‹ The?atriculeChapitre 38 sur 60 · SCENE IV OLIVIER, ÉDOUARD · texte numérisé non relu

SCENE IV OLIVIER, ÉDOUARD

OLIVIER

Elle est parbleu charmante, cette jeune fille !

EDOUARD

Trop charmante...

Mais je pense qu'elle ne s'en plaint pas. Voyons, le dépit ne doit pas rendre injuste.

EDOUARD

Laissons cela. (Après un temps.) Sais-tu que ta femme est ravissante aussi. Oh! mais là, tout à fait.

OLIVIER

Ce n'est pas pour autre chose que je l'ai épousée. Je l'aime comme on n'aime pas d'ordinaire dans no-

LES ÉTRENNES J/ÉIiOUARD

tre monde prosaïque, en poète et en jaloux. C'est bête mais qu'y faire ? En Othello.

EDOUARD

Allons donc !

OLIVIER

Je l'avoue, si un homme s'avisait... si ma femme je les tuerais tous les deux! (a pan.) Je ne suis pas fâche de lui glisser ça, enpassant... à tout hasard...

EDOUARD

Quelle folie! Tu n'as rien à craindre... Ta femme n'a rien à souhaiter. Qui n'envierait son sort ?

OLIVIER

Il est vrai que je fais mon possible pour la rendre heureuse...

Une idée! En traversant le jardin... non, le parc...

OLIVIER, blagueur.

Le bois, tu veux dire.

édouard.

J'ai vu un petit coin délicieux. Je me suis arrêté et si je n'avais pas craint d'être en retard La lumière est bonne, dans un instant tout aura changé d'aspect, je te demande la permission d'en profiter Je prends mon album, et je crayonne... une machine que j'offrirai à ta femme. Ce sera un petit souvenir de mon passage à la Buissonnière

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OLIVIER

Signé : Edouard Montbert ! une œuvre de maître ! Tu nous combles, je t'accompagne...

EDOUARD

Non! tu m'intimiderais...

OLIVIER

Toi, allons donc !

EDOUARD

Moi-même, je n'aime que le travail solitaire.

OLIVIER

Bah ! et les modèles ?

Les modèles sont là pour être regardés.

OLIVIER

Je n'insiste pas, tu es libre...

OLIVIER, suivant des yeux Édouard.

Toujours épris de son art... je ne m'en plains pas, j'en profite... c'est gentil ce qu'il fait là. (Il se dirige du côté de la porte.) Ah ! il a choisi le tertre... (s'avanr çant ) Il y a en effet une vue superbe de ce coin-la. Tiens! ma femme est à sa fenêtre... Le hasard! J'espère qu'Edouard ne la croquera pas... Ah! elle

se retire en rougissant... (Descendant en scène soupçonneux.) Parce qu'elle m'a vu peut-être ? ah ! ça

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voyons donc, voyons donc! Edouard arrive Anna se trouble. A peine entré, ce beau garçon né songe qu a reserver une surprise à ma femme. Ce dessin dans quel dessein, ce dessin ? Je lui propose de l'accompagner, il refuse! Juste au moment où il commence, Anna ouvre sa fenêtre. Je sais bien que tous les jours il y a des artistes qui dessinent et des femmes qui ouvrent leur fenêtre. Nous avons aussi des artistes qui ouvrent leur fenêtre et des femmes qui... mais il faut tenir compte des circonstances des probabilités... Récapitulons un peu, Edouard connaissait la maison, bon ! Naguère, il eut épousé Magdeleine. Bien ! Lui-même l'a déclaré tout à l'heure, hum ! en réunissant tous ces indices... oh ! je suis fou, soupçonner ma femme... mon meilleur ami. Il faut dire que ce ne sont jamais les ennemis qui vous jouent ces tours-là, on ne les reçoit pas... Ah! Voilà ce que c'est que d'avoir fait acquitter si souvent des gredins, on voit des coupables partout. J'ai tort c'est évident, (un temps.) Mais je les surveillerai... oh! pas par défiance, au contraire ; je les surveillerai, pour me prouver que j'ai tort. Ce sera ma punition, ma petite punition et je les surveillerai... d'autant mieux. (Renversant les meubles.) Que je suis plus calme... d'un calme à toute épreuve.

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