SCÈNE VIII
Les Mêmes, dans le fond MADAME YALIN, MAGDELEINE.
MADAME VAL IN
Je m'explique votre émotion, ma chère Magdeleine, après ce qui est arrivé, cette révélation inattendue...
MAGDELEINE
Suis-je donc si émue ?...
LES ÉTRENNES D'ÉDOUARD
MADAME VÀLIN.
Je voulais dire troublée. Entre nous, la situation est délicate.
MAGDELEINE
Voulez- vous qu'il n'en soit plus question ?
MADAME VAXjIN .
Je me reprocherais d'être importune...
MAGDELEINE
Parlons de vos enfants. Qu'ils sont beaux! que j'ai eu de plaisir à les embrasser.
MADAME VALIN
Ah ! vous ne dites pas toute votre pensée, ma mignonne. VOUS enviez mon sort. (Magdeleine fait un mouvement.) Pourquoi le nier? J'ai surpris une larme dans vos yeux ; Vous n'êtes pas née pour vivre ainsi. Quelqu'un vous aimera, comme vous méritez de l'être...
MAGDELEINE
J'y ai songé quelquefois. Oui, je l'avoue mais le doute est venu ensuite. On n'épouse pas les jeunes filles pauvres. Je veux dire qu'un homme du monde où j'ai vécu... Savez-vous qu'il y a des moments où je! regrette de n'être pas une paysanne... une ouvrière... Je pourrais... mais avec l'instruction que j'ai reçue... des leçons, descachets, la vie au jour le jour... On dit : « Qu'elle est cette jeune fille ? — Une personne qui donne des leçons de chant et de piano —
Ah ! » Et Ton passe ou si l'on s'arrête, c'est pour dire une impertinence.
MADAME VALIN
Allons, allons, je pensais bien....
OLIVIER, à Edouard.
Tu as entendu ?
EDOUARD
Oui ! et je me reproche amèrement...
OLIVIER
J'en suis persuadé ; mais ça ne suffit [pas ! Brusquons les choses.
ÉDOUARD
Que vas-tu faire ?
OLIVIER
' Poser des conclusions tout simplement, (s'avançant.) Hum ! hum !
MADAME VALIN
Vous étiez là ?
OLIVIER
Nous arrivons, ma chère amie. Edouard est enchanté. Il ne songe plus qu'à habiter une villa comme celle-ci. Oh! pas seul bien entendu, (Bas à Edouard.) Est-ce assez alin ?
M AGDELEINE, à part.
Que dit-il ?
OLIVIER, à part, regardant Magdeleine.
Elle a tressailli. Nous sommes aimés, j'en étais sûr t (Haut, avec intention.) Edouard pense à se marier, dam! la force de l'exemple... c'était inévitable!
MAGDELEINE, à part.
Se marier !
ÉDOUARD, bas à Olivier.
[ Tais-toi donc...
OLIVIER
Malheureusement... il y a un obstacle, un grand, non un petit... mais il grandira!
MADAME VALIN
Tu deviens irritant avec tes énigmes !
OLIVIER
Je vais être clair ! Edouard... c'est difficile adiré... on a pu croire... et pas du tout!
MADAME VALIN
Tu appelles ça être clair ?
OLIVIER
Bref, l'enfant...
MAGDELEINE, vivement.
Je crois que ma présence ici...
Elle fait mine de se retirer.
OLIVIER
Restez mademoiselle Magdeleine. .
198 LES ÉTRENNES D'EDOUARD
EDOUARD
C'est à moi de me retirer !
OLIVIER
Gomment lui aussi ! sortons tous alors î mais non, parce que tu as recueilli un pauvre petit abandonné, tu voudrais...
MADAME VALIN
Un enfant abandonné? est-il possible 1
OLIVIER
Le premier de l'an... sur son palier... en voilà un cadeau ! Il Ta recueilli, vous dis-je, c'est donc pas gentil ça ! Et il en est presque confus, il s'imagine qu'il ne trouvera pas une femme de cœur pour élever ce bambin-là. J'ai protesté, j'ai soutenu qu'il se trompait, que cette bonne action devait-être au contraire un motif déterminant... (a sa femme.) Qu'en penses-tu ?
MADAME VALIN
Je pense, je pense que j'ai été injuste envers vous, monsieur Montbert, et que je vous en demande pardon.
Ah ! madame !
OLIVIER
C'est mal, c'est très mal, ma chère Anna.
LES ÉTRENNES D'EDOUARD
ÉDOUARD
Non ! tout m'accusait, (a Magdeieine.) Et ma conduite passée prêtait à croire...
M AGDELEINE .
Monsieur...
EDOUARD
Vous avez entendu mon ami... s'est-il trompé ?
M AGDELEINE.
je ne sais... .
OLIVIER
: Si fait, si fait vous savez très bien que si Edouard vous suppliait de l'aider à assurer l'avenir de l'enfarit qu'il a sur les bras, vous n'auriez pas la cruauté de refuser. Il a des entrailles de père, ce garçon. Il n'en savait rien, ni moi non plus... enfin, il les a,... nous avons découvert ça tout à l'heure. Et il vous adore. La preuve en est dans les trente-sept faces, les dix-huit trois quarts, et les trois profils qu'il a dessinés. C'est gentil, ça! Le bébé aussi est
gentil, (il prend la main d'Édouard et celle de Magdeieine.)
Voyons, voyons c'est convenu, associez-vous pour élever celui-là... en attendant les autres 1
M AGDELEINE.
Je n'ai pas dit...
OLIVIER
Vous l'avez pensé, c'est mieux. (Bas.) Et puis, il vous aime beaucoup... passionnément..