‹ Th√àrapeutique oculaireChapitre 35 sur 64 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

leucocytes, rend leur étude très-complexe si. l'on ne connaît pas le mécanisme qui préside à ces changements multiples de forme. On en a pu suivre les diverses évolutions en colorant préalablement le sang (Blix) et en constatant alors que les leucocytes chargés de la substance colorante venant à traverser le corps vitré, subissent des transformations qui parfois peuvent simuler la présence d'un réseau de cellules étoilées, dont les émanations seraient rattachées les unes aux autres.

Au point de vue du rang qu'occupe le corps vitré parmi les tissus, comment doit-il être envisagé, et comment se différencie-t-il du stroma de la cornée ? Le corps vitré est un tissu cellulaire sans revêtement endothélial ; il se distingue encore sensiblement de la cornée par d'autres caractères. Tandis que pour cette dernière membrane, il était possible d'isoler et de reconnaître les fibrilles et le ciment qui la composent, ces mêmes parties dans le corps vitré disparaissent sous forme de masse gélatineuse, et le ciment montre ici si peu de consistance, que, par sa liquéfaction, il arrive à se confondre avec la lymphe nourricière, qui se creuse des passages à travers ce miheu ne lui opposant presque pas d'obstacle.

D'un autre côté, si nous considérons que pour la cornée affectée d'inflammation, on pouvait soulever la question de savoir si les cellules fixes de son endothèle étaient susceptibles (en ressuscitant, voy. p. 151) de prendre part au processus inflammatoire, une pareille supposition, en ce qui concerne le corps vitré, ne peut plus être faite en l'absence d'un endothèle, et, pour ce milieu, l'inflammation, ce point si important pour la pathologie générale, ne doit plus être considérée que comme un surcroît, une accentuation des phénomènes normaux de nutrition. Les faits ressortent ici avec une précision remarquable, et nous montrent que l'immigration cellulaire, fort restreinte dans les conditions normales de nutrition, se trouve poussée dans l'hyalitis in-

— rj06 —

tense au point que le corps vitré ne représente plus qu'un amas de leucocytes, un véritable abcès.

Le corps vitré constitue peut-être l'endroit où les effets de l'inflammation se présentent avec le plus de clarté, car l'invasion des cellules n'est pas masquée par la présence de tissus tombant en détritus conséquemment à cette invasion même. Ici le ciment aqueux est promptement absorbé, et les débris provenant des fibrilles de la masse gélatineuse qui cède sa place à l'invasion, sont absolument insignifiants.

Hyaiitis. Nous adiTiettous pour le corps vitré trois genres dihijalitis. Celui-ci, en effet, suivant le degré d'intensité qu'offre l'inflammation, aboutit à la liquéfaction^ à la condensation et à la suppuration du milieu enflammé. Le caractère commun à ces trois sortes d'inflammations est celui qui accompagne aussi toutes les phlogoses cornéennes, c'est-à-dire la perte de la diaphanéité parfaite, autrement dit l'apparition d'opacités dans ce milieu.

La simple liquéfaction du corps vitré, Vhyalitis séreuse^ représente le degré le moins accusé de cette inflammation. Elle se rencontre le plus souvent conjointement avec des maladies chroniques du tractus uvéal, principalement avec la choroïdite atrophique par tension (staphylome postérieur progressif). La condensation du corps vitré s'observe lorsque, par suite d'une irritation plus prolongée occupant dans la majorité des cas la membrane nutritive du corps vitré, il s'est opéré une immigration plus accusée que dans la précédente forme (mais pourtant chronique) ayant abouti à l'organisation des éléments immigrés, qui forment un tissu avec tendance particulière à la rétraction. L'hyalitis suppurative constitue la variété aiguë et la plus intense ; la totalité ou une partie du corps vitré est transformée en un véritable abcès, le tissu propre ayant fait place, par suite de son absorption, aux leucocytes qui ont en masse envahi rapidement ce milieu.

L'étude de ces différentes variétés d'hyalitis est rendue très-difficile, parce qu'il n'est guère possible de séparer les cas 011 l'irritation a été transmise au corps vitré en partant de sa membrane nutritive, la choroïde, de ceux oii l'irritation est née d'une lésion qui a atteint ce milieu même, par exemple, de la présence d'un corps étranger subissant une décomposition. Aussi, comme leur traitement rentre dans celui déjà exposé à l'occasion des diverses inflammations de la choroïde, nous ne nous y arrêterons pas ici.

Les opacités du corps vitré, apparaissant isolément, sans opacités participation apparente d'altérations de la choroïde, réclame- corps'vitr. ront pour un instant notre attention. Bien que nous soyons habitués, dès que nous constatons la présence d'un trouble dans le corps vitré, à le rapporter à une maladie de la choroïde, lorsqu'il n'est pas la conséquence de la pénétration d'un corps étranger, il faut dire pourtant que cette conclusion n'est pas exacte dans tous les cas. Ainsi j'ai acquis la conviction que très-souvent des épanchements sanguins viennent de la papille du nerf optique, et que des extravasations de sang qui se sont opérées entre les gahies dans les espaces lymphatiques, peuvent rapidement faire invasion dans le corps vitré et, en suivant le canal hyaloïdien, arriver jusque vers la surface postérieure du cristallin.

Au point de vue pathologique nous pouvons distinguer deux sortes d'opacités : celles qui sont la conséquence d'une immigration d'éléments cellulaires dans le corps vitré, et celles qui résultent de la destruction du stroma de ce milieu même. Dans la première catégorie, il faut ranger la suppuration et les hémorrhagies du corps vitré; dans la seconde, les opacités qui apparaissent instantanément autour d'un corps étranger, une vésicule d'air, ainsi que les éléments cristallisés qu'on rencontre à la suite de liquéfaction (hyalite chronique séreuse).

En considérant les faits cliniques, nous avons à parler :

à' une poussiè7'e du corps vitré; 2° de filaments et de flocons^ et 3° de membranes.

Poussière 1° La poussièi^e du corps reconnaît pour origine une du corps vitré, ii^njrxiigration cellulaire, et celle-ci peut être telle que les leucocytes, en s'échappant en grand nombre de la choroïde et principalement du corps ciliaire, soient susceptibles d'entraîner avec eux des molécules pigmentaires, mais il peut aussi bien se faire que des produits provenant de détritus du stroma, participent à la formation de cette poussière. Nous avons longuement insisté sur le traitement de cette altération si caractéristique accompagnant la chorio-rétinite spécifique, en parlant de cette affection (voy. p. 328). La grande facilité avec laquelle se résorbe et apparaît de nouveau cette poussière plaide en faveur de sa provenance par immigration; d'autre part, la rapidité de son soulèvement dans les mouvements de l'œil nous indique suffisamment que le stroma gélatineux doit avoir subi une liquéfaction sensible.

Filaments, 2° Les opacités filamenteuses et floconneuses se renconfiocons. ^^^^^ préférence, soit dans les couches antérieures du corps vitré, soit dans le voisinage de la papille. On les observe fréquemment dans les diverses formes de choroïdites ; mais si on les voit apparaître soudainement dans un œil sain, on peut, sans trop courir le risque de ,se tromper, les attribuer à des ruptures vasculaires, qui, pour des opacités de la portion antérieure du corps vitré, se rapportent à des hémorrhagies choroïdiennes, et, pour celles localisées dans les parties postérieures, à des hémorrhagies de la papille ellemême, ou à des épanchements qui se sont effectués dans la gaîne du nerf optique . Je suis convaincu, comme je l'ai déjà dit, que tout le corps vitré est susceptible d'être envahi par une hémorrhagie provenant des parois du nerf. Des épanchements répétés dans le corps vitré peuvent entraîner une altération particulière, faisant ressembler le milieu à une masse gélatineuse et floconneuse trouble, que Desmarres

père, avec beaucoup d'à-propos, a désignée par l'expression d' « état jumenteux ». Tandis que des épanchements sanguins isolés se résorbent parfois avec une étonnante rapidité , ces épanchements à répétition constituent une maladie désespérante, à cause du peu de prise qu'elle offre à la thérapeutique.

Quant aux épanchements isolés, j'avais autrefois pensé que leur absorption exigeait toujours aussi un temps assez long dans le milieu visqueux formé par le corps vitré, mais j'ai pu me renseigner depuis comment, chez de jeunes sujets, ils étaient susceptibles de disparaître avec une merveilleuse rapidité.

Ainsi, il y a peu de temps, j'ai eu l'occasion d'examiner un étudiant en médecine, qui, faisant un voyage du Midi à Paris pendant les très-fortes chaleurs, éprouva subitement un trouble considérable sur son œil gauche. L'examen ophthalmoscopique permit de constater un épanchement sanguin très-abondant dans le corps vitré ; le sang épanché était tellement rapproché du cristallin, qu'il était même visible à l'éclairage oblique. Ce malade m'apprit que pareil trouble s'était déjà produit antérieurement, mais qu'il avait disparu en peu de semaines. Malgré ce que m'avait rapporté ce jeune homme, je ne fus pas moins très-surpris de constater chez lui que, quinze jours après que le corps vitré avait été le siège d'une invasion aussi considérable de sang, ce milieu paraissait absolument transparent.

lu' état jumenteux^ qu'on rencontre fréquemment chez les femmes affectées de maladies utérines, ou parvenues à l'époque de la ménopause, constitue au contraire une altération à marche essentiellement tramante, montrant parfois une rémission sensible pendant la bonne saison, et s'aggravant de nouveau pendant les froids. Des complications sérieuses, comme le décollement de la rétine, peuvent survenir; et, parfois, on voit le corps vitré se remplir d'opacités tellement denses, que, même sans la grave lésion que nous

venons de signaler, la perception lumineuse est sensiblement affaiblie.

Le traitement le plus efficace dont nous disposions actuellement est, sans contredit, celui qui a pour base la transpiration et la salivation si accusées que nous fournissent les injections de pilocarpine (voy. p. 174), dont il faut, il est vrai, poursuivre l'emploi très-longtemps pour obtenir des résultats satisfaisants. Car si des épanchements isolés se résorbent, comme nous venons de le dire, encore assez facilement et même rapidement, il n'en est plus ainsi quand il s'agit d'irruptions de sang qui se répètent chez des personnes d un certain âge. La persévérance dans le traitement porte en pareil cas ses fruits, et, à ce propos, je dois dire que je n'ai pas vu de sérieux inconvénients à un usage fortement prolongé des injections.

Je puis vous montrer une malade de trente ans qui se présenta chez moi avec des corps vitrés tellement troubles, que toute inspection du fond des yeux était rendue impossible; un confrère très-expert avait même fait le diagnostic de décollement partiel de la rétine sur l'œil gauche, le plus malade. Cette jeune dame n'était plus capable que de compter les doigts avec l'œil droit à la distance de deux mètres; à gauche, il existait seulement une perception lumineuse assez incertaine. Quelques synéchies isolées et tardivement développées sur les deux yeux, montraient que le tractus uvéal participait à l'affection. Pendant une année entière, cette malade reçut journellement (à l'exception de ses époques menstruelles) une injection de quatre gouttes de la solution au dixième de pilocarpine. En outre, elle prit de deux à trois grammes d'iodure de potassium par jour, et entretint une vaste plaque eczémateuse sur la nuque, au moyen de badigeonnages avec la solution de cantharidine (voy. p. 260). Le résultat de ce traitement énergique et rigoureusement poursuivi, auquel on avait adjoint au début six applications de la ventouse Heurteloup, fut que, du côté droit, le corps vitré

reprit sa transparence, au point de permettre à la malade de lire le n° 1 de nos échelles; quant à l'œil gauche, il éprouva une amélioration telle, que le n° 3 pouvait être lu couramment. L'inspection des corps vitrés révélait encore l'existence de légères opacités, mais on put se convaincre qu'il n'existait aucun détachement de la rétine, et que même il n'y avait pas de lésion apparente de la choroïde.

Simultanément, avec l'emploi de la pilocarpine en injections, nous faisons instiller, si l'iris ne présente pas d'adhérences, cet alcaloïde en collyre (10 centigrammes pour 10 grammes), à deux ou trois reprises par jour, et nous prescrivons des diurétiques. Les cures de lait, l'eau de Wildungen en boisson sont ici d'un excellent usage. Dans les cas où on redoute l'apparition d'un décollement, on conseille de porter pendant longtemps le bandeau compressif et de garder le repos dans une pièce obscure.

On a, dans ces derniers temps, vanté, comme moyen propre à favoriser la résorption des épanchements abondants, l'usage des courants continus. Ceux-ci sont susceptibles de deux modes d'emploi différents. On peut faire des séances journalières de deux à trois minutes avec un courant de huit à dix éléments, auquel on donne une direction centrifuge [Onimiis) à travers l'œil, l'électrode négative étant appliquée sur les paupières fermées, et l'électrode positive sur la nuque (ganglion cervical supérieur), ou sur l'apophyse mastoïde, derrière l'oreille. Suivant M. Oiiimus^ ce serait un courant centripète qui traverserait l'organe malade, en intervertissant les électrodes.

On a, en outre, recommandé de faire appliquer pendant la nuit de très-faibles courants de deux à quatre éléments (de T?'oiivé) à travers les tempes, au moyen de plaques maintenues par un bandeau, le petit appareil étant déposé sur la table de nuit ou dans le lit même. Les malades s'habituent aisément à ce mode d'emploi des courants continus.

Pour pouvoir se former un jugement sur l'action de ces

courants, il ne faudrait pas vouloir tirer des conclusions des résultats obtenus chez de très-jeunes sujets, pour lesquels s'opère souvent spontanément, comme nous venons de le dire, l'absorption de vastes épanchements . Dans les cas rebelles, je n'ai pas pu me convaincre de l'efficacité de ces courants, mais tout en ne voulant pas désabuser les malades qui y mettent souvent beaucoup de confiance, il ne faudra pas perdre de vue que des courants d'une certaine intensité (dix éléments) sont aptes à aggraver l'état du malade, en provoquant l'apparition de phénomènes irritatifs du côté de l'iris, avec précipités sur la membrane de Descemet. Si donc la démonstration de l'utilité de ces courants reste à faire, on ne saurait plus entreprendre de prouver leur parfaite innocuité.

Opacités 3° Les opacités membraneuses se développent souvent à la membraneuses g^j^^ fièvres graves, de chorio-rétinites exsudatives, et ^viennent d'être décrites à tort comme rétinite proliférante. Dans ces cas, ces membranes se soulèvent en forme de tente au-devant de la papille du nerf optique, et leurs prolongements suivent, en s' étalant à la surface de la rétine, le pourtour des gros troncs vasculaires rétiniens .

De fines membranes fixes se rencontrent encore dans certaines formes de choroïdite ectatique, où le staphylome postérieur progressif se complique d'une véritable sclérectasie; elles semblent alors se rapporter à un arrachement et à un enroulement du canal hyaloïdien. Enfin on constate encore ces membranes, donnant lieu à un cloisonnement du corps vitré, simultanément avec une atrophie papillaire rapidement développée et une cécité instantanée et complète; le sang s'est alors fait jour à travers la papille dans le corps vitré, après avoir été épanché dans les gaines du nerf optique. Ces membranes prennent parfois une disposition rappelant les ailes dépliées d'un papillon.

Il n'est guère à espérer qu'avec un traitement quelconque, on puisse obtenir la résolution de masses véritablement or-

ganisées. Néanmoins, nous citerons la tentative faite par^/e Gi'dsfe de dilacérer avec une aiguille de pareilles opacités. Comme il s'agissait d'un jeune sujet de seize ans, il est permis de se demander jusqu'à quel point l'éclaircissement de l'opacité se serait opéré spontanément. Ce qui rend trèsdifficiles ces sortes d'opérations, c'est qu'on ne se rend que très-imparfaitement compte, avec une diminution notable de la transparence du corps vitré, de l'emplacement des opacités que l'on veut attaquer, à moins qu'elles ne soient situées, comme dans l'observation relatée par de Grœfe, assez près de la surface postérieure du cristallin et qu'elles ne deviennent visibles à l'éclairage oblique. Dans le cas contraire, la difficulté de l'inspection ophthalmoscopique nous force généralement à procéder à pareille dilacération sans le secours du miroir, et à les exécuter, après inspection préalable, par tâtonnement, en enfonçant l'aiguille près de l'équateur de l'œil, pour pratiquer un mouvement de dilacération dans la direction du pôle postérieur.

Nous ne mentionnons qu'en passant les diverses variétés synchisis de liquéfaction du corps vitré, se présentant sous forme de sy^hisis synchisis simple ou de synchisis étincelant^ lorsque des cris- étinceiant. taux de cholestérine ou de tyrosine nagent dans le corps vitré liquéfié. Ces divers états ne donnent guère le sujet d'un traitement, celui-ci étant peu apte à modifier ces affections qui restent en dehors du plan de nos leçons.

La présence de corps étrangers doit attirer un instant corps notre attention . Ils peuvent, en pénétrant au voisinage du cristallin dans le corps vitré, être perçus très-distinctement lorsqu'on examine le malade peu de temps après l'accident, et que le corps étranger, offrant peu de tendance à s'altérer ou se décomposer (fragment de capsule, par exemple), n'a pas encore provoqué une irritation sensible autour de lui. Il ne faut pas oublier que l'endroit du corps vitré lésé n'est souvent pas limité seulement à celui qui conduit du point d'entrée vers le siège du corps vulnérant; mais que très-souvent

étrangers.

celui-ci ne s'est arrêté qu'après avoir été projeté par ricochet dans la partie qu'il occupe {Berlhi)^ et que les lésions, constituées par des déchirures du corps vitré et des membranes enveloppantes, peuvent être bien plus considérables qu'on ne se croirait tout d'abord autorisé à le supposer. D'ailleurs, les symptômes de réaction se développent et se répandent avec une telle rapidité, qu'on n'a guère, comme dans les expériences sur les animaux, occasion de suivre pendant un certain temps les conséquences qu'entraîne la présence des corps étrangers dans la masse visqueuse oii ils se trouvent logés.

Si la réaction inflammatoire n'est pas trop tumultueuse, entraînant immédiatement une hyalite et une choroïdite suppuratives, deux terminaisons peuvent être observées. Lapins heureuse est celle oii les symptômes se circonscrivent pour produire une hyalite chronique, à tendance vers l'organisation et la condensation du tissu qui se développe autour du corps étranger de manière à l'enkyster. Les leucocytes (Jui servent à la constitution de ces masses de tissu cellulaire suivent, le plus souvent, en provenant des parties antérieures, les plus vasculaires, de la choroïde, le même chemin qu'a parcouru le corps vulnérant ; et le long de ce trajet s'opère ordinairement un semblable développement de tissu cellulaire, d'où il résulte que du point de pénétration part une sorte de cordon cicatriciel qui, lorsqu'il va de haut en bas et qu'il s'agit d'un corps relativement lourd, tel qu'un grain de plomb, joue le rôle de ligament suspenseur, propre à s'opposer, par suite de la liquéfaction qui s'opère constamment dans le restant du corps vitré, à un déplacement que provoquerait le poids de l'objet vulnérant.

Bien plus fréquemment que ces sortes d'enkystement, a lieu autour du corps étranger une accumulation considérable de leucocytes qui s'entassent au voisinage de lui, et l'enveloppent dans un abcès circonscrit , ne paraissant guère au début compromettre l'intégrité de l'organe, que [peu d'irri-

tation que les autres parties de l'œil présentent. C'est seulement lorsque ces légers symptômes de réaction inflammatoire sont sur le point de se dissiper entièrement, que soudain surviennent des accidents sérieux qui menacent la fonction et la conservation de la forme de Tceil. En se résorbant, ces abcès circonscrits s'affaissent, leurs parois se rapprochent les unes des autres, et, à la suite de cet affaissement, il se produit des décollements du corps vitré et de la rétine en des points éloignés de la. blessure, suivis d'irido-ctioroïdite chronique, d'opacités généralisées du cristallin, etc., enfin de phthisie partielle du globe oculaire, qui peut, en restant douloureux au toucher, devenir encore ainsi un danger sérieux pour le congénère.

Comme nous l'avons dit, il n'est guère ordinairement possible de reconnaître le siège d'un corps étranger dans Tintérieur de l'œil, à cause des désordres inflammatoires qu'il ^ provoque si rapidement. Une exception doit être faite à cet égard pour le cas où il s'agit de l'invasion d'un entozoaire, d'un cysticerqiie^ que l'on peut voir se fixer, se déplacer et cysUcerque se nourrir parfois pendant assez longtemps, jusqu'à ce qu'il corps vitré se comporte comme tout autre corps étranger. La seule erreur que l'on pourrait faire ici serait de prendre un pareil entozoaire pour un décollement partiel de la rétine, si l'on ne portait son attention sur la motilité propre de la vésicule, qui exécute de véritables mouvements péristaltiques, et projette de temps en temps au dehors son cou et sa tête munie de quatre suçoirs, si toutefois l'animalcule n'est pas trop entravé dans ses mouvements par la présence d'opacités qui se sont développées autour de lui. A part la constatation des mouvements propres du corps sphéroïde qui séjourne dans l'humeur vitrée, il faut encore signaler sa coloration particulière, l'irisation de ses bords montrant un liséré d'un rouge intense, caractères qui permettront d'établir la distinction avec un décollement partiel.

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce sujet,

d'autant moins important qu'on ne rencontre, en France, une semblable affection qu'à peu près une fois sur cinquante ou soixante mille malades, tandis que dans les pays oii la viande crue et les crudités en général entrent pour une plus large part dans l'alimentation, elle peut se présenter alors avec une fréquence telle, qu'on l'observe une fois sur mille malades [de Grœfe). En France, le cysticerque n'a été extrait que trois fois du corps vitré (Sichelfih^ Landolt)^ dont un cas opéré à cette clinique.

Le pronostic dans les cas de corps étrangers ayant pénétré dans l'intérieur de l'œil est des plus fâcheux, et on peut dire que sur quatre malades, trois sont certainement voués à la perte de leur œil, tandis que chez le quatrième l'enkystement peut permettre, sinon une persistance partielle de la vue, du moins la conservation de la forme du globe oculaire . On serait amené à tenter l'extraction de pareils corps si l'on ne consultait que les observations qui ont été rapportées de semblables cas, et que l'on s'est empressé de publier, sans s'inquiéter de contrôler quelles suites aurait l'opération pour l'intégrité de l'œil un ou deux ans après l'extraction. Il est incontestable que les opérations que l'on pratique dans le corps vitré peuvent avoir au début des résultats fort brillants, mais qu'à la longue elles entraînent habituellement des conséquences très-peu satisfaisantes, et d'autant plus fâcheuses qu'on a eu à constater une perte plus considérable du corps vitré pendant l'extraction. Les plaies de la sclérotique ou de la cornée que l'on a dû pratiquer guérissent à merveille, mais la cicatrisation du côté du corps vitré, sa rétraction, le retentissement sur la rétine et la nutrition du cristallin font que souvent on n'échappe que momentanément à la dure nécessité de l'énucléation, à laquelle il faut arriver pour débarrasser le malade d'un œil qui devient plus tard le siège d'une irritation incessante (Eirschherg),

En règle générale, on ne doit pratiquer ces extractions que lorsque le corps étranger séjourne dans le voisinage du cris-

tallin, et qu'à l'aide soit de l'éclairage oblique, soit d'un miroir laryngien fixé sur le front, on peut suivre les mouvements des instruments introduits dans l'œil pour enlever ce corps.

Deux plans opératoires se présentent : on peut pratiquer l'extraction par la cornée ou la sclérotique. Par une plaie de la cornée, on fait, séance tenante, une extraction combinée du cristallin transparent et du corps étranger. On peut aussi procéder tout d'abord à l'extraction du cristallin, puis, une fois la cicatrisation parfaitement terminée, on pratique, à travers une nouvelle plaie, l'extraction du corps étranger.

Evidemment, plus on agit prompteraent en accumulant les traumatismes, plus on a de chances de succès ; car si on veut espacer les opérations de pupille artificielle, d'extraction du cristallin et du corps étranger, on voit les désordres provoqués par celui-ci, s'accentuer de plus en plus, et les chances de succès, pour ce qui concerne la fonction visuelle, diminuer en proportion.

Le second mode opératoire consiste à pratiquer une incision scléroticale directement derrière le corps ciliaire, et à procéder à l'extraction du corps étranger en s'aidant du miroir. L'action magnétique a été ici mise en œuvre pour extraire des paillettes de fer. Ce qui peut arriver de plus heureux, c'est qu'on ait placé sa section assez près du corps étranger, en calculant au moyen de l'exploration ophthalmoscopique l'emplacement de celui-ci [Alf. Grxfe\ pour qu'il soit entraîné en dehors avec la première portion de corps vitré qui s'échappe de l'œil, sans que l'on ait besoin de recourir à des instruments de traction, avec lesquels, tout en se servant de miroirs, on tâtonne plus ou moins, à cause de la difficulté que l'on éprouve, en présence d'instruments qui prennent dans l'œil des dimensions énormes, d'apprécier leurs mouvements d'excursion et la profondeur exacte à laquelle on les meut. Du reste, nous

— dispensons que si les opérateurs avaient pris soin de publier les résultats définitifs de leurs tentatives d'extraction, en laissant écouler un ou deux ans après l'opération, on serait moins porté à les imiter.

Nous nous réservons de parler'des décollements du corps vitré et de sa membrane enveloppante, en traitant des détachements de la rétine, qu'ils précèdent, ou auxquels ils s'associent constamment.

Page 1