‹ The High school French reader with vocabulary and notesChapitre 25 sur 126 · L'ONCLE D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

L'ONCLE D'AMÉRIQUE

pensait plus aux idées qui l'avaient préoccupée jusqu'alors : elle était tout entière à la reconnaissance du don précieux qui lui rappelait un fils si cruellement disparu.

La conversation avec Bruno devint plus libre et plus amicale. Ses explications ne permirent bientôt plus de se tromjjer 5 sur sa véritable position : l'oncle d'Amérique revenait bien aussi pauvre qu'il était parti. En déclarant à son neveu que lui et lès siens se repentiraient de leur froideur, il n'avait pensé qu'aux regrets qu'ils devaient éprouver, tôt ou tard, d'avoir méconnu un bon parent ; tout le reste était une indue- 10 tion de Martin.

Bien que cette découverte détruisit définitivement les espérances de la mère et de la fille, elle ne changea rien à leurs manières. Toutes deux, gagnées de cœur à l'oncle Bruno, lui conservèrent par choix la bienveillance qu'elles lui avaient i'' d'abord témoignée par intérêt, et l'entourèrent, à l'envi, des prévenances les plus affectueuses.

Le matelot, pour lequel on avait épuisé toutes les réserves de l'humble ménage, vcr.ait enfin de quitter la table, lorsque Martin, sorti depuis un instant, rentra tout à coup, en deman-20 dant à Bruno s'il voulait vendre son singe.

"Rochambeau? répondit le marin, non pas, y?j-/^// je l'ai élevé, il m'obéit ; c'est mon serviteur et mon compagnon ; je ne le donnerais pas pour dix fois ce qu'il vaut. Mais qui donc veut l'acheter ? 25

— C'est M. le comte, dit le jeune homme ; il vient de passer, il a vu l'animai, et en a été si content qu'il m'a prié de faire moi-même ie prix, et de le lui amener.

— Eh bien ! tu lui diras qu'on le garde," répondit Bruno en bourrant sa pipe.

Martin fit un geste de contrariété.

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"C'est jouer de mcJLeur ! dit-il ; M. le comte s'était justement rappelé ses promesses ; il m'avait dit de lui faire avoir le singe, et qu'il prendrait avec moi ses arrangements pour cette place de receveur.

5 — Ah ! te:: sort était fait ! " s'écria la veuve avec un accent affligé.

Bruno se fit expliquer l'affaire.

" Ainsi, dit il, aj)rës un moment de réflexion, tu espérais, en procurant Rochambeau au comte, obtenir l'emploi que lu 10 désires?

— J'en étais sûr, répliqua Martin.

— Eh bien ! s'écria brusquement le marin, je ne vends pas l'animal, mais je te le d(^nne ! Offre-le à ton seigneur, et il faudra bien qu'il reconnaisse ta politesse." î5 Ce fut un concert général de remercîments auxquels le marin ne put couper court qu'en envoyant son neveu au chcâteau avec Rochambeau. Martin fut très bien reçu par le comte, qui causa quelque temps avec lui, s'assura qu'il pouvait remplir l'emploi demandé, et le lui accorda.

20 On comprend la joie de la famille lorsqu'il revint avec celte nouvelle. La veuve, voulant expier ses torts, avoua alors au marin les espérances intéressées qu'avait fait naître son retour, l'iuno éclata de rire.

" Par mon baptême, s'écria-t-il, je vous ai joué un bon ff, tour ! Vous espériez dcr; millions, et je ne v(jus ai apporté que deux bêtes inutiles.

— Vous vous trompez, mon oncle, dit doucement Clémence : vous nous avez apporté trois trésors sans prix : car, grâce à vous, ma mère a maintenant un souvenir, mon frèi e du travail,. 30 et moi . . . moi, j'ai l'espérance 1 "

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