 0 n est devena Carnivore que par le fait de quelques circonstances que j*ai déjà notées , et il a été confiné alors dans la classe obtuse des animaux de proie. Les hommes qui , grâces à des circonstances plus heureuses et à j^os de moralité, ont persévéré dans Veut frugivore , ont inventé Tagricnlture et les arts y et ont ainsi posé les premiers et solides fondemens des sodétés.>On ne peut le concevoir autrement, puiaqull est de la dernière évidence que les fruits , par la douceur qu'ils oomnmniquent, portent les hommes a la sociabilité, c'est-à-dlrc à la civilisation ; tandis que la viande, par un effet contraire , rompt les chaînes de celle société , tend à isoler les homme lorsqu'elles ne les arme pas les uns contre les auti'c>.
C15QD1ÂME DISCOURS. 445
cixne preuve positive, ce qu'il dit ne sufiSt point pour qu'on abandonne l'opinion opposœ répandue chez tous les peuples de la terre , et qu Ovide a exprimée ainsi dans le 4."«« livre de ses Fastes :
Partis erarU primis virides mortalibus herbœ Quas tellus, nullo sollicitante dahat.
L'on se tromperait, au reste , si l'on croyait que cette opinion a été émise sans dessein. Buffou, en établissant que l'homme était né méchant, prouvait sans le dire, et par la plus concluante de toutes les raisons , qu'il n'y avait point de Dieu, et que la terre n'était que l'ouvrage du hasard : opinion favorite, comme on le sait , de ce naturaliste, quelque dissimulation qu'il ait mise à l'exprimer; dissimulation qui « est ici son plus grand tort, et dont Pline , son modèle , ne lui avait point donné l'exemple.
Dans son Discours sur la nature des oiseaux, il établit la proportion des animaux qui vivent de proie, relativement aux autres, parmi les quadrupèdes au tiers , et parmi les oiseaux au quinzième. Cette grande majorité des espèces douces n'exprime-t-elle pas suffisamment la vo* loDté de la nature y et l'homme peut-il être raisonnablement placé dans la classe qui n'est, pour ainsi dire, qu^une exception? Y a-til placé
446 * THALTSIE.
lai-même son premier homme dans ces magnifiques pages si oonnues , qui ont été critiquées sous plusieurs rapports ^, mais qui ne pourront jamais l'être sous celui de l'éloquence ?
Il affirme que l'homme est un être éminemment sociable ; or, l'état de douceur, c'est-a-dire l'état granivore 9 herbivore .ou frugivore, n estil pas une condition nécessaire de la société, et le même auteur ne remarque-t-il point que les animaux de proie sont tous décidément insociables ? Il est vrai qu'il faut user d'un artifice continuel pour empêcher les hommes réunis en société d'être la proie les uns des autres; mais cela prouve seulement qu'une des conditions essentielles du pacte primitif a été eùfreinte.
Buffon observe que , soit parmi les quadrupèdes y soit parmi les oiseaux , ceux qui vivent de chair sont , sans exception , durs , féroces y impitoyables. Il remarque même une parfaite analogie dans toutes ces espèces : l'aiglet par exemple , a les griffes et l'œil du lion , l'aile de l'un est comme la queue terrible de l'auti'e ; le bec et les dents présentent la même identité
^ Par Gondillac , dans son Traité des Animaux , et par Garât y dans ses Leçons à Vécole normaie.
CINQUI&ME DISCOURS. 447
Or, aucun de ces traits caractéristiques de la férocité n'appartient à Thomme^ et encore moins à sa compagne. La maternité, qui rend la lionne si furieuse, ne £iit qu'exalta:*, chez la femme, ses sentimens naturels de douceur et de bienveillance. Ce sont ces rapports vrais, œ sont ces grands rapports qui auraient dû arrêter les regards d'un homme digne des fonctions que BufFou s'était attribuées. L'historien de la nature doit être, dans la considération de sa propre gloire, plus juste et plus impartial que toat autre historien, puisque les faits et les témoignages sur lesquels s'appuie cette histoire sont vivans et éternels comme elle-même.
Cette doctrine cruelle a porte malheur à ce célèbre écrivain. En voilant a ses yeux le but de la nature, ^e a ôté'à son ouvrage^son principal charme. On a déjà reconnu la fausseté de la plupart de ses observations d'histoire naturelle, de ses descriptions d'animaux, de ses systèmes; on a relevé les erreurs, de sa physiologie et de sa métaphysique , et il n'est pas bien sûr que quelques traits brillans , quelques morceaux r^amés par l'éloquence académique, soient sufGsans pour . recommander son ouvrage à la postérité (15). Buffon avait incontestablement im talent très-supérieur; mais il.raan-
448 THALTSIE.
quak à ce talent là partie la plas essentielle , l'imagination , sans laquelle , maigre Tabus des termes , il n'y a point de vérité. On voit qull n'a guère étudié que la nature morte ou captire; sa fraîcheur^ sa, virtualité lui échappent^ quelque perfection qu'il ait voulu donner à ses tableaux^ ils pâlissent devant les peintures incorrectes, mais originales des voyageurs. En vain Fa-t-on nommé Tinterprète de la nature ; il est certain qu'elle ne lui a rien dit y et qu'il a interprété, comme il lui a plu , son silence.
Il y avait trente ans que, sur la foi de BufTon, c'est-à-dire sur sa prétendue découverte des intestins courts, tout ce que l'Europe renferme de savans croyait avoir bien sûrement le droit de mettre les animaux à mort, selon son bon plaisir, tant nous sommes disposés à accueillir les plus grandes horreurs et les plus grandes absurdités dès qu'elles s'accordent avec nos penchans ou nos habitudes, l'orsqu'un naturaliste, bien malleur observateur, est venu déranger un tant soit peu cette douce sécurité. Ce n'est point que ses conclusions soient différentes, et que les animaux aient trouvé grâce devant lui ; non, il n'était pas dans l'esprit de celui dont je parle d'être l'avocat du faible; mais comme, malgré tout, il ne pouvait manquer jusqu'à un certain point à la
GlNQUliKE DISCOURS. 448
^enoe y sa sagacité lui a fourm les moyens de tout concilier. Il y aura seulement cette différence entre les deux opinions > que, lorsque rhomme se livrera à Tacte cruel que Buffoa îastifie, ce ne sem point de par la nature. Yoici ses propres expressions :
« L'homme paraît fait pour se nourrir prin- » dpalement de fruits y de racines et d'autres » parties succulentes des végétaux. Ses mains » lui donnent la facilité de les cueillir; ses ma- » choires courtes et de force médiocre d'un côté, » ses canine^ égales aux autres dents, et ses mo^ » laires tuberculeuses de l'autre, ne lui permet- » traient guère ni de pattre de l'herbe , ni de » dévorer de la chair , s'il ne préparait ces ali- » mens par la cuisson ; mais une fois, qu'il a » possédé le feu, et que ses arts l'ont aidé à \) saisir ou à tuer de loin les animaux, tous les » êtres vivans ont pu servir à, sa nourriture; » ce qui lui a donné les moyens de multiplier » infiniment son espèce ». (Cuvier, Règne ani^ nudj tome 1 , page 66. )
Ainsi Ton voit , d'après ce qui est exposé dans ce paragraphe , que l'homme avait été créé pour se nourrir de fruits , et que son changement de nourriture n'est qu'un état factice , qu'il a embrassé lorsqu'une circonstance for-
460 THALTSIE.
tuîte lui en a fourni les moyens : oette draonstance est ladéooarerte du feu. Certes^si œ que dit CuTÎer était vrai , die mériterait bien Tapostrophe qu Horaoe lui lanoe dans son Ode à Tirgile (1 6) ; et je n'aurais jamais eru que cette boctade d'un grand poète dût être justifiée un jour parles observations d'un grand naturalista
Quant a la remarque qui termine le paragraphe^ elle y est évidemment placée poar ac^ coihpagner la foitne dubitative da mot qui le commence y forme qui n*est , je le repète , qu'un compliment fait au parti le plus nombreux , et conséquemment le {Jus fcnt. Mais Cuvier se trompe; ce n'est point la viande crue ou coite^ c'est le blé qui a favorisé la multiplication des bommes, que Tusage delà viande tend, au contraire, à borner. Il sei'ait inutile d'y insister puisque lauleur le reconnaît lui-même plus loin, sans faire attention qu'il se contredit. On lit en effet â la page 92 : u L'homme n est parvenu réellement » a multi^ier son espèce à un haut degré, et à M porter très-loin ses connaissances et ses arts , » que depuis l'invention de l'agriculture ^ ».
* Le premier de toos les éoonomisics, bien qu'il nt soit pas le plas câèbre , Steward , avait dit y avaut Cavier , que l'agricullnre était la base de la multiplicatioD de notre espèce. [EconomiTy potitiqiœ, tome I. page, 45.) Et comme Ton pour-
CINQUIÈME DISCOCRS. 451
. . Une chose frappe dans l'opinion de Cuvier , c'est qu'il ne met absolument, on le' voit bien, aucune différence morale entre les deux nourritures; mais cela prouve seulement que Cuvier n'était pas une être sensible.
Je compléterai l'opinion de ce natxiraliste en rapportant ce qu'il avance sur le caractère des animaux ; quoique sa coutume soit, à J'^ard de certains objets , de ne point dire toute la vérité, il est sûr qu'il en exprime toujours une partie.
(( Les animaux les plus par£gtits sont infini- » ment au-dessous de l'homme pour les £icultés i> intellectudies, et il est cependant certain que )> leur intelligence exécute des opérations du
» même genre En un mot, on aperçoit dans
» les animaux supérieurs un certain degré de » raisonnement avec tous ses effets bons et mau- » vais, et qui parait être à peu près le même » que celui des enfaos lorsqu'ils n'ont pas enco- » re appris à parler ». ( Introduction. Règne animaly pages 51 et 52.)
ralt faire la remarque qae l'éducation des bestiaux fait partie de Tagriculture, j'ajouterai, pour ne laisser aucune sorte de doute, cette assertion du même auteur, savoir, que la multiplication des hommes est en raison directe de celle des substances v^étales considérées comme objets de consom' motion.
452 THALTSIE»
O admirable oomparaiâon ! Les animaux sont comme les enfans : ayez donc (Htié de ces en-* fans! (47)
Je pourais citer d'aulnes opinions du même genre , et presque du même poids , mais dans lesquelles on remarquerait le même caracfière d'bësitation et d'incertitude. On ne peut s'attendre a autre chose de la part d'un juge intéressé dans la question, fût^il le plus honnête homme du'monde.
Voici comment s'exprime le professeur Do* mas , dans le tome premier de sa Physiologie: (( La salubrité semble , au premier abord , être le partage du régime végétal ; la substance des v^étaux étant fort simple, les principes de leur composition étant peu variés, les altérations auxquelles ils sont sujets n'étant pas nombreuses , on n'a point a craindre qu'ils introduisent dans le corps animal ces matières hétérogènes, cette nourriture surabondante , ces germes destructeurs qui j portent la corruption et la mort Parmi les hommes accoutumés à ce r^me, on trouve moins de malades et plus de vieillards..^ Cest un fait très-remarquable que le plus léger dérangement de la santé amène le d^oût des viandes, tandis qu'on n'éprouve point ce d^iit pour les nourritures v^étales , eta ».
CINQUIÂME DISCOURS. 453
Qui croirait qu'après ce trait caractéristique y qui suffirait seul pour décider la question , Dumas reproduira cette vieille erreur, qu'un tel rapprochement devait rendre si futile, savoir , que si la viande ne convient pas aux hommes du midi, die convient du moins à ceux du nord;, conune si c'étaient des êtres d'espèces différentes !
Passant après cela aux régions du milieu , voici ce qu'il ajoute : (( Il est des régions plus tempérées ou le régime v^étal s'observe d'une manière exclusive et rigoureuse. Les pommes de terre, les châtaignes, le maïs, les légumes , sufiBsent au simple habitant des Alpes; aucune sorte de viande n'entre dans ses repas ». Ce savant physiologiste ignorait-il donc qu'on peut arriver au pôle par la ligne perpendiculaire comme par l'horizontale , et qu'en s'élevant sur sur lesulifférens degrés des Alpes , on rencontrait le climat du Danemarck, de la Suède et de la Laponie ? Du reste ,. il aurait pu faire la remarque que la santé des simples habitans des Alpes est^ avec celle des Norw^ens, la pius florissante que l'on connaisse en Europe.
Aux preuves déjà omises , je vais ajouter par sm^abondance quelques faits qui auraient dû arrêter l'attention de Buffon , et l'empêcher.
454 TUALYSIB.
de condamner les animaos avec autant de pré- >cîpî talion.
On sait qoe , même avant la poblication de \ Histoire naturelle, les savans da dix-hnitièaie aède, et même plusieurs hommes de lettres qui étaient aussi des savans, avaient conda avec satisfaction de la forme des dents de l'homme, qu'il était fait pour vivre de chair. Us n'avaient point vu que, Al en eût étéaiosi, elles n'auraient point forme un des plus beaux aocompagnemens de la figure humaine, dont la plupart d'entre eux ne mettait point en doute la douceur et l'harmonie câeste. Ils n'avaient point remarqué la relation qui existe constamment chez tous les animaux entre les d^its et les griffes ; car ils en auraient ccHidu que les dents de l'homme ne sont point meurtrières, puisque sa main n'est point faite pour déchirer, mais bieti pour être le gage sûr de Famitié et de la confiance.
L'argument était tiré de ses dents canines; mais, outre que la forme de ces dents était nécessaire pour déchirer des végétaux très-durs ^
^ L'agouti , sorte de lièvre ë'Aioérique, qui vit conuneœlQi d'Europe, a des deots tellement acérées, que les aaturelâ s'eo servent pour se faire de^ incisions sur le corps, dans leurs corémonies de deuil. Elles font TefTet d'une lancette.
CINQIJIÉMË DlSGOCfiS. 455
tels que les daucuSj et les glands du (jùercus edutb yipKxmève nourriture des hcHnmes, du flooins dans nos climats, et qu'alors leur destination se trouvait assez bien indiquée^ il est certain que ces mêmes dents sont proportionnellement plus grosses et plus longues dans dès espèces de singes reconnus pour être plus frugivores que les autres ; caractère qu'elles présentent aussi dans d'autres familles d'animaux telles que l'hyppopotame, ce géant des fleuves, qui vit exclusivement de végétaux ; dans le cheval , daiis le chameau, et en un mot dans tous lesruminans qui n'ont point de cornes , d'après l'observation du célèbre anatomiste que j'ai cité naguères^* comme si la nature avait voulu remplacer, au moins dans cette dernière classe , un objet de défense par un autre. D'ailleurs , le système des dents est, comme tous les autres, un système complet , pourquoi donc les molaires dont on n'a garde de parler , sont-elles plat^ à peu de chose près dans l'homme , ainsi que leur nom l'indique (molaires, de meules, qui broient et ne déchirent point), comme dans tons les fragivores (18), tandis que, dans les animaux de proie, elles sont aiguës et tranchantes, et propres à briser les corps les plus durs; aussi ontelles servi de modèle pour la fabrication de
466 THALT8IB.
plusieurs instrumens qu'on employail, et qu'on emploie peut-être encore pour donner une mort adrense^ a dé&nt de tigres et de panthères. ( Voyez ie Procès de la veuue Blanque-, à k NouTelle-Orléans. )
Farierai-je aussi de la langue y si douce dans Fhomme , et qui^ chez les animaux féroces de la grande espèce, est armée de pointes plus dores et aussi acérées que des épines ? On en a un exonple en petit dans les chats. Le lion en 1^ diant sa proie la déchire. La langue du hœof est rude; mais elle est loin d'aToir les pointes de celle des animaux de proie ; elle ressemUe à du chagrin y et cette aspérité lui était nécessaire pour tondre les herbes dures et tranchantes des marécages ; elle est «Tailleurs un supplément aux dents de sa mâchoire supérieure, qui lui manquent précisément dans toule la laideur de sa langue. Je suis sik que si, dans les variétés de Tespèce, quelqu'une avait ces dents dont les autres sont privées, sa langue serait aussi douce que celle de l'agneau ^.
J'ai &it mention, dans l'avant-demier para-
* Le rhinocéros, dont la langue est très-douoe, a les deax mâchoires armées chacnne de dooxe dents molaires entre deax incisives. Je n*ai en connaissance de ce fait qne postérieorement à Inon observation , qo^il confirme.
aNOUIÉMB DI8C0CES. 457
graphe; de quelques quadrupèdes qui nese nourrissaient que de v^étaux, et qui cependant avaient des dents qui se rapprochaient de celles des animaux de proie. Il faut en donner la raison. Ces animaux , tels que Hiippopotame^ que j^ai dté, et surtout le sanglier ^ transpirent peu, et vivent dans un air chargé d'exhalaisons méphitiques , en n^ême temps qu'ils font un usage habituel de plantes extrêmement alcalescentes (19). Les nerfs de leurs dents, irrités par ces impressions réunies, font qu'elles s'alongent et se contournent , mais l'œil s'arrête sur elles sans effroi. Ces animaux, en effet, sont plutôt. farouches que cruels. Ils n'attaquent point, ils ne font que se défendre , et sont ainsi dans leur droit. La forme des dents de l'homme prouve donc précisément le contraire de ce qu'on avait avancé, c'est-à-dire que cette forme l'exclut nettement de la classe des carnivores, tout en éta* blissant qu'une manière de vivre pareille à celle de ces dernières espèces , leur donne, relativement à l'objet dont il est ici question , quelques ressemblances communes, et c'est de ce trait particulier, qui concourt avec la férocité du regard résultant de la même cause, que dérivent ces antipathies soudaines que non-seulement l'homme éprouve à l'yard de son semblable, mais
458 TpALTSlC
€{ui sont encore partagées par les animaax qu il a associés à sa famille , tels <{ue le chien , le singe, Taganii, et qui produisent dans les relations ordinaires de la vie, de justes et salutaires d^ances. Je terminerai cet article par une dernière réflexion : si Ton ne peut disconvenir que les dents ne soient, ainsi que je Tai d^à observé, un des premiers omemens de la figure humaine ^ , et principalement dans le sens de sa douceur et de sa bcmié, ce qui exdut toute ressemblance avec les dents des animaux de pn»e , on ne disconviendra pas non plus qu'il ne soit fori ordinaire de les perdre à un âge bien peu avan* ce, ce qui est trop évidemment contre la nature des choses pour ne pas dépendre d'une infraction bien caractérisée de ses lois ; d'où il serait serait facile de conclure qu'on est puni par ou l'on a péché. Les médecins ont assigné plusieurs causes à la perte des dents ^ il n'en est qu'une»
^ Anne d'Autriche avait parfaitaneot raison lorsqu'à propos du cardinal de Retz, que Ton disait très-laîd, elle assorait qu'on ne pouvait l'être avec de l>elles dents. En effet, elles annoncent la santé , sa fraîcheur , sa joie, et son agréalile odeur, semblable au léger parfum de la pomme; mais oe signe est rare dans l'espèce humaine, dont l'iialcioe a aoqois l'infection qui caractérise celle des animaux de prme.
** Yolocy ( qui n'était pas médecin ) attribue la perte des dcnt5 , chez les peuples policés ^ à l'nsage des boissons oo des
GiNQUIÉME DISCOURS. 469
qui est ceDe que je Tiens de désigner; ce qui n'empêche point ^que cette cause unique ne puisse avoir phisieors manières d'agir^ dont la principale est l'impression d'une bile acrimonieuse âur les nerfs odontalgiques^ et ce qui le prouve 9 c'est que le mal qui précode la chute des dents y un des plus douloureux que l'on puisse ressentir, commence et finit avec la période ^e la domination des organes biliaires, de vingt et un , ou vingt-huit ans à quaranteneuf. Lors même que ce mal serait le produit d'agens extérieurs y il faudrait l'attribuer à la même cause qui, en affaiblissant l'émail, originairement si dur, dont les dents sont revêtues, les aurait rendues plus accessibles à ses influences. La conservation des dents tient teUement au régime des herbes , que les banians les possèdent encore dans leur entier , et parfaitement bdles , à l'âge de cent ans.
Mfiintenant si du filet d'eau nous remontons
iioarritures prises presque bouillantes. Or , je lui ai ouï dire à lui-même , avant son départ pour l'Amérique , que les Orientaux étaient dans l'osagc de man^rleur riz brûlant; que le riz froid était considéré par eui comme un poison. D n'avait point encore émis l'opinion que je Tiens de rapporter, sans quoi je lui aurais opposé l'exemple des banians cité à la fin du paragraphe, et parmi nous celui. des gens de la campagne.
46Û TUALTSIK.
à la source , si nous oODsidéroDS le» âémens de la charpente de rhomme > nous nous oonraincrons que^ malgré le long «sage d'une nourriture contraire y les os qui composent cette charpente ont absolument les mêmes principes que ceux des animaux herbivores, comme ils en cmt les formes extérieures douces et unies. Je ne m'étendrai p(Hnt sur ce sujet; il me suffira de renvoyer le lecteur aux savantes analyses des chimistes Fourcroy et Yauquelin. Cette obsa^ vation est extrêmement précieuse; elle complète celle qui a été &ite à Tégard du cœcum.
Cest le cas de rappeler ici une remarque importante du docteur Gall , qui peut être considérée indépendamment de tout esprit de sjstèm& Je veux parler de cette protubérance qu'il a observée sur la partie postérieure de la tête de tous les animaux de proie, que présentent aussi les hommes remarquables par leur.férocité, en un mot les soéiérats, et que n'ont point les autres. Il serait possible que cette protubérance se format spontanément , maïs il est bien plus vraisemblable qu'elle date de loin, et qu elle doit son entier développement à un vice héréditaire. Ainsi donc , quand même un homme , fût-il le meilleur de tous , ne s'abstiendrait de chair qu'aGn qu'un de ses descendans n'eût
CINQUIÈME 0I8GOUBS. 461
point la constitution du scélérat y et ne périt point du dernier supplice , ce serait certes une raison plus que suffisante; car je pose en fait que ce n'est que par ce moyen qu'il peut être sûr de dérober sa postérité à de si fatales conséquences; et je ne fais point entrer dans cette ligne de probabilités ces mouvemens désordonnés de la société, qui , à la manière des torrens, confondent et entraînent tout pêle-mêle dans leur cours ; je ne pifrle que de la marche ordinaire des événemens, et je dis qu^il n'est point de famille, même les plus prépondérantes, qui ne soit destinée à fournir , tôt ou tard, son objet d'expiation, n'importe comment; et pourquoi ne rencontrerait-on point ce but dès qu'on est sur la voie qui y conduit ? Le gouffre est là , il faut finir par y tomber. Je tremble quand je songe que Néron , avant sa naisance , avait été prédit par sa mère. Elle voulut passer outre, et elle périt de la main de ce fils, qui lui-même, quoique souverain du monde , fut condamné à mourir de ce det^iier supplice.
 cette série de preuves tirées de l'organisation humaine , j'en ajouterai une nouvelle qui la complète. M. Despretz, dans un mémoire couronné par l'Académie des Sciences (ce savant a pris rang depuis parmi nos plus habiles chi-
462 THALTSIE.
nûstes)^ a fait iroir que la respiralion prodoisaii ^^ de chaleur dans le$ animaux heriMTO-
1 oo
l'es, et j^ seulement dans les C8mivore&^ Faut-îl chercher ailleurs la cause de la Doblesie, de la générosité, de toutes les qualités aimaUes des êtres qui ne vivent point de proie, et dont les jours ne sauraient être trop longs , comme ceux des autres ne sauraient être trop courts?
L'homme était donc fait pour le régime des herbes ; il Ta abandonné. 11 nous reste à jeter un coup d'œil sur ce que celte infraction lui coûte.
Cest un fait certain, que l'homme ne meurt jamais de vieillesse. Il tombe avant d'être mûr; il n achève point sa destinée, elle demeure imparfaite. Au reste, ce dernier état est dans une complète harmonie avec ceux qui Font précédé, puûk[ue rien de mûr, rien d'acheiré n'est sorti de ses mains.
Cependant il était né pour vivre de longs jours, pour ne quitter la terre qu'après l'avoir connue et pesée; et s'il ne la connaît point, s'il n'a point
* La chair éteiat dooc la vie |nr Tair méphitique qn^eOe contient , tandis que les végétaux rallument par uae raison tout opposée; les v^étanx , qui sont le feu ou Tâme de la nature ! Ceci explique la vie d'irritation des espèces cruelles, dont 0 sera question dans le discours qui termina ce Tolome.
GINQUIÉHE DISCOURS. 463
atleiot le but pour lequel il y a été fiaoéy comment espérerait-il d*en sortir? La pane la moins forte qui pourrait en résulter ne serait-elle pas qu'il refit le voyage?
Qu'elles sont nombreuses les maladies qui affligent fespèce humaine ! et pourtant elles ne reconnaissent qu'une seule causa Elles sont toutes dans ce poison formidable qm, comme dans certains arbres d'Amérique, est intimement mêlé avec l'aliment
La médecine moderne , qui e&t peut-être déjà ancienne, tant les systèmes sont, comme les hommes, pressés de se succéder, attribue toutes les maladies essentielles à l'inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac ou «des intestins. * Or, quest-ce qui devrait brûler cette
* Cest dans raltéralioD da sang que Ton plaœ aujourdliui la caose de presque toutes les maladies , et il est singulier qu'il ait fallu autant de temps pour arriver à cette vérité. Le sang est en effet ce qui arrose, 'nourrit, entretient ooi ori^anes. Il doit les blesser s'il n'est point oactnciix , s'il charrie des opines, Ooa remarqué qu'un chaugementprcsqu'inseRSible, un degré de viscosité de plus , sufBsait pour Tempecher de passer dans les vaisseaux capillaires , si petits quik échappent à la vue simple, et alors la circulation s'arrête, il faut mourir ; ou , si Tépaississement est moins grand , on pourra parvenir à surmonter l'obstade, mais il faudra languir, il faudra souffrir jusqu'à la mort, qui, dans ce cas, ne peut être bien éloignée.
464 THALTSIE.
membrane? n'esl-oe point œ qui ccmlient da feu, œ qui brûle réeUemenl, le vin , Feat^de-Tiey les aromates? Eh bienf rien de tout cela nWrive par l'effet de ces substances. Leur trop fréquent usage peut bien ^donner des afFecdons inflammatoires, c'est-à-dire, rougir la tonique des vaisseaux sanguins; mais il ne produit point ces fièvres pernicieuses qui décomposent toute l'organisation , et raident l'individu qui en est affecté méconnaissable aux yeux même de ses p.™ p™ch«. U ««. e. dJL U «use a«»
l'érosion produite par le simple contact d'une matière excessivement acrimonieuse.
Quels ravages ne fait point ce venin exalté par une chaleur ardente! Nous venons d'apprendre avec effroi que quarante mille personnes avaient péri d'une affection des intestins, dans une seule ville du royaume de Siam. Les vivans ne pouvant suffire pour enterrer les morts, on a pris le parti d'enlever les toits des maisons, et de les ouvrir aux vautours. Ces malheureux, dans leur désespoir, ont accusé les Européens de leur avoir apporté ce mal; ils ne se sont trompés que sur l'intention. Cest ainsi que La Condamine, dans son Voyage à téquateur, observe que le vomissement noir était inconnu sur les côtes de la Mer du Sud
CINQUIÈME DISCOCKS. 468
àtant l'arriVée des Européens. On ne peut l'attribuer qu'au r^me barbare qu'ils y. ont introduit; car ce r^ime, je le répète^ est la source de tous les maux, ou plutôt^ c'est le même mal. sous différentes dénominations; Tariole ou jaous en Afrique , peste en Egypte choléra-morbus dans l'Inde y plica en Tartane y fièvre jaune en Amérique, fièvres ataxiques, de toutes les formes , dans le reste di;i monde , suivant que le climat modifie le venin et le dirige sur les organes qull affecte de préfé* renœ, comme un grand nombre de faits le dànontrent Cest ainsi, par exemple, que le venin de la fièvre jaune est comme celui du serpent à sonnettes des Inêmes contrées, seulement plus concentré dans le reptile (20). Ainsi dans la Fouille, au rapport de Méad, on est sujet aux mêmes maladies qu'oocasione la piqûre de la tarentule^ et elles sont guéries par le même remède, la musique et la danse (21). L'affreuse maladie du centre de l'Amérique aurait pu être ailleurs la lèpre. La matière de cette maladie s'est jetée sur la partie relativement la plus faible (22), et en a reçu les modifications qui la caractérisent Que si l'on doutait que cette maladie ne fût produite par Fosage d'une nourriture animale, renforcée
466 THALTSI&
par l'anthropophagie , le trait suiTaiit, rapporté par l'exact et jadideax Chardin^ dans son f^ojrmge de Perse, ôterait a cet ^ard toute espèce d'incertitude. Chardin obserre qo^à Trinquemale il suffit de manger de la chair da buffle pour la contracter ; nourriture qui donne seulement de fortes coliques a Siam^ d'après Tavemier; et c^est ici surtout qnll £uit remarquer ces rapports du climat avec les organes, lesquek j'ai mentionnés plus haut, puisque c'est à Sîam que le choLéra-morbns séfit avec tant de fureur. Il £iut donc étaUir cette importante vérité, qu'il n'y a qu'une seule maladie, comme il n'y a qu'un seul remède. Passons à quelques considérations pardcu'
On sait que c'est l'air vital, produit de la transpiration des plantes soumises a l'action solaire, qui donne au sang sa couleur vermeille: Il est noir avant d'avoir reçu le contact de cet ' air *. Or, je dis que la nourriture tirée des
* On émet atijoordliiii qadqnes doutes sur U ooIoratioD da sang par roxigène; peut-être attriboen-t-on aossi biealDtsa chaleur à une autre cause. Tout cela mlmporte peu ; je suis sûr de mqp fait y et c'est précisément parce que j'en suis sûr que j'appelle la science à son secours, mais la vraie science ; j'attends d'elle mes meilleures preuves. Ainsi Kepler, trouvant
GIKQUIÉMB DISCOURS. 467
animaux donne à ce sang plus de noirceur que l'aspiration des poumons n'en peut édaircih L'on eonœvra alors commept le plus simple accident qui diminue la force de la respiration peut amener de résultats funestes. Si cet état dé choses ne donnait point directement naissance aux maladies^ ce qu'il opère bien souvent^ il leur donnerait du moms la fatale terminaison qu'elles prennent ordinairement (23)« Les médecins se hâtent maintenant, dans ce cas y d'administrer les sucs dlierbes y dans la Yue^ sans doute ^ de décarboniser le sang; mais c'est par un pur empiristne^ puisqu'ils ne les ont point conseillés pour prévenir cet état^ et alors il n'est plus temps (24).
On peut conclure, en outre de cette observation > que le colons de la beauté, ces teintes purpurines de la rose et ae la pêche, découlent de la même source.
Les nerfs répugnent aux nourritures animales. Si on les contraint à les recevoir, qu'qi résultera-t-il ? De deux choses l'une , ou ils se-
Tide nue place où iTImit y avoir, selon loi, une planète, assQia qu'elle y était réellement, et que si on. ne I»TOyait point c'était la faute des instrumens, mais qu'on la découvrirall un jour ; et , ô merveille ! cette découverte a été faite.
468 THALTSIE.
ront enveloppés y emerelis dans une nuisse de chair, ou bien ils conseirerûnt toale leur vitalité. Dans le premier cas y llndividu n'aura que des sensations obtuses^ il sommeillera onnme la brute ^ qui même le surpassera en intdligenCe; dans le second cas, il vivra an san d'une agitation perpétudie, n'existant que pour nuire et pour souffrir.
Les végétaux, au contraire, forment la véritable nourriture des nerfs; ils préparent le fluide qui les abreuve , Thuile de cette lampe merveilleuse. Cest ce fluide qui, porté par le sang dans toutes les parties du corps , prodoit Tenchantement des êtres.
Cette diflTârence, en apparence si légère, est cependant ce qui constitue au physique comme au moral la santé ou la maladie.
La santé est le résultat évident de rharmonie de tous les organes. Or, il est impossible qu'une nourriture qui n'est point faite pour eux ne les altère point à la longue. Les plus sensibles > ceux qui Concourent le plus directanent a cette harmonie, seront les premiers blessés, et, malgré la force aj^Mrente des autres, ils ne tarderont pas à les entraîner dans leur diute.
En voyant les hommes cirailer dans les rues des villes, comme des fourmis dans leuxs four-
ClNQVliMB PISGOUBS. 469
miliares^ on ne dirait pas qu'ils sont tous atr Ceints du trait dont je parla Ils le sont œpendant, puisqu'il n'en est point un seul^ je le répète^ qui doive mourir de vieillesse; et l'on s'apercevi^t aisément du vide qu'ils laissent après eux^ si leur place n'était prise aussitôt par un nouveau venu, si l'on ne faisait que serrer les rangs, comme dans cette ronde célèbre des fiUes de Scio. Considérons, vers la fin de l'été , un arbre couvert encore de ses feuilles; quelques-unes sont jaunes et prêtes à tomber, d'autres jaunissent, le plus grand nombre ^ quoique conservant quelque apparence de verdure, annoncent qu'elles auront bientôt le même sort Âiiisi sont les bommes; ils prennent, les uns plutôt^ les autres plus tard , mais tous avec quelques-unes de ces nuances , cette couleur du sépulcre, que d'autres races bumaines, chargées d'années, n'ont point au moment même où elles y descendent ; c'est-à-dire qu'on les dirait vivantes encore, quoique n'étant plus. Approchons-nous de ces feuilles souffrantes, presque détachées de l'arbre de vi& Hélas! tout ce qui périt avant le temps excite une profonde tristesse! Preuve bien sensible que l'existence est d'un prix phu élevé qu'on ne pense, lorsqu'on ne la
470 THALTSIS.
juge que d'après les calculs ordinaires. Et œ haut prix y d'où lui viendrait-il ^ si cen^était da noble emploi qu'on en peut faire? Ils ne le sentent que trop ceux qui sont ainsi menacés de la perdre. Que ne donneraient-ils point pour réparer ce temps, tout an moins inutilement écoulé ! Que de projets pour un avenir qu'ils ne doivent point voir, et qui n'en esl que plus ravissant à leurs jeux! Incertains sur leur destinée, ils cherchent , avec une curiosité inquiète, à la découvrir dans les regards de ceux qui les entourent, affectant une assurance qu'ils voudraient pouvoir leur oantmuniquer, pour qu'elle leur revint conune un rayon d'espérance; mais hélas! rendus à eux» mêmes, au milieu de leur solitude, ils sentent avec amertume qu'ils ont descendu le chemin de la vie et qu'ils ne le remonteront plus. A chaque fois qu'ils le tentent, une voix inexorable , comme celle de ce roi d'odieuse et rer doutable mémoire, leur crie : il faut mourir! Quant à ceux qui , accrochés à la vie comme la feuille verte ,à la branche qui la porte , ne la sentent pas encore défaillir, on les voit fouler la terre d'un pas assuré et satisfait, sans regret du passé, sans craintes pour l'avenir; une circulation rapide, entraînant le poison avec elle,.
CINQUIÈME DISGOCAS. 4-71
rempeche de s'arrêter et de prendre racine ; u;i effort commun de toutes les parties soutient rédifice^ et fait presque croire à son possesseur qu'il est indestructible. Mais qu!il faut peu de chose à la nature pour rompre cet accord trompeur! Une simple transpiration , refoulée^ xejetée par l'air ambiant ^ ccHnme s'il eût craint une souillure, indique bientôt le point ou la place doit être attaquée, et c'est; la que l'ennemi intérieuT'Se précipite avec toutes ses for- ^ ces. Le calme semble renaître qudquefois après l'orage , mais on s^ fierait en vain. Le vaincu , s'il ne succombe point, descend bientôt au^ rang de ceux auxqueb il était, il y a peu d'ins- JUBi^y si fier de ne point ressemUer. Te voilàj lui disent ces derniers , dwi tan ironique ;- toi, qui étais naguères si puissant, te voilà comme fun de nous!
Ceux qui auront jeté sur la nature un coup d^œil tant soit peu attentif, auront vu qu'elle est douée d'une force coptinuellement agissante. Quel est l'c^jet de cette force? De créer et d'assimiler; et il est digne de remarque que ces deux actes se remplacent l'un par l'autre , c'est-à-dire que la création a lieu ( je parle ici d'une création qui a dévié de son principe) lorsque l'assimilation est empêchée, soit pat^
472 THALYSCL
excès y soti par dé&ut Les substances ^nima? les, par leur disposition à s'organiser, (avori-r sent ces créations au jdos haat degré *\ aussi sont-elles habituelles dans les animaux carnassiers, mais avec cette différence que dans ceox qui méritent ce nom, par une constitution des long-temps acquise, et qui est devenue comme une seconde nature, elles sont r^cnissées du centre vers la circonférence. Le requin est couvert de colonies d'insectes qui vivent et se propagent au milieu de la lympe épaisse dont cet animal dévorant est comme enveloppé
(un poisson appelé le suceur vit de sa substance, comme le gui vit de celle du chêne); le crocodile les nourrit dans sa gueule affreuse, et il en est incommodé à tel point, que, malgré sa voracité , il Êiit grâce à un oiseau ^i ose entrer dans cette gueule, pour faire sa proie de ces insectes (ce fait, rapporté par Hérodote, qui paile de sangsues , au lieu d'insettes, a élé confiimé, a cda près , par un câèhre naturaliste de nos jours ); le lion et le tigre ont ans» leurs hôtes parasites ; le chien, disposé, comme
* La viande cherche à s'oi^gaaiser, lesv^âanx tendent à s'asàmiler^Toilà, en denx mots, tout le système , çni, poor être exprimé aussi brièvement , n'en doit pas moins fixer Fattentioi^ dn physiologiste.
CDTQUIjÈMfi DISCOURS. 473
le corbeau pour se nourrir .de chair oor rompue^ se délivre^ au moyen de ses déjections , de œs ëléoiens de créations nouvelles; mais dans l'homme , qui n'était fait ni pour l'un i>i pour l'autre état^ ces créations sont intérieures^ il en est dévoré, il leur cède la place (25), Ândry, dans son Traité des P^erSy en parlant de ceux qui naissent dans l'intérieur de l'homme ( il y en a quinze espèces bien connues ), remarque qu'ils y acquièrent, en vieillissant, des formes horribles. Je le crois bien; ces formes sont comme celles du. moule dans lequel ils sont jetés *. Tout cherche à augmenter sa vie 9 les animaux dont je parle comme les autres; on ne pouvait les apercevoir à l'oail nu , c'est maintenant le tœnia, ou la veine de Médine , de plusieurs aunes de longueur. Tels les Européens prennent pied en Asie, en Afrique, ou dansi le Nouveau-Monde, et disent : Tout ce pays est à moi; il le sera, il tombera, selon toutes les apparences, sous les coup^ de ces animaux microscopiques. Tels on voit les An^ glais marcher à la conquête de l'Inde: du plus loin qu'ils voient Auraig-Zd), l'empereur de
* Ces vers achèvent lear ouvrage eo dévorant lliomme dans le tombeau; car o^ sût bien que les vers de terre ne mangefit point de d^ir.
474 TBALTSUS.
œ pays, ik se [Hnécipîteiit à terre, et s*avanoenl jusqu'à ce prince, en rampant sur leur yentre. Aurmg*Zeb permet à ces reptiles, d'âne espèce nouYcUe, d'élever quelques pans de mur à l'extrémité de ses états; veilà le coaunenoement de leur fortune. Ils ont fini par dévorer k race d'Aureng-Zeb, et bien d'autres encore, en attendant qu'ils servent de proie à kur tour.
Un résultat non moins frappant de la nourriture tirée des animaux, est cette ossiGcation précoce, qui ralentit k vie, aussi bien qu'dk Fabrège; et c'est ainsi que, comme le dit Ovide, l'homme, en mangeant Fanimal qull a tué , enferme k mort dans son sein. Cest à ce principe de la nature de k pierre qu'il fiiut attribuer aussi , sans aucun doute , cet endurcissement dont le cœur de l'homme est si tdt enveloppé. Ovide a encore raison : fedl iter sceleri\ mais il n'est pas question dans ce moment du moral de l'homme. Nulle part ces terribles effets ne se montrent avec plus d'évidence que dans k nation anglaise, qui est aussi k plus dévorante du globe. Il existe uiie makdie particulière a cette tk (le white S¥rdling)> qui, semblable à «une mort anticipée , condamne ceux qui en sont atteints à une éter-
CINQUIÈHB DISCOURS. 478
nelle immobilité^ au milieu do mouvement de la nature, auquel ils méritent bien de demeu-r rer étrangers. D autres effets sont souvent amenés par la même cause y sans une grande différence pour les résultats : je veux parler de cette sorte de stagnation, ou d*épaississement morbifique de^ humeurs, lequel est comme un voile funéraire qui enveloppe tout ce peuple, et qui , lui peignant toute la nature en noir, lui inspire, par im Juste retour, la continuelle pensée de se déchirer de ses propres mains (26).
Où est la source de la synovie, Tâme du mouvement? Incontestablement dans les herbes, et dans les herbes seules ^. On pourra parler de l'agilité du lion, du iigre, du chat; mais outre que cette agilité est forcée et qu'elle
^ La syaovie étant oe liquide que les nerfi transmettent aui^ ^colatioDS pour les lubréfier et entretenir leur souplesse, dépend entièrement de k nourriture que Ton donne à ces derniers ; aussi leur roidenr commence-t-elle de bonne lieure^ et fait-dle des progrès rapides par l'usage d'alimens contraires; et je remarquerai que c'est là recueil ordinaire des yidUards qui, grâces à des circonstances particulières, ont échappé an sort qui leur était réservé : ils périssent presque tous d'une chute.
La sjnorie, lorsqu'elle provient des végétaux , est extrêmement onctueuse ; c'est un gluten végétal pur. L'usage^ de fat viande communique à ce gluten des priiyûpes ammoniaca^ux qui amènent son dessèchement.
476 THALYSIS.
dore peu ^, elle n'approdie point de cdle da lièvre, du cerf, du daim, delà renne et da dmmois. La gazelle laisse bien loin derrière elle le lion, qui ne peut la prendre que par mse, et la girafe court comme le yent Le roi de la vitesse a été découvert au milieu du siècle dernier dans la Nouvelle-Hollande, au milieu d'un peuple appesanti, comme celui d'Angleterre, par Tusage de la viande; c'est le kanguroo, qui ne vit que d'herbe, comme le cheval, quoique ressemble au chien. Son agilité est si grande, qu'il fieiit des sauts d'une étendue de yingt-hnit pieds. En un mot, on estime que sa vitesse est a celle du lévrier, ce que la vitesse du lévrier est à celle du chien ordinaire; et ce qu'il y a de remarquable dans cet animal, outre la noblesse et la douceur de sa figure, trait commun à tous les herbivores, c'est que la forme de sa patte se rapproche beaucoup de celle de la main de l'homme*, comme la patte de l'ours et celle du singe, et qu'il s'en sert de la même manière. Je n'en parle id que conune d'uneidentité qui annonce quelques liaisons de famille.
* Daos les f ruglyores , l'iuine, cette lessiTe da coipfi^ charrie da carbooate calcaire , et dans les camivoresi des aeb phosphoriqaes. Or , c'est ce carbooate calcaire qm , retenu chez ces derniers , se jette lar les articulations, et amène nnt osâfication précoce.
CINQUIÈME DISCOUBS. i??
Parmi les. hommes les plus agiles que Ton connaisse est un peuple frugivore de llle de Ténériffe. Ces hommes volent, plutôt qu^iU ne marchent, sur leurs montagnes escarpées et semées d'afFreux précipices. L'oi^e est leur seule nourriture^ et ils ne boivent point de vin (27>
Les Basques , parmi nous , sont connus par leur agilité, qui approche de celle des hommes que je tiens de nommer, mais qui ne Fégale point ; et la différence ' de cette infériorité se trouve dans la différence de leurs régimes respectifs. Quoique les Basques ne vivent généralement que de lait et de bouillie de maïs, ils ajoutent quelquefois à ce dernier aliment un mélange impur (28), qui altère leur physionomie, la beauté de leurs formes, les plus belles que Ton connaisse en Europe, et qui influe aussi sur leur moraL Par l'effet de cet alliage, leur vivacité se change en turbulence; élat dont je ne puis mieux représenter les effets qu'en les comparant a Tacte de l'enfant ou de Finsensé qui trouMe l'eau de la fon-*taine avant d'y boire, et qui empêchera ce peuple d'atteindre la haute perfection pour laquelle il avait été spécialement formé. Yoici une autre question : Le régime végétal
478 thaltsiej
favorise-t-il la population? J*ai dqà répondu afiBnnatiTemenL Je n'oserais œpendant assurer que c'est par le nombre des enfans; je croirais plutôt que c'est par leur conservation , dont il est le principe^ tandis que la race des animaux de proie périt avec la {dus grande ra^dite '^; et je me fonde ici sur la difficulté plus grande de la reproduction , qui panât être en raison de la plus grande perfection des êtres **; et comme la beauté doit être comme la bonté, je citerai a l'appui l'observation d'une bonne ménagère de nos jours, qui a remarqué que les poules dont la tête était ornée d'une aigrette pondaient moins que celles qui étaient privées de cet ornement Cependant, voici un fait rapporté par les papiers publics > au commeâoement de ce siècle, qui contredirait ce que
^ La lionne, ayant qnatrt ndamèlleSy ptfatavi^eta»avent qnatile petits ; mais c'est beaucoup si un seul échappe à la crise de la dentition , par TefTet de racrimonie de ses iiumeun. Cest absolument la même cause qui emporte cbea nous , à la même époque , un si grand nombre d^enians.
** Il est remarquable que les végétaux les plus parfaits, ceux qui donnent à llumuie la meilleare nourriture , sont dioïques comme les animaux. Tels sont le palmier, le figuier, etc. On voit aussi que la reproduction est plus fadie à mesure que les animaux sont moins composés ; edle des pol jpes «t des anémono de mer ne difSere point de celle des saules et des peupllen , qui naissent de boutures.
ClMOtlÉME DISCOOIS! i*1^
) Wance. U s'agissait d'un cultÎTateur de la province de Massachosset , aux Etats-Unis, qui peul>>étre vit encore» Il était âgé de soixante ans (29)) lorsque , con4uit par ses propres ré' flexions^ il embrassa le régime v^étaL II en avait cent quatorze à l'époque dont je parlé, et il s'élevait plein de santé et de vigueur, conunft un chêne robuste au milieu d'une postérité^ j'allais dire d'une forêt composée de quinze cents individus. U ne Êiudrait point toutefois que ce grand npmbre de créatures humaines nous . effrayât ; outre que ce cultivateur avait eu trois femmes, ce qui est comme une source trois fois renouvelée, il faut attribuer en grande partie cette çxtréme fécondité à las^ piration des riches déserts américains, et plie doit diminuer en mêkne temps que la sympathie qui a contribué a la produire. Cest ainsi que la population des Etats-Unis doubla dans les vingt premières années de leur indépendance, et croit depuis avec une progression toujours moins rapide. Et, d'un autre coté^ la population ne saurait, dans aucun cas, être trop forte avec le régime v^etal, comme il serait aisé de le prouver par un calcul bien simple et qui tombe sous les sens; tandis que > quelque faible qu'elle soit, elle est toujours en
480 THALTsnr«
excès arec le régime contraire. Nous sommer trop nombreux, est le mot affreux qui sort de toates les bouches en Eurc^, où l'on ne compte environ qne mille indiyidiis par liew carrée, dans les étals les pins peuplés^ qui pourraient en nourrir aisément Tingt £ab davantage (30). Il me serait facile^* au reste, de démontrer que le r^ime v^étal doit si'âaUir nécessairement lorsque cette population aon attant certaines bornes (j'en ai déjà fait la remarque ) ; mais je voudrais que la moralité des bommés influens devançât ces momens, dont ils hâteraient l'heureuse venue ^ car, que peuton désirer, si ce n'est qu'il y ait sur la terre le plus d'hommes possible, et des honunes pleinement satisfaiù de leur destinée ?
Une preuve indirecte que l'homme n'est point fait pour vivre de chair^ c'est, le croî' ra-t-on, la facilité même avec laquelle il la digère, fondée sur des rapports analogues, bien que les résultats en soient si funestes, et qui augmente, pour cette même raison ;, lorsque Thomme se nourrit de son semblable. Cabanis, dans ses Rapports du phjrsiqua et du moral de t homme , ouvrage où l'esprit d'observation est porté d'ailleurs au plus haut degré y lui &it adressei* aux animaux cette plai«
saate apostrophe : Préparez pour moi les sucs des plantes, que mon faible estomac aurait trop de peine à digçrer ; ce . qui doit être , en eCfet^ pour eux , d'une puissante considération- Mais est-il bien possible qu'un observateur tel que Cabanis n'ait point vu que Testomac de l'homme n'était £siible précisément que parce qa^on lui donnait de la viande à digérer, comme tout organe s'afifaiblit par le défaut d'un exercice 8u£Gsant! Où sont les estomacs forts? ne sont-ce point ceux des Ecossais , et principalement ceux des Norwégiens, occupés à broyer un pain d'avoine de vingt années , et la dure éoprce du sapin? Aussi est-ce parmi ces peuples que l'on va prendre ces exemples ,de longévité qui donnent des espérances à nos précoces vieillards, à nos vieillards carnivores et cacochymes, aux hommes à estomac faible a rhomme de Cabanis (31).
Puisque j'ai nommé cet écrivain , je ne dois point passer àous silence une page de l'un de ses mémoires, où il se montre l'auxiliaire de Buffon, tout en éludant de traiter le fond de la question. Je vais citer ses propres paroles ; elles ressemblent à d'autres auxquelles j'ai déjà répondu; mais puisqu'on reproduit l'objection
il doit être permis de reproduire la réplique.
482 THALT8R.
(( lies substances animales ont sur TestOBiac j> une action beaucoup ^lus stimulante que » les v^oCaux; à volinne ^al elles r^pamt » plus complètement les forces. H j a œrtai- » nement une grande différence entre les kom- )) mes qui mangent de la diatr et ceux qoi )) n'en mangent pas; les premiers sent incoah » parablement plus actifs et plus forts. Toutes » choses égales d'ailleurs, les peuples carnivores )) ont, dans tous les temps, été supériemes ânz » peuples frugiTOres dans les arts qui deraan- » deut beaucoup d'énergie et beaucoup dlm* » pulsion. Non-seulement ils sont plus ooura* » geux à la guerre , mais ils déploient en gêné* » rai dans leurs entreprises un caractère plus » audacieux et plus obstiné ». ( Influence du régime sur les habitudes morales, y
Les superlatifs ne manquent pas dans ce morceau. On sent, a l'énergie et au choix des expressions, combien l'idée que Thommedoit ▼ivre de proie était dière à Gibanis. Mais- une telle joie doit inspirer de la méfiance; die est comme celle de Fathée. Poui*quoi éles-vous si safisfiut, pourrait-on dire à ce dernier? S^ était vrai qu'il n'y eût point de Dieu ^ atsÀ que vous l'affirmez , et bien certainement sans le savoir, cette vérité serait si affligeante, que
GINQDIÂKB mSCOUHS. 483
Tons ne pourriez poi'ntr l'exprimer sans raecompagaér des accens de la plus vive douleor^ comme si on eût appris la nouvelle que la terre a été changée tout-à-coup en un désert plus aride que œux de l'Arabie. Votre joie, je le répète, vous trahit ; et tout ce que prouve votre raisonnement y c'est que vous désirez qu'il n'j ait point de Dien. Il en est de même des assertions de Calkmis.
Eh ! combien n'augotenlerai-je point la satisfaction des hommes^ de sang, lorsqu'ils verront, dans un autre volume, mes opinions sur l'origine de la terre , lorsque^ je démontrerai qu'elle ne s'est rien donné, et qu^elle est née de la poussière séminale d'un autre mondq idée importante, et qui doit servir a rendre raison d'une infinité de phénomènes inexplica* bles sans elle! Ik potirntaïC en conclure que le spectacle dont nous sommes témoins est le même dans tout l'univers; ils verront la destruction y accompagnée de violence^ semée dans les champs de l'infini; et ils pourront s'en faire
une juste et agréable image par celle de Prométhée, dont un vautour étemel dévorait le cœur, qui renaissait sans cesse !
Mais on voit que Ténormité du malheur, j'oserai dire de l'attentat, et prouve l'impossi^
484 THALT6IE.
bilité. Il est aisé de conoeroir que ce qae nous voyons n'est qu'on résultat de l'infinnité de la terre, d'un lieu ténébreux, âoigné du centre de la vie, dont il devait se rapprocher, an moyen de l'homme, si ce dernier, an lien de s'abaisser dans la iange, de se plonger dans les élémens de la corruption, se fut élevé à la haute destination pour laquelle il était fait Soyez donc cruels, ô humains, si telle est votre volonté,, dites que €^est pour votre plaisir que vous tuez, comme le tigre *y mais
^ Ces expressions sont deMirabeakU, Considérations sur Fordftde Cincinnaius, Mirabeau n'était ni citièlni m^iiao^ mais 11 peniiait que l'homme était né l'on et Faatre. Il regardait sa bonté comme factice, c'est-à-dire comme on cakol de son inlelBgenoQ car cet esprit, un des plus tastes qvl aient existé^ concluait fort jodicieosement que, de qudqoe manière qneœ (ut, il devait y avoir plus de bien que de mal dans le monde» parla seule raison, tirée de la continuité de son existence. Au reste, ces expressions de Mirabeau cadrent parf^tement ayec les paroles quHl proféra peu de temps ayant sa mort, et qae Cabanis, qoi étaitson médecin , nous a transmises. Les ▼(Aci : « Mon ami, je » mourrai aujourd'hui : quand on en est là il ne reste plos » qu'une chose à faire , c^est de se parfumer , de se couronner > ie fleurs , de s'environner de musique , afin dVntrcr agréa- » blement dans ce sommeil dont on ne se réveille plos ».
Cabanis avait aœurânent dans Mirabeau un malade digne de lui , et bien fait pour donner de la vogue à sa doctrine, qu'il ne faut pas croire cependant que tous les hommes cél^yres aient partagée. Cyrus, Je l'ai déjà dit, se préparait aussi
CINQUIÈME DISGOUfiS. 486
^rdéz-vous de dire que c'est TOtre droit Or, *vou8 Taoriez încontestaUement oe droit, si, en TOUS, nourrissant de la substance des animaux, TOUS deveniez:, en efïet, plus courageux, plus forfs et plus intellîgens.
Si iK)us revenons maintenant à ce paragra^
.graphe de Cabanis , nous verrons que tout en
est faux, depuis le commencement jusqu'à la
fin. Il commence par avancer que la viande est
plus stimulante que les v^étaux, et notez: bien
que oe que l'on connaît de plus stimulant est
tout sorti précisément de la classe des végétaux,
i'ail, l'oignon, le poivre, le girofle, le vin,
le piment, la moutarde, le Lari; dans les
cas de maladie, on connaît la puissante influence
des Totaux appelés toniques. Dira-t-on que
les premières substances que j'ai nommées ne
sont en général que des assaisonnemens? Mais
qu'importe? Que si c'est seulement à cause de
sa qualité nutritive que Gi)anis considère la
à reotrer dans le sein de la mère commune ; Socrate songeait à se réunir à Phthia la fertile ( qui porte les fhilts , ••-^ftugiferœ». Phthke) ; mais ce n'était point pour y dormir de l'ëtemel sommeil! Voilà les hommes qu'il fknt tntourer des parfums de la terre an moment où ils expirent La rose a^allie avec la fleur de llmmortalité \ unie au cadayre, die est affreuse comme lui.
viande conme stimulante^ qu'est-ce qui ea ooDtient davantage que la substance amylacée dont la terre est couverte?
Parlons maintenant , ou reparlons dn courage , de la force et de l'intelUgeoce. L'orsde de DelpheSi je date de loin, a décidé la qoeslion au sujet du courage ( elle Tayait dqà été par Tannée de Cjrus, qui , avec du pam et du ieiVy avait fait la conquête du monde). Interrogée par des envoyés de Lacédémone s'ils feraient la guerre aux Arcadiens y la fiy thie les en dissuada par cette réponse : Sitchez qUun peuple qui vit d herbes est inpinciUe dans les combats (32). Au reste, les Laoédémoniens étaient eux-mêmes ce peuple, à peu de chose prés (33). La queejticKn de finteUigeoce a été résolue par les Hoa^dns^qui, pressés par un antre oracle d'ériger un monument au plus sage des hommes, l'élevèrent à Pythagore.
U n'y aurait qu'une seule chose de vraie dans la tirade de Cabanis , s'il s'en était mieux expliqué, c'est l'impétuosité brutale que donne la fausse excitation de la viande, ajidée toutefois de boissons enivrantes, ainsi que j'en ai déjà fait l'observation; car, seule, elle attère l'homme, et le laisse comme une m.a$se jinerte (34), Mais cette impétuosité mêmie ne pro-t.
ciNQuiiMœ DISCOURS. 487
sàmsmt rica pdr son propre mouvement; iqprès s'être consumée en wîns efforts > elle finirait par lomher dans le goixffre où va s^engloutir «iXMit €e qni Im ressemble, si elle n'était soateoae et dirigée par le calme, la patience, la lacidité des frugivores, % qui, je le répète, apfiartient tonte intdligenc&
Cabanis s'est paiement mci^rîs, en attri-^ .buont la force a la nourriture tirée des aniniMix; il a coi^ondu la force d'caergie avec ciéOe de pesantrar, la fonce des nerfs avec celle des musdes. On sait que les «lobustes Auvergnats qiû exercent à Paris le métier de pcMrtefaix , ne vivent absdnment que de pain et de vin. Ce n'est point certainement la viande qui doQiie aux -porte^fiiîx de €onstaiitinople cette v(ga6«ar-qui leur permet de se mouvoir , sans en être ébratjiés, sous le poids énorme d'un millier. Les athlètes n'avaient point ancienne* ment d'autw uoorriture que celle qui est tirée des végélànx; On connaît la force extraoïdi- ^ naire de Mikm , de Crotone, qui soutint seul lé plancher, prêt à s'écrouler, d'une maison où se réunissaient les pythagoriciens, dont il était du ' nombre ; ce qui doit faure rd^uer au rang des fables le grand exploit qu'on lui attribue,
488 THALTSIE.
d'avoir assommé un bœuf d'tm coap de poiog, et de l'ayoir mangé en an jour *.
Et, au faoat du compte, qa'esi-ce -que la force corporelle, quand même die serait , dans tm seul homme , douUe et triple de celle d'im autre? BufFon lui-même n'art-il point dit que Vesprit maîtrisait la matière? Miltiade, à Mara- « ibon, avec une poignée de Grecs sobres, ne mit il point en déroute des noées de Perses, qui ne Tétaient plus, et la formidable cavalerie de Mardonius , composée de colosses de Médie, qui passaient pour indomptablies ? Et Aristide ^ le mangeur d'berbes, n'^en fit^il point de même à Platée? Il y eut an moment où toot fut ébranlé en Europe et en Asie; tout changea de place; ce grand monvement fut opéré par un homme qui ne vivait que d'an bouillon de feuilles de hêtre , versé sur quelques t£anche$ de pain.
La force matérielle n'est donc rien, je le ré^ pète; on peut la faire à volonté, en joîgpimt an individu à un individu; mais il n^n est pas de même de l'autre ; tous les hommes d'esprit en>
* Cette force de Milon était ua fruit da terroir. Uhâ»" toire a joint à son nom ceux de plusieurs autres athlètes qui n'étaient guère moins robustes , et on connaît ce dicton anden , fue le plus faible des Crotoniates était le plus fort des Grecs..
ClirOUUtMK DISCOURS. 489
f^nble ne eomposeraient point Vllllads, et ton» les sages réunis ne donneraient point l'expression d'an Socrate ou Sun Epaminondas ; ce que j'ose dire , malgré l'opinion du siècle , qui prétend que les hcmunes sont tout, et que Fhomme n'est rien, sans doute parce qu'il ne voit dans les plus éminens quct des copies pâles et blafardes de ceux qui ont précédé; ce qui serait une raison de plus pour adopter la seule manière de vivre qui putsse produire des êtres originaux. Et en supposaht, comme il le veut, que l'esprit de ces hommes> conducteurs des autres , ne soit que le résumé de celui des masses qu'ils- entraînent à leur suite, ne serait-ce point une raison encore ^us forte de recourir au miéme moyen?
Je rettens k l'assertion de Cabanis.. Je remarquerai, m jrfus, qu'elle n'est point d'accord" avec les faits, et qu'il doit l'avoir basée sur quelques^ observations particulières qut ne suffisatent poiM pour qn^l en ftt une généralité Rolande^, <%ins son Fojrage à^ Surinam , établit aussi une comparaison entre deux classes d'hommes. Tune f6rte, saine, remplissant avec énergie et g^ité les diverses fonction de la vie; l'auti^e fiable,' languissante, morose, et toujours prête i i^endre le dernier soujiir. La première ne se
490 JBàLtUB.
nourrit que île v^galaox, la smxmde ¥it de chair.
Ce taUeau 4e Rolander^ à ^pxelqfies noances près amenées par le dimat, est le même par* tout, «et il est bieiji singulier qu'oa n^ait pas tu que par tout pays les riches étaient faibles et les pauvres forts. Or, de quoi vivent les pauvres? de pain, et ils ne l'ont pas toujoars en suffisante quantité.
Voici ce que rapporte le voyageur Spamnao, répondant à Buffon , sur ce mêmia sujet : a Le i> peuple qui habite les terres de la Mer du D Sud, les Tataûs^ et même les hommes dun » rang supérieiv, nous demandaieni un peu de i> viande, comme une tré|S-grande vfiméi et » quoique la plupart de ces hnmT^ ne vis- » sent que fort raren^ent du poissoi», et en )> petite quantité, leur diète, végétale Içur léofr- » sissait si bien, nous le^ trouyâmps si tigour » reui^.et si robustes,. que popr ^a. .grain de )> verre ou ua dou ils se disputaient, soi^vB&t D rhonneur de noos.pprter sur leur dos, i^pui D autres Européens cacnlvores , dans les en* }à droits où nous n'aurions pu passer sans nous s mopiller. Us s'en acquittaient si bien , qall s ne leur arrivait jamais de faire un faux pas, » en trav^t'sant des courans assez.rapîdes, dont
CINQUIËIfE BISCOURS. 491
» le fond était rocaiUbux et in^l; ik avaient » pourtaAt l^u jtts^a mi-corps , et nous por- » taieot, montÀ a €a]îfi>{irclK>n sar leurs épau^ x> les y avec nos fusils , que nous tenions à la » umioL ».
On peut voir dans Touvrage même de Spaçnotm beaucoup d autres &its du même genre que son voyage autour du monde Ta mis à portée de connaître; mais je pense que ce gue je viens de eiter doit aufifire (35).
<2uant à ee que h qiie«tipn ofiFre certaine* ment de plus important^ et ff^i dmt vraiment la résoudre y Cabanis pcendledoin de se ré<> torquer lui-mêma Quelques pages après ce bel âoge de la vie carnassière, ouHiant, sans doute, ce qu'il vient d'en rapporter, il déclare qoe les Jx)iiicbiers^ les chasseurs, les pêcheur^ même, sont des hommes atroces. Ne parlons que des premiers , desquels des nuances asse% marquées, réparent les autres. S'ils sont extrêmement atroces, pavce qu'& versent beaucoup de sang , ceux qui n'en versent qu'un peu ne le seront-ils point aussi, quoiqua un moindre^ digne? Mais il existe unie autre raison, que j^ m^étonne que Cabanis n'ait point aperçue It d^rve que la légi^tion de plusieui*s peuples ^fait des bouchers une cls^sse à* part, c'est-4r-
492 THALTSIE.
dire qa'dle les a placés hors de l'humanité *. Je demanderai si les bouchers sont parmi ces peuples ce r|u« les parias sont parmi les Indoux , s'ils n'ont avec eux aucun rapport, aucun point de contact ? Eh ! quand ik n'en auraient aucun , ne serait-ce point assez qu'ils fussent eux-mêmes dédius, qu'ds eussent perdu leur qualité dliomme? Malheur donc à toi, Cabanis, et à œi» qui vivent comme tu as vécu! Eh quoil ils mettent tous les jours leur billet noir dans l'jime fittale, non pour condamner des hommes k mourir, ainsi que tu es mort , et qu'ils mourront a leur tour, mais pour en fiiire ce que
^Lo boQclMn reooooaisaent que pur cela moue qnUsqgorfent les animanz ils peuvent Uen égorger les bonuDes; et €ice qui leprouye clairement, c'est la deyisequlb avaient Inscnte sur leur étendard, à Tépoque de la fédératioD : Tranhki, gyistûcratef, wnlàlts bouchers! On voit, par cette apostrophe naïve, que les boacher» ne trouvaient pasplos de culpar hÛïxé aux aristocrates qo*aaz bêtes qnlls mettaient à Dort ; et en effet, l'opinion seule n'est pc^nt nn crime.
On a fidt la remarque qnlls avaient été, dans la dulenr de notre révolution, à la tête des massacres. Ce n*est pas la prepûère fois qu'ils ont joué ce rôle : dans les querdles des Bourguignons et des Armagnacs, uncbefdapfe- ■der para fit choix des bouchers les plus expÂs pour les placer à la tête de ses troupes \ on devine œ qui en dot résulter. Le chef du parti opposé (d'Orléans) nevoolotpss rester en arrière; que fit»il? il appda'les Anglab a sou •ecours.
ciHourtm Biscomts. 493
pour rien au inonde ils ne voudraient être, des scâérals! Barbares, arrêtez; renoncez à ce lambeau de chair ; c'est le frqit de Farbre empoisonné , aussi &tal à celui qui Tiûchète qu'à celui qui le vend!
Il suffit que \e connaisse, sur ce sujet en g^éral,une opinion de Sénebier, traducteur des Œuvres de SpoUanzam, pour que je me croie obligé de lui répondre ; non point que le nom de Sénebier, d'ailleurs recommandable sous d'autres rapports , lui donne quelque importance, mais parce que c'est l'opinion de la majeure partie des médecins que ce naturaliste a exprimée, a Le suc gastrique, dit-il^ y> est le dissolvant des alimens qui descendent » dans l'estomac ; ce suc n'est ni acide , ni alca- » lin; il est neutre, état qu'il importe de lui » conserver. L'usage des végétaux: le rendrait » acide, celui des animaux le rendrait alcalin ^ » ce qui lui ôterait sa neutralité ». D'où Sénebier conclut que l'homme est fait pour se nourrir à la fois de végétaux et d'animaux. De ce que une chose existe , conclure qu elle doit exister^ c'est aussi commode que facile. Je laisserai de côté la prétendue neutralité du suc gastrique; les appétits etles^ûts sont si différens, même parmi les hommes soumis à un région semblable, qu'il
494 tHALTSIE.
est évident que ee snc n est pas le ittême dbex tonsi Au resle^ il agit, quant à Ini^ avec beau» coup de discernement, et demande fort a pff>pos des acides oâ des aloatis, saÎTaot qoTA en sent le besoin (36). Mais où est Ferreur àe Sénd^ier, je dirai même sa faute, éest lorsqu'il emprunte aux animaux, pour son soc gastrique, ce que les vitaux fimmisseiit bien mieux, c'est-snlire, dans un élat pim pmr. G)mment se peut^il , en effet , que cet boonM^ qui s^est donné tant de peine pour obtenir une petite place dans Tempire de Flore, nait point TU, diemin faisant,' que les vitaux renfermaient les élémens de tout ce qui existe^ comme sur une échelle graduée, eC que Ton trouvait en eux, avec toutes les nuances pos^ sibles, le doux et Tamer, Pacide et Falcalin? Pourquoi donc chercher ailleurs ces principes? Si j'ai de Feau pure à donner au vojageor, où est la nécessité de la lui offrir dans un vase de mancen illier?
Sénebier objectera-t-il que les principes dfes vt^étaux alcalescens ne doivent pas être les mêmes , attendu qu'il serait impossible de nbur* rir une chouette avec des choux ou des raiforts bouiDjs? Eh bien! quand il fiiudrait positivement de la viande à la chouette, serait-ce ane
' Cll^QVlÉUE DI9C0UBS. 495
raison pdur qu'elle iài tiécessairt à Hiomme? Blàîs que Séoebier se rassnre; l'aigle de Spal- \&ax3Xi\ , qu'il connaît bien ^ et avec lequel je ferai laire tout a l'heure- connaissance à mes lecteurs, nous est garant que la chouette même s'accoutumerait aux. choux.
Senébier met en avant, avec beaucoup d'as* sùrance^ que les v^ëtaux se digèrent plus vite que la viande , ce qui serait une recommandation en leur faveur auprès de beaucoup de personnes; mais il s'agit de savoir si le fait est vrai ou s'il est fau:^. D'abord, de quels vëgé^ taux enfend-il parler? Si c'est du blé réduit ei:! pain, à l'aide de la fermentation, il peut avoir raison; mais il n'ignorait pas, sans doute ^ qu'il y a dans le pain une substance entière- ' ment animale, qui en fait, pour ainsi dire, un végétal à part. La digestion des autres v^étanx est incontestablement plus' longue que celle de la viande , et je crois avoir déjà parlé de l'avantage de cet exercice prolongé et soutenu sur le moral de l'homme , qui est d'entretenir le feu de sa pensée. Quand même on ne l'aurait point appris de l'induction aussi bien que de l'expé-^ rience, on pourrait s'en rapporter, sur ce pointy aa témoignage d'un des hommes dont s'honore le plus l'Ecole de Montpellier, du savant Gri-
496 TIULT8K
maudy qui compte en physiolqgjie kiimaiM
autant , pour le moins , que Séndûer peut
compter en physiologie v^ëtale \ ( Yoyes son
Traité des FièifreSy tome 1, page 146.) Voici une autre preuve, tirée de Foi^ganisa*
lion des herbivores et des carnivores : dans les premiers, la membi^ane muqueuse est épaisse, et la peritonéale mince ; ce qui est tout le contraire chez les autres. En un mot, les herbivofes ont les oignes digestifs forts ^ et les carnivores les ont faibles , par cette unique raison que rherbe et le grain sont plus diffidies à digérer que la viande; et je remarquerai, en passant , que c'est à cette disposition qu'il faut .attribuer la vie intérieure des herbivores, et de Fhomme principalement, vie absolument méconnue des autres espèces ; on voit aussi oom« ment la longévité en doit dépendre.
Il n*7 a pas de meilleure preuve de la prompte digestion delà viande, que Texistence même de ceux qui s^en nourrissent Ils périraient, si cette digestion était aussi longue que celle des v^e-
^ On a en Foocasion de Téiifier, dans qadqoes maladies eiternef , que les végétanx mêlés avec la viande étaient digérés avant cette dernière; ce qaiesttrès-pos^bledansoecas, et qui est expliqué par nne observation de Priogle qne j'ai citée.
GINQUIÉHE DISCOURS. 497
taux ; et voilà pourquoi , lorsque la force de l'estomac diminue , vers le septième septénaire de la vie/ on voit tomber si rapidement les santés les (dus robustes , ainsi que j'en ai fait la remarque. Cest^ pour le* dire en passant^ cette lenteur des digestions qui rend l'usage de la -viande^ cpoique prise en ^ite quantité^ si fieital aux personnes d'une oomplexion délicate , dont la vie n'eiit qu'une continuelle langueur. Gonune elles essaient de tout, elles essaient aussi du régime végétal, auquel elles renoncent d'abord , parce qu'il les fatigue, et cela doit être; mais un peu de persistance les accoutu* merait bientôt à ce régime y que le retour de leurs forces et un bien-être inconnu leur défendrait d'abandonner. Toutes les personne tourmentées par des affections de nerfs sont dans le même cas. En ne faisant point usage des nourritures végétales, elles tournent le dos à la source de vie où, plus que toutes les autres , elles seraient dignes de s'abreuver. ( Je croyais avoir répondu à toutes les objections par lesquelles on a voulu justifier le meurtre des animaux , Icursqu'U m'en est tombé sous les mains une d'un nouveau genre, précisément comme j'achevais de rédiger cet article. Cest une raison de droit , et , chose
498 THiXTSIE.
étonnante , elle a été mise en avant dans nn ouvrage dont le but était de faire supprimer la peine de mort pour les hommes. Or^ voici, je pense, œ que Tauteur a dû se dire, avant d'entreprendre son plaidoyer : Si j'établis que la vie de tous les êtres est sacrée , on dira que j'ai outre-passé les bornes, on ne prêtera point la même attention à mes raisonnement Restreignons cette défense a notre seule espèce, sacrifions la vie des animaux , afin que odle de l'homme soit plus respectée. Au reste, je ne connais Touvrage en question que par les papiers publics, et j'en extrairai seulement ce qui est relatif au sujet Je {Jace ici œ morceau , pance que le discours qui renferme mes preuves morales étant réduit à de simples réflexions, il ne se prête point a des dtsaissions de ce genre:
(( L'existence est partout répandue daiBS le M monde, mais elle n'est saa^ que dans )) l'homme, parce que dans l'homme seul elle » revêt un caractère de personnaUté; aussi » peut-il disposer de celle des animaux. L'ani- » mal est d'une nature inférieure , sans pré- )) voyance, sans avenir; il n'a point d'idée du )) droit, il n'en peut réclamer aucun , il n'en a » pas. D'ailleurs ce n'est pas^ prédsànent Vi
» existant qui est respectable ; c'est l'existence y » comme don de la divinité. £lle ne l'est pas » dans l'animal, parce qu'en lui elle ne fait » que circuler ; elle appartient à l'espèce y non » à l'individu , puisque la personnalité lui est » refusée; d'où il suit qu'en ce qui concerne » les animaux, l'honune n'a* de devoir qu'en- » vers l'espèce, à qui seule l'existence a été » donnée. Pourvu qu'il conserve l'espèce, il » peut disposer de l'individu. Quant à lui , au » contraire, il est seul un être personnel, il » s'appartient tout entier; en lui seul Texis- » tence est inviolable , au nom du Dieu qui la » lui a donnée ».
Si tout l'ouvrage est de cette force , il m'est démontré que la vie de l'homme reste encore fortement compromise. Je suis convaincu aussi que les animaux auraient peu de chose à redouter des attaques d'un pareil adversaire, si l'intérêt personnel ne donnait du poids aux plus mauvais raisonnemens , aux plus pitoyables sophismes; et c'est ce qui m'engage à prendre encore ici leur défense.
Je citerai d'abord la réponse qui a été faite ^ ces étranges assertions par un des rédacteurs du Ghbe, dans le tome 5 , n."" 74, de cet estimable journal, d'où j'ai extrait ce que l'on vient de lire.
500 THiXTUE.
« Je ne sais si l'on sana bien toocbé de ces » idées, qui ponrUnt serrent de base au resie » de Fcavraige- Ce n'est pas que la conclusion » répugne ; mais les raisons n'en paraissent ni » péremptoires y ni naturelles. On voudrait )) quelque cbose de plus fort et de plus évi- » dent qui emportât la oonvicticm du pronier » coup. Or y il n'est presque aucune des asser- » tions de l'auteur qui ne {Ht)voque qudque » doute. Gomment ne pas se demander, par » exemple, s'il est bien vrai qu'un être manque » de droit des qu'il ne peut concevoir quil en » ait? L'enfant et l'insensé n'en ont-ils pas? » Et s'il est vrai que, parmi les animaux, l'in- » dividu n'ait point de droit faute de s'en con- » naître, d'où vient que l'espèce en aurait, die » qui ne s'en connaît pas davantage ? Mais » l'homme ne se sent-il aucun devoir a rem- » plir envers les animaux? N'est-ce point un » devoir , entr'autres, que de ne point disposer » par caprice de leur vie , que de ne leur » point infliger de souffrance cruelle et gra- » tuite? Et qud est le droit qui ne trouve )> pas son plus ferme fondement dans le senti- )> ment du devoir qufil inspire aux êtres appei> lés a le respecter? Direz-vous que dans l'es- » pèoe^ ce n'est pas l'espèce même, mais fexis-
CINQUIÉMB DISCOURS. 501
» tenoe donnée par la divinité que Ton respecte? )) Je demanderai alors si ce n'est pas IXeu qui n a donné l'existence à l'individu oomme à l'es- » pèce. Répondrez-'vous par cette métapliOTe » bizarre , que l'existence circule dans les ani* » maux^ c'est-à-dire qu'elle n'y est point réelle I» parce qu'elle j est dépourvue de personnalité? » Je demanderai si , dans l'espèce y elle en est » pourvue davantage. U £atut se décider : ou >) l'existence est sacrée parce qu'elle vient de » Dieu, ou elle ne l'est qu'en tant qu'dle est » accompagnée de personnalité. Dans le pre- » mier cas y elle est partout sacrée, car elle vient » de Dieu dans tous les êtres ; dans le second , » ce n'est pas l'existence qui est sacrée , c'est la » personnalité ; il fallait le dire ».
On aura sans doute remarqué la différence qui existe entre ces deux passages, soit pour la logique, soit pour le style. L'on doit ajouter d'autant plus de foi à ce qu'oppose ici le critique, qu'il avoue que la conclusion ne lui répugne point. Il souhaiterait seulement qu'on eût trouvé de meilleures raisons. CeDe de la personnalité est tout-à-fait gratuite, et je suis étonné qu'il n'en ait point fait l'observation. En e£fet, où l'auteur a-t-il pris que les animaux n'avaient poiat de personnalité ? Serait-ce parce
602 THALTIIE.
qu'il en est <piL sacrifient généreusement leor vie pour rhomme , qu'il penserait que ce sont des êtres aveugles conduits par des mouTQnens purement machinaux? Mais comme ils savent fort bien éviter^ dans d^autres circonstances, le danger où ils se prébiptent dans celle dont je parle, il faut reconnaître, de tonte nécessité, que leur jugement y est entré pour qudqne chose , et c'est pour cela que leur dévouement est si honorable; il Test à tel point, qu'on a vu quelquefois l'homme le payer par un ^1 sacrifice. Les anciens croyaient à la personnalité chez les animaux. Ils regardaient leur vie comme leur appartenant tellement en propre, qu'ils n'auraient pu se résoudre à la leur nivir, même en les offrant aux dieux, si, avant de ^recevoir le coup mortel , il n'eussent fait un signe de tête ( produit de l'aspersion ) qui semblait vouloir dire qu'ils acquiesçaient a leur mort: raisonnement indigne et £iux autant que puérile, qui prouve que les prétextes ne manquent jamais aux tyrans, mais qui témoigne en faveur du principe*
"^ Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette coutume bizarre est encore observée cbez quelques nations tartares qui immolent des victimes à certaines époques. Ces victimes ne seraient jamais mises à mort si elles ne remuaient la tête après Tas* persion.
GOfQUlâMB B1SCOI7E8. â03
Le critique ajoute : « En i^ttendant y si Ton M veut à toute force exprimer h^ raison qui met ») le respect du à la vie humaine si fort au« » dessus du respect dû à la rie des animaux, » je crois que Ton peut dire que, selon nos » connaissances , dans Tanimal la rie est le » but , tandis que dans Thomme elle n'^est que » le moyen ; telle est peut-être la grande diffé- )) rence: L'animal meurt tout entier; l'homme . » au contraire, est destiné a un autre avenir ».
Le critique a rencontré juste : oui, c'est de cette manière que l'homme a dû raisonner. Il tue l'animal parce qu'il pense que l'animal vaut moins que lui ; mais si cet acte barbare le (faisait descendre lui-^même à son niveau, et peut-être au-dessous , ne se placerait-il point , ipso facto y dans la même catégorie que les bêtes, et le raisonnement qu'il fait à Tégard de ces dernières ne devrait-il pas lui être appliqué ? Que dis-je ! il le lui a été par une foule de conquérons, qui étaient loin de regarder les hommes dont ils versaient le sang comme des êtres de leui; espèce I Que de nègres, que de Tartares, que de Turcs sont encore traités tous les jours, par leurs maîtres ou leurs souverains, comme des animaux! Je ne parle ici que de la seule raison tirée de l'infériorité \ quant à cçlle
504 THALTSI S.
de la vie à venir, elle ne fiiit qu'aider aa massacre, puisqo^on sait que chez les deux premiers peuples que j'ai nommés, et, de plus^ chez quelques natureb 4e l'Amérique, c'est la coutume immémoriale des chefs' de se fsire précéder ou suivre dans l'autre monde par une immense foule de malheureux , dont ils pensent recevoir encore les services. Ainsi, ô joslioe! vous ne pouvez frapper l'ammal sans que lliomme ne tombe du même œnp; ce que vous avez semé dans le champ du premier porte également son frqit dans celui de Fantre. Ce n'est point étonnant; ils sont si voisins, et tant de routes secrètes les unissent I
Quant à la distinction que £ût le critique entre ce qui est but et ce qui est moyen, je lui répondrai que tout est moyen, id-bas, et que c'en serait un bien peu propre à entretenir la paix et l'harmonie de h, société, qœ de lui présenter sans cesse des images de violence et de destruction ; ce serait un maavais moyen aussi pour s'élever à la source de cette paix et de cette harmonie.
Je reviens à la personnalité. Si , comme on n'en peut douter , elle découle de la sensibilité et du désir de maintenir son existence , il n est point d'fimimal qui en soit privé , puisque ao-
CINQITlÉBfE DISCOURS. 805
eune race ne s^est eoxxx^ perdue , et que celle da {dus chétif insecte s'est soutenue ^ comme celle de Fhomme , malgré tous les événemens contraires. Cest que toutes y avec le sentiment de l'existence ^ ont reçu la prévoyance que ce sentiment fait nattre *. Tous les êtres doués de la vie la sentent et s'y accrochent de toutes leurs forces 9 comme s'ils comprenaient qu'en la perdant ils doivent tout perdre. Mais la différence qui existe à cet égard entre l'homme et les ani* maux , <f est que ceux-ci sont renfermés tout entiers dans leur vie propre, qu'ils n'en sortent point pour compatir avec d'autres individus, lorsque cette^ existence est menacée ou qu'elle leur est ravie, a moins que ces individus qe soient des êtres de leur espèce , ce qui n'a même lieu que dans les animaux les plus parfaits ; et
^ JTen ai tu moi-même aa exemple dans Tanimal le plus faiblement organise. En me promenant snr les bordsde l'Océan, autour de rochers que le reflux laissait à découvert, je me suis occupé cfudquefois à j toucher du bout do doigt des lépas, coquillages univalves, inférieurs de beaucoup à la moule, et qui semblent n'être qu^uue mince lame du roc dans leqnd ils sont comme implantés. Je les faisais d*abord aisément remuer \ mais en les touchant pour la seconde foif , <f est-à-dire après les avoir en quelque sorte avertis, ils jétaient tellement cramponnés , quil aurait fallu le fer pour les en arracher.
606 THAtTSIE.
ici s'àaUit la personnalité dans une antre ac* œpljon. L'homme ne Ta point cette personnalité; il se met à Tunisson de toutes les doaleors y et c'est principalement pour cette raison qne les actes que je lui reproche n'ont point d'excuse.
J'ajouterai qu'en usant trop de la personna^ lité, et en la portant à un point où ce^mot devient une injure, ce qui n'est que trop commun j on finit par la perdre. J'ai vu beauomp d'hommes durs ne faire aucun cas de leur vie , la donner pour ce qu'elle valait , pour rien.
Je ne terminerai point cet artide sans j joindre quelques réflexions sur ces mots da critiqoe, que j'ai déjà fait remarquer : ce n'est pas que la conclusion répugne ; suivis de ces autres mots : nuiis les raisons n'en paraissent ni péremptoires , ni naturelles y et& On voit, par cette citation \ que l'auteur se livre avec plaisir , mais non sans regrets , et peut-être sans qadques remords , à des actes répréhensiUes qu'il voudrait pouvoir justifier. YoOà, chose rare, un tyran qui a de la conscience. Puisqu'il ea est ainsi , je le somme, au nom de cette justice pour laquelle il semble conserver encore qndques ^rds , de chercher cette raison péremptQire, et, s'il ne la trouve point, d'abj[ui!er
CINQUIÉIIE DISCOURS. 507
ded actes, auxquels il ne pourrait se livrer sans
crime *
Je vais ouvnr moi-même la carrière dans laquelle j'appelle le critique , ou plutôt la faire ouvrir par ud champion qu'il se gardera bien de désavouer. M- Destult-Tracj, dans le 4.""' volume de ses Elémens dldéohgie ( introduction y paragraphe 6), pose en fait que nos droits sont ^ux à nos besoins. Adoptons ce principe dans toute sa rigueur^ maigre ce que l'on pourrait dire pour en atténuer les ooneiéquences. Il en résulte , comme l'auteur le remarque , que chaque être à ses droits puisqu'il a des besoins ;. mais il fail voir que l'opposition qui existe entre ces droits divers ne constitue point nécessairement un état de guerre : (c Nous ne sommes , » dit-il , dans une telle relation qu'avec les
* Je ne conçois pas comment les éclectiques modernes , dont les auteurs de ce journal font dit-on partie, ont pu se revêtir de ce beau titre sans songer à ce qui dbtingualt essentiellement leurs deyanders, qui respectaient la Tie de tous les êtres à l%al de la leur propre. Les éclectiques modernes ont bien secoué le joug de toutes les opinions , mais ik ont conservé celui des habitudes , sans se douter que les habitudes constituent des opinions. Puisse celte remarque n'être point perdue pour eux! Ib la prendraient , Sfins doute, en grande considération, s'ils pouvaient se convaincre que c'est à cause de ce défaut d'accord quç la société se dérobe* ^ leur influence.
SOS THALTSIE.
» animaux que leur instinct entraîne oons- » tamment à noos nuire. Il n'en est pas de
» même avec les autres. Ceux même que noos » sacrifions à nos besoins , nous ne les attaqixms » qu'autant que ces besoins , plus ou moins » pressans, nous y forcent II en est qui Tirent » avec nous dans un état d'asservissement pai- » sible , d'autres dans une indifférence parfaite » £n tout, noos ne blessons leur volonté que » parce qu'elle est contraire à la nôtre , et non » pas pour le plaisir de les blesser. Il j a même » à l'égard de tous ce besoin général de sympa- » tbiser avec la nature sensible qui nous Eût » une peine de la vue de leur souffrance , et » qui nous unit plus ou moins avec eux, etc: » n est agréable d'avoir à faire à de bons logiciens ; leur caractère est de ne rien dissimuler et d'aller droit au but Ainsi, d'après ces assertions , dont on ne peut que reconnaître Fexactitude, nous ne sommes en état de guerre qu'avec les aolînaux décidément nuisibles; nous sympathisons avec les autres , et s'il nous arrive de rompre cette sympathie', qui les rendait, en quelque sorte , une partie de nous-mêmes , ce n'est que lorsque nos besoins l'exigent impérieusement , d'où résulte alors notre droit, sans lequel il est évident que nous ne pourrions,
'CINQUIÈME DISCOUBS. S09
SOUS aucun prétexte , nous lÎTrer à de$ actes affreux que la nature repousse... O bonne fortune ! Yoilà M. Destutt-Tracj qui est inévjtableinent des nôtres ^ car je le défie de me citer une seule position de la vie ordinaire, telle qu^elle est de nos jours , et depuis bien loqgtemps, qui puisse établir le droit dont il parle * ).
J'ai presque honte d'avoir si facilement raison contre des hommes si éclairés ; il faut que je dise, pour leur justification , ou pour celle de leurs talens, qui est.l'objet essentiel à leurs yeux , qu'ils ont traité fort l^èrement ce sujet, trop sûrs de n'avoir point de contradicteurs. Haller, Coudillac, Turgot, Malesherbes, ont attaqué Bufibn sur des points qu'ils ont jug& très-importans , tout le monde a passé outre sur celui que je regarde comme le plus essentiel de tous , à moins que Ton ne veuille mettre en ligne de compte quelques pages de Sparrman , qui, a la vérité, renferment des détails précieux (j'en ai cité quelques paragraphes ), mais dans lesquelles ce voyageur n'a considéré qu'en
* Eofermez une poule, ne la tuez que lorsque vous aurez un besoin réel de la manger i je réponds qu'elle vivra longtemps.
510 tBALTSlE.
courant le principal côté de la question *. Une autre chose m'a£Bige véritablement dans cette discussion y c'est d'être obligé de noouner, de censurer mâme les Individus dont j'attaque les
* Oa pourrait dire cqMndantqœ Gondillac la rénat^at moins indireaement , dans soa Ttmté des animaux, en proavanty avec la dernière ëvideooe, que leurs opéntioos sont scmblaMfs aax nôtres , contre Boffon, qni «Tait aTanoé qu'ils n'étaient seDÛbles que par impolâon oa âuranlemeat, qnDs ne pensaient point, et qalls n'agissaient quli la nu* nière des automates. BufFon ne répondit p(^t, craignant , disait-41, de se commettre avec la Sorfaonne, et il blâmait Gondillac de l'y avoir exposé, ccmme si un philosopbe, -lorsqu'il prend la plume, pensait qu'il y a une Sulionne au monde, et qull dût avoir ^ard aux cooâdératioiis métlcnlenses d'un écrivain plus occupé de son rqios oa de sa petite, fortune que des ii^érêts de la Téiité! II était lânx, d'ailleurs, queBoffou eût cette crainte. Il avait assci d^esprit pour mettre tout celui de la Sorbonne en déÊiut, et il en a donné des preuves dans des circonstances bien plus difficiles. On pourrait ajouter qull existait à œtDe époque oa contre-poids à ce corps puissant dans le vertueux Maloberbes , dont l'opinion était qu'il fallait donner à la prese toute la latitude possible, et qui, ministre de la libraiiie, agissait en conséquence. 11 ne changea point d'avis en montant sur l'édiafaud élevé par les mains de llgnoranoe on du faux sarblr, qu'il avait eu en vie de détruire. Et en. effet, où est llnconvénient de pouvoir tout dire lorsque la lice est ouverte à tous? FTest-il point évident que c'est la vérité qui doit toujours finir par l'emporter , puisque c'est de son côté que sont les meilleures raisons? P6ur revenir à BufTon, il se sentit bien certainement vaincu par Gondillac , mats il n'était pas assez noble pour en faire l'aveu.
CINQUIÈME DISCOURS. 51 i
opinions, moi qui aurais pris si volontiers pour devise parcere persords : mais enfin il faut bien les nommet* , puisque leur nom c$t devenu une autorité; que ce nom a la force d'un argument irrésistible; il faut bien dévoiler leurs desseins cachés , qui, par cela même qu'ils les couvrent de l'édatant manteau de leur célébrité y n'en sont que plus funestes. Que si ce n'était qu'indifférence de leur part , leur conduite ne serait guère moins criminelle. Ils ont élevé une tribune j ils y ont appelé la foule qui accueille leurs moindres paroles comme autant d'oracles ; n'est-ce point pour eux un devoir indispensable de les peser soigneusement , de n'en adresser que de bonnes , que de justes , a cette multitude quils ont pris l'engagement tacite d'édairer, de conduire, de remettre dans la véritable voie ? Pourquoi n'en est-il point ainsi? Le génie , par bazard , ne verrait-il autre chose que lui-même dans ses créations , et n aurait-il d'autre but que de donner la mesure de ses forces? Alors admirons-le comme un brillant météore y et gardons notre gratitude pour les esprits d'un ordre inférieur , bien plus utiles à la généralité des hommes , sans doute parce qu'étant plus rapprochés d'eux y ils connaissent mieux leurs besoins y «t en sont mieux enten-
512 TRALTSIE.
dus; gardcrbs - leur notre gratitude , quand même ils n'auraient £ût que puisar aux' sources ouvertes par œs génies! Tel le feu dérobé au ciel par Prométhée^ après avoir été longtemps stérile sur les hauts lieue où il Tavait déposé, repris par d'autres mains, servit effiau bonhoir des hommes.
fc»; Vi^tiii^ii
Revenons aux preuves : en voici une qui^ quoique indirecte, établit bien positivement que le régime des herbes est le seul qui puisse convenir a lliomme. Cette preuve est tirée de ses ifiormes arrondies, faites évidemment pour être maintenues dans cet état par cette graisse consistante particulière aux êtres qui ne vivent point de chair , et qui présente , dans llioaune surtout, les couleurs fraîches et animées des fleurs et des fruits qui l'ont formée , et dont elle exhale en même temps les parfiums *;
^ Les bonies, si oammniies dans' rapëoe hnmaiiie , et qoe Ton a attribuées si mal k propos à Tosage de Pfaxiile, oot lenr source dans cette graisse peu coDsbtante , d'où résultent la faiblesse et la laxité du tissu oellalaire. Je pourrais m'étajer en ceci d'une observation du voyageur Legentil, leqûd a remaquéy dans l'Inde , que ceux qui se nournssaient de Tiande étaient très-sujets aux bemies , et nullement les autres.
Cette laxité des ebairs est comm^ celle de tout le reste du système; aussi n'y a4"4l rien de plus faible que les
ClNQDIÉBfE DISCOURS. 51 S
tandis que les carnivores ne présentent que des ù}nnes angpleuses^ où coule une graisse à demi-fluide ^ et qui approche de la corruption ^ ; et tdle est la cause qui donne a la vieillesse de rhomme son aspect horrible ^ et sillonne sa face des rides afTreuses des animaux de proie (37). Je ne pourrais mieux îaâre ressortir ces deux états que par une comparaison valgaire) celle deja chandelle avec
homiaes carniToresy eo ts^t que carnivores. Lenrs pores sont contixinellçment ouTerts pour donner passage an venin qne. leur intérieur reponsse, et qui laisse cependant une place vacante. Pfties et blêmes, ib sont toujours prêts à tombât: en défalDance* Us ne pourraient, se .soutenir si des sub^ tances énergiques, tirées du règne végétal, ne venaient à leur secours, et c'est à elles, je le répète, quUl faut rapporter la force qu'on avait faussement attribuée à la pvt-' mière nourriture.
* Le réglm^ v^étal augmente la (brce d'agr^atîon des' parties , tandis que le régime animal en opère la disjonction. Comment cela se fait-il? y a-t-il pour cet objet .une loi expresse? Oui, il y en a une fort connue des savans, mais uniquement par ses effets, car sa tête est encore cachée dans les nuages; c'est la loi qui préside aux altrac lions moléculaires. Certes, die vaudrait bien la peine d'être étudiéer Eh combien n'y a-t-il point d'antres lois dans la nature, relatives au même sujet, non moins importantes ^e cèUe»Ià , et qu'on n'a point apprédées davantage ! La sdence est fort avancée , mais elle est entièrement stérile faute d'avoir conddéré les vrais rapports des èhoses , et d'en avoir su faire les applications. Cela aussi est k recommencer.
514 THALTSIB.
la bougie. Elles brûlent toutes les deux comme deux corps Tirans, mais avec la même difEé* reuce qui existe entre les carnivores et les berbivores pour l'odeur , la consistance, et la durée. On doit conclure de cette ofasermticMi qu'il ne peut point ^bler, surtout pour les femmes, non-seulement de beauté permanente, mais encore de vraie beauté sans ce r^ime suivi avec la dernière rigueur,' comme elles ne peuvent devoir qu^a lui le complément de la beauté matérielle, ces attraits puissans de la physionomie dont la bonté du cœur est la base; aussi les femmes, en général, sont-dies vivement portées , malgré tous les obstades né» des préjugés ou de l'habitude, vers ce mode d'existence , par la finesse de leur organisation , par une sorte d'inslinct qui semble les avertir qu'il est lié à ce qu'ielles ont de plus cher, a cet empire irrésistible que la nature a déposé dans leu» mains \
* Qu'on me permette de citer un antre exemple de U Dâtnre da premier. Les feoimes, qui assaisonnent ordinairement la salade, pourront se convaincre aisément de U vérité de ce que j'avance. PTcsMl pas vrai que lorsqu'elles iMttent ênsemiile-riiiâle et le vinaigre , U se forme do mélange de ces deux liquides un corps qui acquiert une certaine oonsistanoe? Eh bien! c'est là ce qu'opère, mais avec infiniment plus d'intensité, l'oxigènedes vitaux. Oh! Yti-
GINQtlÉME DISCOURS. SI 5
RattaGhons à quelques principes la plupart des j&its que j'ai exposés dans ce discours.
Dans le nord , cette hoile, dernier résultat de l'animalisation, comme elle Test aussi de la végétation^ qui constitue les matériaux de la bile , n'arrive qu'en très-petite partie à cette destination^ malgré la source ab^hdante qui la fournit; elle s'arrête sous les tégumens et dans divers organes, qui font, a cet ^rd, TofiSce des organes adipeux. U y a alors nullité ou enveloppement.
oellente idée que viennent de me fournir l'huile et le vinaigre! Yoilà sûrement la moitié du monde acquise au système ; car que demanderait une femme , si ses souhaits devaient être accomplis? ne serait-ce pas d'être toujours jeune et toujours bdle (a) ? Quoiqull n'y ait pbint pour les hommes des causes aussi prochaines de détermination, on ne peut douter qu'ils ne fassent beaucoup de cas d'autres biens que le r^me leur assure. Je lui dois, quant à moi, entr'aotres bonnes choses, de pouvoir me mêler sans dissonnance aux générations nouvelles que j'ai vu naître, et que peut-être je Verrai mourir.
(a) Une actrice célèbre de Paris , qpi , dans un Age aTanoé , conserve encore les grâces et la fraîcheur de la jeunesse , en rend hommage au régimç des herbes , qu'elle suit , dit-on , avac une eitréme ponctualité.
M.1M de Genlis a dû probablement sa longue vie k TusageMe Tean de dttoorée , qui formait toute sa boisson. Ccst bien sûrement en ceci qu'elle a montré le plus d*esprit , et elle aurait pu en montrer davantage.
516 THALTSIE.
Dans le midi , où une circulation plus ani^ mée s'oppose à ces sortes de stagnaticms, cesft par le reflux de cette humeur ardente hors de son cours naturel , et Firritatlon dont die derient le centre, qu'ont lieu les phénomènes moraux particuliers à œs pays *.IAy
* Lorsque la Ink est trop abondante ou qifdle a acquis nn plus haut degré de fermentation , die remonte par le pjbre dans l'estomac j et c'est alor^ qu'elle produit y par son impression sur les nerfs de ce viaoère , des désordres qui sent en raison de son acrimonie. La férocité des animaux camasriers résulte principalement de ce que leur bile aboutit en droite ligne à leur estomac sans avoir rien perdu de sa puissance, qui doit s'affaiblir nécessairement en passant par l'autre Toie. Leur premier type portait-il cette oonfiguratioa , ou bien est-ce une constitution acquise? Cette dernière supposition est la plus vraisemblable. Cest Pâcreté de cette bumenr singulière , et , pour ainsi dire , animée y qui a dû s'ouTTir ce cbemin plus court , par une attraction fortement sympathique entre deux organes qui sentaient le besoin de communiquer ensemble directement , je veux dire le foie et l'estomac ; et ce qui le prouve , c'est qu'on a trouvé ce même conduit dans quelques hommes qui se rapprochaient de ces animaux féroces par leurs mœurs comme par leur vocadté.
La bile peut acquérir un tel caractère d'acrimonie , qu'elle serait capable de fournir un poison aussi violent que celui de reuphoriie, ou de ces sucs fermeutés de la vipère , dans les^ quels les sauvages de l'Amérique, comme les anciens bracmânes , trempent leurs flèches. Morgagni raconte qu'ayant £ût une très-l^;ère fâqûre à deux pigeons avec la pointe d'an scalpel qui avait touché à la bik d'un homme mort snliitement y et, sans doute, d*ane altération de cette humeiv, «s
CINQUIÈME mSCOUBS. S17
dans l'homme, toutes les fibres dépouillées sont tendues et raisonnent ponr le mal; le fluide qui les abreuve est de la nature de celui que le serpent tient en réserve pour donner la mort à ses ennemis. Gfest là , c'est dans ces pays qu'on a vu des malheureux condamnés à creuser la fosse qui allait les engloutir (G)mtat Venaissin , 1 791 ) ; c'est la qu'on voit des hommes s'acharner avec fureur sur des cadavres, pour les dévorer (Naples, 1821 ); c'est là aussi que toute agglomération, au défaut du ' r^me que j'indique, dey]:ait être sévèrement empêchée. Le contact des hommes y produisant la confluence du crime, il faut qu'ils y soient dispersés (38).
Les enfans sont doux, quoique pleins de feu ; les petits même des adimaux féroces ont de la douceur. Pourquoi? parce que leur animalisation n'est point développée, ou, en d'autres termes , parce qu'il y a chez eux plus d'ascescence que d'alcalesoence (39); mais les enfans deviennent méchans à l'âge de sept ans, lorsqu'un ré-f
deux pigeons ayaient péri sur-le-champ. Il en est de même de toutes les autres humeurs : leur altération, plus on moins Ibrte, donne lieu à cette acrimonie corrosiye qvà produit la fièvre jaune, le choléra, la peste, et cette nombreuse dasse de maladies si bien nommées typhoïdes. * ■
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gîme funeste a ooacouru ^vec la seconde den lition ^ qui détermine l'état de l'individa , à leor donner l'assiette qae^ selon tontes les apparenées, ils ne quitteront plus. Alors tous les vices des parens se montrent y comme dans une glace , dans ces chétives créatures , destinées à leur tour à perpétuer une existence maudite. Quelquefois une mélancolie vagué qui se dé-* dare vers l'âge de la puberté dans ceux qui sont nés moins malheureusement, et qui annonce que la nature est en peine ou dans le doute, invite le jeune homme, livré dès-lors à son existence propre , à descendre au-dedans de lui ; mais il est rai^ qu'il profite de ces aver^ tissemens.
Ainsi le r^me animal , dans les pays froids, prodoit rhébétalion , et dans les pays chauds la férocité. Les pays intermédiaires participent à la fois de l'une et de l'autre.
Tout prouve donc que l'homme est né pour vivre d'herbes, et je crois en avoir convaincu les savans«t ceux qui ne le sont point par des raisons sans réplique Je vais plus loin , je suppose que la nature lui eût laissé, à cet égard , une liberté entière , et il &udrait alors la supposer elle-même aveugle et sans moteur intelligent , j'afBrme que cet état serait encore celui que
ciifomiHE DISCOURS. 519
l^omme devrait choisir pour son propre bonlieur^ si son bonheur, comme on n'en peut douter^ est fondé sur son perfectionnement lEt qu'on ne croie pas que ce perfectionnement, même dans cette supposition , eût pour bornes la durée actuelle de sa vie ; rien n'empêcherait d'admettre l'immortalité de l'homme, c'est4^ diiç , son passage à de nouvelles combinaisons et dans de nouveaux séjours, sans reconnaître l'existence de la divinité; car le bonheur et le perfectionnement de l'homme peuvent ise concevoir sans lui attribuer à lui-même aucune puissance directe. On pourrait le considérer comme un dieu passif. Telle n'est point ma pensée; mais enfin j'enlève par là tout espoir au méchant; il serait puni par la main même de ce hasard qu'il invoque.
Il ne me reste plus qu'a répondre à une objection d'un autre genre, rnsns que Buffon regardait sans doute comme concluante, quoiqu'elle ne touche qu'inddentellement au sujet Cest lorsqu'il parle de la nécessité de réprimer l'exubérance de la nature; exubérance dont il présente l'exemple le mieux choisi dans , celui . des harengs. Or^, je ne mets point en doute le oontre-baknoement des espèces entre elles ; U existe, fl décotde de l'état actuel de la^terre; je
620 THALTSIE.
dis seulement que iliomine placé hors de œite loi y si je puis apjieler de œ nom oe qui est postérieur à la création y ne doit entrer dans h fiœ que comme modérateur ou jugq impartial, et non comme agent de destruction (40). fiof* ton essaie donc de prouver qui si rhomme ne mangeait point de harengs , le nombre de œs animaux ^ par une suite de circonstances qu'il rapporte, ne serait guère augmaité, tandis que le nombre de ceux qui s'en nourrissent serait considérablement diminué. Mais^ pour ne répondre qua ce dernier argument , qu'aurait-il dit si on lui eut prouvé clairement que le nombre des honunes diminue par le ùit même qu'il croit propre a l'augmenter? Dangers de la mer pour les pécheurs dans une saison orageuse, entassement de ces poissons sur le rivage, d'où résultent annuellement des maladies contagieuses et meurtrières , qui se communiquent de proche en proche; mort lente et certaine , quoique inaperçue , des individus qui se nourrissent ^ près ou loin de la meis de ces animaux dont la salure ne fait que d^uiser la putréfaction (41) ; guerres sanglantes qui adriennent au sujet de ces pêches , etc. ; enfin il serait aisé de faire voir que de la prise injuste d'un poisson peut résulter l'ébranlement du
CINOCIÉHE DISCOURS. 521
globe. Bafibn, faisant ane application de cet exemple à toutes les autres espèces d'animaux^ et ayant choisi précisément celui auquel il était le plus difficile de répondre y je pourrais m'abstenir de pousser plus loin là rétorsion; mais il faut que je prévienne des objections du même genre que Ton pourrait tirer de qtielques animaux domestiques , car il ne s'agit pas tant de prouver, dans Tétat actuel des choses, que le r^ime végétal est juste, que de faire voir que le * lameux Lucrum cessans n'est pour rien dans cette affaire.
Le bœuf et le mouton ont peuplé et enrichi la terre: pour reconnaître ce bienfait, on les XOange, et ce dernier trait, je veux dire le service qu'ils rendent, ep donnant leur chair a broyer, n'est point oublié dans l'éloge qu'en a fait l'historfen dont je parle, et dont ils se seraient sans doute bien passés. Tout sert , dit* il, dans ces animaux utiles, jusqu'à leur poil , ]i:isqi/à leurs ongles (42). Il me reste à démontrer que cette chair coûte à Thomme, et qu'it ne l'obtient pas gratuitement. Le boeuf laboure et on le nourrit , voilà qui est compensé ; sans le mouton , on ne pourrait exploiter ces parties presque inaccessibles des montagnes, ces steppes que la charrue soulèverait en vain ; en un mot ^
BS2 TiuLTaB.
tous œs Ueox rebdles à ragrîculture sans l'être à la Tegélatioli; od y coudait les moulons , et feoos ces pâturages se métamoii^ioseiit en laine; mais si rhomme veut avoir la chair de ces animaux^ il fieiut qu'il la faste , c'est-à-dire , qu'il donne^ pour l'obtenir , de llierbe qu'il ^Juite^ laqudle tient la place d'autres production^ qui auraient servi d'une autre manière à sa nourriture ou a son économie (43). Lliomme , sons le rapport de l'intérêt pécuniaire, ne gagne donc rien ici à être injuste, et il y perd sous tout autre rapport
On pourrait appliquer le même raisonnement a d'autres animaux domestiques qui coûtent aussi ce qu'ils valent, et qui présentent^ absolument les mêmes dangers dont j'ai &it mention au sujet des harengs. Par exemple, les trois quarts de la France se nourrissent de chair salée , fournie par trois malheureuses espèces condamnées, comme cell^ du boeuf et celle du mouton , à une mort violenta Ces espèces sont le cochon , l'oie et le canard. Pour faire vivre ces animaux , et principalement les deux derniers, il faut absolument de l'eau où ils puissent se baigner. Les hommes qui habitent loin des ruisseaux sont forces d y suppléer en creusant des mares qui pourraient élre sans danger si
Teau en restait paisible, mais , troublée par ces animaux qui y plongent sans cesse en soulevant leurs vases putrides /il en sort, tout au rebours de la piscine deSiloe, des exhalaisons qui donnent naissance à des épidémies du genre de la peste *. Le porc se venge plus directement : l'époque de sa mort est aussi celle des apo^ plexies foudroyantes , dont il faut rapporter la principale cause à la consommation plus grande qui se fait alors de la chair de cet animal , con^ sommation qui est aussi la source de beaucoup d'autres maladies qui tuent non moins sûrement , quoique ce ne soit pas avec la même prompti*-^^ tude. Si cet ouvrage était fondé sur des calculs , cenx que je présenterais, rdativement à ces faits seuls, suffiraient pour jeter l'épouvante ^parmi les hommes ; mais je me trompe , la mort ne leuu
* De tons les* animaux qui reçoivent la mort de la main qui les a noarris, le yer-à^-soie est peat-etre le seal qni ne soit pas en perte, puisqu'il s'éteint fort doucement lorsque | selon l'usage 9 on Tg^pose , à l'état de chrysalide , à la chaleur solaire ; mais cependant , comme tout ce qni est contre la nature doit porter son fruit, il s'exhale des cadavres réunis de ces animant une odeur «ni generis tellement infecte, qu'il ne lui manque , j'en suis sûr, qu'une droonstance particulière pour créer une nouvelle maladie, de la même manière qu'ont été produites celles que j'ai signalées dans les dernières pages.
THALTSŒ.
inspire aucune a'amle^ lorsqu'ils naperçoivenC poîÀt le bras qui en est diargé.
Il serait &cile y mais trop long , de répondre à une foule d'objections secondaires que Foo poon^ait me présenter sur le même sijqet, ou i d'autres fondées sur les localités. A propos de ces deinières , on observera y par exemple , que les bisons que tuent les habitans des rives de la Plata, pour avoir leur peau, ne leur coûtent point à nourrir, et qu'ils perdraient s'il leur fallait i*enoncer à ce commeroep Sans entrer dans d'autres explications, je réponds : les habitans des rives de la Plata viennent de conquérir leur liberté ; s'ils sont &its pour la conserver, ils ti'ansformeront en champs de blé , de mais ou de rîx, les savanes où paissent les bisons, et montreront aux regards du monde une espèce supérieure à celle qu'ils auront resserrée , sans lui nuire, dans de certaines limites, car les fruits des champs sont la vraie pâture de la liberté Que s^ils croient pouvoir allier l'injustice avec l'indépendance , ils se tromperont ; les bisons , plus dignes qu eux de vivre, seront , malgré l'inégalité des moyens , l'espèce ieconde et prol^ée des cieux, et leur mort même les vengera de leurs bourreaux en portant dans leur sein des pensées continuelles de meurtre y de guerre et de destruction (44).
Car , enfin, telle est la suite inévitable de ces pratiques féroces ! et il s'est élevé parmi nous un homme pour les soutenir! ce n'était point assez d'une tolérance y coupable sans doute, mais qui pouvait trouver son excuse dans une apparente nécessité; il fallait étouffer tout remords, éri^ ger la cruauté en principe, et proclamer l'action horrible de verser le sang comme un droit, comme un apanage de notre espèce! Le manifeste de cet homme a paru , et nul ne s'est \ç\é pour prendre le parti du faible ^ la défense du malheureux ! Il assimile les hommes aux tigres et aux vautours; il leur donne la même origine, et, sans doute, la même fin % et tout le monde
* On pourrai citer quelques phrases de BufTon qui (exu" bleroot cootredlre ce que j'avance ici ; mais je n'ai ppint préteoda que Bnffen manquât d'adresse, et -ce n'est, point sans dessein que je me suis servi , pour caractériser l'acte que je loi reproche, du mot manifeste , sorte de lettre patente où, tout en ordonnant le massacre des hommes, on fait le plus pompeux étalage de la clémence, de la douceur, et de toutes les yertus.
U me resterait une question plps grave à examiner, ce serait de voir à j'ai été injuste envers Buffon. Je ne le pense point) je crois qu*il a fait le mal avec'pleine connaissance de cause, et ce mal a été très-grand, si j'en juge par le nombre des personnes instruites dont ses paroles ont endormi la oonsdence. On m'assure cependaat qn'aojourh d'hul tons les savans sont de l'opiaion dont ce disooofs i^
626 THALTSIE.
garde le silence ! L msensë ! lorsque, du haut de sa gloîrty enflé d'orgueil, an nom June anto-
poor bol d'éuUir la yérité. Puiaié^ acquérir Featière titude qa'cn traçant eette partie de mon trayiil, j'ai pris une peine inutile !
N» B. Je Tiens d'apprendre qne cette qnestloo aTail âé agitée réoemment h Paris | à un innqnet oà aiBUairm bon nombre de membres de l'Institat, et qoe tons FaTaieit résolae afBrmatiYement. Je âxAs même noter id uie dreonstanœ assez renurqnable de ropinion de l'on Centre enx, de M. Brongniard, qui était Famphitryon de far ftte. H pensait qoe l'homme était fmgivore et granivore, m^ non point berhivorei et qoll ne mangeait do la salade qoe parœ qnll mangeait de la viande, par une sorte de compensation. Je Tondrab savoir sur qnds docamens cet habile natmaliste fonde cette partie de sa proposition.
Les hommes de lettres ne sont point restés en arrière des savans : j'ai d^à fait mention de M. de Lamartine; M. Goirand, de FAcadémie française, vient de composer snr ce même sujet plusieurs pages que Ton dit $tre de la plus 'grande beauté; on sait que M. Cliarfos Nodier, de la même académie, vient d'en parler à sa manière, c'est-4-dire,avec un esprit qui n^appartieot qu'à lui , dans son apologue dt V Homme et de la Fourmi, Enfin, je viens de recevoir d^no vénéraUe vieillard une profession de foi, dans laqudle je lls'ces mots : abstenons-nous de chair..,., ; mots qni ont drcncillé dans la demeure des rois, où Fon n'avait encore rien entendu qui en ^approchât , et qui semblent vouloir former , il en était tcmp8,un trait d'union entre lespalalset lesGhaiimières(a).
(a) L*aiitettr de cette profeuioD de 'foi , qui Tient de moaiir , à rige de 87 am , était le finère de l'ancien préeepteor da dwf actuai de l'état , qa'U avait remplaeé dans le oaçur de son dèn^
CIKQtlÉMB mMo€Ris* 627
rite usurpée , il prononçait ces oracles ; lorsque^ avec un sang-froid imperturbable^ sans nuls regrets, avec une entière impassibilité^ il condamnait les animaux à mourir; lorsqu'il propageait leur meurtre de génération en généra* tion, n'éxffrant pour toute perspective, dans TimméJEisité des siècles, que des bourreaux et des victimes, juge inique, il était loin de son* ger qu'il élevait alors, de ses propres mains, la hache sur la tête de èén malheureux Sh ! O imprévoyance du philosophe , si on peut l'être avec de telles erreurs ! ô' imprévoyance du philosophe ; qui, même lorsqul) ne tient à rien, n*est pas (oujdurs à temps à s'envelc^per de son manteau! Eh quoi , vous arrosez la terre de saiig', et vous vous étontiez que son fmii s6it la mort ^ Ah ( ce n'était point aimi que Dieu l'avait faite, 'cette terre, et j'oserai affirmer que non-
SeraitHse b ndsofi pnlfliqQe()iii aurait fait des jMrogrei? <m kleD fkàdnit^^B Attribuer ce.ofct^Bgeuient soliit et û, remar^ qnalde ^^^ flQfuçeesque j'ai oi^vertes > il j a vingt ans poar les uns, et qoebiues années play tard ponr les antres? sources ÎDCOnDueSy mais dont le mnrmnre, d'échos en échos, serait parvenu aot oitflles faites pour Tentcodre. O incomparable beauté de cet objet prédenx! A peine tiré de la bone où il était enseveli depuis tant de sièdeSi le yoilà déjà dans le domaine pablic; ilnjp laisse presque rien à faire « son introducteur, qu'il a devancé.
S28 THAJLYSIE.
seulement lliomine n'était point né pour vivre de proie, mais qu'il serait encore impossible d'établir sur aucun fondement raisonnable que par la volonté de la xiature , je veux dire par un dessein pi^existiM^t de sqn auteur ^ des êtres vivans aient été destinés à servir de pâture à d'autres. Une. telle supposition pourrait être considérée comme un blasphéma LefaltexistCi mais il. tient à des circonstances étrangères qui œsseront un jour; il n'était point dans le plan primitif, c'est-a-dtre da^is Iç but de la création; et comment j aursait-il é|:é , puisque œ but était précisément d'éput^r laterre, de la rapprocher, au moyen de rho9ime,^de celui qui Tavait formée. Et en effet, le jogr^Pit veniroù il n'j aura que de l'homme sur la (eiTe, c'e$t-à-dire Thomme, et ce qui est sur ;^ ligne. Tout ce i^i vit de proie est excenti^jque^ et {doi|t périr. Il est donc impossible de ranger l'homme dans cette dernière classe ^ .lui, le principe et la fin des choses d'ici-bas , et qui les poiie atonies dans son sein ! En immolant les animaul ils est presque aussi coupable aux yeux de la nature que s'il immdait ses propres enlans*
nu DU cniQrnDfx disooubs.