TIU PRÉFACE
et qu'ils lui laissassent suivre son cours vers
une génération y je ne dirai pas plus digne y
' mais mieux préparée que la présente pour
le recevoir.
lA NOUVELLE EXISTENCE
Cest avec une anxiété difiScile à exprimer que f exécute aujourd'hui un projet auquel j'attache le salut du genre humain. En effet ^ tel est l'état actuel des dioses^ telle est la grandeur de rohstacle que l'exposition simple et franche de la vérité ne suffit plus ; il &ut l'environner des mêmes accessoires qui ont donné à Terreur sa consistance , et je crains qu'un aussi grand travail ne soit au-dessus de mes forces. Malheur, a dit Montesquieu, malheur à celui qui survit à
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un pr^ugé qu'il n'a pu détruire ! Je redoute peu pour moi les suites de cette terrible ^ntence ; mais ce que je redouterais par-dessus tout, ce serait, ami imprudent de la yérité, de lui nuire par une défense qui ne fût point digne d'elle, et dont Teffet inévitable serait de la remettre en doQté, de la replonger dans« l'oubli , jusqu'à œ que dés mains plus habiles lui préparassent un triomphe qu'elle ne peut manquer à la fin d'ob* tenir. Cependant, j'ai tâché d'éviter a cet ^rd toute espèce de reproche; j'ai donné , à diverses époques , l'éveil au public sur l'objet dont il est ici question : il coïncide d'une manière si évidente avec l'état actuel de crise qui semble porter le genre humain vers une voie meilleure , malgré les obstacles produits par cet état même de choses, que je pouvais raisonnablement supposer que quelques excellens esprits en ayant été i^rappés, auraient. été charmés de lui consacrer leurs veilles ; mais aucune voix n'a répondu à mon appeL J'ai, pris alors la plume dans l'espérance qu'une conviction profonde, et la bonne, foi qui en est la suite, pourraient me tenir lieu de tout ce qui me manque.
Ce qui fra|^ le plus, l'observateur lorsqu'il jette un coup d'oeil attentif sur la terre , c'est l'inféricurîté relative de l'homme considéré dans
PEEMIEX BISCOUKS. 11
œ qu'il est par rapport a cç qu'il devrait élre ; c'est la Êiiblesse do tiayaiLcpuiparé à laptîtude defouvrier. Toutes ses inspir^itiods sont bonnes et tontes ses actions m^uy^ises, et c'est à ce fiât singulier qu'il ^nt attribuer, sans aucun doute^ k mépris nniv!^r&d qu^ l'homme éprouve pour son semblable^ iqépris que je rendrai plus sensible par un exemple familier : Louis XIV ajant demandé à un persopnfi^e éminent de sa ooor, déjà sur .l'âge, pourquoi il ne s'était pcnnt marié 9 celui-ci répondit : a Cest que je n'ai encore vu aucun. hoi9ip[ie dont je voulusse être le père >u Je n'envisage poipt ici ce que ce xBotpeujt avoir 4^ désobligeant pour le monar- (pe^ mais cequ'U a dVccu^tenr pour le genre humain.. Oui, c'ç;st unte vérité palpable dont chacun peud; i9€ convaincra, pn ne connaît point d'boauni8:dont on. voulut être k père: le genre huinaiii.est.j^é.par ce seul mot Cherchons mainlçpant d'au. peut provenir cet étrange phéiKunène, qujl. n'y,jiit,.pojjQt d'homnie sur la taçre qui ne.$9it.ui(écontent de son semblable^ et qo^,. ipalgré kforCe delà ajmpathîe qui les oblige à^3e.rappi:Qcher, on ne voie qu'abandon etque.soKtjtde dan$ les lieux où ils se toudient çoo^x^eXkevhe d^pbattips- Il faut remonter à la source^ et voir s'il n'j aujnÀft pas dans l'existence
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de lliomme qodque acte essentiel qui y se reflë^ chissant sur tous les autres ^ leur communiquerait sa fatale influence. G)nstdérons avant tout quelle est la qualité distinctive de l'homme ^ cdle qui l'élève au-dessus de tous les êtres; il est évident que -c'est la pitié, source de cette intelligence qui Ta placé à la tête de ce bel ordre moral, invariable au milieu des bouleverse* mens de la nature. Or , cette pitié, la-t-il conservée dans sa pureté primitive? n'en a-t-îl banni aucun des êtres qui vivent avec lui sur cette terre ? Cest à ceux-ci qu'il faut le demander, leur réponse sera décisive; car l'homme est un, quoique composé d'élemens qui se font souvent la guerre ; il n'a donc pu frapper un être quelconque sans frapper la nature, sans frapper ses semblables , sans se frapper lui-mâne.
G>lomb , près de périr de îà\m. au milieu de l'Océan, donne la vie à un oiseau qui est venu s'abattre sur son vaisseau : c'est ce sentiment de G>lomb, dans ces circonstances difficiles, que je veux proposer aux hommes pour modèle dans leur conduite de tous les jours. Est<» qu'ils ne sont pas tous navigateurs sur la mer inconstante et orageuse de la vie? Ils ont beau y voyager habituellement pai^ un temps calme , le jour terrible du naufrage arrivera ^
PMEHIER DISCOimS. 13
nul ne peut Féviter. Eh ! ne serait-ce pas on ain* golier privilège qa'aurait Thomme , de n'être bon qaa certaines heures^ comme s'il n'était pas luimême^ à ^>ute heure, l'image Ti»ble de la divi^ nite, comme si, à toute 'heure, il n'était pas oomUé de ses bienfaits ! L'homme est sensible ({uand il est malheureux ; il cherche alors à ennoblir ses actions pour intéresser en sa fiiTeur oeloi qui dispose des événemens; ce moment passée il ooblie.tout, sans songer que celui dont il a Toulu capter la bienveillance ne perd pas la mémoire et qu'il ne pourra le traiter que comme on être lâche et vil ^ digne de tous les mépris. Une telle manière d'agir , qui n'a point d'excase ^ans une force majeure, engage à rechercher quelle peut en être la cause permanente > et on la trouve d'abord dans cette malheureuse &cilité avec laquelle rhonune reçoit les impre^ siens des êtres qui l'environnent. Ces impres- ^ons , transmises avec la vie et cimentées par l'habitude, ont formé une création à part, qui s'est trouvée par conséquent hors du domaine de la oonsdence, ou, si l'on veut, de la jurisprudence ordinaire des hommes : ainsi les hom* mes continueront à s'accuser les uns les autres d'être injustes, violens, crueb et perfides; mais ils ne s'accuseront point d'égorger les animaux et
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de se repattre de leurs membres^ ce qui est pourtant l'anicpie cause de cette injustice, de cette TÎolence, de cette cruauté et de cette perfidie Bien que tous n'aient point ces Tices au même degré , et c'est là précisément ce qui aide à les tromper, je ferai vcHr que tous en ont les germes, et que, s'ils ne^e développent pas ^lelement, il en faut rendre uniquement grâces aux circonstances qui leur ont manqué. Cest ainsi que la plupart »des européens que leur destin conduit au pa j9 des an tropophages, après quelques mois de séjour chez les naturels , lorsque leurs affaires les appellent parmi eux , ne font point difficulté de s'asseoir a leur banquet , et de partager leur horrible festin , qui les avait d'abord épouvantés. Us commençait par manger le chien ; du chien à l'homme l'espace est bientôt franchi.
Les hommes croient être justes pourvu qu'ils remplissent à l'égard de leurs semUables leë devoirs qui leurs sont prescrits ; mais c'est la bonté qui est la justice de l'honune , et il est impossible , je le répète , d'être bon envers son semblable lorsqu'cm ne l'est point envers les animaux ; car , je le dis encore, Une fiaiut point être dupe des apparences. Sénèque, qui ne vivait que des herbes de ses jar£ns, auxquelles il dut ces
PREMIEB DISCOURS. 15
dernières lueors de j^ilosophie qui ëdairânenl^ pour ainsi dire*^ la chnf e de l'empire romain y pense aussi qae le crime ne peut être ciroonscrit : nuUum intrà se manet ^tium. Etsi^ comme Taffirme Ovide, lé glaive n'a frappé les hommes qu'après avoir ê(À rougi du sang des animaux^ quel intérêt n'a^t-on point à respecter une telle barrière? Comme Epie, qui tenait dans ses mains l'outre où les vehts étaient renfermés nous pouvons fc notre gré, selon que nous tîvrons de plantés ou d'animaux , rasséréner la terre, ou y exciter les tempêtes.
Je sais bien que l'on aura la ressource , en calomniant la providence, d'excuser le crime pr la nécessité. D'après l'avis du plus grand nombre, si Ton ne mettait pas les animaux. à mort, ils raviraient à Fhomme Tempire de la terre. Mais il" serait aisé de répondre à cette objection par l'exemple des peuples qui, ayant en horreur l'effusion du sang, et ne ravissant la vie à auéune créature , même à la plus vile et à la plus odieuse, ne sont nullement troublés dans l'excerdce de leur souveraineté."^; et il
^ Dans les^^s nouvellement déconverts , on n'a point trouvé de prédominance decidœ d'une espèce sur une autre. Gela vient de ce que les qualités sont partagées à peu près é^lement, et que l'animal le plus fort n'est pas en même temps le plus agile ou le plus rusé.
résolterait de Texemple de c^ peuples^ si Von n'en avait point d'ailleurs d'autres preuves, que l'homme est absolument le maître d'accroître ou de borner la multiplication des espèces qui sont plus ou moins sous sa dépendance; et il n'est pas moins évident que la terre, dans cette dernière hypothèse, nourrirait un nombre infiniment plus grand d'individus de l'espèce humaine. Aussi le régime des plantes sera-t-il nécessairement adopté un jour sur toute la terre, lorsque la multiplication de cette espèce aura atteint un certain nombre fixé et préétabli par cette loi impérieuse et irrévocable qui tient lieu , le plus souvent, d'humanité, de justice et de vertu , nombre auquel elle arrive lentement , arrêtée par les causes mêmes que je m'efforce de détruire , et qui , pour cet^ seule raison , devraient armer contre elles tous les êtres généraux qui apprécient le bienfait del'existence (1 )'*'• Les herbes, les fruits! Que peut-on offrir de plus séduisant à l'imagination des hommes ! Ne sait-on point, malgré leur ^rement, avec quelle impatience ils attendent le retour des espèces végétales dont l'usage leur est femilier , retom* si désiré, qu'ils en lient ordinairement
* Voyez les Notes, à la fin de chaqne disconrs.
PBEMIEB DISCOURS. 17
Tépoque a celle de laccomplissement de leurs pit^els dont ils espèrent le plus de bonheur, comme s'ils pensaient qu^ la providence devait assurer les uns par les autres, ou qu'ils voulussent leur donner une même origine. Ce désir, déjà très-vif^ le deviendrait à tel point s'il était contrarié, qu'il n'est rien qu'on ne tentât pour le sati^aire. On sait que les Gaulois firent une irruption en Italie pour le fruit de la vigne, et Ton connaît Téloquence énergique de cet envoyé d'Aruns portant au camp de Bellovèse de l'huile, des raisins, et du vin. Elle ressemble, quoique dans un but opposé, à celle des Scythes adressant d'autres envois à Darius (2). Enfin, les Romains eux-mêmes firent pour un autre fruit le plus grand des sacrifices, celui de leur liberté. Nous ne mangerons {X)int cette année des figues de Tusculum, disaient les officiel» de l'armée de Pompée; et, pour en manger, ils le forcèrent à livrer intempestivement la bataille qui décida du destin de Rome et du monde Un peuple non moins célèbre que les' Romains avait pour ce fruit délicieux une es«time encore plus grande : il le regardait comme un présent inunédiat des dieux , et conune la meilleure preuve de leur affection pour l'homme. Barbare! s'écriaient les Grecs dans leur
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lopps d'innooence^ en s'adressent a Hercule , que f habitude de verser le sang, quoique ce ne fût que celui des scélérats et des bêtes féroces.^ avait fini par rendre cruel ; barbare • comment peux-tu manger de la chair, ayant scwis ta main des. figues fraîches! Les fruits, en efiSet, tiennent à un ordre supérieur ; ils semblent être l'euveloppe sous laquelle habitent çt se rendent visibles les bons génies de la terre.
IJiS nous sont à tel point indispensables, que je ne doute pas que si une de leurs principales espèces venait à nous être ravie, même de celles qui BOUS étaient auparavant étrangères, il ne s'ensuivit daps la constitution physique et morale de rhomme des désordres dont on ne pourrait pirévoir ni l'étendue, ni la durée '^. C'est sur ces goûts, ou, plutôt sur ces besoins impérieux, qujest fondé principalement, sans qu'on s'en doute, l'amour de la pairie, c'est-à-dire du pays; et j'attribue à la privation de ce qui peut les satisfaire la langueur de ceux qui en vivent éloignés, langueur qui se ternunerait par une mort plus ou moins prompte s'ils nç conservaient au fond du cpwr l'espoir de le revoir un jour.
*«rai ooanu uue personne bien respectable qai, par des motifs de piété, s'abstenait tons ks ans d'tra des fraits qa'dle aimait le plus. Elle m!a confié que ce n'était pas un léger sacrifice.
PBEMIEH DISdOCKS. 19
On connaît le gDÛt général des hommes pour certaines herbes crues, je veux dire poiir la salade Celui des femmes, à cet égard, est sur^ toat très-remarquable. Qui ne se souvint aVeô délices de ces repas ihnoceiis faits avec elles sur le bord des fontaines, et composée de ces herbes seules cueillies de leurs mains ! La pureté des pensées, analc^ue à celle dil feS" tin , les a gravés dahs l'âme en traits ineffaça^ Ues. Ces tableaux intéressent jusque che2 les *antmaux. Qui n'a vu avec satisfaction un bomif entouré des herbes luxuriantes d'une prairie, les tondre avec sa langue, comme avec une faux, et savourer, en beuglant, le plaisir de Fexistence! Ou même un cheval attaché à la crèche , appelant du pied et de la voix sla nourriture accoutumée, qu'il reçoit et qu'il dévore en tournant vers son ' maître un oeil fier et Satisfait ! Mettez à leur place un aigle qui enfonce son bec dans le sein d'un agneau , ou des chiens se diputàht leur proie, je d6ute qu'ils communiquent à l'homme d'aussi douces sensations. Bien plus, les émanations de ces espèces pacifiques ont un charme qui le retient ou qui l'attire; elles passent même pour tin remède assuré dans certaines maladies , et un ^rand nombre de personnes croient leUr
devoir la santé et la vie ; tandis que rhorrible puanteur qu'exhalent les autres espèces, nonseulement oblige rhomme à s'enfuir, mais serait encore capable de lui donner la mort s'il prolongeait son séjour auprès d'elles : preuve bien évidente qu'il ne doit pas être rangé dans leur classe. On dit qu'il s'élevait une odeur suave du corps d'Alexandre, comme on l'avait dit de celui de Socrate : je ne sais jusqu'à quel point la flatterie est entrée dans cette observation relativement au conquérant , mais je sui» bien convaincu que cette faculté appartenait originairement à l'espèce humaine.
Il existe une si g^nde analogie, une si parfisiite ressemblance entre la vie de l'homme et celle des animaux qui l'entourent, qu'un simple retour sur lui-même devrait suffire pour lui faire respecter cette dernière, et s'il était condamné par la nature à la ravir^ il pourrait maudire à juste titre Tordre de choses qui, d'un côté, aurait mis dans son cœur la source de sentimens si doux, et, de l'autre, lui aurait imposé des obligations si crudles.
Cette mort , dira-t-on , est pour les animaux si inattendue, qu'elle ne peut point exciter de regrets (3). Mais outre que ce fait est entièrement faux relativement au plus grand nom-
PEEMIEE DISCOURS. 21
bre^ puisque dans les VîQes où la police n'a point ëtatbU de lieux particuliers pour cette horrible exécution, les voix plaintives de ces animaux, voix particulière à ces tristes et derniers momens , sont un avertissement pour que Ton vienne se partager leurs membres encore pantelans, qu'elle impression ne doit point £iire sur le spectateur, s'il lui reste quelque ombre de pitié, cette ignorance même' de Fanimal qui va du pâturage a la mort, sans se douter du sort qu'on lui réserve ! qui suit paisiblement son baxiiare conducteur, celui dont il recevait la nourriture , et dont la présence le remplissait de joiei II voit la marque de son long servage profondément empreinte sur son
front, il est pénétré du sentiment de son innocence, sentiment qui a arraché à l'interprète de la nature, dans la peinture d'un désastre oà tout succombait par l'ordre des dieux, ce cri si vrai : les animaux périr ! du même sentiment qui , dans le tableau du déluge universel , a réuni tout l'intérêt de cette immense catastrophe sur le serpent, quoiqu'il soit, et dans ce moment surtout, la plus odieuse de toutes les créatures (4). Et si cet honmie a des en&LtLSf s'il' porte dans son cœur des objets qui lui sont chers, comment pourra-t-il
%% TBALYSIE.
s'epTÎronner sans cesse des images de la mort, de cettç mort qui doit le priver un jour de ceux qu'il aime, ou le ravir a leur amour? Et s'il est juste, s'il est bon, comment ne répqgnera-t-il pas à des actes qui lui rappelleront oontinuellement des idées d'ingratitude, de cruauté et de^ violence ? Il existe en Orient un arbuste qui, par un mouvemeqt machinal, penche $es rameaux vers le voyageur qu'il semble inviter à se reposer sous son ombre • cette simple image de l'hospitalité qu'on y révère Vy a fait considérer comme sacré , et l'on punirait de mort celui qui oserait approcher yne hache de sQn tronc. Les animaux nous aeraient-ilsi moins sacrés parce qu'ils représentent, npn po\nt par des mouvemens machinaux^ mais par des actions semblables aux nôtres, les sentimens les plus chers à nos cœurs? Ah ! respectons-les , non point seulement parce qu'ils nous aident à porter le fardeau du monde qui pourrait nous accabler sans eux, mais parce qu'ils ont le même droit que nous à la vie.
J'interromprai le fil de ce discours pour donner place à quelques observations qui naissent du sujet On pourrait faire pour les souf&an* ces des malheureux boeufs, par exemple y dont
PEEMlEà BlCdUKS. 2^
il a ëte question dans oe dernier pattigràj^he^ âtitânt on plus que ce qa'd fait le peintre Hogarth poar celles des chevaax ; mais le iiqet serait si horrible y que cette faorreut même empêcherait de le traiter. Je vons con-^ jure, s'écriait l'orateur Fox dans le parlement d'Angleterre 9 lorsque la déclaration de guerre j était mise en délibération, je tous conjure de vous transpoîrter en idée sur un champ dç bataille ! Fox avait bien raison. Cependant , à la rigueur, en se transportant sur un champ de bataiUe, même après le combat, on y trouverait encore quelques-unes des passions de lliomme, ou, si Ton veut, de ses. illusions; les figures même des morts pourraient témoigner que leur dernier instant n'a pas été sans jouissance: un rayon de gloire les sillonne et les marque, pour ainsi dire, avant quelles ne tombent dans l'étemelle nuit Mais que troQvendt-on , sur quoi pourraient s'arrêter les regards , dans ces affreux repaires où les animaux sont forgés avec tant de sang froid et tant de barbarie? Je ax>is que bien peu, dans le grand nombre de ceux qui occasion nent ces supplices, en pourraient supporter de près le déchirant spectacle, et je pense que tous mes argumens en &veur de ces in*
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nocentes créalares fiâliraient devant cet aspect d'une toat autre éloquence * ! Et de quoi s'agit- il y enfin ? où est la nécessité d'un si épouvantable massacre? La terre entière estelle comme une ville assi^ée? les fruits ne pendent-ils plus aux arbres? les champs ontils refusé leurs tributs accoutumés? Nod^ non. L'homme s'est lassé de la justice, il s'est lasse d'être lui; il a voulu goûter de la vie du tigre, malgré l'horreur qu'il lui inspire.
Je viens de lire dans les papiers publics un narré fort simple qui fera voir si les animaux ne sentent point réellement les avant*coureurs de leur mort Ce narré est extrait mot à mot du Moniteur du 8 Juillet 1 820.
« Le 3 de ce mois, vers les six heures du soir, un bœuf s'est échappé de l'abattoir Roche- Chouart , à l'instant où il allait être abattu, n a franchi là barrière en bois placée au-devant de la grille de cet établissement , et après avoir parcouru une partie des rues de Paris les plus
* J'ai questionné plusieurs personnes qui avaient assisté à œs tueries^ œ qui avait frappé les unes , c'était le spectacle des chiens aboyant autour du noble animal , comme lor«qulls attendaient les membres de Jésabel; les autres avaient été surtout révoltées de l'atrocité des enfans, pour qui de telles horreurs sont des fêtes : toutes en avaient rapporté le plus grand mépris et le plus grand dégoât pour Tespèce humaine.
PBEMIER D18G0CBS. 25
bépokté&j il a été tué à Yillierç^ près Neuilly, par un iospecLeur des jardios du duc d'Orlàms , qui lui a tiré an coup de fusil dans la tête.
» En passant sous 1 arc de triomphe du Girroosdy et à la grille des Tuileries du côté de la rue de lUvoli , ce bœuf a été frappé par les £ictionnaires de huit coups de bayonnette, dont on lui a pénétré de deux ligoes dans les poumons. Rue Caumartin il a franchi le cheval Sua haquet de brasseur que l'oa avait mis en travers pour larrêter.
0 Les garçons bouchers, qui s'étaient mis à sa poursuite^ n'ont pu l'atteindre qu'au moment où il venait d'être frappé de mort »•
Quel tableau que celui de ce bœuf au milieu des monqmens de Paris et sous ses arcs de triomphe ! Mettes un homme a sa place , otez Teffroi qu'il inspire à toute cette ville remplie de ses bourreau;^ , et vous aurez une scène de la révolution.
Féliq^)ns toutefois ce malheureux animal d'avoir péri au milieu des champs , comme ce grec au ressouvenir d'Ai^os, et de n'avoir point reçu la mort sur l'éçhafàud souillé du sang de ses firères !
Une raison qui est sans réplique^ du moins
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pour les âmes généreuses ^ c'est la confiance des animaux dans l'homme : la nature ne les a point enseignés à se méfier de lui ; il est le seul ennemi qu'elle ne leur ait point signalé. FTestce point une preuve évidente i|u'il n'était point fait pour. l'être? car on ne peut croire que la nature, qui tient une balance si juste, eût voulu tromper les animaux en faveur' de l'homme seul. On a observé que les oiseaux des espèces douces expriment certains cris lorsqu'ils aper^ çoivent le renard^ la fouine, le putois, quoiqu'ils n'aient rien à en redouter; mais Sans doute, à cause de l'analogie qu'ils leur présentent ; ce sont des cris de haine plutôt que de crainte, tandis qu'ils poussent ces derniers à la vue de l'aigle, du milan, du vautour. Or, il est certain que dans toutes les iles où les hommes ont abordé pour la première fois, les animaux qui les habitaient n'ont point fui devant eux; ils ont pu les prendre à la main , jusqu'aux oiseaux eux-mêmes *. La- Condamine
* Dampier raconte qu'à Gallapages , île de la mer du Sud, les tourterelles sont si peu farouches, qu'un homme en peut tuer cinq à six douzaines dans une après midi, sans autre arme qu'un simple bâton. Le commodore Byron, dans son Voyage autour du Monde , rapporte un fait semblable qui eut lien dans une ile déserte de la même mer. Son équipage se montra plus barbare encoi-e que celui de Dampier; les
PREMIER OISCOUBS. 27
rapporte^ dans son Voyage de t Equateur, que les sanvagies des bords de l'AmazooDe, qui font la guerre aux singes pour les manger^ reconnais* sent, lorsqu'ils vont a la découverte d'un pays, si d'autres hommes y ont été avant eux, suivant que les singes les attendent ou prennent la fnite\ On a fait des observations correspondantes au pôle; les oiseaux , qui y mettent une extrême attention à disposer leurs nids de ma* nière qu'ils soient inaccessibles aux ours et aux renards, ne témoignent à l'qgard de Tbomme aucune sorte de défiance. Ils ne fuient même point à leur approche. D'un autre côté, en créant l'homme barbare et les animaux craintifs, c'est- , à-dire en lui donnaqt ces traits auxquelles animaux ne se m^rennent pas, se serait-elle trompée au point de placer sa nourriture dans des êtres tous plus agiles que lui, et n'aurait41 pas eu
oiseaai farent massacrés dabs lears nids; ils périrent avec leor progéiiturc.
Qodqne diose de cette naturelle confiance des animaux dans lliomiBe, apparaît dans les pays policés où la chasse est défendue par la religion.
^ La oontnypartie de œ fait existe dans la presqiiHe de llide, où les stages entrent familièrement dans les maisons, et Tiennent de fort loin iioar recevoir les portions de riz que ^Mi d^iose ponr eux sur les terrasses , deux jours de la semaine, qulb GonDaissent parfaitement sans le secours d'aucun dlroanach.
28 TUALTSIE.
le temps de mourir avant que son pei^feciion* nement ne Feût mis à même de remporter sur leur agilité par sa ruse? car ce que Ton nous raconte de Tagilité de certains sauvages est un talent acquis par bien des efforts , et n est point un pi^ésent de la nature. On en peut juger par ce qui .s'est passé de nos joure à 111e de Juan- Fernandez : les navigateurs qui j fuient jetés par un naufrage, mourant de faim, tombèrent à genoux devant les arbres que l'amiral Anson j avait semés; les chèvres qui y avaient été déposées par Juan-Fernando , celui qui en avait fait la découverte, ne leur furent d'aucune utilité. En général , tout ce qui rompt la chaîne des habitudes de l'homme, tout ce qui Tisole des autres, tout ce qui le concentre en lui-même, et les grandes douleurs produisent surtout cet effet, le rappellent à cette première vocation. La maréchale de Rochefort ne mangea plus de viande depuis la mort de son mari , dont elle fut inconsolable. Cependant cette femme, célèbre, par son esprit et ses agrémens * , vivait
* Ce fat sans doute llntérêt que ces douces habitudes rq»ndirent sur sa physionomie, et le genre de beauté qui en fbt la suite , qui inspirèrent une passion si forte et si duraUe à LouYois , c'est-à-dire à l'homme le moins fait pour en ^roa- Ter aucune de ce genre. H est inutile d'ajouter qu'elle était vertueuse comme son objet
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à h Goar de Louis XIY^ et était, par œnsé* qoenty on ne peut pins éloignée de la nature; die y rerînt par celte brusque interruption de son afTection principale «Tai eu l'occasion Rapprendre dans le monde beaucoup de traits de ce ^re , et j'ai fait la remarque qu'à l'exception de celai que je viens de citer, ils étaient tous relatifs à des époux malheureux ; ce qui proaverait qu'il n'y a pas de plus grande douleur que celle que cause la perte d'une épouse chérie n n'est pas inutile de remarquer non plus que ces femmes, si pmèrement regrettées n'avaient point , pour la plupart , laissé de pos* tenté Dans une excursion que je fis , il y a qadqaes années , sur les cotes méridionales de fOcéan, on me montra une cabane qui avait été habitée par un de ces modernes Orphée. * n y vivait seul , sans autre société \que celle des eflroyables tempêtes de ces bords (5). Il avait porté tellement loin la pureté de ce r^me, <in'il n'employait à son usage, comme Empédode et Apollonius , aucune matière animale quelconque ; ce qui donnait à son costume un
^ n est probable qu'Ornée, qui, ainsi qne nous le verroi» plosloia, érigea ce r%ime, chez les Grecs, en culte publie, y fut porté lui-même par la douleur que lui inspira la mort d'Earydice.'
30 THALTSIE.
air singulier , dont ses héritiers , fatigués de le voir vieillir outre-mesure, voulurent profiter pour le faire déclarer insensé ; mais ils ne réussirent point dans leur coupable projet. Si oe vénérable vieillard ne se défendit point comme Sophocle y un Œdipe à la main , il convainquit du moins ses juges par* les reparties faites le plus à-propos et par une rare éloquence. Mais pourquoi craindrai -je de fournir un aliment a la malignité publique, en avouant que les insensés livrés à eux-mêmes sont naturellement portés au régime végétal, et que la viande leur fait géqéralement horreur ^ ? trait que n'a eu garde d'omettre un des meilleurs observateurs de la nature, Hminitable Cervantes, dans la fausse démence de Basile, aux noces de Gramacbe Le désordre des rapports moraux laisse alors à Forganisation physique toute sa domination , et son langage, non suspect dans ce cas , est
* Ced est principalemeat remarquable dans la folie par exaltation.
En voyant les fbns ne point manger de chair , ne d(dt-<)n pas déplorer le mauvais usage que l'homme fait de sa raison ? On vient d'essayer d'en donner à un jenne homme qui n'en avait jamais goûté, à ce malheureux Gaspard Hauser, dont l'existence est encore un mystère ; elle l'a fait entrer dans d'horribles convulsions. On l'y a accoutumé plus tard ; mais il est bien remarquable qu'il a perdu dès-lors l'extrême finesse de ses sens, comme si un voile épais les eût enveloppés.
PBEMIEB DJSCOUBS. 31
Que des meilleures preuves en favear de ma propositimi. Elle est encore plus concluante que celle que je tirerai plus tard de la manière dTéice de l'homme des bois.
Je citerai un autre exemple de ce genre qui a pour mot on intérêt de plus, puisqu'il a eu lieu dans ma famille : mon aïeul maternel ^ officier sarde, s'étant trouvé engagé, à Tâge de ving-deux ans^ dans une affaire d'honneur ou le fils unique de la comtesse de Saint- Sâastien, qui fut la seconde femme de Victor^ Amédée II, perdit k vie, n'eut d autre moyen pour sauver la sienne que de se retirer en Fiance, où, malgré la coutume immémoriale de ce pays y qui accorde protection aux étrangers, il fut vivenient poursuivi par les ordres de la Coor de Versailles , alKée à celle de Savoie ( la première femme de Yiclor- Amédée , était BÎéce de Louis XIV ); et il ne parvint à écfaap* lier à ces poursuites qn'en se^jctaqit dans les montagnes dé la Phiveace , où il vécut dans decQBliBudles apprâiensions \ jusqu'à l'avène*'
^ n aaïaît siKCOiD^ ififiilliUeineDt sll ne fut peurvena à se mettre ea relation ayec Tabbesse de Pronille , sa parente , qui le tint cache daas le village de Fanjaux, situé auprès de œ convent. Je ne sais par quel retour le destin m'a appelé et fixé noiï loin de œs lieitv.
32 THALY3IE.
ment au trône de Qiarles-Emmanuel^ où des ressentimens personnels lui interdirent mêoie alors l'entrée de sa patrie. Cependant sa famille, dans un œurt espace de temps, avait été moissonnée tout entière par les persécutions ou le chagrin. Il ne lui restait plus que son cousin germain , qui était en même temps son ami, lequel fut si frap[ié de ces événemens , quH s'abstint sur-le-champ , par un mouvement spontané, semblable à celui qui opéra le changement dont j'ai parlé dans les habitudes de la maréchale de Rochefort, de toute nourriture animale; et fuyant même jusqu'à l'aspect du meurtre, il se retira dans un séjour inhabité , au milieu des Alpes; mais soit que sa mâancolie se fut adoucie , soit qu'une solitude si absolue ne puisse être supportée long-temj)S, il voulut soumettre cette manière de vivre à des rœles, et il se rendit à cette fin dans la grande chartreuse de Grenoble , où ses vertus et ses talens le firent bientôt après nommer visiteur des chartreuses de France, moyen dont la providence semblait se servir pour que les deux infortunés pussent se re* voir : ils se revirent en effçt, et ce fut alors que mon aïeul reçut de son parent, pour les blessures de son âme, ce baume d'une vie innocente et
FEEMIER DISOOOBS. 33
pore. Ja)Oi]terai à ce sujet qu'il est io6nimeiit prolNiUe que Famonr de la retraite^ et de la ne prétendue péniteutidle que Ton attribue i on esprit rdîgieuz , appartient bien plutôt à œ mouvement intérieur de justice qui nous déEeud Toppression de toute créature (6), et que (fest là le principe de .cet ékignement pour lemoode^ â ordinaire aux âmes sensiUes^ sans qQ'eUes en aient , jusqua présent^ bien âémâé le Boti£ €es aperçus deviendront autant de Tentés incontestables à mesure que Ton fera plus de progrès dans la première des sciences celle du cœur bumain.
Au reste y rérénement dont je viens de par- Ur, £sital à ma famille^ mais auquel je dois FmappréciaUe avantage d'être né dans un pays ou Ton n'est sujet que de la loi ^ cet événement, dts-je, fut Tunique cause de l'abdication de Yictor-Amédée, que l'on a expliquée de diverses manières. Ce prince, d'une foi peu sàrCy mais.qui était roi dans le vrai sens de œ mot, ne fut conduit à cet acte ni par la philosophie ou Tamour du repos, comme tien, ni par la vanité, comme Christine, u nn esfnt monachal, comme Charles-Quini mais uniquement par le malheur d'une fc adorée , qui, en lui peignant le néant de 1
34 THALTSIE.
lui fit sentir enôore plus celui des grandeurs que son expérience lui avait déjà fait justement apprécier;^ et s'il voulut remonter ensuite sur le trône^ ce fut parce que la douleur de son épouse, qui avait été longue, mais qui,, pour s'épuiser , semblait avoir eu besoin d'une année de solitude, avait cédé la place a Tarn* bition pour laquelle elle paraissait plus faite. Gondorcet s'étonne de ce grand ascendant de la comtesse de Saint-Sébastien, par la raison qu'elle était âgée : si cette digression n'était déjà trop longue, je ferais voir, à l'honneur des femmes, que celles d'un certain âge excitent, dans les esprits d'une certaine trempe, des passions beaucoup plus fortes que les jeunes, et d'autant plus durables qu'elles sont plus dépourvues d'illusions. Qudque insignifiantes qu'aient été les paroles de Pierre L^ à M.i°^ de Maintenon mourante , je suis convaincu qu'il toucha les rideaux de son lit avec. plus de respect qu'il n'aurait &it ceux de Louis XIY , et lui-même n€f céda qu'à cet unique ascendant, indépendant de l'âge et de la fortune, lorsqu'il épousa la servante de Menzicow.
Beaucoup de personnes ont été à même d'éprouver des sensations qui> sans être préci* sèment du même genre, concourent à la même
PBKMIER DIBGOiniS. 36
fin, je Teux parler de œax que des drconataiices extraordinaires ^ont obligé de recourir à des nourritures inusitées ; ils. ont tous- éprouvé qu'ils étaient trompés par lliabitude. On ré« pondra peut-être qu'il y a un sentiment moral ^ui est cause de ces répugnances ^ et que ce qui existe a T^ard de certains animaux pourrait bien ne pas avoir lieu pour tous. Je ne nierai point assurément qu'il n'y ait des degrés dans la sensibilité comme il y a des différences dans les diyers objets qui lui correspondent; mais & Dieu ne plaise qu'il existât sur la terre une seule particule de vie, quelque infime quelle fût,, par laquelle die ne pût êtrpexci*tée I Personne n'ignore qu'une araignée fit Iong-4emps la consolation , et fut , on peut le dire, la compagne chérie d'un homme de lettres malheureux et sensible. Au demeurant, l'on sait à quoi s'en tenir en général sur ce sei^timent moral dans l'homme actud. J'ai cité à ce sujet quelques actes qui avaient lieu en Amérique 9 dans presque toutes les relations de naufrages où Ton a été réduit à manger de la chair humaine, on voîl qu'après avoir surmonté rhorrenr qu'une telle nourriture doit inspirer, on a continué d'en vivre, quoique le hasard eût présenté depuis, et même en abondance ,
TUALTSIC.
cTautres nourritures ^ non v^étales à la Térite. Le naufrage de la Méduse en offre réoenïment un exemple : on y continua la distrilmtion de chair humaine, quoiqu'on eût du poisson en sufiBsante quantité (8). Dâis une fimnine qui eut lieu en France , au commencement du onzième siècle, l'histoire rapporte que les hommes s'attendaient sur les routes pour s6 manger. On sait ce qui s'est passé au siège de Jérusalem; un crime encore plus horrible eut Ueu dans la &mine qui afiBigea la Lorraine au dix-septième siècle, puisque des enfans y dévorèrent les auteurs de leurs jours. On eherdiera, sans doute, à excuser la pluplart de ces actions par la force irrésistible des circonstances; mais qudles qu'eussent été ces circonstances, elles n'auraient pu arracher rien de semblable de l'âme d'un banian. Eux aussi ont éprouvé des disettes aiïreu^es^, non des mains de la nature, dles n'ont été que trop libérales pour eux, mais de celles des hommes. Dans la famine que les barbares anglais excitèrent dans l'Inde, vers le milieu du dernier siècle, il périt trois millions de ces malheureux (9); tous moururent aux pieds de leurs animaux domestiques, et sous leprs doux regards, san^i qu'aucune pensée cruelle vtntempoisonnerleurs derniers instans. On ne
PBBWBK DI8G0UES. 37
manquant pas iTattribaer un acte ausai remarquable à rinfluenœ de la religion^ et je pense qu'elle n'y est point étrangère; mais comme dans un si grand nombre de TÎctimes on n^en a pas troaYé une seule qui ait youIu racheter sa TÎe par \m meurtre, il est permis d'en rapporter la plus grande gloire à Texcellent naturel de ce peuple, c'est-à-dire à son r^me.
Ce serait une raison spécieuse , mais bien iausse y que de dire que, puisque la nature a donné à l'homme du goût pour la viande , il doit lui être permis d'en manger ; d'abord parce que la nature ne lui a point donné la viande coite, et qu'il a dû s'écouler blai des siècles afant qu'on ait trouvé le feu* On n'ignore pas çpll existe un certain nombre de pajs où il n'élait pas encore connu à l'époque récente de leur découverte. La nature donc n'aurait donné a l'homme que la chair crue ou vivante , et l'on sait qu'elle lui répugne sur toute l'étendue de la terra Or, c'est précisément ce caractère qui distingue essentiellement les animaux de proie , des autres. Les premiers, ceux du moins de la grande espèce , ont généralement une extrême répugnance, non-seulement pour la viande cuite^ mais encore pour celle qui a perdu sa fraîcheur. L'homme n'est donc Carnivore qu'à
38 THÂITSIE.
certaines conditions , et ses sens^ auqnels il en appdle, sont pervertis à tel points qa'il mangerait son semblable sans s'en apercevoir , si on le lui servait à la place du veau , dont on assure que la chair a le même goût Ainsi Harpage mangea y sans le connaître^ le corps de son fils. Or y d'après ces considérations, il &ttdra qu'il cesse de répéter cette phrase ignorante y quoique sortie de la bouche de savans, que c'est nh privilège qu'il a reçu de la nature de manger de tout , et de pouvoir tout assimiler à sa propre substance , puisque ce prétendu privil^ ne serait qu'un malheur , et un malheur qu'il pai^ tagerait avec des êtres qui n'étaient pas faits , plus que lui , pour se nourrir de proie. La vache^ dont on ne contestera point* la qualité herbivore y a été dénaturée au point de ne vivre que de poisson cuit sur les plages infertiles^ de Fislande et de la Norwége. Nieburh, dans sa Description de FJrabiCj cite un &it absolument semblable relativement aux ânes qui vivent sur 1^ bords du Golfe Persique ; fait d'autant plus extraordinaire, qu'il a lieu dans un pays chaud; mais sans doute que dans l'un et l'autre climats, ces animaux ont ^ubi la déchéance^
* La vache ainsi nonirie n'a point de cornes ; privée d'intdligence par la même cause, die est livrée sans défense par
PBEIIIB& DISCOUKS. 39
et la mcnialité précoce qui sont le partage actuel de rhonune; de rfaomiiie, que la nature «vait destiné à vivre de si longs jours ^ -^ dont elle hâte maintenant la destruction avec autant de rapidité que si des êtres nouveaux ; et plus dignes de aes soins ^^devaient sortir de sescoidres !
La mnci le |dus scdbre des quadrupèdes, et qui rappelle tellement l'idée des vitaux, qu'elle semble porter sur sa tête, comme le œrf et fâan y les branches vivantes de l'arbre qui la noiurit y la rame , réduite aux derniers abois sur les o5tes arides et glacées de la Mer du Nord, vit de poisson lorsque la tempête transporte ailleurs la mousse que la mer dépose régulièrement j comme un tribut, sur ces rivar ges déso]és *. Faudrait-il s^étonner que rhomme, dans une situation aussi désespérée, se îât écarté de sa véritable route, et qi/il eût per- «té d.nsaon Rarement /loi ^,B'^t point le maître da FP«mier mouvement veut fétre da second , oonune pour partager avec la nature, ainsi que dans le totâ noctepUàtl Mais
h nature à ses ennemb, dont die serait inévitaUement la proie ai Hiomme n'j eût ponrm.
* On dit que la renne, dans ces fScheuses droonstanœs , sort de son naturel jusqu'au point de manger des rats et même dcsserpens.
40 THALT9IE. /
la nature est patiente y elle lâche la main avec nn soarire de pitié; et, l'homme y qa'dle ahan^i» donne, Ta se briser avec plus on moins de tî» tesse sur recueil que lui-même a forme.
Il serait trop long d'énumérer ici toutes les causes qui peuvent avoir amené une semblable aberration (1 0) ; ce sera la matière d'un autre discours. Je me contenterai , pour le moment , de dire quelques mots sur celle qui la perpétue. Elle est essentiellement dans cette légèreté y oa plutôt y cette sorte de stupidité qui rend pénible aux hommes toute reflexion qui contrarie leurs habitudes. Ils détourneraient tous la tête avec horreur s'il voyaient ce qu'un seul d^ leurs repas coûte à la nature. Ils mangent les animaux comme quelques-uns d'entre eux lancent tme bombe au sein d'une ville assi^ée, sans songer aux maux qu'elle doit apporter à une foule d'individus étrangers à la guerre , à des vieillards, des femmes , des enfans; maux dont ils ne pourraient supporter de près le spectacle, malgré la dureté de leur cœur. Ce que l'homme désire par^lessus tout, (^est de sentir d'aboid son existence, et puis de la faire sentir aux autres. Il veut peser dans la balance de l'unir vers , n'importe avec quel poids : or , les animaux , du moins ceux dont il fait sa proie , se
pmEWEi DiseocRs. 41
prêtent peu à oettç disposidon; Fhomme les mterrage en vain^ ils ne loi répondent pas , empOFlés ailleuFS par leurs affections. Or, dans œi état^ ils ne peuvent lui inspirer que de l'inr dififêrenœ; car c'est ocmune objets indifférens qu'il les toe et les mange; il ne verrait pcHnt sans pitié, sur sa table, le chien, le dieval, et d'autres animaux dont il est entendu, et qui lui répondent *. Je parle ici en général, car il existe chez un certain nombre d'in^ dividus quelques dispositions particulières qui ne imdent pas le sacrifice des animaux aussi indifférent que je Tai supposé ; leur mort, qui n'est ni sans résistance, ni sans douleur, flatte, pent*être, sans qu'ils s'en rendent tous nuson , leur vanité cruelle; elle leur fait sentir leur supériorité et leur pmssance , et c'est ainsi que le dernier des hommes peut se faire une idée du plaisir des tyrans.
* Cest parce qne la yolonté dfls «nimanx que je dte est toate tonnée du côté de l'homme, qnll a ponr enx une tendresse toate particalière ; et c'était parce que le moi intérieur du mallieareux nègre n'était pas censé assujetti à cette dépendance, qoll était traité si craéllement. Cest ponr cette même raison qne les dqmestiques sont tus arec ^difTcrence, à moins qn^ leur âge , à la snite de longs services , ne les fasse considérer comme devant fidre partie à jamais de l'habitation , hors d^ laquelle leur pensée ne doit point s'étendre.
42 TBiXTStE. «
Aujourd'hui que tout est calculé avec tant dé précision , îl ne manquera point de gens qui essaieront de prouver qu'U y a plus d'aTantage pour les animaux domestiques a naître et à vivre y à condition d'être ^oi^és , que s'ib fussent restés dans le néant ou dans Tétat de nature. Quant au mot néant , j'avoue que je ne Tenlends point; mais j'entends fort bien Taatre y et je n'ai jamais conçu conunent l'homme avait pu avoir la barbarie d'accumuler toutes les calamités de la terre sur un seul individu , c'est-à-dire de Tégorger pour prix de l'avoir fait décheoir; que, s'il pensait échapper lui-même à l'influence d'une action aussi lâche et aussi infâme , il serait dans une bien grande erreur. .
Cest ici le cas de répondre à une autre objection extrêmement futile^ mais que, faute de raisons valables , la mauvaise foi se plaît à reproduire; car l'homme est mauvais raison^ neur encore plus qu'il n'est méchant Des perr sonnes d'une grande subtilité m'ont prié de fixer y relativement aux objets en question , la limite qui sépare les animaux des végétaux , ne mettant , sans doute , aucune di£Férence entre un bœuf et un zoophite \ D autres m'on^ op^
{*) Un ta)apoiii,aTant de s'asseoir sur l'herbe, la seooae km* gnement avec sa robe , de crainte de fooler un insecte. Sans doQte ^11 ne faudrait point taer an insecte sans néoesâté y et
pmBiusB macùms. 43
posé, dans la même inleiAion, Topiiiion des
Muiicbéens qui, attribuant aux plantes une
âme sensitive (11 ) « ne TiTaienl absolument que
de firoits. Le naetlleur mojen de repondre à
œs objections , est de les adopter avec toutes
leurs oonsoquenœs. Aoooidons que tout est
susceptible de souffrir , jusqu'à l'herbe qu'on
foule , jusqu'à la pierre qu'on heurte , bien que
Ton puisse admettre la rie, sans j joindre le
genre de souffrance dont nous entendons parler
ici , œ qui est manifestement prouvé dans beau-
tenp d'insectes et d'autres animaux, à sang
Uanc; il ne s'agira alqrs que de changer les
termes de la proposition , et de leur substituer
œox-ci : faites soufftdr le moins qu'il tous
sera possible. Cette doctrine a cela d'essentiel-
letnent bon , qu'elle ne demande point à être
jugée avec l'esprit, source de disputes aussi
▼aines qu'interminables , mais avec le cœur|
qui ne trompe jamais (12).
on emperear romaia a été jastement abhorré parce qu'il s'amusait à tuer des monches. Mais après tout , la mort d*aa ^OMcten'ert pas aa si graod malheur. Il n'en existe que trop potv le repos des hommes et surtout pour celui des animaux. L'esprit religieux se reconnaît d'abord à ces minuties ; il OQtre tout parce quil craint de n'en jamais faire assez : la raison ' est plus large parce qu'elle est plus confiante en elle-même. — Yoyez d'aiBeurs tout ce qui est dit à ce sujet dans le eoQFant de cet ouvrage.
44 THALT8IB.
Jai souvent pénis au vif intérêt que les anî* maux inspireraient à l'homme sll était rëdlement doué de Tintelligence qu'il s'attribue , s'il songeait, dis*je, que les animaux l'ont fait oe qu'il est En effet, si une de leurs espèces était venue à manquer sur le plan primitif, il aarait fallu serrer les rangs , et l'homme alors se serait trouvé dans la classe des singes, ou ne serait point né du tout On sait qu'il est arrivé le dernier sur la terrre , probablement lorsqu'elle a été bien assise , et qu'il ne manquait que lui pour la compléter. Il répondra, sans doute, à cette dernière observation , ee qu'il a répondu à tant d'autres, touchant nos rdations avec les animaux, où tout est bénéfice pour nous et perte pour eux : Ce riest point sciemment quUk nous comblent de leurs bienfaits. Mais si une loi de Draoon condanmait a la destruction, en haine du meurtre, l'objet matériel qui avait été cause de la mort d'un individu , VLj a-t-il pas une loi du cœur humain qui le porte à honorer tout ce qui a contribué à son bonheur^? J'ai vu, dans des palab et dans des
* En Anglistem, aaz séances da parlement , le chancelier fax assis somn sac de laine, comme oo hommage rendn à ce ^ a été la cause première de la prospérité de TAngletsTre; mais il n'en mange pas moins sa part de Tanimal qni a fait le
FBEMIEm DISCOCBS. 45
chaumières , des débris de nanfinge^uspendos aux pkndiera comme des dépouilles crimes ^ et j devenir l'objet d'une espèce de culte. Pourquoi Fespèce eqtière , sauvée du naufrage , ne sentirait-elle point comme un seul individu? An reste 9 l'homme a subi &ime autre façon œlte destinée dont il était menacé y si une race d'animaux eât disparu en effet de la terre : en les frappant de mort^ ou en les faisant dégénéler , il a brisé les échelons qui avaient servi a Tâever; il est tombé lui-même, il est devenu moins qu'an singe..«. Mais heureusement que son nom lai est resté *, et peut-être qu'à la fiiveur de ce nom , qu'il prononce encore avec re^)ect, parce qu'il lui rappelle d'anciennes vertus qui l'honorent , preuve certaine qu'il ae les a point abandonnées pour toujours , peut-
pv^fant ngnore quelles explications on poarra donner de ce ^t ; ceqne je sais trM>ien , c'estqDll n'est pas dans le goût ^tntiqoe. Les anciens étaient plos conséquens , on , si Ton vent , moins hjpocrites. En onmot, et quoiqu'on en poisse dire, il » 7 a OAtradiction à manger dn pain avec du bœnf ^ et à manger du mouton quand on porte un hai)it de laine.
* Ifest-ce jpolnt dn mot homme que vient celui dlinmanit^ kplnssacréi le plus vÀiéré dans tonta les langues? etœmot n'cmfanuse-t-il point, non<«euleoient les rapports des homm« entre eux , mais encore ceux qui les unissent au reste des êtres ? Or, Fhomme sans humanité est tout au moins comme l'arbre lins fruit*
46 THALT8IS.
être^ dis-je^ qu'à la &vear de ce nom, et aidé par des circonstances heureuses ^ mvl nombre desquelles, je ne puis me flatter, hélas! de comprendre ce trop fSeiible avertissement, il aura honte de sa nudité morale, qui se montrera teUe qu'elle est à ses yeux plus ouverts; que dis-je? il aura horreur de ses crimes, et alors il jettera loin de lui ce couteau fatal qu'il avait pris pour équivalent de ces dents, de ùes griffes, de ces becs meurtriers que la nature , sa bonne mère, s'était gardée de lui donner, et, revenu à lui-même, il reprendra , pour ne plus la quitter, cette place restée vacante, et qui ne peut être remplie que par lui ; il sera , en un mot , sur la terre , ce qu'il était fait pour y être , le représentant de la divinité.
Je terminerai ces prolégomènes par une remarque importante J ai connu une infinité de bonnes âmes qui faisaient les. vœux les plus sincères pour l'établissement de cette doctrine , qui la trouvaient juste et vraie dans toua ses points, qui croyaient à tout ce qu'elle annonce> * mais qui, malgré de si louables dispositions, n'osaient point être les premières à donner l'exemple; elles l'attendaient, cet exemple 9 d'âmes plus fortes qu'elles-mêmes. Sans doute, ce sont les âmes fortes qui donnent l'impulsion au
48 THALT8IE.
grain dont il composait sa nourriture. Maïs on est aujourd'hui , à cet ^rd , plus heureux que Pittacus : le pain ( ou ses analogues ) se troiiye tout prépare dans tous les lient de la terre , et il serait seul un mets exquis avec l'innocence.
PIN DU PIEMIER DIlOOUM.
IfîOTÈS
iVa/i0 1 .>«^ jMijr^ 6 • — Il esc évident ^oe si tonte b tare ii*est point cakîvée par la main immédiate de Hiomme, c*est parce qa'elle manque de bras; nais le jour viendra j et on pourrait Tassigner à pea âe chose près , où ces bras devenant snr^bondans , le nmnbre des animaux se trouvera Ibrt restreint, et WKy comme il est dit dans le texte , }e xéjpme végélal s'établira par la seule force des choses.
ip^ Il ne s*est point écoulé un bien grand nombre d'auiées depuis que ceci est écrit , et je vois déjà que rapproche de cet événement se fait sentir. L'augmenta- Uon excessive de la population , d'une part, ayant fait renchérir les objets de première nécessité, et de Tauire , le prix du travail ayant diminué par le fait de la concurrence, il y a menace de perturbation. Cet éiat se présentera avec plus ou moifts de danger pour le repos des sociétés j jusqu'à ce que l'équilibre soit établi , et il ne peut l'être définitivement que par le
iDoyen <pie jlndique. Des défrichemens , des cultures étrangères perfectionnées , des guerres, peuvent éloigner l'événement , mais n'empêcheront point qu'il n'arrive.
Que diront maintenant les égoïstes, qui, convaincus
par mes preuves , et ne trouvant rien à leur opposer i croient être en sûreté dans cet agréable retranchement j que le genre humain est trop nombreux pour ne vivre que de léguDMs » puisque c'est précisément parce qu'il est nombreux qu'il ne pourra bientôt vivre d'autre chose ?
Noit 2 y page 9. — Ajoutons quelques mots sur les influences particulières de quelques végétaux usuels: celles du vin , que je viens de nommer , ne peuvent être mises en doute sous le rapport moral , puisqu'on lui donne l'épithète de généreux , de bienveillant , d'ami de la vérité , etc. Il est éminemment Sympathique; en voici un exemple : Lorsque le Pape Jules ïr eut résolu de faire déclarer là guerre par Henri VIII à Louis XII , il chercha quet moyen il pourrait mettre en usage pour séduire le parlement d'Angleterre , que l'offre d'un don pécuniaire n'avait pu tenter. Il imagina d'envoyer à chacun de ses membres \in quartaut de vin exquis. Ce vin produisit peu à peu son effet ; il inspira de l'amitié pour Jules et de la haine pour Louis.
Ce fut le vin de Beaune qui fit préférer par la Cour de Rome le siège d'Avignon à celui de cette ancienne capitale du monde; ce que Ton aurait quelque peine à croire, si Ton n'avait à cet égard le témoignage de Pétrarque , consigné dans une de ses lettres au pape Urbain V. '
Un voyageur modertie , parcourant l'Egypte et la Nubie j ne trouve que des obstacles et des opposr-
DO PBUm DUGOOM. 61
lùiis dans lés habîUDS; sa Un même est en duger; flieiirdistribae dncaféy qni est pour ces pays ce qne k tin est pour le ndtre ; b bonne homeor se montre aassitAt sur tous les visages , tout s^applanit , il est menreilieaseoient secondé dans ses recherches par léi mêmes hommes qni M en fermaient le chemin.
Un impôt sur les^frnits causa y kNaples, br courte rérolntion de 1686 , et c'est un impdt sur le dié qui amena la révolntiota plus durable des Étatb-Unis. Ce besoin irrésistible des végétaux que nous avons sounb à notre' usage , &it voir à quel point ils s'adaptent à nos organes, ^'ils modifient en quelque sorte. (Le renoncement au thé fait par les Américains dans cette dernière circonstance , a été regardé comme le* phs grand acte d'héroïsme). L^opinion d'un de nos plus célèbres publiciste», au sujet de cette substance , aujourd'hui si répandue , est extrêmement remarquable. « Od ne peut nier, dit Raynal , dans son HUiotre » phitosophique deè deux Inde$, tome 1 , page 371, • que l'Angleterre ne lui doive plus de sobriété que » n'avaient pu en obtenir les lois les plus sévères, les » déclamations éloquentes des orateurs chrétiens e t « les meilleurs traités de morale. »
Certes , voilà de bien grands résultats , lors même qu'ils ne seraient amenés qu'indirectement , c'est-àdire que cette feuille odorante n'agirait point par son principe sur celui des pensées , mais ne ferait que tenir la place de ces orgies dont la chair des bêtes , ranimée vicieusement par le vin , était le fondement.'
59 Nom
Qa pourrait lui atftriiMMr ai^BÎ d^en aveit dioniniKé le gojit.
Les fnûts de la lerre ont. élé déifiée chea les an^ cîeDf : îk reaiontaient à la dirâité par sa providenee^ ib s'agenouillaient deyant sa puissante main , qai se dévelop^it wtoar d'en en fruits ,, en parfimw , en eaa pure. Ci le^ modernes ont mieux tu les choses en ta regardant de plus près , je doute qu'ils lea aient aussi bien senties.
Noi0 $. y jmg0 12« -^ L'instilK^ de vie. chesta apimilUK leur iait pressentir et redouter la V90rt.f ç'fusrMi-^ipe. la mort violente ; car , pour l'aoïre ^ elle 96. leur ii^pit^ aucun effroi > par la raison toute sîi«- (l|e qu'el^ est dansla nature ; et c'est cbes lliQmine » ep gépéra^ , une et même cjJupi^ ; il. ne s'aQige poiffi de pio^rir <p^d H sent ipi^e l'heure en est venuQ | U se iait à cet état c^me ^ tout autre qui hii est viipos4 par la nécçsiût^* Ghce plusieurs peuples , les Voipain» pfil^ipalement I dans la décadence de l'empire > on devançait ces momens , lorsqu'après avoir balancé les avantages de vivre et ceux de mourir » ces deniier^ remportaient ; acte que Ton retai^dait ojUb précipitait selon les circonstances. Ain^i , sous le règne de Domitieu, , un homme en proie à de^ do^leursi^t0lénd>l|es , vemit à un aujbre moment de les- termiii^r ^ ]^arca que , aifisi qju'il le con)$a à un de ses amia étonné de sa patience ^ il vojilaii voir mourir œ, monstre, l^is il n'en est pas ài^si de la mort violente infligée ccmtre la volonté propre de l'individai on
DU FEEMIXE USGOUES. 13
pm diffB mèaifè qde la mtM juridique» en «ppottlMi s directe arec Tëuit actnel de oelui qui esl ooodaflué à h reoennr , eti teUement ao-dôssits des forces iMttineSy qu'on serait en peine de cbseer, maigre la pireië de leurs iatenttoiis , ceux qui oseat proDODoer it lentenée, et ceux qû l'exécoteiit. ( Yojbi le onsième dinoiirs. ) Mais le méiBe diacom^ fera Toir aussi ^pie » dsBsdeseas sentbiabicst leA seosaiions des aaiiuaiut nediffircnl iraileiMiit de celles des homiMs » el que , torsqoe le cheral y par exemple , est coadamiié i sort par k lioa , c'est-à-^re lorsqu'il eoieiid le ragiseonKBi oonfiis de ce juge terrible qtii remplit l'espace HùBs qa'oB pttisae préciser k( lieu d'oà il Tient , ce qui 4te à la TîctiAie tom espoir de se saa?er par la faite, la snearmisselle de tous ses membres I il tombe à terre œiinie s'il Yenait d'être ihippé de la féadre , cl <pll mourrait de sa propre frayeur i si le lion a'aiieoiirait pour terminer la tragédie.
liais daas le texte qai a amené cette note y il n'est question qae d'une mort violente et inattendue ; eb Usa ! parions de celle-là. C'était celle que désirait Gésir I et U la reçut comme il la désirait ^ mais César était ici seul de son avis i et il est bien poiitif ipie c'est eette mort qne la généralité des hoBilies redoute le plus. Elle la redoute , à la vérité, pour d'autres raisons que celles que pourrai^t avoir ks aaimaux ^ pour des raisons qu'eUe croit très-importamee^ et (fâf bien jugées , seraient toutes de la plus grande ftttîli|é ; mais adoMttons qu'dies aient ^in^•
portanoe qu'on iQiir attrilme , admettons qu'il est indifiërent qne l'animal soit averti qu'il va monrir , tandis qu'un délai est nécessaire pour l'homme ; mais SI la mort donnée à l'homme de cette manière n'était que le reflet de celle qu'il donne ainsi à l'animal , ce dernier acte serait-il si indifférent? et dans tous les cas je demanderai quelle raison on pourrait avoir de bl&mer les Pierre d'Aragon et les Catherine de Médicis , alors qu'on les prend pour ' modèles , non point un jour seulement , mais tous les jours et i . toutes les minutes.
Il se présenterait une autre question , savoir, si la mort prompte est la plus douce, comme on le croit communément : j*ai eu malheureusement sous les yeux un exemple qui prouverait le contraire. Me promenant un jour sur les bords du Rhône , non loin d'Avignon, cette ville aux terribles souvenirs, je vis s'avancer de mon c6té, sur la grève, deux hommes qui conduisaient un mulet. Ils s'arrêtèrent , et après avoir longuement visité l'animal , ils se dirent quelques mots , dont le résultat fut qu'un des deux asséna un grand coup de massue sur la tête de la pauvre béte , qui ne survécut pas deux minutes. Quoique frappé, en quelque sorte , du même coup , je pus juger, par la nature de ses convulsions, de la force de la douleur. Il me parut que toute celle qu'il est physiquement possible d'éprouver avait été réunie en un instant sur un seul point ; ce qui est assurément contre les intentions de la nature , qui , dans sa bonté , concentre cq
DU PASmSH DI8G0UB& 5S
4fâ phtt, et affidUit ee qai nnil , en retondant inr nue {dus grande surface.
Noie h^ poge 13. — * Un écrivain doni quelques productions achevées rappellent ce que ' Tantiquité a produit de plus pur , affirme que c'est Fen&nt qni est l'objet intéressant du 'tableau , et il assure euavoir fiiit convenir J.*J. Rousseau, qui avait avancé qae c'était le serpent. Il est possible que le raisonne^ ment , joint à certaines idées religieuses , réunisse en effst tout l'intérêt sar l'enfont ; mais je m'en rapporte i la première impression d'un bomme du tact et de la sensibOité de Rousseau.
Ni^ 5, page Si. — Les montagnes voisines de cette mer offraient , il y a peu d'années , le pendant de ce tableau. Un étranger , poussé par le malheur , s'était retiré dans une de ces vallées si pittoresques du • pays des Basques , où il avait élevé de ses mains une cabane , à la distance d'une lieue de toute habitation , et il y cultivait un asse^z ' vaste Jardin , qui fournissait seul à sa subsistance. Après avoir passé de longues années dans ce lieu, il s'en éloigna un jour, et on ne l'a plus revu. Sa cabane , formée de simples assises de pierre sans cimoit , est debout encore , et reçoit de temps à antre la visite do curé des environs , à qni les peines de ce solitaire avaient inspiré une ' vive sympathie. Ses arbres fruitiers semblent s'élever ai^ effort du milieu des ronces et des mauvaises herbé^ qui mena* cent de les envahir.
50 NOTBS
Im i^upîeK piil^lic^ dpt bk i^eotîQo » il y a plimîews années , d'un prêtre qui , le cœiir pavré des malheurs 46 b B^qtmioji , d^nt U ayai( été le témoin et presqa'UQ des victimes , s'était retiré dans les landes incoltas. 4'^>sy Y s|ccompagné d*ane seide v^u^be, qui devait li^ ^PÇP^r ^oa lait , en attendant qu'il pût reci^eilliF l'année d'après le fruit de s^ travaux , n'ayant d*aillettrs apporté avec lui d'autres provisions cpie celles. qui lui étsûent nécessair^^ pour qélébrer le ^a€tifie^» Comqte le savoir de c^ digne mpétre égidait ^^ vertips y son évéque » ^rès la reatiipration du culte , alla lui rendre) visite > çt rengage;i vivemepf à le suivre $ n^is ^ ni Toffre des postc^ les plvs aTWt^CW^ f ni les prières les plus instantes. , ne purent ^rs^nler la résolution, prise par ce soliuuu^^ qui ) ppur V>^t? gr^o i demanda à son évéqoe de lilî a9^i|rc? }e repo^ dont H jouissait. Il est reoiar* quable qu'il ^ disait ^eut i^l^rétien , et il avait par&itemen^ ??ûsop *
U e^l d<mc de la dernière évidence qu'il exi^e un mpport frappant ea^re cet ^t douloureqt de rkae amepé par la perte d'un qbjet cbéri, et l'abstinence de la/ viande. Or , comme il n'est personne qoi ne sol^ vulnérable de ce c^té , c'est-àr-dire qai ne soit exposé à perdre un père , une mère , une époi^, des epfans, etc. , pu ne s^pr^it trop sei hj^ter de se placer, dans la position Is^ plus conforme pour recevoir ces événepiens iniévitahles. Je remar* querai, de plus , que y hors de cet état, tout est faux
DU PAEMIEA DISOOmUL S7
àp$ riMwiQe 9 su joie j comm 19 cloiilevr ; tt w» jm {Mvfiter d^ rien f»et je senûs bien ea peine d9eoQq[»reiidresilorf ce qa*il appelle soa periecUon- DemeDl.
NùU^^page th. ^ Si ce& pHvatioiis étaient dans qn esprit de péniiaoi^ 9 ponrqaoi la plupart dee nmms reiigiepsea ne 9'al)steiuûent«elle» point dn peiMen , qqî , cMiid^ comme aUinent , a été de loD» le^ temp^ nn eyffilK^ de gooraïaqdise , non ph» qne des oi«ean}i qni 9*eii nourrissent / lesquels paru^ient à beaneonp d'égards leur insensibilité 7 Plmaïqne , qni » ainsi que Tobserve Montaigne , fevait des téponsea ponr toutes les questions , a doiié la térilahle raison de ce fait dans son 4/ livre d^ Propoê 4^ iuih y en parlant des animailx tcrwirespar rapppK k ceni^ delà mer. « lis mangent
• des np^ea ^e^es que non^ et respirent le méipe
• air y se lavent et boivent des mêmes eauj^ ^ et bref,
• ik toiA quelquefois bqatf et pitié à ceux qni les
• nient qq$MMl ib jettent un cri lamentable , et font
• plomifrs-cbeeos dépendantes de la nourriture qu'ils
• oDi eue. »
Jiot0l^pas0 35. «*f<* Ons| attribué au mauvais succès des projet^, de ÇlMirlm^Quiaty sa retraite au couvent d^ SaintrJuate 1 çt il eut le plaisir de se donner laf9pié«pniatiûn de son enterrement. On s'e&t tronbpé ] il a fmi r comme tous les autres » ainsi qu'il avait cdimaaneé* IxmqiA'il quitta la Flandre pour aller %ier m Eepngi)^ y H emporta du premier pays des
hiboux , dont il remplit ses bois de Madrid , taniUs que sa sœur, née avec un esprit tout opposé , devenue reine de Suède , fit venir des mêmes provinces de robustes paysans , dont elle peupla Ttle d'Aland.
Note 8, page 28. — En considérant lliomme comme un être sensible , pourra-t-on blftmer les anciens, qui , par leurs lois ou leurs oracles , con* damnaient à Texil ( il durait au moins un an ) ceux qui s'étaient rendus coupables ide meurtres involontaires ; et pensons-nous avoir une législation supérieure, parce que nous les laissons librement circuler parmi nous ? On supposera sans peine , d'après nos mœurs | que les passagers de la Miduie aient pu employer de la jactance en parlant de leur action horrible ; mais comment envisager le trait que je vais conter ? Un individu ayant demandé à un de ces passagers des nouvelles de son frère , qui était sur le fetal radeau , celui-ci , après s'être informé de son nom , répondit : Je l'ai mangé. Quoi , vous avez mangé mon frère ! s*éorie le malheureux. Non , ajoute la béte féroce , avec une étrange naïveté , j'étais trop faible , je n'ai foit que sucer sa chair.
Dans la relation d'un naufrage , publiée il y a peu d'années , un homme aSreux ose avouer qu'il a tué son nègre pour assouvir sa faim. Ce n'est pas tout ; il raconte qu'ayant été rencontré en mer par un navire américain , le capitaine de ce vaisseau voulut voir les restes de la chair boucanée de ce malheureux nègre , et qu'il eut la curiosité d'en
DU PREMIBR DISCOCBS. 59
goAler. Je n*ai p<^t appri^ qa'aacmi arrêt étnaoé des cours de justice de Paris oii de Wasingtiion ait coodanmé ces deux hommes à riniamie *.
NoU 9y page S8. — Cette calamité , si oa peut donner ce nom à ce qui vient de la main des hommes, eit la plus grande qu'ait éprouvée l'espèce humaine depuis qu'elle existe , soit pour le genre de mort , soit pour le nombre des victimes , sans même tenir compte de l'intérêt qu'elles doivent particulièrement ÎDspiier. Sans doute , l'intention des Anglais en accapuanît tQut le ris de l'Iode , c'est-à-dire en retirant h nourriture aux malheureux Indoux , n'était point de les &ire mourir de fiiim ; non , ils voulaient leur argent, et non leur vie ;* mais leur avidité qe leur pennif pas de saisir le point juste où ils devaient s'srréler. fja vain les Indoux , déjà se traînant à pdn^ y disaient à leurs tyrans qu'ils n'avaient pliis rien , qu'ils allaient mourir ; c^. honunes affreux Toalqrént prolonger l'épreqve.
Net» 10, page 82. — J'ai laissé entrevoir que c'était la fiiim , maU suada famés, qui était la première cause de cet égarement , avant celle des sacrifices s^nghins qui l'ont perpétué. Mais la faim assouvie,
* Le naufrage récent de la Mouche était an moment de renouveler les scènes affreuses de la Méduse^ lorsque , par l'ascendant d'une âme héroïque, tout a changé de face. Q exemple mémorable, et qui dira aux siècles à venir ce que peut la volcmté d*nn seul homme ! Il ne faut point désespérer , tpnt n'est pas perdu , la divinité habile encore parm^ nous!
60 nùtBB
dim^i-OB , pourquoi rhomme ii*est-il point reveno à son premier état ? Parce que cette crise , scrit par l'effet de sa durée , soit par celui de ses retours plds oa moins fréquens y en apportant une altération sensible dans ses humeurs / qui bientôt se sera coKh nraniquée à ses organes , aura fondé chez loi un nouveau mode d*eiistence. En effet , ne supposez dans vos humeurs qu'un léger commencement d'alté^ ration, vous désirerez ardemment les acides. SI cette sdcalescence augmente , vous ne*désirerez {dus que des nourritures analogues à cet état devenu dominant, et c'est ainsi que Tablrae appelle l'abfme. Tous pourrez mourir de cette seconde crise ; mais si vous lui échappez , cette manière d'être deviendra oonsti' tutionnelle , et se transmettra de race en race , en se renforçant toujours*; et c'est ainsi que se sont formés les Kons , les tigres, et les hommes tels que nous les connaissons. On observera , sans doute , que ces derniers sont encore bien loin des autres ; mak il &ut reconnaître aussi que leur propension vers cet étal de rage et de destruction était bien moiufl^ grande. L'homme , en effiçt , ne présente poîni dans^ son organisation les moindres mdimens de ces dents et de ces griffes c[ui sont le caractère dis*tinctif des animaux de proie. Mais si , par événe^ ment , ces dents et ces griffes existaient dans son état moral , qui fi&i son état propre , n'est-il pas évident qu'il fondrait alors lui donner le pas sur les tigres et sur les lions ?
BV PRWIEl DISCOURS. 61
N$Ê0 11, jpoy^ 35. — ^ Tanrnefori » quoique câr«* làien > sakm te mode de aon tenons , recomiaissail QMi vie seosiiiTe dans les plenles , comme U recoiH «aissail une vie végétative dans les minéranx. Cette opinioii a été aossi celle d'Eosèbe de Césarée , de B«|^vi» etc. , et avait été auparavant celle de tonte recelé d'Ariatpte. Il est inutile de la discuter. Les plantes sentent puisqu'elles vivent ; mais cette sensa-* tion, n'aboutissant, à aucun centroy doit être considérée conmie n'existant pas, £ii eflac les plantes , n'ayant point de nerfc » ne peuvent souSm lorsqu'elles ton»* beat sous, le fep traoehaut. Elles en possèdent toutefois les âérnens qui se^ déveleppent dans le sein de l'honvne et des «nimau qui en font leur nourriture , ou qoi les respirent ^ et voilà pourquoi eUes sont si précieuses. C'est en vertu duces élémens que quelque»^ nues de leurs espaces , dans le temps où ils sont mis eq jeu > je veux dire celui de leur fécondation^ ûm ime cbakur ÎAdépendanie de celle de l'atmos^ phire. La chaleur de romm iuMeum s'élève dans ces momens , d'après une observation de Lamaix^k, au 20.^ degré du ihennomètre de Eéaumup.. ( Ce. Eut a été caniomé récemment par d'autresi botanistes* ) Ce fut! aw uoe antre .espèce d'amni» ( çumm atrh0reêe$fu ) qpe le voyageur RoUaoder se bhUa le nez ^ gb. cherchant uôe plante dont le parfiuQ avait agréablement flatté son odorat. Halles oonjectore ^ d'après une. expérience, de Newton q«i établit que le souflre. attire la lumière , que le aouffirû
subtil qù*ii suppose attaché aoK étamiiies pourrait bien être la cause de la sensibilité que Ton remarque dans cette partie générative des végétaux. Geoffroi avait déjà observé ( voyez YHiêtaire de f Académie deë Seiene€$ , vjmét 1711 ) que la poussière des éiamines était d'une nature très-sulfureuse , et profire pa^ conséquent, dit-^ili à exciter quelque fermentation. ( On sait que la fille du <;élèbre Linné a tiré des étincelles électriques des fleurs de la capucine. } Les impressions du vàllisnieri , du fueuê naiam, des nymphœa , des diverses espèces de sensitives ^ et des dionées , dont une semble ne rouvrir sa main que lorsque Tinsecte qu'elle a enserré a cessé de vivre, prêtent beaucoup de force à Tépinion de la sensibilité des plantes. On voit en ce moment au Muséum d^histoire naturelle , à Paris , une espèce de sainfoin qui vient des bords du Gange, lequel, quoique desséché , offre dans deux de ses folioles opposées , celle du milieu étant immolule , des mouvemens oscillatoires semMabtesà ceux du pouls chez les animaux. Le célèbre botaniste Desfontaines , à qui j'emprunte la description de ce sainfoin , en a compté 6d par minute. Il considère ce fait merveilleux comme une des bonnes preuves de la grande analogie qui existe entre les végétaux et les animaux ; remarque d'autant plus juste, qu'on ne reconnaît point d'autre signe d'animalité à ce peu de mucilage flottant appelé ortie de mer , nom qui , par un autre opposition , semble dire qu'on le prendrait pour une plante plutôt que pour
DU PREVIER DISCOURS. 63
00 animal , et faîl voir combien les méprises à cet égttd peuvent être faciles. Enfin , d'après des déconvertes récentes faites en Allemagne , il existerait la plus grande analogie entre la circulation des flnides dans les plantes, et ceUe da sang chez les animaux. Ainsi les plantes vivent,^ et d'une vie assez semblable à celle de quelques êtres à &culté locomotive; mais elles ne soufiirent point , je le répète , sous la main (pi les coupe. Leur âme n'est qu'en germe , et elle a besoin du contact intérieur de nos organes pour se développer ; d'où résulte , comme dans le phénomène de la respiration , un service réciproque.
n ne faudrait point s'étonner d'ailleurs que les plantes n'eussent point de nerfe , puisqu'on n'en a point encore découvert dans le polype ; et c'est parce que le polype n'a point de nerfe qu'on le coupe, qu'on le divise en plusieurs parties , sans le Cure souffiîr ; qu'on fait plusieurs s^iiinaux d'un seul , comme d'un seul peuplier on forme une pépinière.
îfate iSy page 35 — Depuis que l'on a perfectionné les microscopes on a aperçu par leur moyen , dans une goutte de vinaigre i des anguilles d'un pied de longueur , et dans hi poussière du fromage des insectes gros comme des moineaux. Il faut se contenter de cette proie comme de celle qui est daitt l'eau ou dzjHA l'air , et qu'on peijit engloutir sans crainte de la blesser , malgré son apparente énormité. Sans doute , tout vit , tout est rempli d'étfes organisés comme nous ; nous ne sommes, peut-
M NOTfsS mi PBEHIÈR DISCOURS.
être, noos-nifiiiies, qii*iifi eompoèé de dioléciilês viiPaili^ tes variée^ delon les organes , sujettes à ttonrir fiâitiellemefit , et qui sont alors renàplacées pàet ces molécttles etvérie«fes qoe iiétis nMl lÊpf/tùptkiiA sâ»s y songer , cooiine m vide qnl se reitt(»lk. Téuft* eë qu'on pourraîi dire daiis ce cae f ^*est que les moléeules produites par les^ tëgétaux sont plus douceè , plus eajoaëes , plus mntiables<[lie ceRés que l^Hsnàé founnît; et je duis bien sAr que lorsque les ittstramens doBi il vient d'éffb qe^siSon auront acquià un Hou* veau développement^ rhouuÉe-, s'il est resté le même , verra avec horreur qu'H n'est (pi'vat amalgame d*aflDreux serpens occupés à dresser leurs tètes les uns contre les autres , et if ée Isticer incessamment leur venin.
Il ^ra question y dans Uilf autre discours , déà animau^L microscopiques considérés comme e$Mt de nkaladies-. On verra eombien il importe de ne pbint a^rârvek- Ilrritation que tes animaux refjoi^ vent quelquefois de certaines disposttkyus de l'atmosphère, par une nourriture noiV ap|^rO(kriée. Il suffirait même de cette dehiiëre , si y coiAnm on rassure dans ce moment, il ftllait attribuer ai ces animalcides là plus afireuse mriadie à laquelle llionmie s6it en proies, le eaneéi^. lieui* présence y a été constatée'; il né s'agit plufiFqtte dé éétérflAier s'ils sont causé on effet. Bs sont I^utt et Tautré, sttns doute. *
DEUXIÈME DISCOX]ii&
n;ivm^ «T AMTiifavrà 9v Mono ^m$
Deux peuples opposés ^ nés à côté IVin de Tautre , et Pimage vivante des' deux génies auxquels on a cru long-temp que la terre était lÎTrée, omirent l'époque la plus ancienne de ce monde. L'un est le peuple* indien , renferipant 1^ type de l'homme par excellence; l'autre e^ le peuple tartare ^ ou verseur d% sang , qui marche incessamment sur les pais de celuici^ pour détruire ce qu'il a semé.
Le peuple indien à paru le premier ; il est né dans iipe des plus heureuses expansions de la terre ; le peuple tartare a été vomi dans un de ses houleyersemens ; et ce qu'il y a de reo^rquable , desd que pbacun des deux pays
66 THALTSIE.
oonflerve encore Fiinagede Fempreinte origi-^
naire *.
L'intdL'gence de l'homme a sa source dans sa bonté. Celle da peaple indien fîit étendue et rapide; elle embrassa le globe entier : la terre lui doit tout Encore de nos jours, des mots de l'ancienne langue de ce peuple se font entendre dans les Iles de Sandwich et sur les rochers de rislande , dans l'Ethiopie comme au pied des Gordilières ; car l'Amérique aussi fut instruite par les Indiens , ayant la rupture de ce Taste continent dont les nouvdles Hébrides , 111e des Amis , les Marquises , sont les restes , et indiquent encore, comme des pierres milliaires, cette autre route de l'ancienne civilisation (IV La lumière du soleil , brillante image de la diviziité , et les* plantes qui les nourrissaient, visiblement tombées de ses mains , eurent le premier droit à leurs honunag^s. Dans la foule des animaux ils distinguèrent ceuxqui, parles moeurs et les habitudes , se rapprochaient le plus de leurs habitudes et de leurs mœurs ,
^ Dans rinde, nnechaleordono^y^gale, miasante; dans lâTartarie^une températnreqni passe à Umt instant dachand an froid extrêmes, des tonnerres presque oonttnadis , nn sd déchiré par les onragans , etc. Six cents ans ayant Tère chrétienne, le système indien monta an Thibety oà il existe encore; mais tt ne pat atteindre ks Tartares enans.
DEUXIÈME Dificoums. 67
et qui y pour le seul prix de leurs services y méritaient d'être nourris de leurs mains. Ils cratent même voir en eux une portion détachée et immuaUe de la divinité , et ils les unirent à leurs familles par les liens de la plus douce amitié y plus tard par ceux de l'adoration : ce fut d'abord l'éléphant^ reste, sans doute, d'un autre âge , échappé comme une portion de ce peuple à la dernière catastrophe de la terre (2), et ensuite la vache (3) et le bélicF. Ces deux derniers animaux , dont l'espèce s'étendit dans la même proportion que celle de lliomme, devinrent des types du culte primitif, qui n'était antre diiose que Ihommage d'admiration et de reconnaissance rendu au soleil et aux plantes , c'est-à-dire a la cause qui lés avait formés.
Il faut distinguer deux époques dans ce culte. Â la première, voisine de cette; crise <de la terre dont je viens de faire mention, appartiennent les vastes et mystérieux monumens de l'île Eléphanta, les excavations de la Thébaïde (4) et tous les inunenses travaux de ce genre répandus sur divers points du globe. Personne n'ignore que le nom de l'ile Eléphanta lui vient de la représentation d'un éléphant en pierre, de grandeur naturelle , et d'une ressemblance par£aiite , même poi:^r la couleur , qui
68 THALY9IE.
s'élève au miliai de œM lie. Cette représentation suffirait seirie pour nous £ûre connaître le principal objet de ces mystères^ car f âéphant, le plus doux , le plus sensible et le plus hitdlîgent de tous les animaux y représente dans sa plus grande force le génie désherbes. Les Grecs lé donnèrent , dans cette intention , pour compagnon à Bacchus , et c'est en ccmsé^uenoe de Ja même idée que les Romains {^cèrent aa statue en bronze dans le. marc^ aux l^umes (5). 'La seconde époq[ûe dece peuple monumental, sorti de ses caTemes dans un temps oà la terre, couverte de plus de végétation y offrait une température plus douce , et dont le fond des idées a toujours été le même, quoique ces idées aient varié dans f expression, est ceHe de la pyramide. Gelle-d 'fiit marquée , je le répète , par m:ie température plus égcde et plus sereine^ comme si la terre s'était épcu^ée. Les rajons du tolerl furent moins ardens, et l'on peut conjecturer aussi, d'apiès l'aspect des monumens^ que les formes des animaux éprouvèrent quelques réductions , et qu'dles acquirent plus de régcdarité et pios de grâces en acrivant 4 leur point de &iité. ^ A cette époque^ où Fespèoe
^ D est question ici de temps postérieurs an dânge.
DEUXIÈME BlflCOUSS. 69
bamaine avait déjà pris un grand accroififienienty se rapportent tous I^ monumeo» du même genre élevés sur la sur&ce du |^obe depuis les plaines de l'Inde^ en traversant la Perse, fEgypte , montanjt en Ethiopie ^ où s'élèvent encore les pyramides de Méroë , découvertes de nos jours, jusqu'au pays des Cadres et des Hottentots; et p^r la route opposée, en partant toujours de Tlnde , point central de la terre > JQsque sur le continent de l'Amérique (6). Au même culte appartient Faggleston des Celtes 9 dont il reste un monument remarquable sur les côtes d'Angleterre^ U avait le même but que la pyramide, quoique sa forme tât diBSérente ( c'était un cône reuversé) ; ce qui prouve seulement que ces peuples , habitant une contrée brumeuse, ne considéraient point et ne pouvaient considérer l'expansioii de la .lumière de la même manière que ceux de TËgypte et de l'Inde : en effet , le soleil / vu à travers les nuages, présente la figure d'un cône renversé (7). Il faut y joindre ces enceintes. circu-* laires formées d'énormes pierres sur lesquelles les Druides allumaient des feuK , au solstice d'été. Ces pierres formaient la base de la pyni* mide, dont les feux, allumés sur obaque pierre^ figuraient la hauteur. Ces feux existent encore ;
70 THALTSIE.
on les allume encore dans tonte TEarope y el préosément à la même époque y mais ce n'esl plus au soleil qu'ils sont adressés (8).
Une singularité remarquable dans l'érection de la pyramide, c^est que sa hauteur pairatl être la mesure exacte de Fintelligenoe des peuples qui Font élevée. On peut suivre en Afrique la d^radation de l'une y à proportion que l'autre s'abaisse, depuis la grande pyramide de Memphis jusqu'à ces monticules parallèles de pierres , de cinq à six pieds seulement d'élévation , qui ont été formés jadis par les Caffres y ou par les peuples qui les ont précédés , et qui servent aujourd'hui de retraite aux lions.
Arrêtons-nous quelques instans sur le monu* ment ^yptien , qu'on peut d'autant mieux appeler de ce nom , qu'il paraît que toute l'Egypte a contribué à l'âever. En effet y on attribue la grande pyramide à Chéops , que Diodore de Sicile appelle Chemmis ; or , ce dernier nom, selon Plutarque, était anciennement celui de l'Egypte.
lies pyramides n'âatent point en Egypte , comme on Ta cru si long-temps, et comme quelques savans le croient encore , le tombeau de ses rois ; idée puérile dont son ancien esprit a dû s'indigner (9); mais elles formaient le
BEUXlilfE DISCOURS. 71
jplos Taste monaotient religieux qai ait jamais existé chez aucun peuple L'explication qui ya smyre mettra à mêm^s (fen juger. La grande pjrramide était consacrée à Osiris^ ou au soleil; la seconde à* Isis^ ou à la lune; et je conjecture que la troisième était consacrée à leur fils , à Horus y qui y sous les noms d'Apollon , de Bflcchus^ et d'autres noms analc^es (1 0)^ a joué un si grand rôle dans l'histoire religieuse des divers peuples. Ainsi ^ si ma conjecture est juste^ les trois pyramides auraient représenté le système entier de la nature; savoir : le soleil^ ou la chaleur fécondante ; la lune , ou la rosée et la pluie ^ enun mot^ l'élément humide; Horus, cm les fruits de la tdré y les plantes dans leur maturité. Ce monument doit être considéré, ea outre , comme le grand hiéroglyphe de cette contrée mystérieuse, au moyen du sphynx qui çn fidt partie , et qui complète le tableau ; car alors , on a l'histoire particulier^ du débordement du Nil, père de l'Egypte,, débordement qui commençait au solstice d'été , au moment où Horus ^ ou le soleil de cette époque, considéré connue première cause de cette inondation , était aplomb sur le sommet de la pyramide d'Osiris , laquelle lui servait de piédestal ; inondation qui continuait sous les signes du lion et de la vierge, figurés par le sphynx.
L'auteur des Recherchée sur lès Egjrptiéns est le premier , parmi les modernes , qui ait reconnu que ta grande pyramide contenait T histoire de la rémlution apparente dà soleil , dont la demi-révolution hivernale était exprimée par le tombeau de Vorphjrre^ enfermé dans sa base , et qiion as^aît pris mdl à propos pour celui dtun Pharaon ou dun Psammetique ; ce qm\ au demeurant, n'était point une décdaverte^ puisque ce que je viens de citer se trouve en
toutes lettres dans Macrobe, au livi^ premier
de ses Saturnales ; mais ce qui doit étonner dans un auteur aussi érudit y c'est qu'il se soit mépris^ comme il Ta £ut,, sur le 1)ùt du manument, qu'il aurait trouvé tout aussi nettement indiqué dans Pline.
Un voyageur remarquable par une sagacité propre à l'objet de ses recherches / vient de découvrir dans la seconde pyramide un sarcophage oii étaient renferma des ossemens qui , bien examinés, ont été reconnus pour avoir appartenu à un taureau. Xics érudits de ï*i^nce et d'Angleterre , ne trouvant point d'explication à ce fait , se sont permis la plus étrange supposition ; ils ont imaginé que cette pyramide , ayant été ouverte par les Arabes , c'était eiix qui s'étaient aboiusés à y introduire ces ossemens.
mSV\fÈME DISCOUBS. 73
Cesemit un singulier 4iasanl, que celui qui anmiçroduit ûBe telle <x>iicordanoe9 et l'on sera forcé d^n oonyeair lorsque Ton saura que c'était k taureau céleste , «dont ramtre éiak la £gure^ qui y sd<m la myHhoIdgîe égjrptieune , faisait édore les plantés , doot out croyait que les germes étaient 'dans^ la iùne > à laquelle, sous le nctai disis , était cousacrée , ainsi que je lai déjà dit , cette' seconde pjrraonide (1 1 ).
Je crois aVôir donné dtfiid ce peu de adols une idée assez claire du Onite indien primitif , td an tnoinS'^ue je Tai ccmçu. Cest Vadora*tîon éd sotefl^^ou de l'âtue de la nature en général, ^ en pai^icolier d'époqjie ou cette cbSeur féeéftide renouvelle la nature et fait germer 'les plantes , état qui était représenté sous TemMéme du taureau et du bélier. En écai'tant maiirtenaht le voile allégorique qui couvre ces idées, et les ramenant à leur pre* inière et siittple expression , on pourrait diviser tout lie gectre humain en deux partie bien dt^tfndts , célûi'qui a protégé les animaux bons et utiles, dont il vient d^êlre fait mention, et celui qui les a égoi^és * ¥oîlà toute Tbistoit^e
"* Dans la religion des atidie us "Perses , Orosmane crée le bœuf, él Arîitaâdele'ttie.Qiie d'honttnesqai marchent , sans SOI douter Y sous la verge du mauvais génie !
74 THALTSIE.
de ce monde jusqu'à nos jours. Qn pourrait suivre les guerres continuelles de ces deux partis^ dc^uisés sous des noms divers ^ mais dont le but a été constamment le même y savoir , l'un de créer , Tautre de détruire. Les Indiens instruisent , je le répète , les Babyloniens et les Perses^ et par ceux-ci les Arabes et les Egyptiens^ au moyen des peuple noirs de l'Abyssinie. Les Phéniciens reçoivent cette lumière et la communiquent aux Pélasges/ d'où elle passe aux Grecs , et par ceux-ci aux Etrusques , qui la communiquent aux Celtes y au moyen desquels elle se répand dans le reste de l'Europe *. A m^ure que les envoyés de ces peuples s'avancent sur la terre , un rameau à la main^ comme les messagers du ciel, les hommes sortent de la barbarie, Tagriculture naît et fait fleurir I^ terre, en même temps que des lois justes font fleurir les sociétés qu'elles régissent II e$t quelques peuplades farouches qui les rejettent, et quelquefois les mettent à mort ; mais le plus grand nombre les reçoit et les honore
* Yold la marche qne Lucien , dans son Dialogue des fugitifs, fait suivre à la Sagesse : elle tombe du dd dans llndç; de là , die se rend en Ethiopie, ensuite en Egypte; de l'Egypte die passe dans la Thraoe , où, adressant la yoix à Eumolpe , ^ surtout à Orphée , plie leur ordonne de Tannonoer dai^s la Grèce, etc.
HEUXIÉMB DISCOURS. 75
oomme des dieux. Enfin , les Cabires (12)^ les fibcbles , les Teld&ines , les G>ryiMintes , les Orphiques y les Edectiqnes , et les premiers Gbrédens, forment la suite de ces hommes rdigieax et purs qui s'opposent au meurtre et aux sacrifibes sanglans, en même temps qu'ils fixident le dogme de la Tie future y qu'il n'est ^nné qu'à eux d'entrevoir.
La xdigîoa du soleil a trouvé son plus grand ennemi dans un de ses prêtres. Moïse, adorateur du veau céleste y tourne contre lui les urnes qu'il a prises sur son autel; il le oonâamne à mort ^ il le fait immoler par ses nouveaux ministres ; mais la puissance de sa parole peut seule les déterminer à un tel acte- Son frère lui-même^ qu'il a nonmié grand sacrificateur y aidé de tout le peuple , profite de son absence pour élever l'image du taureau dans le désert. Sa|omon y dans la suite y en orne le frontispice de son temple ; Jéroboam place une de ses images à Dan, l'autre à Bethd , oomme les bornes tutélaires de son empire, et les fait adorer par ses dix tribus *.
* Ce qa'îl y a de remarquable , c'est que Jâra , malgré soQ qnàyantable massacre des adorateurs de Baal , dans le ^^ple oà il les ayait rassemblés par une trahison insigne , foosary». ces deaz images.
f^ cbandelier dn temple , dont la lumière remplaçait celle
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Cent trente ans après , Jéroboam , fils de Joas , semble n'étendre les frontières de la Judée que pour procurer au taureau un {dus grand nombre d'adorateurs.
La haine du taureau se trouve dans un livre plus ancien que Moïse , dans celui de Tarabe JoK, où il est très-YraisemblaUe que Moïse la puisée. En Arabie , comtne dans l'Inde , les étoiles offrent , dans la nuit , un édat si ravissant , que le sabéisme a dû être la religion naturelle de ces deux pays ; mais par cela même die a dû y faire naitre de plus fortes oppo^tîons qu'ailleurs , et ce livre nous en fournit la preuve la plus évidente Dans cet ouvrage, rempli d'aiUeara de la sa^ des Indiens , l'on monte jusqu'à la divinité, non point par les brillans degrés des étoiles , mais au moyen de la fumée des sacrifices sanglans y pales et sinistres lueurs de la terré. Voila toute la différence qui existe entre les deux cakes. Voyons maintenant celle des résultats : si l'esprit de l'homme seleve jusqu'à la divinité par le moyen des étoiles, il est sujet à s'arrêter en
da soleil dans ces lieux qui en étaient privési £iisait évidemment partie du même culte. Cette lumière ne luisait point sur les bêtes forgées , mais sur l'autel des parfums et sur la table des pains de proposition.